PREMIERE PARTIE
J'appelle vérité celte règle éternelle, cette lumière intérieure, sans cesse présente au dedans de nous, qui nous montre sur chaque action, ce qu'il faut faire ou ce qu'il faut éviter, qui éclaire nos doutes, qui juge nos jugements, qui nous approuve ou qui nous condamne en secret , selon que nos mœurs sont conformes ou contraires à sa lumière, et qui , plus vive et plus lumineuse en certains mouiu;ts, nous découvre plus évidemment la voie que nous devons suivre , et nous est figurée par cette lumière miraculeuse qui conduit aujourd'hui les Mages à Jésus-Christ.
Or, je dis que, comme le premier usage que nous devons faire de la vérité, c'est pour nousmêmes, l'Eglise nous propose en ce jour, dans ia conduite des Mages, le modèle des dispositions qui seules peuvent nous rendre la connaissance de la vérité utile et salutaire. Il est peu d'âmes, quelque plongées qu'elles soient dans les sens et dans les passions , dont les yeux ne s'ouvrent quelquefois sur la vanité des biens qu'elles poursuivent , sur la grandeur des espérances qu'elles sacrifient , et sur l'indignité de la vie qu'elles mènent. Mais hélas ! leurs
même étoile qui parait à la naissance du Fils de Dieu, les Mages la voient et la suivent, les prêtres et les docteurs de la loi savent qu'elle a été prédite dans les prophètes ; Hérode ne peut point douter qu'elle ait paru, puisque des hommes sages viennent de l'extrémité de l'Orient chercher, à la faveur de sa lumière , le nouveau roi des Juifs. Cependant, ils offient tous des dispositions peu semblables à la lumière qui les éclaire ; tous sont dans des sentiments différents à son égard.
Dans les Mages elle trouve un cœur docile et sincère ; elle trouve dans les prêtres et les docteurs un cœur dissimulé, lâche, hypocrite; dans Hérode elle trouve un cœur corrompu et rebelle. Ainsi dans les Mages elle trouve des adorateurs; dans les prêtres des dissimulateurs ; dans Hérode un persécuteur. Telle est encore aujourd'hui la destinée de la vérité parmi nous; elle se montre à tous, dit saint Augustin, mais combien peu de cœurs dociles la reçoivent ! Combien de cœurs lâches et timides la dissimulent! Combien de cœurs corrompus et méchants la persécutent, la combattent ! Recueillons ces trois caractères de la vérité dans l'Evangile de ce jour pour en faire les trois parties de ce discours.
1° La vérité reçue par les Mages.
2» La vérité dissimulée par les prêtres de la loi.
3» La vérité persécutée par Hérode. Voilà tout mon dessein.
Esprit-Saint, Esprit de vérité, anéantissez en nous cet esprit du monde, esprit d'erreur, de dissimulation et de malice, esprit de haiue, de mensonge et de corruption; et, dans ce lieu saint,
destiné à prêcher des vérités qui touchent, qui instruisent, et qui, comme autant d'étoiles lumineuses, brillent aux yeux des fidèles par l'explication que nous leur en faisons, rendez-nous dignes de les bien annoncer, et eux de les connaître, de les aimer et de les pratiquer. Adressons-nous pour cela à cette Vierge qui conçut la Vérité éternelle dans son sein, lorsqu'un ange lui dit : Ave, Maria.
J'appelle vérité, cette lumière intérieure sans cesse présente au fond de notre âme, qui nous montre dans ch.ique occasion ce qu'il faut faire et ce qu'ii faut éviter, qui conduit nos affections, qui règle nos désirs, qui éclaire nos doutes, qui juge nos jugements, qui nous approuve ou nous condamne selon que nos mœurs sont conformes ou contraires à la lumière; et qui, plus vive en certains moments qu'il plail au Seigneur de la répandre plus abondamment dans nos cœurs, nous montre d'une manière plus marquée nos égarements et la voie que nous devons suivre, et nous est figurée par cette étoile miraculeuse qui éclaiie les Mages et les conduit à Jésus-Cbrist.
Or, je dis que, comme le piemier usage de la vérité doit être pour nous-mêmes, l'Eglise a voulu nous montrer dans la personne des Mages, la disposition qui seule peut nous rendre l'usage de la vérité utile. En effet, il y a peu d'Âmes chrétiennes dont les
1 L'église des Missions étrangères.
FÊTE DE L'EPIPHANIE : SLR LA VÉRITÉ
yeux ne s'ouvrent à la lumière que pour se refermer à l'instant; et tout le fruit qu'elles retirent de la vérité qui se montre et qui les éclaire, c'est d'ajouter au malheur de l'avoir jusque-là ignorée le crime de l'avoir ensuite inutilement connue.
