DISCOURS DE RÉCEPTION A L'ACADÉMIE FRANÇAISE
hommage d'amour que tous les hommes doivent à la bonté.
Et quel prince le mérita jamais plus justement? Bienfaisant par goût, il ne paraît déplacé que lorsqu'il faut être sévère. Les refus semblent lui coûter bien plus que les grâces; et l'ingratitude même n'a jamais pu le corriger de sa bonté. Accessible à tous, toujours gracieux , lors même qu'il ne lui est pas permis d'être libéral, son accueil tout seul tient lieu du bienfait même qu'il refuse.
Il sait que la fierté a toujours été la faible ressource et la vaine décoration de la médio-
crité; qu'il n'appartient qu'aux héros et aux génies sublimes de savoir être simples et humains; et que plus on est grand, plus on néglige l'art et l'affectation de le paraître.
Voilà, Messieurs, des objets dignes des muses et de vous. Heureux si , n'étant pas capable de partager avec vous la gloire de vos travaux, je pouvais du moins en être ici le témoin et l'admirateur; et si, appelé ailleurs par le devoir, le regret de ne pouvoir jouir longtemps de l'honneur que vous me faites n'égalait le plaisir que je sens de l'avoir reçu I