‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 5)Chapitre 75 sur 184 · PASSIONS · texte numérisé non relu

PASSIONS

»LVS Oir DIFFÈRE DE LES GUÉRIR^ PLUS ELLES ^ FORTIFIENT.

IrLus VOUS différez ^ plus vous jetez de profond^ racines dans le crime ^ plus vos chaînes formeiit de^nouveaux replis sur votre cœur ^ plus ce levain ,âe corruption que vous portez au dedans dç vous se dilate^ s^étQnd^ aigrit et corrompt toute la .capacité de votre ame. Jugez-en par le progrc^i que la passion a fait jùsquHci dans votre cœur. Ce n^'étoient d^abord que des libertés timides ^ et oà^ pour vous calmer^ vous cherchiez encore une ombre d^innocence : ce n^étoient ensuite que des actions douteuses, et où vous aviez encore j>eine à démêler le crime de la simple offense : le désordre suivit de près ^ mais les excès marqua j^n étoient encore rares : vous vous les reprocbies jaussitôt à vous-même : yous ne poii^viez les porter ^long-temps sur la conscience encore effrayée de ^n état : insensiblement les chutes se ;Sont mulr tipliées : le désordre est devenu un état fixe et habituel : la conscience n^a plus crié que foibler ment contre Fempire de la passion : le crime voqs est devenu nécessaire : il n'a plus réveillé de rer mords : vous Favez avalé comme de Feaù , qui coule sans se faire sentir , et sans piquer d'aucun ^ût le palais par où elle passe. Plus vous avances ^

FASSIONS. * f^I*

plus le venin gagne ^ pins un restie de force que* la pudeur ^ Que la raison ^ que la grâce avoit misé' on vous , s atfoiblit ; pluîi ce qui étoft encore saîn* dans votre aiiie, s''infe<î:te et se souille. Quelle folie donc de laisser vieillir et corrompre des plaies, sous prétexte (Jumelles seront plus aisées à' guérir ! et que faites-vous eli différant , que rendre vo^maux plus incurable», et 6ter à Tespérance de vo're conversion toutes les ressources qtiî pourrôieiït vous rester emcore ?

Mais on voudroit bien changer, et

prendre le parti d^une vie plus raisonnable et plus chrétienne. On sent le vide du monde et des plaisirs ^ on se prête aux amusemetis et à une' certaine dissipation sans goût et comme à regret \ OQ souhafiteroit d^ renoncer , et de travaftler se-* rieusement à sou salut : mais cette première dé— marche fait peur. CVst un coup d'éclat qui nous engage envers le public ^ et qu'oiv erainf- de ue pouvoir soutenir. ..

Commencez toujours^ essayer it eu effet vous ne pourrez pas vous soutenir darris le service de Dieti. Lai chose ne vaut-elle pas du moins la peine d'être tentée? Est-ce qu'uù hotùme que la tempête a jeté au milieu de la mer*, et qui seroit à la merci des flots, et sur le point d'un trbte Haufrage, ne tente pas premièrement, a'ilpourra?

.3^7% AeiTATVOK 9BS HjOXXES.

^ibprder au port à la nage, avant de se laisser [|ubmerger aux oades? ne fait-il point d'^efforts? i^^essaie-t-il rien? se dit-il à lui-même pour ne rien tenter, peut-être je ne me soutiendrai pas^ les forces peut-être me manqueront en cheminP Âh ! il essaie , il fait des efforts , il combat contre 1/d danger , il va jusqu^au dernier moment de sa force , et ne succombe enfin que lorsque gagné par la violence des flots ^ il est forcé de céder au malheur de sa deslinéc Vous périssez , moucher auditeur^ les ondes yous gagnent, le torrent vous entraine ^ et vous balancez si vous essaierez de yo.us sauver du danger ^ et voujs mettez à sopider vos forces , les seuls mometns qui vous restent pour pourvoir à votre sûreté? et vous perdez; à 4élibiérer un temps qui ne vous est laissé que pour vous dégager du péril qui presse, et o4 tant d'autres périssent à vos yeux? jlvent.

Page 1