Les uns se bornent à raisonner sur la lumière qui les frappe, et font de la vérité un sujet de contention et de vaine philosophie ; les autres , pas encore d'accord avec euxmêmes, souhaitent, ce semble, de la connaître , mais ne la cherchent pas comme il faut, parce qu au fond ils seraient fâchés de l'avoir trouvée ; enfin, quelques-uns, plus dociles , se laissent ehranler par son évidence , mais rebutés par les difficultés et les violences qu'elle leur offre , ils ne la reçoivent pas avec cette joie et cette reconnaissance qu'elle inspire, quand on l'a une fois connue. Et voilà les écueils que nous apprennent aujourd'hui à éviter les dispositions des sages de l'Orient envers la lumière du Ciel qui vient leur montrer des routes nouvelles.
Accoutumés, par une profession publique de sagesse et de philosophie, à tout rappeler au jugement d'une vaine raison et à se mettre audessus des préjugés populaires, ils ne s'arrêtent pas, cependant, avant que de se mettre en chemin sur la foi de la lumière céleste, à examiner si l'apparition de ce nouvel astre ne pouvait pas trouver ses causes dans la nature ; ils n'assemblent pas de tous les endroits des hommes habiles pour raisonner sur un événe-
ment si inouï; ils ne perdent pas le temps en de vaines difficultés qui naissent plus d'ordinaire de l'opposition qu'on a pour la vérité que d'une envie sincère de s'éclaircir et de la connaître. Instruits par la tradition de leurs pères que les Israélites captifs avaient autrefois portée en Orient et que Daniel et tant d'autres prophètes y avaient annoncée sur l'étoile de Jacob qui devait un jour paraître , ils comprennent d'ahord qu'il ne faut point mêler à la lumière céleste les vaines réflexions de l'esprit humain, que ce que le ciel leur montre de clarté suffit pour les déterminer et pour les conduire, que la giâce laisse toujours des obscurités dans les voies où elle nous appelle pour ne pas ôter à la foi le mérite de sa soumission, et que, lorsqu'on est assez heureux pour entrevoir une seule lueur de vérité, la droiture du cœur doit suppléer ce qui manque a l'évidence de la lumière : Vidimus, et venamis. Cependant combien d'âmes dans le monde, flottantes sur la foi ou plutôt asservies par dis passions qui leur rendent douteuse la vérité qui les condamne ; combien d'âmes ainsi flottantes voient bien qu'au fond la religion de nos pères a des caractères de vérité que la raisca la plus emportée et la plus flère n'oserait lui disputer; que l'incrédulité mène trop loin ; qu'après tout, il faut s'en tenir à quelque chose ; et que ne rien croire e^t un parti encore plus incompréhensible à la raison que les mystères qui la révoltent ' ; qui le voient et qui s'efforcent d'endormir, par des disputes
yenx ne s'ouvrent quelquefois sur la fragilité de leurs biens, sur la vanité des plaisirs, sur le néant des grandeurs, sur la brièveté de la vie, sur la certitude de la mort, sur l'incertitude de leur destinée ; nais leur creur se ferme à la pratique de ces ventés, et tout l'avantage qu'ils retirent de cette lumière, c'est d'ajouter au malheur de l'avoir ignorée, le crime de l'avoir inutil' im-nt connue.
Car les uns s'arrêtent à disputer sur la lumière qui les éclaire, et font île la véiité qui se présente à enx, on sujet de contestation et de vaine philosophie; les autres, peu d'accord avec une vérité qni les rené, semblent souhaiter de la connaître et de la trouver, mais ne la cherchent point comme il faut, parce qu'ils seraient fâchés de la suivre après l'avoir trouvée ; enfin, plusieurs en perdent le fruit , parce qu'ils ne la reçoivent point avec celte joie qu'on doit marquer quand on l'a trouvée. Voilà les écueils que nous apprend à éviter la disposition des sages de l'Orient : ils reçoivent la vérité qui se présente à eux avec un esprit docile et soumis; ils la cherchent avec une affection sincère et généreuse, ils la suivent avec une joie constante et durable.
le dis premièrement qu'ils la reçoivent avec une sagesse raisonnable. Accoutumés à ramener tout à leur propre raison et à s'élever au-dessus des préjugés populaires, ils ne s'arrêtent point, avant de se mettre en chemin, à examiner si l'apparition de ce nouvel astre ne trouve point ses causes et sa souice dans la nature; ils n'amassent point de tous les endroits de la terre des nommes habiles pour raisonner sur un "événement jusqu'alors
inouï; ils ne s'amusent point à ces conjectures qui naissent plutôt des ténèbres que de h connaissance ; ils ne font pas même réflexion sur la difficulté de leur entreprise; ils comprennent d'abord qu'il ne faut point mêler avec les célestes secrets île la Providence les vaines réllexions de l'esprit humain, que ce que l'Esprit-Saint leur montre de lumière, suffit pour les conduire, que la grâce laisse toujours quelques ténèbres dans l'esprit pour ne pas ôter à la foi le mérite de sa soumission, que, lorsqu'on est assez heureux pour entrevoir une seule lueur de vérité, on doit se rendre aussitôt, et que le peu qu'on y aperçoit doit suppléer à tout ce qui manque dans sa lumière : Vidimus stellam ejus in Oriente , et vem'mut ndornre enni.
