‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de ClermontChapitre 122 sur 191 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Si c'est un crime de résister à la vérité, * Ps. cxvm, 43.

Grand Dieu, versez donc dans mon âme cet amour tendre de la venté qui fait le caractère des bienheureux dans le ciel et celui des gens de bien sur la terre, et ne souffrez pas que ma bouche prononce jamais d'autres paroles que celles de la vérité : Neauferas de ore meo verbum veritatis usquequqque ', Faites que j'aie assez de fermeté pour la défendre au préjudice même de mes propres intérêts. Anéantissez en moi cette crainte humaine, cette prudence de la chair qui ménage les passions avec '.es personnes. Ne permettez pas que je sois un faible roseau qui tourne à tout vent, que je rougisse de parler quand il s'agit de dire la vérité, et n'ôtez pas de ma bouche la vérité qui est la marque la plus glorieuse et le préjugé le plus avantageux de votre miséricorde, dans les ministres que vous envoyez : Ne auferas de ore meo verbum veritatis. Mais ce n'est point assez d'èlre le témo.u il le dépositaire de la vérité ; il faut encore en être le dèienseur : dernier caractère qui manque non-seulement dans hérode qui la persécute, mais dans la plupart des chrétiens de nos jours qui la combattent, lorsqu'elle les presse le plus de «e rendre ; et c'est par là que je vais finir ce discours.

THOISIÈJLE PARTIE.

Si c'est un crime de résister à la vérité lorsqu'elle nous éclaire, de la dissimuler lorsque nous la devons à nos frères , c'est la

' P». cxvin, 13.

lorsqu'elle nous éclaire , de la retenir dans l'injustice, lorsque nous la devons aux autres: c'est le comble de l'iniquité , et le caractère le plus marqué de réprobation, de la persécuter et de la combattre. Cependant, rien de plus commun dans le monde que cette persécution de la vérité ; et l'impie Hérode qui s'élève aujourd'hui contre elle, a plus d'imitateurs qu'on ne pense.

Car, premièrement, il la persécute par l'éloignement public qu'il fait paraître pour la vérité, et qui entraîne tout Jérusalem par son exemple : Turbatus est, et omnis Jerosolyma cum Mo ' ; et c'est ce que j'appelle une persécution de scandale. Secondement, il la persécute en tâchant de corrompre les prêtres , et en dressant même des embûches à la piété des Mages : Clam vocatis Mcigis, diligenter didicit ab eis * ; et c'est ce que j'appelle une persécution de séduction. Enfin, il la persécute en répandant le sang innocent : Et mittens occidit omnes pueros s ; et c'est une persécution de force et de violence. Or, mes Frères, si la brièveté d'un discours me permettait d'examiner ces trois genres de persécution de la vérité, il n'en est peut-être aucune dont vous De vous trouvassiez coupables.

Car qui peut se flatter, premièrement, de n'être pas du nombre des persécuteurs de la vérité par les scandales? Je ne parle pas même de ces âmes désordonnées qui ont levé l'éleji-

» Matth., ii, 3.

J lbid., 7.

» Ilid., 18.

consommation de toute iniquité de la persécuter ; et le caractère le plus sûr de réprobation , c'est de la combattre. Or, tout est plein dans le monde de ces persécuteurs de la vérité ; et l'impie Hérode qui s'élève contre elle a plus d'imitateurs qu'un ne pense.

Car premièrement il persécute la vérité par un trouble éclatant et public qui entraîne tonte la ville de Jérusalem aveclii : Audiens autem Herodes rex turbatus est, et omnis Jerosolymacum Mo l ; et c'est une persécution de scandale. Secondement, il persécute la vérité en tâchant de corrompre les prêtres et les docteurs, et leudant des pièges à la simplieité des Mages : Berodes clam vocatis Alogis, diligenter didicit ab eis tempus steUœ quœ apparuit eis1; et c'est une persécution de séduction. H persécute enfin la vérité en s'élevant contre elle, en entrant en fureur et en répandant tout le sang innocent qu'il croit s'opposer à ses fins : Herodes videns quoniam illusus esset a Mayis iratus est vakle, et mittens occidit omnes pueros ' ; et c'est une persécution de force et de violence. Si la brièveté dn discours me le permettait, je vous montrerais qu'il n'y a aucune de ces persécutions de la vérité dont les chrétiens d'aujoord'bui ne soient pour le moins aussi coupables qu'Uérode.

Car qui peut se flatter de ne point persécuter la vérité par

' Matth., il, 3.

' lbid., 7.

• lbid., 16.

