X8^ ABUS DE LA PAROLE
qu^unis entre eux par ce lien aimable de la société^ ils pusseat en quelque sorte prêter leur voix à toute la nature ^ pour célébrer en com mun les louange^ et les bienfaits de celui qui les a comblés de se$ dons avec tant de magnificence et de profusion. Vous vouliez , en leur donnant ce moyen si doui; et si facile de se communiquer leurs pensées et Uurs réflexions ^ qu'ils pussent s^encourager V un Tautre dans 1^ voie pénible du salut , et s^aider mutuellement dans les peines auxquelles le péché les a assujettis. Car quelle autre fin pou voit sq proposer votre sagesse étemelle , qui a présidé à tous vos ouvrages ! cependant , 6 mon Dieu y sur quoi roulent la plupart des entretiens du monde ? Hélas ! ceux-là sont les plus innoçens où Ton n'est, occupé que de choses vaines et frivoles ^ et où vous :êtes entièrement oublié^ puisque s'il arrivé que, votre saint, nom y soit proféré , c'est presque toujours pour y être déshonoré , et outragé par des^ i^lpiétés et des blasphèmes. Les discours que l'on. y tient sont-ils propres à inspirer l'amour de l^i vertu? Hélas ! l'on n^y entend que des maximes per^ ticieuses et antichrétiennes. La vanité, l'ambitipa/, la vengeance, le luxe, la volupté, le desir insatiable d'accumuler ^ voilà les vertus que le inonde connoît et estime , voilà les vertus auxquelles il porte ses partisans. Pour les vertus de l'Evangile, la fuite des plaisirs et des honneurs , l'humilité , la mortification , le mépris des richesses, ces vertus p/ir lesquelles seules nous pouvons anîver aty royaume descieux, ah! elles y sont ou incoa-»^
ABUS DE LÀ ?ARÔLE. ' STg
nues ou décriées, Loia de se regarder tous comme ne faisant entre eux qu''une même famille^ dont les intérêts doivent être Communs , il semble ^ ô mon Dieu, que dans ce monde corrompu, les hommes ne se lîeni; ensemble que pour se tromper mutuellement et se donner le change. L'a droiture y passe poiir simplicité. Etre double et dissimulé est un mérite qui honore. Toutes sek sociétés sont empoisonnées par le défaut de sin-^ cérité. La parole n^y est pas Finterprète des cœurs'^ elle n'est que le masque qui les cache et qui les déguise. Les entretiens n^ sont plus q;ue déW mensonges «nVeloppés sôùs lés dehors de Tamitiè et de la politesse. On se prodigue à Fenvi les louanges et les adulations , et on porte dais le cœur la haine, la jalousie et le mépris de céb± qu'on loue. L'intérêt le plus vil arme le frère contre le frère , Tamî contre l'ami ^ rompt tous les liens du sang et de l'amitié : et c'est un motif si bas, si indigne de' la fin à laquelle nous sommes destinés, qui décide de nois haines et de nos amours. Les besoins et les inalheurs du prochain ne trou^ vent que de l'indifférence , de la dureté même ^ daris les cœurs , lorsqu'on peut le négliger sans tien perdre, ou qu'on ne gagne rien à le secourir. O mon Dieu, quel besoin n'aî-jé pas de votre grâce et d'une protection singulière pour préserver mon cœur au milieu d'une corruption si universelle ! rÂKAP^RASEs«
aaO KRBEDAS DES HOMttXS.