Cependant, combien d âmes flottent encore dans le monde sur des vérités évidentes, et forment de tels doutes sur les points essentiels du christianisme! Oie si en leur faveur on en vient à une entière décision , leur éternité est bien en danger. Combien de gens qui voient que la religion qu'ils professent a des caractères de vérité que l'incrédulité même ne peut obscurcir, qu'au fond il s'en faut tenir à quelque chose, que ne rien croire est un procédé très-étrange, et cependant qui flottent encore entre l'erreur et la vérité, entre la figure et la réalité, qui croient ne pouvoir jamais assez proposer de doutes sur les voies impénétrables de Dieu et sur les mystères incompréhensibles de sa justice et de sa miséricorde! Combien eu
1 Considération qui semble einpiuutec a Pascal.
AYEiVL
sans fin, le ver de la conscience qui leur reproche sans cesse leur égarement et leur folie; qui, sous prétexte de s'éclaircir, résistent à la vérité qui se montre au fond de leur cœur ; qui ne consultent que pour pouvoir se dire à eux-mêmes qu'on n'a pu satisfaire à leurs doutes ; qui ne s'adressent aux plus habiles que pour se faire un nouveau motif d'incrédulité de s'y être en vain adressés ? Il semble que la religion ne soit plus que pour le discours : ce n'est plus cette affaire sérieuse, où nous n'avons pas un moment à perdre ; c'est une simple matière d'entretien, comme autrefois dans l'Aréopage ; c'est un délassement de l'oisiveté; c'est une de ces questions inutiles qui remplissent le vide des conversations, et soutiennent l'ennui et la vanité des commerces '. Mais, mes Frères, le règne de Dieu ne vient pas avec observation \ La vérité n'est pas le fruit des contentions et des disputes, mais des larmes et des soupirs ; ce n'est qu'en purifiant notre cœur dans le silence et dans la prière qu'il fautattendre, comme les May es, la lumière du Ciel et se rendre digne de la discerner et de la connaître. Un cœur corrompu, dit saint Augustin, peut voir la vérité ; mais il ne saurait la goûter, ni la trouver aimable. Vous avez beau vous éclaircir et vous instruire ; vos doutes sont dans vos passions : la religion deviendra claire, dès que vous serez devenu
chaste, tempérant, équitable ; et vous aurez la foi, dès que vous n'aurez plus de vice. Ainsi, n'ayez [dus d'intérêt que la religion soit fausse, et vous la trouverez incontestable : ne haïssez plus ses maximes, et vous ne contesterez plus ses mystères: Inhœrere veritati sordidus aniimts non potest.
Augustin lui-même, déjà convaincu de la vérité de l'Evangile, trouvait encore dans l'amour du plaisir, des doutes et des perplexités qui l'arrêtaient. Ce n'étaient plus les songes des Manichéens qui l'éloignaient de la foi : il en sentait l'absurdité et le fanatisme ; ce n'étaient plus les contradictions prétendues de nos Livres saints : Ambroise lui en avait développé le secret et les mystères adorables. Cependant il doutait encore : la seule pensée qu'il fallait renoncer à ses passions honteuses, en devenant disciple de la foi, la lui rendait encore suspecte. 11 aurait souhaité ou que la doctrine de Jésus-Christ eût été une imposture ou qu'elle n'eût pas condamné les voluptés sans lesquelles il ne pouvait comprendre qu'on pût mener une vie douce et beureuse. Ainsi, flottant toujours et ne voulant pas être fixé, consultant sans cesse et craignant d'être éclairci, sans cesse disciple et admirateur d'Ambroise et toujours agité par les incertitudes d'un cœur qui fuyait la vérité, il traînait sa chaîne, comme il dit lui-même,
voit-on qui, sous prétexte de s'éclaircir, résistent à la vérité, qui tâchent d'endormir, par des disputes sans fin, le ver secret de leur conscience, qui ne consultent un directeur que pour se pouvoir dire à eux-mêmes qu'ils n'ont rien à se reprocher ; qui ne s'adressent au plus habile que pour se faire gloire de s'y être adressés ! Qu'enlendons-nous tous les jours que des doutes et des difficultés sur la religion? Il semble qu'elle ne soit plus que pour donner matière aux discours, aux conversations des nommes; ce n'est plus cette affaire sérieuse qu'on ne doit traiter qu'aux pieds des autels et dont Dieu seul est l'auteur et l'arbitre, c'est un délassement de l'oisiveté et du libertinage, c'est une de ces questions inutiles qui soulage l'ennui, qui soutient le faible des entretiens, qui ranime la langueur des conversations, et qui lie le commerce.
D'où vient cela, mes Frères? C'est que le règne de Dieu n'est point de ce monde, c'est que l'Evangile ne doit point être le sujet des contestations et des disputes, mais des larmes, des soupirs et des prières ; c'est que la vérité ne s'apprend point dans l'école du siècle; ce n'est qu'en purifiant son cœur, comme les Mages, par la séparation du monde, par le recueillement intérieur et par la retraite qu'on doit espérer de la discerner et de la connaître. Un cœur pur peut bien connaître la vérité, mais uu cœur souillé et corrompu ne le peut; vous avez beau vouloir vous éclaircir, pendant que la corruption régnera dans votre cœur, la religion sera toujours pleine de ténèbres pour
i Cet amer passage contre l'incrédulité étonne par sa force ; et cependant il a été sûrement prononcé sous Louis XIV, comme on peut le voir par le texte de 1705.
