‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 5)Chapitre 88 sur 184 · SUITES FUNESTES DE LA VOLUPTÉ · texte numérisé non relu

SUITES FUNESTES DE LA VOLUPTÉ

(Jette déplorable passion met dans le cœur un dégoût invincible pour lés choses du ciel^ on n'^est plus touché de rien.. Lassé de ses propres misères on ^oudroit bien quelquefois revenir à Dieu ^ et tout nous en éloigne ^ et le cœur tout entier se révolte contre nous^némes^ et un dégoût affreux nous saisit ^ et nous lie à nos propres £6ihLesses ^ et le cœur ^ accoutumé à ne plus sentir que des plaisirs vifs et injustes ^ languit, et ne trouve en lui aucua sentiment pour la piéité..

Biiu plus 9 tout ce qui n^est pas marqué par le «aractère honteux de là volupté , n'intéresse plus. Les devoirs mêmes de la société , les fonctions d^une charge , les bienséances d'une dignité , les soins domestiques^ tout lasse, tout devient insi-^ pide , hors I3 passion . Balthasar n'est plus, appliqué au gouvernement de ses peuples , et ne sait pas méaie que Fennemi, déjà à la porte de sa capitale, va lui enlever le lendemain la vie et la couroune. Salomon est plus attentif à bâtir des temples pro* fanes aux diejiix d(^s femmes étrangères , qu'à sour

nj6 arrTES fukkstes de la volupté^.

lager soa peuple que ses profusions fout gémîr

sous le poids des charges publiques. Les enfans

d'Héli négligent les fonctions du sacerdoce* La

femme de Babylone ^ toute plongée dans les dé-

lices ^ dit dans son cœur : Je ne veux- plus que

me faire adorer^ il i^V ^^^^^ P^^^ ^^ soin^ ni

embarras ^ ni chagrins qui m^occupent. La femme

dont il est parlé dans les Proverbes ^ ne peut se

souffrir dans Feuceinte d^uœ famille : le sérieux

d\in domestique lui devient insupportable : de

là on se fait des occupations^ qui toutes ue tendent

qu^à nourrir la volupté^ des spectacles profanes ^

des lectures pernicieuses^ des harmonies lascives,

des peintures, obscènes. Hérode ne trouve plu&

de plaisir que dans les danses et dans les festins.

Salomon multiplie les concerts, et son palais

retentit de toutes parts de chants de volupté et

de réjouissance.. Manassès met daus le>temple

même du Seigneur les images de ses infâmes plai*-

sirs. Ce&t le caractère de cette passion , de rem«*

plir le coeur tout entier ^. on ne peut plus s^oc-

cuper que d^elle^ ou eu est possédé, enivré :j ga

la retrouve partout ^ tout en retrace les funestes

images^ tout eu réveille les injustes désirs^ le

monde , la solitude , la présence , Téloignement n^

les objets, les plus indifférens , les occupations les

plus sérieuses, le temple saint lui-même, les

autels sacrés, les mystères terribles, en rappellent

le souvenir ; et tout devient impur , comme dit

TApôtre , à celui qui est déjà impur lui-même^

SVÏtES rUiVESTÉS l)É LA VOLUPTÉ. ig^j

Vous éCîez né doux,» ^gs^l i accessible : vou» aviez eu pour partage un cœur simple et sincère j; une candeur d^ame , une sérénité d^humeur qui oflfroit mille disposition favorables à la sincérité ebrétienue ^ et à la paix d^une conscience pure : et depuis que cette passion funeste a corrompu votre cœur ^ depuis que ce feu impur est entré dans votre ame ^ on ne vous reconnoU plus : veu» êtes semblable ^ dit saint Jude ^ à une mer tou^*jours agitée des flots les plus violens:; on vous trouve sombre 7 bizarre^ inquiet^ dissimulé^ cette sérénité qui venoit de Finnocence^ est éteinte^ «ette égalité qui preuoit sa source dans le caluEie des passions , n'est plus qu^un fonds inépuisable d^iumeurs et de caprices^ cette candeur, qui montroit votre ame tout entière ^ ne laisse plus voir que des pensées noires et cachées; vous avez perdu ^out ce qui vous rendoit aimable devant les hommes ^ et qui pouvoit vous rendre agréable aux yeux de Dieu; et Ton cherche tous les jours Yous—mème dans vous-même.

