SAINTE FIERTÉ
Li^EST à la sagesse humaine «elt corrompue à être incertaine et timide-: toujours enveloppée sous de fausses apparences ^ elle doit toujours craindre qu^un coup-d'œii plus heureux ne la perce énfiu et ne la démasque. Mais la sagesse qui vient du ciel nous rend plus décidés et 'plus tranquilles : on marche avec bien plus de sécurité quand on ne veut marcher que dans la lumière : Fhomme vertueux tout seul a droit d^aller la tête levée ^ et de défier la prudence timide et incertaine de Thomme trompeur : une sainte fierté sied ïÀea à la vérité.
Aussi ^ c^est se faire une fausse idée de la piété , de se la figurer toujours timide , foible , indécise ^ scrupuleuse ^ bornée ^ se faisant un crime de se» devoirs et une vertu de ses foiblésses; obligée d'agir, et n'osant entreprendre^ toujours suspendue entre les intérêts publics et ses pieuses frayeurs^ et ne faisant usage de la religion que pour mettre le trouble et la confusion où elle auroit. dû mettre Tordre et la règle. Ce sont là les défauts que les hommes mêleat souvent à la piété ^ mais ce ne sont pas ceux de la .piété même : c'est le caractère d'un esprit foîble et borné ^ mais ce n'est pas une suite de l'élévation et de la sagesse de la religion : en un mot , c'est l'excès de la vertu ^ mais la vertu finit toujours où l'excès commence. 14
]62 ÇÀIWTE FIERT.Çi(
Non, Sive^ la piété véritable élève Tespiit, ennoblit le cœur , aiTermit le courage. On est né pour de grandes dioees quand on a la force de se vaincre soi-même : riiomme de bien est capable de tout dès qu'il a pu âe mettre par la toi au-dessus de tout : c'est le hasard qui fait le$ héros :^ c'est une valeur de tous les jours qui fait le juste : les passions peuvent bous placer bien haut ^ tHais il n'y a que la vertu qui nous élève «u-de8»tts <Le uous-^mèmes. petit gaiuême.
La religion rassure rame , bien loin de FatnoUir : oa craiat bien moins la mort quand où est tràn-" quille wç les suites. Une conscience que rien n'alarme , vc»t le péril desang^^oid, et l'affrontô courageusement dès que le devoir l'y appelle. ISon^ rien u approche de la sakite fierté d'un cœur qui combat sous les yeux de Dieu ^ et qui ^ en vengeant la querelle du prince ^ honore le Seigneur ^ et respecte sa puissance dans celle de son souverain.
Et en effet ^ la piété est déjà rile-méme une grandeur d'ame. Rien ne me paroU ai héroïque^ ni si digne du cœur , que cet emj^re qu'a l'homme de bien sur toutes ses passions. Quoi de plus grand que de le voir tenir ^ pour ainsi ^àte ^ sans cesse son ame entre ses mains ^ régler ses démardics ^ mesurer ses mouvemens ^ ne se permettre rien d'indigne du cœur ^ maîtriser ses sens ^ les ramener au joug de la loi ^ arrêter k pente d'une Dfttore toujours rapide vers le mal ^ étouffer mille
H€MIi.ITfi CilRÉTIEfrirc. l63
désirs qai flattent ^ mille espérances qui amusent^ tenir contre les séduetions du commerce et la force des exemples ^ et ^ toujours maitre de soimême ) ne souffdr à son cœur aucune bassesse C8ip£d>le de déshonorer un héritier du ciel ? Ah I fl faut n'être pas né médiocre pour cela. La grâce a ses héros ^ qui ne doivent rien à ceux que les siècles passés ont admirés : et assurément celui qui sait vaincre ses ennemis domestiques ^ et qui ^ dès long-temps ^ s''est aguerri à m^^riser tout ce que les sens offrent de plus cher ^ ne craindra pas les ennemis de Tétat ^ et aura bien moins de peine à exposer avec intrépidité sa propre vie.
BÉN£LV. DES BRAP. DU RÉG. DE GàTINàT.