* Luc, xvn, 20.
vous, et, à moins que vous ne chassiez de votre cœur les mauvaises affections qui l'occupent, jamais le goût des vérités chrétiennes n'y trpuvera d'entrée. Ainsi, guérissez les plaies secrètes de votre âme, et vous verrez bientôt vos doutes s'évanouir; n'ayez plus d'autre intérêt, (l'autre penchant, d'autres pensées, d'antres sentiments que ceux que la religion vous inspire, et vous apercevrez bientôt les vérités; bientôt vous ne douterez plus de ses mystères: enfin aimez la vérité, et bientôt vous la trouverez, dit saint Augustin qui en parle par expérience.
Oui, Messieurs, Augustin semblait chercher la vérité, et cependant il ne la voyait pas, lorsqu'elle se présentait à lui ; la grâce lui faisait voir à découvert la vérité de la religion, et cependant il trouvait encore dans son cœur des obstacles qui l'empêchaient de l'embrasser. Ce n'étaient plus les songes des Manichéens qui le retenaient : il en avait dissipé le fantôme ; ce n'était plus la difficulté de la religion de Jésus-Christ ou l'obscurité de ses mystères qui pouvaient l'arrêter : Saint Ambroise lui en avait développé les secrets et expliqué tous les points. Cependant il doutait encore : la seule passion qu'il fallait vaincre et arracher de son cœur la lui rendait suspecte. Il aurait voulu que l'Evangile eût été une fiction ou qu'on eût pu l'accorder avec ses passions. Ainsi Boitant entre la nouvelle lumière et ses vieux songes, il ne voulait poiut être fixé et craignait d'être éclairé ; admirant sans cesse les touchantes et fortes instructions de saint Ambroise, et y opposant sans cesse les détours d'un cœur irrésolu et emporté par la passion, et traînant ainsi des chaînes qu'il aimait et qu'il aurait voulu rompre, il appréhendait d'en être délivré. Ah! c'est qu'il écoutait ses passions et non pas la venté ; il ne rejetait la vérité que parce que cette vérité rejetait ses passions, et il n'y avait que cette main victo-
fête de l'Epiphanie : sur la vérité.
craignant d'en être délivré ; il proposait encore des doutes pour prolonger ses passions ; il voulait encore être éclairci, parce qu'il craignait de l'être trop : Trahebam catenam meam, solvi timens ' ; et plus esclave de sa passion que de ses erreurs, il ne rejetait la vérité, qui se montrait à lui, que parce qu'il la regardait comme une main victorieuse, qui venait enfin rompre les liens qu'il aimait encore : Repellens verba bene suadentis, tanquam manum solventis *. La lumière du Ciel ne trouve donc aujourd'hui point de doutes à dissiper dans l'esprit des Mages, parce qu'elle ne trouve point dans leur cœur de passions à combattre ; et ils méritent de devenir les prémices des gentils et les premiers disciples de la foi qui devait soumettre toutes les nations à l'Evangile : Vidimus, et venimus.
Ce n'est pas qu'il ne faille souvent ajouter à la lumière qui nous éclaire le suffrage de ceux qui sont établis pour discerner si c'est le bon esprit qui nous pousse. L'illusion est si semblable à la vérité qu'il est malaisé quelquefois de ne pas s'y méprendre. Aussi les Mages, pour mieux s'assurer de la vérité du prodige qui les conduit, viennent droit à Jérusalem ; ils consultent les prêtres et les docteurs, les seuls qui peuvent leur découvrir la vérité qu'ils cherchent ; ils demandent uniment, et sans détour, au milieu de cette grande ville : Où est le roi des Juifs nouvellement né ? Ubi est qui natus est rex Judœorum ? Ils ne proposent pas leur question avec des adoucissements capables de leur attirer une réponse qui les séduise ; ils veulent être éclaircis ; ils ne veulent pas être flattés, ils cherchent la vérité
rieuse de la grâce qui, venant briser ses chaînes malheureuses, pût le rendre docile à la vérité qui se montrait à lui. Ce n'est donc pas l'esprit qui doute, c'est le cœur qui retient, et la vérité ne trouve point d'opposition dans l'esprit des Mages, puisqu'elle ne trouve point d'oppirsilion dans leur cœur, ni de passions à combattre: Vidimus stellum ejus in Oriente, et venimus adorare eum.
Ce n'est pas qu'il ne faille quelquefois consulter ceux qui sont établis pour cela, pour savoir si c'est l'Esprit-Saint ou l'esprit malin qui nous pousse. L'illusion est si semblable a la vérité qu'il est bien malaisé de ne pas du moius quelquefois s'y méprendre. Aussi les Mages s'adressent aux prêtres et aux docteurs de la loi comme aux seuls qui peuvent les instruire, pour leur demander où est le roi des Juifs nouvellement né; moi est qui natus est rex Judœorum ? Ils ne proposent point leur question avec des adoucissements étudié)", ils veulent être instruits, éclairés , et non point être trompés ; ils cherchent la vérité , et
1 S. Aug., in Conf.
' On trouve les mêmes sentiments dans saint Cyprien. Prêt à te convertir, il était retenu par les liens des passions.
