AMBITION
XjN homme livré k l^ambkion se laisse^t-41 re^~ buter par les difficultés qu'il • trouve sur son. chemiu P il se refond ^ il se métamorphose ^ il forcé son naturel , et rassujettrt k sa passion. Ké fier et orgueilleux ^ 'on le voit d^un air timide etsoumis , essuyer les caprices d'^un ministre ^ mé" riter par miÛe bassesses k protection d^nn si^*balterhe eu crédit^ et se d^rttder jusqu^à vouloir^ être redevable de sa fortune k la vanité à^tm commis ^ chi k Tavarice d^uffesclave : vif et ardent pour le plaisir ^ il cottsume ennuyeusement dans^ âeà antichambres ^ et k la suite des grands ^ des momens qui lui promettoient ailleurs mille agré^ mens : ennemi du tnrvail et de ^embarras ^ il Remplit des emplois pénibles^ prend noo^seule-' ment sur ses aises ^ mois encore sur son sommeii et sur sa santé ^ de quoi y fournir : enfin d'une humeur serrée et épargnante ^ il devient libéral^ prodigue méine ^ tout est inondé de ses dons; et Il n^esi pa» fosqu^ rafiabilité et aux égards d'un domestique^ qoî ne soient le prix de se$ largesses..
w MYSTÈRES.
L'ambition , ce désir insatiable de s'élever audessus et sur les ruines mêmes des autres ; ce ver qui pique le cœur et ne le laisse jamais tranquille ^ cette passion qui est le grand ressort des iotri^
âilBiTigilf .t^g
jgaes , tï de toutes les agitations lies cours ^ qui forme les révolutions des états ^ et qui donqe tous les jours à Tunivers de nouveaux spectacles : cettp passion ^ qui ose tout ^ et à laquelle rieu ne xx>ute, >est un vice encore plus pernicieux aux empircis .que la paresse même.
Déjà il rend malheureux celui qui en est posr sédé : Tambitieux ne jouit de rien ^ ni de sa gloire^ il la trouve obscure ^ ni de ses places ^ il veut monter plus haut^ ni de sa prospérité ^ il sèche et fdépérit au milieu de son abondance^ ni des hunimages qu^on lui rend ^ ils sont emprisonnés p^r ceux quil est obligé de rendre lui-même;; ni de sa &Yeur ^ elle devient amère dès qu'il faut b partager $ivec ses concurrens [) ni de son repos ^ il est malheureux à mesure qu'il est obligé d'être •plus tranquille : c'est un Aman ^ l'objet souvept des desîi^ mi de l'envie ji^blique, et qu'un seul .donneur refusé à son excessive autorité rend in-r •Supportable à lui-même.
L'ambition le rend donc^s^lheureux^ mais, df» plus^ elle l'avilit et le dégrade. Que de bassesi^ Jpour parvenir ! il faut paroitre ^ non pas tel qu'oiji .est, mais tel qu'on nous souhaite. Baasesse d'adu^ tlation;; on encense et on adore l'idole qu'on méjprise : bassesse de lâcheté^ il 'faut savoir essuyer des dégoûts , dévorer des rebuts , et les recevoir presque comme des grâces : bassesse de dissimur lationi; point de sentimens à soi, et ne penser que d'après les autres: .bassesse de dérèglement^ ievenir Iqs complices et peut-être les .ministre
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des passions de ceux de qui nous dépendons ^ et entrer en part de leurs désordres pour participer plus sûrement à leurs grâces; enfin ^ bassesse même d'hypocrisie 5 emprunter quelquefois 1^ apparences de la pîété :; jouer Phomme de bieà pour parvenir; et faire servir à Tambition la religion même qui la condamne. Ce n^est point ]à une peinture imaginée; ce sont les moeurs dé^ cours , et Tliistoire de la plupart de ceux qui y vivent. ^
Qu'on nous dise après cela , que c'^est le vice des grandes âmes : c^est le caractère d'*un cœur lâche et rampant ; c'est le trait le plus marqué d\me ame vile. Le devoir tout seul peut noufe mener à la gloire : celle qu'on doit aux bassesses et aux intrigues de Tambition porte toujours avec elle un caractère de honte qui nous déshonore : elle ne promet les royaumes du monde et toute leur gloire qu'à ceu^ qui se prosternent devant Tiiiiquité et qui se dégradent honteusement eux-mêmes. On reproche toujours vos basseissès à votre élévation ;; vos places rappellent sans cesse les avilissemens qui les ont inérStées et les titres de vos honneurs et de vos dignités deviennent eux-mêmes les traits publics de votre ignominie. Mais, dans Tesprit de Tàmbitieux , le succès couvre la honte des moyens. Il veut par*^ venir; et tout ce qui le mène là est la seule gloire qu^il cherche : il regarde ces Vertus romainesr^ qui ne veulent rien devoir qu'à la probité y k rhonneur et aux services , comme des v^tus de
romaa
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roman et de théâtre;; et croit que rélévation des sentimens pouToit faire autrefois les héros de la gloire ^ mais que c''est la bassesse et Tavilissement qui fait aujourd'hui ceux de la fprtuae.
