AGITATION DES HOMMES
V/u^EST-CE que la vie humaine , quVne mer furieuse et agitée , ou nous sommes sans cess^ à la merci des flots, et où chaque instant change notre situation , et nous doune de nouvelles Carmes? Que sont les hommes eux-mêmes, que les tristes jouets de leurs passions insensées , et de la vicissitude^ éternelle des. événemens?. Liés pat la corruption de leur cœur à toutes les choses présentes, ils sont avec elles dans un mouvement
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|)6rpétuel ^ semblables à ces figures que IW 1*01:^ lapide entraîne^ ils nont jamais de consistance as&iirée : chaque moment est pour eux une situa-» tion. nouvelle:; «ils flotteiil au gré de rioconstanc^ des choses humaines :; voulant sans cesse se fixer dans les créatures^ et sans cesse obligés de s'en déprendre ^ croyant toujours avoir trouvé le lieu de leur repos , et saas cesse forcés de recommencer leur course : lassés de leurs agitations ^ et cependant toujours emportés par le tourbillon r ils n'ont rien qui les fixe^ qui les console^ qui les paie de leurs peines^ qui leur adoucisse le chagrin des événemens^ ni le monde qui le causey ai leur conscience qui le rend plus amer^ ni Tordre de Dieu contre lequel ils se révoltent. Ib boivent jusqu'à la lie toute ramertume de leur calice : ils ont beau le verser dlun vase dans un autre vase , dit le prophète ^ se consoler d'une passion par une passion nouvelle:; d'une perte par un nouvel attachement ^ d'une disgrâce par de nouveUes espérances : l'amertume les suit par' fout : ils changent de situation ^ mais ils ne chan' geat pas de supplice. mystères.
La vie de la plupart des hommes est une vie toujours occupée et toujours inutile ^ une vie tou^ jours laborieuse et toujours vide : leurs passions forment tous leurs mouvemens. Ce sont là les grands ressorts qui agitent les hommes ; qui les font courir çà et là ^ comme des insensés ^ qui ne les laissent pas un moment tranquilles ^ et en
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1 eiaplj/ssant tous leurs luomens , il» ne ckerckent pas à remplir leurs devoirs ^ mais à se livrer à leîiv inquiétude ^ et satlsikire leurs cupidités ittju&tes*
L^ambitiou ^ Torgueil ^ toutes nos passions ^ font que nous ne pouvons suppfMrter une condition privée. Ce que nous craignons le plus dans la vie^ et à la cour surtout ^ c^est une destinée et un état qui nous laisse à nous-mêmes^ et ne nous établit point, sur les autres. Kous ne consultons ni Tordre de Dieu^ ni les vues de la religion ^ ni les périls des situations trop agitées ^ ni le bonheur que la foi découvre dans un état tranquille et privé ^ où Ton n^a à répondre que de soi-même ^ ni souvent même nos talens :
nous ne consultons que nos passions ^ que ce désir insatiable de nous élever au-dessua de nés frères : nous voulons paroitre sur la scène ^ et devenir des personnages ^ et sur une scène qui v» finir demain ^ et qui ne, nous laissera de réel ^ que la peine puérile de IVvoir jouée. Plus même les places sont environnées de tumulte et d'embarras ^ plus elles nous paroissent dignes de nos recherches : nous v<mdrioQs être de tout : le loisir «i cher à une ame fidèle ^ nous paroit honteux : tout ce qui nous partage entre nous et le public 5 tout ce qui donne aux autres hommes un droit absolu sur notre temps ^ tout ce qui nous jette dans Fabîme de soins et d^agitations que traînent ajprès soi le crédit ^ la faveur ^ la considération ^
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nous touche , nous attire , nous transporte. Ainsi la plupart des b(»nmes se font izicon^idérément une vie tumultueuse et agitée ^ que Dieu ne de-> mandoît pas d^eux ^ et cherchent avec empressement des soins où Ton ne peut être eu sûreté que lorsque Tordre de IKeu nous les ménage.