Cypr. np. ep. i.
sincèrement ; et c'est pour cela qu'ils la trouvent : Ubi est qui natus est, etc.
Nouvelle disposition assez rare parmi les fidèles. Hélas ! nous ne trouvons pas la vérité parce que nous ne la cherchons pas avec un cœur droit et sincère. Nous répandons sur tous les pas que nous faisons pour la trouver des nuages qui nous la font perdre de vue. Nous consultons, mais nous mettons nos passions dans un jour si favorable, nous les exposons avec des couleurs si adoucies et si semblables à la vérité que nous nous faisons répondre que c'est elle. Nous ne voulons pas être instruits; nous voulons être trompés, et ajouter à la-passion qui nous captive, une autorité qui nous calme.
Telle est l'illusion de la plupart des hommes et de ceux menus souvent qui, touchés de Dieu, sont revenus des égarements de la vie mondaine. Oui, mes Frères, quelque sincère que paraisse d'ailleurs notre conversion, si nous rentrons en nous-mêmes, nous verrons qu'il est toujours en nous quelque point, quelque attachement secret et privilégié, sur lequel nous ne sommes pas de bonne foi, sur lequel nous n'instruisons jamais qu'à demi le guide de notre conscience, sur lequel nous ne cherchons pas sincèrement la vérité, sur lequel, en un mot, nous serions même fâchés de l'avoir trouvée ; et de là les faiblesses des gens de bien fournissent tous les jours tant de traits à la dérision des mondains; de là nous attirons tous les jours à la vertu des reproches et des censures qui ne devraient retomber que sur nousmêmes. Cependant, à nous entendre, nous aimons la vérité ; nous voulons qu'on nous la
ils la cherchent sincèrement ; et c'est pour cela qu'ils la trouvent.
Nouvelle disposition dans les Mages à l'égard de la vérité, asseï rare parmi les fidèles. Nous ne trouvons point la vérité, parce que nous ne la cherchons point avec un cœur sincère. Nous répandons des nujgcs et des ténèbres sur elle , qui nous la font perdre de vue. Nous exposons nos questions, mais avec des couleurs adoucies. Nous voulons être trompés, et non instruits, et ajouter a la passion qui nous captive, une erreur qui nous calme.
Telle est l'illusion de presque tous les hommes, et de ceux même qui, touchés de la grâce de Dieu, sont revenus des égarements de la vie mondaine. Oui, quelque sincère que paraisse leur retour, pour peu que nous voulions en examiner le fond, nous verrons qu'il est toujours en nous quelque attache secrète et privilégiée sur laquelle nous ne sommes point de bonne foi, quelque réserve ue cœur sur laquelle nous ne cherchons point sincèrement a nous instruire et sur laquelle nous ne trouvons jamais la vérité, faute de l'avoir cherchée comme il faut ; de là , le sort des gens de bien si souvent exposés à l'injure îles hommes, et leur vertu, si sujette à fournir matière aux railleries des mondains. Cependant, à nous entendre, nous aimons tous la vérité,
AVJENT.
fasse connaître. Mais une preuve que ce n'est là qu'un vain discours, c'est que sur tout ce qui regarde cette passion chérie que nous avons comme sauvée du débris de toutes les autres, tous ceux qui nous environnent gardent un profond silence; nos amis se taisent; nos supérieurs sont obligés d'user de ménagement; nos inférieurs sont en garde et prennent des précautions continuelles; on ne nous en parle qu'avec des adoucissements qui tirent un voile sur notre plaie ; nous sommes presque les seuls à ignorer notre misère. Tout le monde la voit, et personne n'oserait nous la faire voir à nousmêmes. On sent Lien que nous ne cherchons pas la vérité de bonne foi, et que la main qui nous découvrirait notre plaie, loin de nous guérir, ne réussirait qu'à nous faire une plaie nouvelle.
David ne connut et ne respecta la sainteté de Nathan que depuis surtout que ce prophète lui eut parlé sincèrement sur le scandale de sa conduite; dès ce jour il le regarda jusqu'à la lin comme son libérateur et comme son père; et auprès de nous on perd tout son mérite, dès qu'on nous a fait connaître à nous-mêmes. Auparavant on était éclairé, prudent, charitable; on avait tous les talents propres à s'attirer l'estime et la confiance ; les Jean-Baptiste ' étaient écoutés avec plaisir, comme autrefois d'un roi incestueux; mais depuis qu'on nous a parlé sans feinte; mais depuis qu'on nous a dit : il ne vous est pas permis* ; on est déchu dans notre esprit de toutes ces grandes qualités; le zèle n'est plus qu'une humeur; la charité qu'une ostentation ou une envie de tout censurer et de tout contredire ; la piété, qu'une imprudence ou une illusion dont on couvre son orgueil; la vérité, qu'un fantôme qu'on prend pour elle. Ainsi, souvent convaincus en secret de l'injustice de nos passions, nous voudrions que les autres en fussent les approba-
teurs ; forcés par le témoignage intérieur de la vérité de nous les reprocher à nous-mêmes, nous ne pouvons souffrir qu'on nous les reproche; nous sommes blessés que les autres se joignent à nous contre nous-mêmes. Semblables à Saùl, nous exigeons que les Samutls1 approuvent en public ce que nous condamnons en secret; et par une corruption de cœ;ir, pire peut-être que nos passions elles-mêmes , ne pouvant éteindre la vérité au fond de notre cœur, nous voudrions l'éteindre dans le cœur de tous ceux qui nous approchent. J'avais donc raison de dire que nous nous faisons tous honneur d'aimer la vérité, mais que peu la cherchent avec un cœur droit et sincère, comme les Mages.