Aussi Fii^ustice de cette passion en est un der< nier trait encore plus odieux que ses inquiétudes et sa honte. Oui^ un ambitieux ne connottde loi que celle qui le &vorise : le crime qui Té-* lève est pour lui comme une vertu qui Fenno-i blit. Ami infidèle ^ Famitié n^est plus rien pour lui dès qu^elle intéi*esse sa fortune : mauvais citoyen ^ la vérité ne lui paroit estimable qu'autant qu'elle lui est utile : le mérite qui entre en concurrence avec lui est un ennemi auquel il ne pardonne point : Fiatérèt publie cède toujours à son intérêt propre : il éloigne des sujets^ clq^ables^ et se substitue à leur place: il sacrifie . à ses jalousies le saluJt de Fétat 5 et il veiToit avec moins de regret les affaires publiques périr entre ses mains ^ que sauvées par les soins et par les lu-^ xnières d^un autre.
Telle est Fambition dans la plupart deft honunes:; inquiète, honteuse, injuste. Mais, Sire, si. ce poison gagne et infecte le cœur du prince ;j si le souverain, oubliant qu'il est le protecteur de la tranquillité publique , préfère sa propre gloire à Famour et au salut de ses peuples^ s'il aime mieux conquérir des provinces que régner sur les cœurs ^ s'il lui paroit plus glorieux d'être le destructeur de ses voisins que le père de son peuple^ si le deuil et la désolatioa de ses Tome XIL Morceaux caoïsu. iS
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sujets est le seul chant de joie qui accompagne ses victoires :; s'il fait servir à lui seul une puissance qui ne lui est donnée que pour rendre heureux ceux qu''il gouverne ^ en un mot , s'il n'est roi que pour le malheur des hommes , et que ^ comme ce roi de Babylone , il ne veuille élever la statue impie , l'idole de sa grandeur , xjue sur les larmes et les débris des peuples et des nations ^ grand Dieu ! quel fléau pour la terre ! quel présent faites-vous aux hommes dans votre colère ^ en leur donnant un' tel maître !
Sa gloire^ Sire , sera toujours souillée de sang. Quelque insensé chantera peut-être ses victoires^ mais les provinces ^ les villes ^ les campagnes ^ en pleureront: on lui dressera des monumens superbes pour immortaliser ses conquêtes^ mais les cendres encore fumantes de tant de villes autrefois florissantes^ mais la désolation de tant de campagpes dépouillées de leur ancienne beauté ^ mais les ruines de tant de murs sous lesquelles des citoyens paisibles ont été ensevelis^ mais tant de calamités qui subsisteront après lui^ seront des monumens lugubres qui immortaliseront sa vanité et sa folie. Il aura passé comme un torrent pour ravager la terre , et non comme un fleuve majestueux pour y porter la joie et l'abondance : son nom sera écrit dans les annales de la postérité parmi les conquérans ^ mais il ne le sera pas parmi les bons rois ^ et l'on ne rappellera l'histoire de son règne que pour rappeler le souvenir des maux qu'il a ùài aux hommes. Ainsi son orgueil ^
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dît TEIsprit de Dieu , sera monté jusqu^au ciel : sa tête aura touché dans les nuées ^ ses succès auront égalé ses désirs ; et tout cet amas de gloire ne sera plus à la fin qu'Hun monceau de boue qui ne laissera après elle que Tinfection et Fop— probre.
Je ne parle pas ici de toutes les autres passions , qui , plus violentes dans Félévation , ibnt sur lé cœur des grands des plaies plus douloureuses et plus profondes. L^ambition y est plus démesurée. Hélas I le citoyen obscur vit content dans la médiocrité de sa destinée : héritier de la fortune de 5es pères ^ il se borne à leur nom et à leur état ^ îl regarde sans ^ti^vie ce qu^il ne poturoit souhaiter sans extravagancé^^^^ns s^s désirs sont renfermés dans ee qu'il possède^ et sHl forme quelquefois des^ projets d'élévation, ce sont de ces chimères agréables qui amusent le loisir d'un esprit oiseux^ mais non pas des inquiétudes qui le dévorent.
Au grand, rien ne suffit , parce qu'il peut prétendre à tout : ses désirs croissent avec sa fortune 5 tout ce qui est plus élevé que lui le fait paroltre petit à ses yeux ^ il est moins flatté de laisser tant d'hommes derrière lui, que rongé d'en avoir encore qui le précèdent^ Û ne croit rien avoir, s'il n'a tout^ son ame est toujours aride et altérée^ et il ne jouit de rien , si ce n'est de ses malheurs et de ses inquiétudes.
PETIT CARÊME
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