‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de ClermontChapitre 109 sur 191 · SERMON POUR LE JOUR DE NOËL · texte numérisé non relu

SERMON POUR LE JOUR DE NOËL

K8TICÏ HISTOtlQflL

« Le 25 (décembre 1699), jonr de Noël, dit le premier numéro de la Omette de 1700, le roi entendit, l'après-dlnée, la prédication do P. Jnassillon, prêtre de l'Oratoire, et vêpres. » — « Le roi, dit à son tour le marquis de Dangeau, et toute la maison royale, assistèrent à toutes les dévotions de U journée et eulendireut le sermon du P. Massillou. Sa Majesté a été tort contente de ce prédicateur, » Journal, tome VU.

UUITSL

Division. — Jésus- Christ , par ta naissance, vient rendre la gloire à Dieu et la paix aux hommes : 1° A Dieu, la gloire que les hommes avaient voulu lui ravir; 2° Aux hommes, ta paix qu'ils n'avaient cessé de se ravir à eux-mêmes.

Première partie. — L'idolâtrie rendait à la créature le culte que le Créateur s'était réservé à lui seul; la synagogue ne l'honorait qne des lèvres et par des hommages extérieurs qui n'éiaienl pas dignes de lui ; la philosophie lui ravissait la gloire de sa providence et de sa sagesse éternelle : trois plaies, répandues sur toute la face de la terre, que Jésus-Christ vient guérir.

1° L'hommage que son âme sainte unie au Verbe rend à Dieu, dédommage d'abord sa majeslé suprême des honneurs que l'univers lui avait jusque-là refusés ; une foule de disciples fidèles, instruite par cet houime-Dieu, ouvrent les yeux à la lumière ; le monde reconnaît son auteur, et Dieu rentre dans ses droits. Voilà le premier bienfait de la naissance de Jésus-Christ; mais ce bienfait est-il pour nous ? Nous n'adorons plus de vaines idoles ; mais ne mettons-nous pas à leur place le monde avec tous ses plaisirs?

2° Jésus-Christ ne se borne pas à manifester le nom de son Père aux hommes ; il lui forme des adorateurs en esprit et en vérité, qui ne compteront pour rien les hommages extérieurs, si l'amour ne les anime et ne les sanctifie. Pouvons-nous nous flatter d'être du nombre de ces adorateurs véritables? A quoi se réduit tout notre culte? A quelques observances extérieures; et encore , c'est la religion des plus sages. Voilà le second bienfait de la naissance de Jésus-Christ auquel nous n'avons presque aucune part.

3° Enfin, les hommes avaient voulu encore ravir à Dieu la gloire de sa providence et de sa sagesse éternelle ; les philosophes, forcés de reconnaître un seul Etre suprême, se le rcprésenlaient ou comme un Dieu oisif et sans attention aux choses humaines ou comme un Dieu sans liberté et assujéti à un enchaînement fatal d'événements nécessaires. Jésus-Christ vient rendre à son Père la gloire qne les vains raisonnements de la philosophie lui avaient otée ; et, en exigeant le sacrifice de nos faibles lumières, il nous apprend ce que nous devons connaître de l'Etre suprême et ce que nous en devons ignorer. Mais hélas ! où sont parmi nous les fidèles qui font à la foi un sacrifiée entier de leur raison ?

Deuxième partie. — La naissance de Jésus-Christ rend aux hommes la paix qu'ils n'avaient cessé de se ravir à euxmêmes.

L'orgueil, la volupté, les haines et les vonçeances avaient été les sources fatales de toutes les agitations que le cœur de l'homme avait éprouvées : Jésus-Christ vient lui rendre la paix en les tarissant par sa grâce, par sa doctune et par son exemple.

Je dis que l'orgueil avait été la première source des troubles qui déchiraient le cwur des hommes. Quelles guerres, quelles fureurs cette funeste passion n'avait-elle pas allumées snr la terre ? Mais ce qui se passait au dehors n'était que l'image des Irouhlcs que l'homme orgueilleux éprouvait au dedaiis de lui-même. Jésus-Christ, eu dégradant par sa naissance pauvre et abjecte les bieus et la gloire humaine, rétablit dans le monde la paix que l'orgueil en avait bannie. Cependant, cherchez au milieu des chr. tiens celte paix heureuse qui devait être leur héritage ; vous ne la trouverez ni dans les villes, ni dans l'enceinte des murs domestiques, ni dans les palais des rois, ni même dans le sanctuaire.