Aus.-i le peu d'altenlion qu'ils font aux difficultés qui semblaient les détourner de cette recherche, est une nouvelle preuve qu'elle était sincère et de bonne foi. Car, mes Frères, quelle singularité ne présentait pas d'abord à leur esprit la démarche extraordinaire que la grâce leur propose? Seuls au milieu de leur nation, parmi tant de sages et de savants, sans égard à leurs amis et à leurs proches, malgré les discours et les dérisions publiques, tandis que tout le reste ou méprise cette étoile miraculeuse ou en regarde l'observation et le dessein de ces trois sages comme un dessein insensé et une faiblesse populaire, indigne de leur esprit et de leurs lumières, seuls ils se déclarent contre le sentiment commun , seuls ils suivent le nouveau guide que le Ciel leur montre, seuls ils abandonnent leur patrie et leurs enfants et ne comptent pour rien une singularité dont la lumière céleste leur découvre la nécessité et la sagesse : Vidimus, et venimus.
Dernière instruction. Ce qui fait, mes Frères, que la vérité se montre presque toujours inutilement à nous, c'est que nous n'en jugeons
nous la cherchons tous sincèrement ; mais une preuve que ce n'est qu'un vain discours que nous tenons au dehors sans qu'il en soit rien au dedans, c'est que nous voulons toujours tenir cachée cette passion que nous avons sauvée, en nous retirant de l'orage du monde, que nous ne voulons pas inèuie qu'on en parle, mais que tous ceux qui nous environnent gardent là-dessus un profond silence. Nos supérieurs prennent des mesures pour nous en avertir, nos amis se taisent sur ce point ou n'osent nous en parler que sous des voiles et avec des ménagements indignes de la sincérité d'un chrétien ; tous les autres parlent entre eux de ce défaut privilégié, nos parents, nos amis,
1 Les Jean-Baptistes, éd. de 1745. Les Jean-Baptiste, Renonard.
» Non licet. Matth., xiv, 4.
nos supérieurs, nos mattres, tous le voient, et s'en entretiennent : il n'y a que nous seuls qui ne le voyons pas. Ah ! on voit bien que nous n'avons point cherché la vérité et l'instruction avec sincérité, et qu'au contraire la main charitable qui voudrait guérir cette plaie de notre âme, loin d'y réussir, ne servirait qu'à nous en faire une nouvelle.
C'est ainsi, dit le grand Augustin, que je faisais semblant d'aller à la vérité lorsque je m'en éloignais, et qu'au lieu de la recevoir, lorsqu'elle me poursuivait, je me cachais lorsqu'elle se montrait. J'ai donc eu raison de dire que beaucoup semblent chercher la vérité, mais que peu la cherchent avec on cœur sincère, comme les Mages.
Les Samuils, éd. de 1745. Les Samuel, Renouard.
