SUR LA VÉRITÉ
ROTICE HISTOUOtlI.
Ce sermon fut prononcé à l'église des Missions étrangères à la fin dn xvn« siècle, on dans les cinq premières années dn xvni». Il faut se reporter à la notice du sermon vingt-unième. On trouve dans l'édition de Trévoux un beau canevas de ce sermon. Nous te mettons au bas de la page, et on pourra comparer la rédaction retouchée et achevée de Massillon avec ce qu'on avait pu saisir au débit et lors du premier jet.
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Division. — La vérité figurée par l'étoile trouve dans les Mages des adorateurs, dans les prêtres juifs des dissimulateurs, dans Hérode un persécuteur. Telle est encore parmi nous sa destinée ; peu la reçoivent, beaucoup la cachent et la déguisent, encore plus la méprisent et la persécutent. Ainsi : 1° Ln vérité reçue; 2° la vérité dissimulée; 3° la vérité persécutée.
Première partie. — La vérité reçue. 11 est peu d'âmes, quelque plongées qu'elles soient dans les sens et dans les passions, dont les yeux ne s'ouvrent quelquefois sur la vanité des biens qu'elles poursuivent, sur la grandeur des espérances qu'elles sacrifient, et sur l'indignité de la vie qu'elles mènent. Mais hélas ! leurs jeux ne s'ouvrent à la lumière que pour se refermer à l'instant ; et tout le fruit qu'elles retirent de la vérité, c'est le crime de l'avoir inutilement connue.
Les uns se bornent à raisonner sur la lumière qui les frappe, et font de la vérité un sujet de contention et de vaine philosophie; les autres, mal d'accord avec eux-mêmes, souhaitent, ce semble, de la connaître, mais ne la chcichent pas comme il faut, parce qu'au fond ils seraient fâchés de l'avoir trouvée; enfin quelques-uns plus dociles se laissent ébranler par son évidence; mais, rassurés par l'opinion publique ou rebutés par les difficultés et les violences que la vérité leur offre, ils s'en éloignent et l'abandonnent, après s'être réjouis quelque temps à sa lumière.
Ce n'est pas ta l'usage qu'en firent les Mages. Quoiqu'accoutuuiés à tout rappeler au jugement de la raison, ils suivent la lumière céleste, sans s'arrêter aux vaines réflexions de l'esprit humain, sans égard à leurs amis et à leurs proches, malgré les discours et les dérisions publiques; et leur cœur, désabusé de tout, ne trouve plus que la vérité qui les réjouisse, qui les intéresse et qui les console. Voilà la vérité reçue dans les Mages avec soumission, avec sincérité, avec joie; voyons dans la conduite des prêtres juifs la vérité dissimulée.
Deuxième partie. — Trois sortes de dissimulation dans les prêtres de la Synagogue : une dissimulation de silence, une dissimulation de complaisance et d'adoucissement, une dissimulation de feinte et de mensonge.
Dissimulation de silence : Consultés par Hérode sur le lieu où le Christ devait naître, ils répondent à la vérité que c'est a Bethléem ; mais ils n'ajoutent pas que l'étoile prédite ayant enfin paru, et les rois de Saba et de l'Arabie venant avec des présents adorer le nouveau chef qui devait conduire Israël , il ne fallait plus douter de sa naissance. Us n'assemblent point les peuples pour leur annoncer cette heureuse nouvelle ; ils ne vont pas à Hethiéem pour animer Jérusalem par leur exemple : renfermés dans leur criminelle timidité, ils gardent un profond silence, et retiennent la vérité dans l'injustice.
Sans toucher ici aux oints du Seigneur, il est peu de personnes dansie inonde qui ne se rendent tous les jours coupables de cette dissimulation de silence. Car, pour en être coupable, il n'est pas nécessaire de souscrire à l'impiété et d'approuver les maximes du siècle, il suffit de se taire quand on attaque la vérité devant nous à découvert.
Dissimulation de complaisance et d'adoucissement : les prêtres et les docteurs, forcés par l'évidence des Ecritures de rendre gloire à la vérité, l'adoucissent par des expressions ménagées. Four complaire à Hérode, ils suppriment le titre de roi que les Mages venaient de donner, et que les prophètes avaient si souvent donné au Messie ; ils le désignent par une qualité qui pouvait marquer également en lui une autorité de doctrine et de puissance, quoiqu'ils attendissent eux-mêmes un Messie, roi et conquérant. La conduite de ces prêtres nous parait indigne ; mais, si nous voulons nous juger nous-mêmes, nous verrons que nos discours et nos démarches ne sont souvent que des adoucissements de la vérité, et des tempéraments pour la réconcilier avec les préjogés ou les passions de ceux avec qui nous avons à vivre.