FÊTE DE L'EPIPHANIE : SUR LA VÉRITÉ

dard du crime et de la licence et qui ne ménagent presque plus rien auprès du public ; les scandales les plus éclatants ne sont pas toujours les plus à craindre ; et le désordre, déclaré et poussé à un certain point , nous fait souvent plus de censeurs de notre conduite que d'imitateurs de nos excès. Je parle de ces âmes livrées aux plaisirs, aux vanités , à tous les abus du siècle , et dont la conduite, d'ailleurs régulière, non-seulement est irréprochable aux yeux du monde, mais s'attire même l'estime et les louanges des hommes ; et je dis qu'elles persécutent la vérité par leurs seuls exemples, qu'elles anéantissent autant qu'il est en elles dans tous les cœurs les maximes de l'Evangile et les règles de la vérité , qu'elles crient à tous les hommes que la fuite des plaisirs est une précaution inutile, que l'amour du monde et l'amour de la vertu ne sont pas incompatibles, que le goût des spectacles, de la parure et des amusements publics est un goût innocent, et qu'on peut bien vivre en vivant comme tout le reste du monde. Cette régularité mondaine est donc une persécution continuelle de la vérité, et d'autant plus dangereuse que c'est une persécution autorisée qui n'a rien d'odieux, contre laquelle on n'est point en garde, qui attaque la vérité sans violence , sans effusion de sang , sous l'image de la paix et de la société, et qui fait plus de déserteurs de la vérité que n'en firent autrefois les tyrans et les supplices.

Je parle des gens de bien même qui n'accomplissent qu'à demi les devoirs de la piété ,

qui retiennent encore des restes trop publics des passions du monde et de ses maximes; et je dis qu'ils persécutent la vérité par ces tristes restes d'infidélité et de faiblesse, qu'ils la font blasphémer par les impies et par les pécheurs, qu'ils autorisent les discours insensés du monde contre la piété des serviteurs de Dieu, qu'ils dégoûtent de la vertu les âmes qui s'y sentiraient disposées, qu'ils confirment dans l'égarement celles qui cherchent des prétextes pour y rester, en un mot, qu'ils rendent la vertu ou suspecte ou ridicule. Ainsi, encore tous les jours, comme le Seigneur s'en plaignait autrefois dans son prophète, l'infidèle Israël, c'est-à-dire le monde, justifie ses égarements en les comparant aux infidélités de Juda, c'est-à-dire aux faiblesses des gens de bien : Justificatif animam suam aversatrix Israël comparatione prœvaricatricis Judœ ' ; c'est-à-dire que le monde se croit en sûreté, lorsqu'il voit que les âmes qui font profession de piété sont de ses plaisirs et de ses inutilités , sont vives comme les autres hommes sur la fortune, sur la faveur, sur les préférences, sur les injures, vont à leurs fins, veulent encore piaire, recherchent avidement les distinctions et les grâces, et font quelquefois même de la piété une voie pour y arriver plus sûrement. Ah ! c'est alors que le monde triomphe, que ce parallèle le rassure ; c'est alors que, trouvant que la vertu des gens de bien ressemble à ses vices, il est tranquille dans son état, il croit

• Jérém., III, IL

•es scandales? Je ne parle pas de ces âmes impies et corrompues qui ont levé l'étendard de la licence et du libertinage ; les scandales les plus éclatants ne sont pas toujours le plus à craindre. Je ne parle pas même de ces âmes mondaines dont la conduite parait irréprochable devant les hommes, qui par leurs exemples funestes de pompe, de luie, de mondanité, crient à tous les hommes que les plaisirs sont un deiassement nécessaire, que les biens sont l'apanage de l'état et de la condition, que la fuite du monde est une perfection chimérique, que l'austérité de la vie est une invention humaine pour se faire de la peine, que les spectacles sont un divertissement honnête et l'école du boa goût. Je ne dis point que la vie mondaine toute seule est une persécution de la vérité, et d'autant plus dangereuse qu'elle s'exécute sans effusion de sang, qu'on ne se tient point en garde contre elle, qu'elle ravage les villes sans employer le fer ni le feu, et que, sous prétexte d'une apparente régularité de vie, elle fait plus de déserteurs de la vente que les supplices et les tyrans n'en firent autrefois.