FÊTE DE L'EPIPHANIE : SUR LA VÉRITÉ
pas par les lumières qu'elle laisse dans notre âme, mais par l'impression qu'elle fait sur le reste des hommes, au milieu desquels nous vivons; nous ne consultons pas la vérité dans notre cœur; nous ne consultons que l'idée qu'en ont les autres. Ainsi, en vain mille fois la lumière du Ciel nous trouble, nous éclaire sur les voies que nous devrions suivre; le premier coup d'œil que nous jetons ensuite sur l'exemple des autres hommes qui viventeomme nous, nous rassure et répand un nouveau nuage sur notre cœur. Dans ces moments heureux où nous ne consultons la vérité que dans notre propre conscience, nous nous condamnons ; nous tremblons sur l'avenir; nous nous proposons une nouvelle vie : un moment après, rentrés <!at s le monde et ne consultant plus que l'exemple commun, nous nous justifions; nous nous rendons la fausse paix que nous avions perdue; nous nous défions de la vérité que l'exemple commun contredit; nous la retenons dans l'iij istice; nous la sacrifions à l'erreur et à l'opinion publique ; elle nous devient suspecte, parce qu'elle nous choisit tout seuls pour nous favoriser de sa lumière; et c'est la singularité même de son bienfait qui nous rend ingrats et rebelles. Nous ne saurions comprendre que travailler à son salut, c'est se distinguer du re-te des hommes ; c'est vivre seul au milieu de la multitude; c'tsl être tout seul de son parti, au milieu d'un monde ou qui nous condamne ou qui nous méprise; c'est, en un mot, ne compter pour rien les exemples, et n'être touché que des devoirs. Nous ne saurions comprendre que se perdre, c'est vivre comme les autres ; c'est se conformer à la multitude; c'est ne se distinguer sur rien dans le monde ; c'est ne former plus qu'un même corps et un même monde avec lui ; puisque le 11 onde est déjà jugé ; que c'est ce corps de l'Antéchrist qui périra avec son chef et ses membres; cette cité crimine'le frappée de malédiction et condamnée à un anathème éternel. Oui, mes Frères, le plus grand obstacle, que la grâce et la vérité
Mais la joie avec laquelle ils la cherchent, est une nouvelle preuve de la bonne foi de leur recherche. A peine voient-ils l'éloile miracii'ensc au sortir de Jérusalem qu'ils sont transportés d'une joie extraordinaire : Videnlet aulern stetlam, gnvisi mnt gaudin mugno valde. Ils avaient vu la magnificence de Jérusalem, la pompe de ses éilillces, la glone de son temple, I éclat et la grandeur de la cuir d'Hérode ; mais l'Evangile ne dit point qu'ils eu-sent été -ensibles a tous ces grands spectacles, dignes objels de la cupidité humaine. Ils voient tout cela sans plaisir, sans surprise ; ils ne demandent point à voir les trésors du temp'e comme autrefois les députés du roi de Babylone le
trouvent dans nos cœurs, c'est l'opinion publique. Combien d'âmes timides n'osent prendre le bon parti, parce que le monde, auquel elles sont en spectacle, ne serait pas pour elles ' ! Ainsi ce roi d'Assyrie n'o?ait se déclarer pour le Dieu de Daniel, parce que les grands de sa cour auraient condamné sa démarche. Combien d'âmes faibles qui, dégoûtées des plaisirs, ne courent après eux que par un faux honneur, et pour ne pas se distinguer de celles qui leur en montrent l'exemple ! Ainsi Aaron, au milieu des Israélites, dansait autour du Veau d'or, et offrait avec eux de l'encens à l'idole qu'il aétestait, parce qu'il n'avait r as la force de résister tout seul à l'erreur publique. Insensés que nous sommes ! C'est l'exemple public tout seul qui nous rassure contre la vérité, comme si les hommes étaient notre vérité, ou que ce fût sur la terre, et non pas dans le ciel, comme les Mages, que nous dussions chercher la règle et la lumière qui doit nous conduire.
Il est vrai que souvent ce n'est pas le respect humain qui éteint la vérité dans notre cœur; mais les peines et les violences qu'elle nous offre. Aussi elle nous attriste comme ce jeune homme de l'Evangile, et nous ne la recevons pas avec cette joie que témoignèrent les Mages quand ils revirent l'étoile miraculeuse : Videntes stellam, gavhi siint gandio mognn valde. Ils avaient vu la magnificence de Jérusalem, la pompe de ses édifices, la majesté de son temple, l'éclat et la grandeur de la cour d'Hérode, mais l'Evangile ne remarque pas qu'ils eussent été sensibles à ce vain spectacle des pompes humaines. Ils voient tous ces grands objets de la cupidité, sans attention, sans plaisir, sans goût, sans aucune marque extérieure d'admiration et de surprise; ils ne demandent pas à voir les trésors et les richesses du temple, comme ces envoyés de Babylone le demandèrent autrefois à Ezéchias; uniquement occupés de la lumière du Ciel qui s'était montrée à eux, ils n'ont plus d'yeux pour tout ce qui se passe dans le monde; sensibles à la seule vérité, qui
demandèrent à Ezéchias ; sensibles à la seule vérité qui se montre à eux, tout le reste leur est à charge ou interdit , et il n'y a plus que la vérité qui les console et qui les réjouisse : Videnles slellum, gavisi sunt gaudio magno valde.
* On les considérait autrefois (l'Eglise et le monde) comme deux contraires, comme deux ennemis irréconciliables dont l'un persécute l'autre sans discontiuuation , et dont le plus faible eu apparence doit un jour triompher du plus fort... au lieu qu'on se trouve maintenant presque eu même temps dans l'un et dans l'autre. Pascal.
