SUR LES DISPOSITIONS A LA COMMUNION
HOTICF. HISTORIOn.
Massillon donna ce discours le dimanche 20 décembre 1699. Louis XIV et tonte la maison royale l'entendirent. La morale de ce beau sermon est fort rigoureuse; l'orateur demande pour approcher de la table eucharistique une perfection que ne sauraient atteindre tous ceux qu'y convie la divine indulgence du Sauveur.
1MUSL
Division. — Quatre dispositions sont nécessaires pour communier dignement et «rec frnit : Une foi retpectueuse qui nous fasse discerner; une foi prudente qui nous fasse éprouver; une foi ardente qui nous fasse aimer; une foi généreuse qui nous fasse immoler. C'est le précis de la doctrine de l'Apôtre et le sujet de ce discours.
Première disposition. — Une foi respectueuse qui nous fasse discerner; qui, malgré le voile dont le véritable Moïse se couvre sur cette montagne sainte , ne laisse pas de voir toute sa gloire ; qui est saisie d'une horreur religieuse à la seule présence du sanctuaire ; qui sent tout le poids de la présence d'un Dit», et qui, effrayée, s'écne comme Pierre : Retirez-vous de moi , Seigneur, parce que je ne suis qu'un homme et un homme pécheur.
Mais en reste-t-il de cette foi sur la terre? On croit, mais d'une foi superficielle qui s'en tient, pour ainsi dire, à la surface de ce sacrement, et n'en approfondit pas la vertu et les mystères ; qui se termine à des hommages extérieurs, qui ne sent rien, qui n'a point de suites dans la vie ; en un mot, qui n'a rien de vif, rien de grand, de sublime, de digne du Dieu qu'elle nous découvre.
Deuxième disposition. — Une foi prudente qui nous faste éprouver. Mais sur quoi nous éprouverons-nous Y Sur la sainleté de ce sacrement et sur notre propre corruption. C'est la chair de Jésus-Christ ; c'est le pain des Anges ; c'est l'Agneau sans tache qui ne veut autour de son autel que ceux ou qui n'ont pas souillé leurs vêtements ou qui les ont lavés dans les larmes de la pénitence. C'est un azyme pur : il faut être exempt du vieux levain pour en manger. C'est la viande des forts : une line faible, chancelante, mal affermie, qui tourne à tout vent, qui plie au premier obstacle, qui se brise au premier écueil, n'est pas en état de s'en nourrir. C'est la pàque des disciples de Jésus-Christ : il faut donc être de ce nombre pour y participer; c'est-à-dire se renoncer soi-même, porter sa croix et suivre Jésus-Christ. Enfin , c'est un Dieu si pur que les astres sont souillés devant lui : bannissons donc de nos cœurs tout ce qui est indigne de sa sainteté.
Troisième disposition. — Une foi ardente qui nous fasse aimer. J'ai désiré ardemment de manger cette pâque avec vous, disait Jésus-Christ à ses disciples. Or, que voulait-il nous apprendre par là ? C'est qu'il faut apporter à cette table divine un cœur embrasé, pénétré, cousumé par l'amour; un cœur impatient, empressé, avide; une faim et une soif de Jésus-Christ qui nous presse d'aller à lui pour goûter combien il est doux. Mais hélas ! les uns y apportent un dégoût et une répugnance criminelle ; les autres en approchent avec un cœur pesant , un goût émoussé, une âme toute de glace , en sorte que les images du monde et de leurs passions font sur eux des impressions bien plus vives que la présence de Jésus-Christ et le souvenir de ses mystères ; aussi portent-ils toujours à l'autel et en rapportent-ils les mêmes faiblesses et les mêmes imperfections. Quel sujet de trembler !
Quatrième disposition. — Une foi généreuse qui nous fasse immoler. C'est ce que l'Apôtre appelle annoncer la mort du Seigneur. Or, on annonce la mort du Seigneur en portant au pied du sanctuaire un esprit de mort et de martyre ; un désir sincère de sortir de cette prison de boue pour jouir de Jésus-Christ ; un corps mortifié et immobile pour les œuvres du péché ; des yeux fermés depuis longtemps à tout ce qui peut blesser la pudeur ; une langue environnée d'une garde de circonspection ; des oreilles impénétrables aux sifflements du serpent; une âme insensible aux mépris comme aux louanges; une âme hors de la portée des événements d'ici-bas, à l'épreuve des révolutions de la vie, égale dans la bonne et dans la mauvaise fortune, et toujours attentive à marcher d'un pas ferme vers l'éternité. Ce n'est pas que je veuille exclure de l'autel tous ceux qui n'ont pas encore atteint à la perfection de cet état ; mais il faut au moins y tendre et en avoir les prémices ; sans cela, communier c'est se rendre coupable du corps et du sang du Seigneur.