Dernière dissimulation des prêtres Juifs, dissimulation de mensonge : ils ne se contentent pas d'alléguer les prophéties en termes obscurs et adoucis; ne voyant pas revenir les Mages, ils les accusent, pour calmer Hérode, d'une crédulité vaine et superstitieuse. Et voilà où nous en venons enfin; à force déménager les passions des hommes et de vouloir leur plaire aux dépens de la vérité, uous l'abaudounuiis enfin ouvertement.
FETE DE L'EPIPHANIE : SUR LA VERITE
Thoisiemk Partie. — Vérité persécutée par Hérode. Cet impie persécute la vérité : premièrement par l'éloignc menl public qu'il fait paraître pour elle, et qui entraine tout Jérusalem par son exemple ; et c'est ce que j'appelle une persécution do scandale : secondement, il la persécute en tâchant de corrompre les piètres, et en dressant même des embûches à la piété des Mai.es; c'est ce que j'appelle une persécution de séduction: enfin il la persécute en répjuuaut le sang innocent; et c'est une peisécution de force et de violence.
Or, ces trois genres de persécution s'exercent aujourd'hui dans le christianisme. Car : 1° qui peut se flatter de n'être pas du nombre des persécuteurs de la vérité par les scandales? Je ne parle pas même de ces hommes perv. rs qui ont levé l'étendard du crime et de la licence ; je par'e de ces âmes livrées aux plaisirs el aux vanités du siècle, et dont la conduite, d'ailleurs régulière, s'attire l'estime et les louanges des hommes; et je dis q l'elles persécutent la vérité par leurs seuls exemples, qu'elles anéantissent autant qu'il est en elles dans tous les cœurs les maximes de l'Evangile, et qu'elles font plus de déserteurs de la véiité que n'en firent autrefois les tyrans.
2° Nous persécutons tous les jours la vérflé par voie de séduction , en taxant d'excès la ferveur des justes , en leur faisant des peintures vives et agréables des plaisirs qu'ils fuient, en exagérant les difficultés de la persévérance ; peut-être même en attaquant le fondement inébranlable de leur foi ; en gênant par notre autorité le zèle et la piété des personnes qui dépendent de nous ; enfin en faisant servir nos talents à la destruction du règne de Jésus-Christ.
3° Le monde est plein de persécuteurs publics de la vérité; et, si l'Eglise n'est plus affligée par la barbarie des tyrans et par l'effusion du sang de ses enfants , elle est encore tous les jours persécutée par les dérisions publiques que les mondains font de la vertu, et par la perte des âmes fidèles qu'elle voit avec douleur succomber si souvent à la crainte de leurs dérisions et de leurs censures.
Vidimus tteuâcn ejus In Oriente, et venlœns adorare eum.
Nous avons vu son étoile en Orient , et nous sommes venus fadorer. Matin., n, 2.
La vérité, cette lumière du ciel, figurée par l'étoile qui paraît aujourd'hui aux Mages, est la seule chose ici-bas qui soit digne des soins et des recherches de l'homme. Elle seule est la lumière de notre esprit, la règle de notre cœur, la source des vrais plaisirs, le fondement de nos espérances, la consolation de nos craintes , l'adoucissement de nos maux , le remède de toutes nos peines. E'.le seule est la source de la bonne conscience, la terreur de la mauvaise ; la peine secrète du vice , la récompense intérieure de la vertu ; elle seule immortalise ceux qui l'ont aimée, illustre les chaînes de ceux qui souffrent pour elle, attire des honneurs publics aux cendres de ses martyrs et de ses défenseurs, et rend respectables l'abjection et la pauvreté de ceux qui ont tout quitté pour la suivre ; enfin , elle seule inspire des pensées magnanimes, forme des hommes héroïques, des âmes dont le monde
n'est pas digne, des sages seuls dignes de ce nom. Tous nos soins devraient donc se borner à la connaître ; tous nos talents, à la manifester; tout notre zèle, à la défendre. Nous ne devrions donc chercher dans les hommes que la vérité, ne vouloir leur plaire que par la vérité, n'eslimer en eux que la vérité, et ne souffrir qu'ils voulussent nous plaire que par elle ; en un mot, il semble donc qu'il devrait suffire qu'elle se montrât à nous, comme aujourd'hui aux Mages , pour se faire aimer ; et qu'elle nous montrât à nous-mêmes pour nous apprendre à nous conaître.