AVENT
les a éclairés, tout leur est indifférent ou à charge; et leur cœur, désabusé de tout, ne trouve plus que la vérité qui les réjouisse , qui les intéresse et qui les console : Videntes stellam , gavisi sunt gaudio magno valde. Pour nous, mes Frères, peut-être que les premiers rayons de vérité que la bonté de Dieu versa dans notre cœur, excitèrent en nous une joie sensible. Le projet d'une nouvelle vie que nous formâmes d'abord, la nouveauté des lumières qui nous éclairaient et sur lesquelles nous n'avions pas encore ouvert les yeux, la lassitude même et le dégoût des passions dont notre cœur ne sentait plus que les amertumes et les peines, la nouveauté des occupations que nous nous proposions dans un changement : tout cela nous offrait des images agréables; car la nouveauté toute seule plaît; mais ce ne fut là qu'une joie d'un moment, comme dit l'Evangile : Ad horam exultare in luce ejus '. A mesure que la vérité se montrait de plus près, elle nous parut, comme à Augustin encore pécheur , moins aimable et moins riante. Quanto propius admovebatur, tanto ampliorem incutiebat terrorem*. Quand, après ce premier coup d'œil, nous eûmes examiné à loisir et en détail les devoirs qu'elle nous prescrivait, les séparations douloureuses dont elle nous allait faire une loi, la retraite, la prière, les macérations, les violences qu'elle nous montrait comme indispensables, la vie sérieuse, occupée, intérieure où elle nous allait engager : ah ! dès lors, comme ce jeune homme de l'Evangile, nous commençâmes à nous éloigner d'elle tristes et inquiets; toutes nos passions lui opposèrent de nouveaux obstacles ; tout s'offrit à nous sous des images lugubres et nouvelles; et ce qui d'abord nous avait paru si attirant, rapproché de plus près, ne nous pa-
rut plus qu'un objet affreux, une voie rude, effrayante et impraticable à la faiblesse humaine : Ad horam exultare in luce ejus.
Où sont les âmes qui , comme les Mages , après avoir connu la vérité, ne veulent plus voir qu'elle, n'ont plus d'yeux pour le monde, pour le vide de ses plaisirs et la vanité de ses pompes et de ses spectacles, ne trouvent de joie qu'à s'occuper de la vérité, qu'à faire de la vérité la ressource de toutes leurs peines, l'aiguillon de leur paresse, le secours de leurs tentations, les plus chastes délices de leur âme ? Et certes, mes Frères, que le monde, que ses plaisirs, que ses espérances, que ses grandeurs paraissent vaines, puériles, dégoûtantes, à une âme qui vous a connu, ô mon Dieu, et qui a connu la vérité de vos promesses éternelles ; à une âme qui sent que tout ce qui n'est pas vous, n'est pas digne d'elle ; et qui ne regarde la terre que comme la patrie de ceux qui doivent périr éternellement! Rien ne peut la consoler que ce qui lui montre les biens véritables. Rien ne lui paraît digne de ses regards que ce qui doit demeurer éternellement. Rien ne saurait plus lui plaire que ce qui doit plaire toujours. Rien n'est plus capable de l'attacher que ce qu'elle ne doit plus perdre; et tous les vains objets de la vanité ne sont plus pour elle ou que les embarras de sa piété ou que de tristes monuments qui lui rappellent le souvenir de ses crimes. Videntes stellam , gavisi sunt gaudio magno valde.
Voilà la vérité reçue dans les Mages avec soumission, avec sincérité, avec joie. Voyons dans la conduite des Prêtres la vérité dissimulée, et, après nous être instruits de l'usage que nous devons faire de la vérité par rapport à nous, apprenons ce que nous lui devons par rapport aux autres.
Où sont les âmes qui, après avoir connu la vérité, après avoir été éclairées sur les égarements de la vie mondaine, ne veuillent plus voir qu'elle, n'aiment plus qu'elle, n'aient plus que de l'indifférence pour le monde, que de l'insensibilité pour tes biens, pour ses plaisirs, pour ses prétentions, pour ses espérances, qui ne trouvent de joie que dans sa connaissance , qui ne se consolent qu'avec elle, qui en fassent l'unique remède de leurs maux, le soulagement de leurs peines, l'adoucissement de leurs travaux, le motif de leurs empressements, leur secours dans leurs tentations et leurs plus chères délices? Et certes, que le monde entier avec tous ses plaisirs, avec tous ses trésors, avec toutes ses grandeurs, parait vil, dégoûtant, peu de chose, à une âme qui vous a connu, ô mon Dieu, vous, et la vérité de vos promesses étemelles; â une âme qui a compris une bonne
* Joan., v, 35.
•S.Aug.,in Conf.
fois qu'elle ne doit plus vivre que pour l'éternité ; à une âme qui habite déjà par la foi dans le ciel avec vous et qui ne fait rien que pour vous plaire ! Rien ne la peut consoler du néant de la terre que cette vérité qui lui montre les biens véritables ; rien ne peut lui plaire que ce qui doit lui plaire toujours ; rien ne peut plus l'attacher que ce qu'elle ne doit jamais perdre ; et tontes les saillies de son amour et de son affection ne sont plus que les mouvements de joie que la vérité met dans son cœur : Videntes stellam, gavisi sunt gaudio magno valde. C'est ainsi que les Mages arrivent aujourd'hui au terme du salut et i la connaissance de la vérité, parce que cette vérité trouve en eux des sages soumis, des disciples sincères, des fidèles sensibles à tous événements.
Voilà de quelle manière la vérité a é!é reçue des Mages. Voyons comment elle a été dissimulée dans les Prêtres, et, après avoir vu ce que nous devons à la vérité par rapport II nous-mêmes , voyons encore l'usage que nous devons en faire par rapport aux autres : c'est le sujet de ma seconde partie.
FÊTE DE L'EPIPHANIE : SUR LA VÉRITÉ