QUATRIEME DIMANCHE : SUR LES DISPOSITIONS A LA COMMUNION
Ponte v:»m Domini ; reçu» bette terni»» ejtu.
Prépara la toi» du Srigneur ; rende* droiti ta tentiert.
Luc, ni, 4.
Sire,
Voilà ce que l'Eglise ne cesse de nous répéter en ce saint temps pour nous disposer à la naissance de Jésus-Christ. Préparez, dit-elle à tous ses enfants, préparez la voie du Seigneur qui descend du ciel pour visiter son peuple et pour le racheter ; rendez droits ses sentiers ; que les vallées soient remplies ; que les montagnes et les collines soient abaissées; que les chemins tortus deviennent droits et les raboteux, unis. Ou pour dire la même chose sans figure : Préparez-vous, nous dit-elle, à recueillir le fruit du grand mystère que nous allons célébrer, parl'abaissement du cœur, la douceur de la charité, la droiture de l'intention, l'uniformité de la vie, par le renoncement à votre propre sagesse et à votre propre justice, mortifiant la chair et humiliant l'esprit.
Qu'il me soit permis de vous tenir le même langage à vous, Chrétiens mes frères, qui dans cette solemnité viendrez vous purifier dans les tribunaux de la pénitence pour donner à Jésus- Christ dans vos cœurs une nouvelle naissance en le recevant à la table sacrée : Parate viam Domini : Préparez la voie du Seigneur. L'action que vous allez faire, est la plus sainte de la religion, et la source des plus grandes grâces ; ne la faites donc pas sans y apporter tous les soins et toutes les précautions qu'elle exige ; ne vous exposez point à perdre par votre faute les avantages inestimables qui doivent vous en revenir : Parate viam Domini.
La communion doit faire naître Jésus-Christ dans nos cœurs ; mais quelle différence y auraitil entre le juste et le pécheur, entre celui qui discerne le corps du Seigneur, et celui qui traite sa chair sainte comme une viande commune, s'il naissait également dans le cœur de tous ceux qui le reçoivent? Ne vous y trompez pas, mes Frères : il y a une manière de reeexoir Jésus-Christ qui nous rend sa présence inutile; et plût à Dieu qu'en le recevant de cette manière, nous nous privassions seulement des grâces qui accompagnent une sainte communion 1 Ah 1 mes Frères, si la communion ne fait pas naître Jésus-Christ dans nos cœurs, elle l'y fait mourir ; si elle ne nous rend point participants de son esprit et de ses grâces, elle est
pour nous l'arrêt de notre condamnation ; si elle n'est pas pour notre âme un fruit de vie, elle est un fruit de mort : alternative terrible qui doit nous faire trembler, mais qui ne doit pas nous éloigner entièrement de la table sacrée. Le pain qu'on y distribue est la véritable nourriture de nos âmes, la force des forts, le soutien des faibles, la consolation des affligés, le gage de la bienheureuse immortalité : combien serait-il donc dangereux de s'en priver? Mais il le serait infiniment davantage de le manger sans s'y être préparé. C'est pourquoi je vous le répète de nouveau avec l'Eglise, mes très-chers Frères : Parate viam Domini : Préparez la voie du Seigneur ; disposez-vous de longue main à le recevoir; bannissez de vos cœurs tout ce qui peut lui déplaire ; instruisezvous des dispositions qu'il exige de ceux qui le reçoivent ; faites tous vos eilbi ts pour les acquérir : point d'autre moyen de ne pas vous exposer à une communion indigne et d'attirer Jésus- Chiisl dans vos âmes.
Matière importante qui demande toute votre attention. D'un côté il s'agit de vous faire éviter un crime aussi affreux que la profanation du corps et du sang adorable du Fils de Dieu ; de l'autre, il est que?tion de vous apprendre à recueillir de la communion toutes les grâces qu'elle est capable de produire dans nos cœurs. Quelles sont donc ces dispositions si essentielles pour communier dignement et avec fruit ? Je les réduis à quatre qui seront le sujet et le partage de ce discours. Implorons , etc. Ave, Maria.