Vous aviez reçu en naissant des talens heureux : votre jeunesse annonçoit de grandes espérances : on croyoit que vous alliez marcher sur les traces de vos ancêtres^ et faire revivre avec leur nom^ leurs dignités et leur gloire : ces premières lueurs de tout ce qui fait les grands hommes , formoient déjà miltë présages flatteurs ^ et ouvroient à vos proches des vues éloigitées d^élévation et de foi«tune ; et ces talens ^, la volupté les a engloutis; et ^^s grandes espérances^ ua vice honteux les at

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ensevelis; et cette globe naissatite a fini par la honte et par rigaamioie ; et cet esprit si élevé-^ M cs^ble des plus grandes choses j vous Taves abruti ^ vous Tavez employé au succès de vos pas*^ s^DS , et à raffiaer sur des plaisirs iafàiDes ; vous ijui avec des inclinations différentes ^ auriez pu servir Tétat^ devenir une des ressources de la patrie; que sais-je? honorer votre siècle , et em- Jbellir peut-être nos histoires : vous voilà traînant au milieu de vos citoyens ^ les restes d^un mérite éteint; et ne retirant point d''auire fruit de tous le^ avantages cpe la nature avoit pris plaisir de vous : prodiguer^ ^e de faire dire devons : il auroit pu parvenir ^ s**!! avoit su. se vaincre.

Ge vice rend le pécheur insupportable à luîmème ^ insupportable par le fonds d^inquiétude

qu'ail laisse dans la conscience impure Tel est le

caractère de ce vice%, de laisser dans, le cœur ua fonds de tristesse qui le mine^ qui le suit partout^ qui répand une amertume secrète sur tous ses plaisirs : le charme fuit et sWvole; la conscience impure ae peut plus se fuir elle-même; oa se lasse de ses troubles , et on n'^a pas la. force de les finir; on se dégoûte de soi-même ^ et oa n^'ose changer; oa voudroit pouvoir fuir son propre cœur , et on se retrouve partout ;. on eavie la des^ -tinée de ces pécheurs endurcis quon voit tranquilles dans le crime ^ et on ne peut parvenirà cette, aifreuse tranquillité ^ oa essaie de secouer

StnTOS FUNESTES DE Là VOLCÏPTé. itOl

le joag de la foi ^ et on a d^abord plus d^hoFreuc de cet essai q[ue du crime lûème : enfin ^ les plaisirs que Ton goûte ne sont que des instâns rapides et fugitifs; les temords cruels forment comme Fétat durable et le fonds de toute là vie criminelle.

Insupportable secondement^ par les dégoûts^ lus jalousies^ les fureurs\, les contraintes., les {tsryexxTÈ , les tristes événemens inséparables de eette passion : on a tout à craindre dii c6té de la Réputation et de la gloire : il faut acheter le plailir injuste au prix des mesures les plus génantesi ^ ^u si une seule vient à manquer ^ tout est perdu : il faut soutenir les discours publics ] et les mur* mures domestiques ; soutenir les caprices ^ les inégalités ^ les mépris ^ la perfidie peut-être de Tobjet qui vous captive; soutenir vos devoirs^ vos bienséances^ vos intérêts toujours incompatibles avec vos plaisirs; se soutenir soi-même contre soi-même. Ah! les commeiicemens delà passion n'ofirent rien que de riant et d^àgréable : les premiers pas que Ton fait dans la voie de Tiniquité, on ne marché que sur dés fleurs ; les premières fureurs surtout de ce vice enivrent la raison^ et ne lui laissent pas le loisir de sentir toute sa misère : les idées qu^on se fait alors de la passion sont encore nobles et flatteuses; le langage répond aux idées; on ne Tannonce mutuellement que par l'élévation des séntimens , la bonté dû cœur^ la discrétion ^ Thonneur^ la bonne foi ^ la dbtiaction du mérite , la destinée des peiichâns :

ecrèt^

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