Les volupiés charnelles n'avaient pas excité moins de troubles dans le monde que l'orgueil ; Jésus-Christ vient retirer les hommes de cet abîme de corruption, et leur donner la paix en leur rendant l'innocence et la liberté que la tyrannie de ce vice leur avait ôtée. Il naît d'une vierge et la plus pure de toutes les créatuics ; |>ar là il met déjà en honneur une vertu inconnue au monde, et que sou peuple même regardait comme un opprobre; de plus, eu s'uuissant à notre chai', il la purifie, il en fait le temple de Dieu, le sanctuaire de l'Esprit-Saint. Mais ne profanons- nous pas encore ce temple saint? Les passions honteuses ne troublentelles pas encore la tranquillité des empires, le repos des familles, l'ordre de la société, la bonne foi des mariages, etc.?

Enfin, la naissance de Jésus-Christ, en ne faisant de tous les peuples qu'un seul peuple, et de tous ses disciples qu'un cœur et qu'une âme, éteint toutes les inimitiés et tontes les haines : dernier genre de paix qu'elle apporte aui hommes et dont les hommes ne savent pas profiter.

AYENT

Enagdbo vobi. gaudium magnum quod erit «ni populo, quia „atus est Tobis hodie Salvator qui est Christu» Domiuus.

„ viens vous arrêter une nouvelle çui ••» IJ-J <™< * ^ ,e sujei d'une grande joie s *«t aïaujourd nui U «ou, *,* un

Sauveur gui est le Christ, le Seigneur. Luc, n, 10, 11.

Sire,

Voilà en effet la grande nouvelle que le monde attendait depuis quatre mille ans ; voilà le grand événement que tant de prophètes avaient prédit, que tant de cérémonies avaient figuré, que tant de justes avaient attendu, et que tonte la nature semblait promettre et hâter par la corruption universelle répandue sur toute chair; voilà le grand bienfait que la bonté de Dieu préparait aux hommes, depuis que l'infidélité de leur premier père les eut tous assujétis au péché et à la mort.

Le Sauveur, le Christ, le Seigneur paraît enfin aujourd'hui sur la terre. Les nuées enfantent le Juste1 ; l'étoile de Jacob se montre à l'univers1; le sceptre est sorti de Juda8, et celui qui devait venir est arrivé'; les temps mystérieux sont accomplis; le Seigneur a fait paraître le signe promis à la Judée; une Vierge a conçu et enfanté5, et de Bethléem sort le conducteur qui doit instruire et régir tout Israël'.

Quels nouveaux biens, mes Frères, cette naissance n'annonce-t-elle pas aux hommes? Elle n'aurait pas été durant tant de siècles, annoncée, attendue, désirée ; elle n'aurait pas fait la religion de tout un peuple, l'objet de toutes les prophéties, le dénoûment de toutes les figures, l'unique fin de toutes les démarches de Dieu envers les hommes, si elle n'avait été la plus grande marque d'amour qu'il pouvait leur donner. Quelle nuit heureuse que celle qui vient de présidera cet enfantement divin ! Elle a vu la lumière du monde luire dans ses ténèbres; les cieux en retentissent de joie et de cantiques d'actions de grâces.

Mais, mes Frères, pour entrer dans les transports d'allégresse que cette naissance répand dans le ciel et sur la terre, il faut participer aux bienfails qu'elle vient nous apporter. La joie commune n'est fondée que sur le salut commun qui nous est offert; et si, malgré ce se-

1 Nubcs plnant Jusluni. ls., XLV, 8.

5 Orietur Stella ex Jacob. Num., xxlV, 17.

J Non auferetur sceptrum de Juda. Gen., XLix, 10.

* Qui venturus es. Matth., xi, 3.

6 Ecce virgo concipiet et pariet filium. ls., vil, 14.

• Et tu Bethlehem... ex te enim exietdux, qui regat populum meum Israël. Matth., n, 6. Et tu Bethlehem... ex te milii egredietur oui sit domùialor in Israël. Mich., v, 2.

cours, nous nous obstinons encore à périr, l'Eglise pleure sur nous, et nous mêlons le deuil et la tristesse à la joie que lui inspire une si heureuse nouvelle.

Or, quels sont les bienfaits inestimables que cette naissance vient apporter aux hommes? Les Esprits célestes eux-mêmes viennent l'apprendre aujourd'hui aux pasteurs : elle vient rendre la gloire à Dieu et la paix aux hommes ' ; et voilà tout le fond de ce grand mystère développé. A Dieu la gloire que les hommes avaient voulu lui ravir; aux hommes la paix qu'ils n'avaient cessé de se ravir à eux-mêmes. Implorons, etc. Ave, Maria.

Page 1