X88 ORGUEIL
Cependant , cette paix heureuse, qui la goûte? Les guerre? , les troubles , les fureurs , en sont* elles plus rares dans Funivers depuis sa naissance? les empires et les états qui Tadorent , en sont-ils plus paisibles PTorgueil, qu^il est yenu anéantir, en met-il moins le tumulte et la confusion parmi les hommes? Cherchez au milieu des chrétiens cette paix qui devoit être leur héritage : ou la trouverez-vous? Dans les villes? Toi^eil y met tout en mouvement : chacun veut monter plus haut que ses ancêtres : un seul que la fortune élève y fait mille malheureux, qui suivent ses traces sans pouvoir atteindre où il est parvenu. Dans Tenceinte des murs domestiques? elle ne cache que des soins et des inquiétudes:; et le père de famille, sans cesse occupé , agité , plus de Tavancement que de Téducation chrétienne des siens , leur laisse pour héritage ses agitations et ses inquiétudes, qu'ails transmettront un jour euxmêmes à leurs descendans. Dans le palais des rois? mais c^est ici qu^une ambition démesurée ronge , dévore tous les cœurs ^ c'^est ici que sous les dehors spécieux de la joie et de la tranquillité se nourrissent les passions les plus violentes ef les plus amères ^ c'est ici où le bonheur semble résider, et où Forgueil fait plus de malheureux ,et de mécontens. Dans le sanctuaire? hélas! ce devroit être là sans doute Fasîle de la paix ^ mais Tambition est entrée même dans le lien saint : on y cherche plus à s'^élever qu'^à se rendre utile à ses frères : les dignités saintes de FEglise devien-'
nent , comme celles du siècle^ le prix de rinlrigue et des empressemens. avent.
L^orgueil a été de tout temps la plaie la plus dangereuse de Thomme. Né pour être grand et maitre de toutes les créatures^ il a toujours conservé au dedans de lui ces premières impressions de son origine. Trouvant sans cesse dans son cœur, je ne sais quels sentimens secrets de sa propre pxcellence^ que sa chute n'a point effacés, il se prêta d''abord à des penchans si doux : il ne chercha- plus qu'à s'élever de degré en degré ^ et ne rencontrant rien ici-bas qui pût satisfaire la grandeur d'une ame , laquelle n'avoit été créée que pour régner avec son Dieu, il monta jusques au dessus des nuées , et se plaça à côté du"Très-Haut# De. là l'homme se fit rendre les honneurs divins :j rhonune se rendit à Thomme même , et l'univers adora , comme ses auteurs , des insensés que l'univers avoit vus naître , et qui étoient venus tant de siècles après lui. m^stèbes.
On condamne dans hs autres les passions dont on se croit exempt.
Un avare qui se cache à lui-même les règles de la foi sur l'amour insatiable des richesses , voit clair dans les maximes qui condamnent l'ambi-* tion ou la volupté. Un voluptueux qui tache de se justifier la foiblesse de ses penchans, ne fait point de grâce aux inclioations basses et aux
igO ORGUEIL.
attachemens sordides de Favarice. f3n homme eDtété de rélévatioti et de la fortnne, et qui regarde les mouvemens éternels qull faut se donner pour parvenir ^ comme des soins sérieux et solides ^ et seuls dignes de sa naissance et de son nom ^ voit toute Tindignité d^une vie d^amusement et de plaisirs^ et comprend clairement qu W homme né avec un nom ^ se dégrade et se déshonore par Foîsiveté et par Findolence, Une femme saisie de la fureur^du jeu ^ et d^ailleurs régulière ^ est impitoyable sur les fautes les plus légères qui attaquent la conduite , et justifie éternellement Finnocence d^un jeu outré ^ en Fopposant à des désordres d^une autre nature ^ dont elle se trouve exempte. Une autre au contraire , enivrée de sa personne et de sa beauté , tout occupée de ses passions déplorables , regarde cet acharnement à un jeu étemel comme une espèce de maladie et de dérangement d'^esprit^ et ne voit dans la honte de ses engagemens qu^une foiblesse innocente ^ et des penchans involontaires ^ dont nous trouvons la destinée dans nos cœurs. Parcourez toutes les passions , et vous verrez qu''à mesure qu^on est exempt de quelqu'une , on la voit ^ on la condamne dans les autres ^ on connolt les règles qui la défendent ^ on va même jusqu'à la rigueur envers autrui sur Fobservance des devoirs qui n'intéressent pas nos propres foiblesses^ et on pousse la sévérité jusqu'au delà même de la règle. cahémb ^ iix.