Cependant, il est étonnant combien la même vérité , montrée aux hommes , fait en eux d'impressions différentes. Pour les uns, c'est une lumière qui les éclaire, qui les délivre , qui leur rend le devoir aimable, en le leur montrant: aux autres, c'est une lumière importune , et comme un éblouissement qui les attriste et qui les gêne ; enfin, à plusieurs, un nuage épais qui les irrite, qui arme leur fureur, et qui achève de les aveugler. C'est la même étoile qui paraît aujourd'hui dans le
La vérité est la seule chose ici-bas qui soit digne du soin et de la noblesse de l'homme ; elle seule est la lumière de nos esprits, la règle de nos cœnrs el la perfection de nos âmes. Elle seule est la source de nos plaisirs, la consolation de nos craintes, le fondement de nos espérances, l'adoucissement de nos maux, le remède de nos peines ; elle seule est la ressource de la bonne conscience, la terreur de la mauvaise, la peine secrète du vice, la récompense intérieure de la vertu; elle seule immortalise ceux qui Tout aimée, illustre les chaînes de ceux qui combattent pour elle , attire des honneurs publics aux viles cendres de ses défenseurs et de sis martyrs, et rend glorieuse et désirable la pauvreté de ceux qui ont tout quitté pour la suivre; elle seule enfin forme de parfaits magistrats, des juges incorruptibles, des
amis véritables, des maîtres justes, des princes religieux, de fidèles sujets, des sages seuls dignes de ce nom. Tous nos soins devraient don- tendre à la connaître ; tous nos discours à la manifester; tout notre zèle à la défendre; nous devrions donc n'aimer dans les hommes que la vérité , ne vouloir leur plaire que par la vérité , et ne souffrir qu'ils nous plaisent que par elle ; il devrait donc suffire qu'elle se montre a nous pour l'aimer, et nous apprendre à nous connaître.
Cependant, il est étrange de voir combien cette même vérité fait en uous d'impressions différentes de celles qu'elle devrait produire ; aux uns c'est une lumière qui les éclaire et les attire, aux auties c'est un éblouissement qui les contraint et qui le? gène ; enfin c'est à la plupart un nuage qui les aveugle. Cette
AVENT
firmament ; les Mages la voient ; les piètres de Jérusalem savent qu'elle est prédite dans les prophètes ; Hérode ne peut plus douter qu'elle n'ait paru, puisque des hommes sages viennent des extrémités de l'Orient chercher à la laveur de sa lumière le nouveau roi des Juifs. Cependant, qu'ils offrent des dispositions peu semblables à la même vérité qui se manifeste
à eux!
Dans les Mages, elle trouve un cœur docile et sincère ; dans les Prêtres , un cœur double, timide, lâche, dissimulé; dans Hérode, un cœur endurci et corrompu. Aussi dans les Mages elle forme des adorateurs ; dans les prêtres, des dissimulateurs, dans Hérode, un persécuteur. Or , mes Frères , telle est encore aujourd'hui parmi nous la destinée de la vérité : c'est une lumière céleste qui se montre à tous, ditsaint Augustin, omnibus prœsto est; mais peu la reçoivent, beaucoup la cachent et la déguisent, encore plus la méprisent et la persécutent. Elle se montre à tous ; mais combien d'àmcs i ndociles qui la rejettent ? Combien de cœurs IûcLlS et timides qui la dissimulent? Combien de cœurs noirs et endurcis qui l'oppriment et qui la persécutent ? Recueillons ces trois caractères marqués dans notre Evangile, et qui vont nous instruire de tous nos devoirs envers la vérité : la vérité reçue, la vérité dissimulée , la vérité persécutée. Esprit saint, Esprit de vérité, anéantissez en nous l'esprit du monde, cet esprit d'erreur, de dissimulation, de haine de la vérité ; et , dans ce
lieu saint ' destiné à former des Ministres qui vont l'annoncer jusqu'aux extrémités de la krre, rendez-nous digues d'aimer la vérité, de la manifester à ceux qui l'ignorent, et de tout souffrir pour elle. Ave, Maria.