Je parle de ces gens qui ne professent qu'à demi le christianisme, qui servent Dieu en certains points de sa loi, et que le inonde retient encore par ses maximes et par ses plaisirs; et je dis qu'ils persécutent la vérité par le reste des faiblesses qu'ils font paraître, qu'ils attirent à la vertu des dérisions qui ne devraient tomber que sur eux, qu'ils dégoûtent de la piété les âmes qui

s'y sentent appelées, qu'ils confirment dans le vice ceux qui cherchent des prétextes d'en sortir Je dis enlin qu'ils rendent la vertu odieuse ou ridicule, et, comme le Seigneur se plaignait autrefois par son prophète que l'inlldèle Israël se crfjt justifié lorsqu'il se comparait à la prévaricatrice Juda : Justiftcavit animam suam aversatrix Israël comparatinne prœvaricatricis Judœ1 . ainsi les âmes mondaines se croient en sûreté, lorsqu'elles voient que celles qui font profession de vertu et de piété sont des mêmes parties de plaisirs, de jeu, ne bonne chère, dans les mêmes sentiments de vanité ; que comme elles, elles sont délicates sur les injures, vives sur les préférences, qu'elles ne haïssent point les honneurs, les distinctions, et font de la piété même qu'elles professent, un moyen d'y arriver pius sûrement. Juilificavit (minium uam aversatrix Israël comparatione prœvaricatricis Judœ. Ah ! c'est alors qu'une âme mondaine triomphe , qu'elle croit être eu sûreté dans son état , et que, reconnaissant que ce qu'on appelle vertu dans les âmes les plus régulières et les plus dévotes, ressemble presque â se» vices, elle juge qu'il serait presque inutile de changer de conduite, puisqu'on changeant de nom elle retiendrait encore lia mêmes choses. Justi/icavil animam suam aversatrix Israël comparatione prœvaricatricis Judœ.

' Jérém., ni, 11.

qu'il serait inutile de changer, puisqu'en changeant de nom on retient encore les mêmes choses. Justificavit animam suam aversatrix Israël comparatione prœvaricalricis Judœ.

Et c'est ici où je ne saurais m'empêcher de dire avec un apôtre à vous, mes Frères, que Dieu a rappelés des voies du monde et des passions à celles de la vérité et de la justice : Conduisons-nous de telle sorte parmi les mondains qu'au lieu que jusques ici ils ont décrié la vertu et méprisé ou censuré ceux qui la pratiquent, les bonnes œuvres qu'ils nous verront faire, nos mœurs pures et saintes, notre patience dans les mépris, notre sagesse et notre circonspection dans le discours, notre modestie et notre humanité dans l'élévation, notre égalité et notre soumission dans les disgrâces, notre douceur envers nos inférieurs, nos éyards pour nos égaux, notre fidélité envers nos maîtres, notre charité pour tous nos frères les forcent de rendre gloire à Dieu, leur fassent respecter et envier même la destinée de la vertu, et les disposent à recevoir la grâce de la lumière et de la vérité, lorsqu'elle daignera les visiter et les éclairer sur leurs voies égarées : Conversationem vestram inter gentes habentes bonam, ut in eo quod detrectant de vobis, tanquam de malefactoribus, ex bonis operibus vos considérantes, glorificent Deum in die visitationis '. Fermons la bouche, par le spectacle d'une vie irrépréhensible, aux ennemis de la vertu ; honorons la piété, afin qu'elle nous honore ; rendons-la respectable, si nous voulons lui attirer des partisans ; fournissons au monde des exemples qui le condamnent et non des censures qui le justifient ; accoutu-

» I Pierre, n, 12.

mons-le à penser que la piété véritable est utile à tout \ et qu'elle a pour elle non-seulement la promesse d'une vie et d'un bonheur à venir, mais encore la paix, la joie, le repos du cœur, qui sont les seuls biens et les seuls plaisirs de la vie présente : Promissionem habens vitœ, quœ mine est et futnrœ \

A cette persécution de scandale Hérode ajoute une persécution de séduction : il tente la sainteté et la fidélité des ministres de la loi ; il veut faire servir à l'impiété de ses desseins le zèle et la sainte générosité des Mages ; enfin, i! n'oublie rien pour anéantir la vérité, avant que de l'attaquer à force ouverte : Clam vocatis M agis.

Et voilà une nouvelle manière dont nous persécutons tous les jonrs la vérité. Premièrement, nous affaiblissons la piété des âmes justes, en taxant leur ferveur d'excès et nous efforçant de leur persuader qu'elles en font trop; nous les exhortons, comme le Tentateur, à changer leurs pierres en pain, c'est-à-dire à rabattre de leur austérité et à changer cette vie retirée, triste, laborieuse, en une vie plus aisée et plus commune; nous leur faisons craindre que les suites ne répondent pas à la ferveur de ces commencements ; en un mot, nous tâchons de les rapprocher de nous, ne voulant pas nous rapprocher d'elles. Secondement, nous tentons peut-être même leur fidélité et leur innocence, en leur faisant des peintures vives des plaisirs qu'elles fuient ; nous blâmons, comme la femme de Job, leur simplicité et leur faiblesse ; nous leur exagérons les inconvénients de la vertu et les dillicultés de la persévérance ;