Sans- les soins du salut , tous les autres sont profanes- et souillés : ce ne sont plus que de» agitations vaines^, stériles , presque toujours cri— miaelles : les soins du salut tout seuls les spnr* sacrent ^ les saactifient ^ leur donnent la réalité ^ Télévation ^ le prix et le mérite qui leur manque. Qœ dirai>je encore? tous les autres sokis uou9 déchirent^ nous troublent^ nous iaqwètent ^ sous aigrisseul '^ mais les devoirs que nous vous rendons^ 6 mon DièuJ nous laissent ime foie véritable dans le cœur ^ nous soutien neat ^ nous calment ^ nous consolent ^ et adoucissent même les peines et les amertumes des autres. Enfin , nous nous devons à vous avant que d'être à nos maîtres^ à nos inférieurs, à nos amis ^ k nos proches : c'est vous qui avez les première droits sur notre cœur et sur notre raison, qui soiil les dons de votre main libérale: c'est donc pour Vous premièrement , que nous devons en faire usage ^ et nous sommes chrétiens avant que d'être primées ^ sujets , hommes publics y ou quelque autre chose sur la terre.
i^d AGITATION t>tS HOHMKS;
On -appelle uâe heWe vie dans )è monde- ^ un^ tie éclatante où Ton compte de grandes actions y des victoires remportées ^ des négociations diffi-^ Ciles conclues ^ des entreprises conduites avec^ ànocès^ des emplois illustres soutenus avec répu^ tation^ des dignités éminentes acquises par des services importans ^ et exereées- avec gloire ;; une vie qui passe dans les histoires ^ qui remplit les monumens publics^ et dont le souvenir se conservera jusqu^à la dernière postérité : voilà une belle vie selon le monde. Mais si dans tout cela on a plus cherché sa gloire propre que la gloire de Diei| ^ si Ton n'^a eu en \ue que de se bâtir un édifiée périssable de grandeur sur la terre , en vain a-t-on fourni uae carrière éclatante devant les hommes^ devant Dieu ^ c'est une vi« perdue: en vain les histoires parleront de nous :^ nous sè« rons effacés du livre de vie et des histoires éternelles : en vain nos actions feront Fadmiration des siècles à venir ^ elles ne seront point écrites sur les colonnes immortelles du temple céleste : en vain nous jouerons un grand rôle sur la scène de tous les siècles ^ nous serons dans les siècles éler^ nels comme ceux qui n'^ont jamais été : en vain nos titres et nos dignités se conserveront sur le marbre et sur le cuivre ^ comme ce sera lé doigl des honunes qui les aura écrits^ ils périront avec eux ^ et ce que le doigt de Dieu tout aeul aura écrit ^ durera autant que lui-même : en vain notre vie sera proposée comme un modèle à Fambition de nos neveux^ comme elle uWra
AGTTATI^ir HCS BOMXES. fJJ
de réalité que daos les passions des hommes ^ dâ? qu^il n^j aura plus de passions ^ et que tout les objets qui les.aÛument seront anéantis ^ œtte TÎe ne sera plus rien ^ et retombera dans le oéanil avec le monde qui Favoit admirée*
Les plus légers intérêts de la terre agitent les hommes ^ et leur font tout entreprendre ; car ^ qu'est-ce que le monde lui-même dont ils suivent les voies trompeuses ^ qu'une agitation éternelle, où les passions mettent tout en mouvement ^ où le repos est le seul plaisir inconnu ^ où les souds sont honorables , où ceux qui sont tranquilles se croient malheureux^ où tout est travail et affliction d'*esprit ^ enfin ^ où tout s^agite et toull se méprend ?
Certes ^ mes Frères , k voir les hommes si ooeupés ^ si vifs ^ si patiens dans leurs poursuites ^ on dirpit qu'^il&travaillent pour des années étemelles ^ et. pour des biens qui doivent assurer leur félicité : on ne comprend pas que tant de soins et d^agi— tations ne se proposent qu^une fortune dont la durée égale à peine celle des travaux qui Font méritée^ et qu^une vie si rapide se passe à chercher avec tant de fiitigue^ des biens qui doivent finir avec elle. carême « ni.
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