‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de ClermontChapitre 13 sur 191 · LE JOUR PK SA RÉCEPTION · texte numérisé non relu

LE JOUR PK SA RÉCEPTION

MoitsiErn,

Il était donc dans l'ordre de la Providence que comme tous remplit-sez si dignement le siège épiscopal, auquel avait été destiné votre illustre ami M. l'abbé de Louvois, vous prissiez aussi la place qu'il a laissée vacante parmi nous, réparant avantageusement notre perle. L'usage de la compagnie et mon inclination particulière m'engageraient à faire ici son éloge, mais vous m'avez prévenu en le faisant beaucoup mieux; et s'il me restait quelque chose à dire, ce serait de son père et de son aïeul, qui tiendront une si grande place dans l'histoire du dernier règne : ce digne chancelier qui sut toujours se conduire avec tant de sagesse et de modération, même dans les temps les plus difficiles, et qui finit ses jours dans une heureuse vieillesse avec la consolation de fermer la porte à l'hérésie, en scellant la révocation de l'édit de Nantes.

Son fils, ministre habile et vigoureux, fut en son temps un des principaux instruments des conquêtes de Louis le Grand, et des autres merveilles de son règne ; hardi dans ses entreprises, prévoyant et ingénieux pour l'exécution, d'une application infatigable dans le travail, d'une justice et d'une fermeté singulière dans la distribution des châtiments et des récompenses.

C'est le fils de ce giand homme dont nous regrettons aujourd'hui la perte, ce Gis dont le beau naturel avait été cultivé par les meilleurs maîtres, et qui étant parvenu à la maturité de l'âge nous a été enlevé lorsqu'il était prêt à employer ses grands talents utilement pour l'Eglise. C'est l'occasion qui procure à l'Académie française l'honneur qu'elle reçoit aujourd'hui, monsieur, en vous mettant an nombre des siens ; mais elle voit en même temps avec douleur que cène sera qu'un honneur pour elle ; et que cette acquisition si avantageuse ne lui produira pas l'utilité qu'elle avait droit d'en espérer, si vous étiez assez tôt

entré dans son sein, pour avoir le temps de prendre part à ses travaux et de lui communiquer vos lumières.

Maintenant nous voyons, hélas! que nous allons vous perdre ; et que le devoir indispensable de la résidence va vous attacher pour toujours à cette chère épouse, à laquelle vous venez d'être uni par de si sacrés liens ; en sorte que nous ne pouvons plus espérer de voir nos assemblées honorées de votre présence que quand quelque affaire fâcheuse vous arrachera malgré vous à votre Eglise.

Cependant vous arroserez l'heureuse province qui va vous posséder de ce fleuve d'éloquence chrétienne que vous faites, depuis tant d'années, couler parmi nous; et vous la rendrez aussi fertile en biens spirituels qu'elle est naturellement féconde en biens terrestres. Vous y trouverez d'excellents esprits semblables à la bonne terre de l'Evangile, qui n'a besoin que de culture ; et vous y répandrez abondamment la semence de la parole céleste, qui produira au centuple.

Car vous savez, monsieur, que c'est le premier devoir des évoques. On vous a dit à votre sacre, vous mettant l'Evangile en main : Allez, prêchez au peuple qui vous est confié; et dans les premiers siècles l'évèque prêchait en cette même cérémonie de son ordination, pour prendre possession de celte partie si importante de son ministère. Il nous reste plusieurs sermons des Pères prononcés en ces occasions. Aussi le Sauveur donnant aux apôtres leurs missions commence par leur dire : Allez, instruisez.

L'étude de l'éloquence s'est formée chez les Grecs el les Romains par ceux qui parlaient en public des affaires qu'ils estimaient les plus grandes, c'est-à-dire des affaires communes de l'Etat. Car, ignorant la véritable religion, ils ne savaient pas que ce qui est le plus important à chacun

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