1 Pietas... ad omnia utilis est. / Tint., ïf, 8. * I Tim., iv, 8.

Et c'est ici que je ne puis m'empêcher de m'écrier avec un apôtre : Ah! si jusques ici les mondains ont découvert en nous, mes chers Frères, les mêmes fautes dont nous les accusons, conduisons-nous de telle sorte à l'avenir que, lorsqu'ils verront nos actions et nos vertus, notre soumission dans les afflictions, notre égalité dans les disgrâces, notre désintéressement dans l'exercice de nos emplois, notre modestie dans l'élévation, notre douceur envers nos inférieurs, notre dévouement envers nos supérieurs, notre charité envers tous nos frères, ils se trouvent forcés de rendre gloire à Dieu, d'envier la vertu des gens de bien, et disposés à recevoir la lumière de la vérité lorsqu'il lui plaira de les éclairer. Conversationem vestram inter gentes habentes bonam, ut in eo quod detrectant de vobis, tanquam de malefactoribus, ex bonis operibus vos considérantes glorificent Deum in die visitationis '. Fermons la bouche aux ennemis de la vertu par le spectacle d'une vie irréprochable ; honorons la piété, si nous voulons qu'elle nous honore ; accoutumons les hommes à

penser que la piété véritable a non-seulement pour eHe tont l'avantage des promesses de la vie à venir, mais encore la gloire , l'estime et l'avantage de cette vie présente ; pietat autem ad omnia utilis est, promissionem habens vitœ, quœ nunc est et futurce '.

A cette persécution de scandale Hérode ajoute une persécution de séduction : il n'oublie rien pour tenter la fidélité des ministres de la loi ; il veut même faire servir à ses raisons la sainte simplicité des Mages ; enfin il met tout en usage pour attirer à soi ceux qui sont dans le parti de la vérité : Hei-odes clam vocatis Magis diligenter didteit ab eis tempus Stella.

Et voilà un nouveau moyen dont on se sert encore aujourd'hui pour persécuter la vérité. On la persécute premièrement en affaiblissant la piété des âmes justes, en leur persuadant qu'elles en font trop, en leur conseillant de changer les pierres en pain, c'està-dire leur vie gênante, austère et pleine de tribulations, en une vie dus douce, plus commode, plus riante, en leur faisant craindre

• I Pierre, u, 12.

' I Tim., iv, 8.

FÊTE DE L'EPIPHANIE : SLR LA VÉRITÉ

nous les ébranlons par l'exemple des âmes infidèles qui, après avoir mis la main à la charrue, ont regardé derrière, et ont abandonné l'ouvrage '. Que dirai -je? nous attaquons peut-être même le fondement inébranlable de la foi, et nous insinuons l'inutilité de ses violences par l'incertitude de si s promesses. Troisièmement , nous gênons par notre autorité le zèle et la piété des personnes qui dépendent de nous ; nous exigeons d'eux des devoirs ou incompatibles avec leur conscience ou dangereux à leur vertu ; nous les mettons dans des situations ou pénibles ou péiilleuses à leur foi; nous leur interdisons des pratiques et des observances ou nécessaires pour se soutenir dans la piété ou utiles pour y avancer ; en un mot, nous djvenons à leur égard des tentateurs domestiques, ne pouvant m goûter pour nous-mêmes le bien , ni le souffrir dans les autres, et faisant envers ces âmes l'office du démon qui ne veille que pour les perdre. Eufin, nous nous rendons coupables de cette persécution de séduction, en faisant servir nos talents à la destruction du règne de Jésus- Christ : les talents du corps à inspirer des passions injustes, à nous mettre à la place de Dieu dans les cœurs, à corrompre les âmes pour lesquelles Jésus-Christ est mort ; les talents de l'esprit à persuader le vice, à l'embellir de tous les agréments les plus propres à cacher sa honte et son horreur, à présenter le poison sous un appât doux et agréable, et à le rendre immortel dans des ouvrages lascifs où jusqu'à la fin des siècles, un auteur infortuné prêchera le vice, corrompra les cœurs, inspirera à ses

pour la perfection qu'ils veulent embrasser que la suite ne réponde pas aux commencements. Secondement, en faisant de leur piété la matière des conversations mondaines, en leur faisant une peinture vive des ennuis et des rebuts qu'enferme leur état, en appelant, comme la femme de Job, leur vertu une faiblesse, leur patience une insensibilité, en leur rapportant l'exemple de tant d'autres, qui, pour avoir regardé derrière eux aprè- une pénible course dans la voie de la perfection, en ont tout perdu le fruit et sont retombés dans la voie commune des mondains. Troisièmement, en gênant par hauteur et par autorité la piété des gens de bien qui sont dans ia dépendance , en les mettant dans des situations pénibles à leur piété ou nuisibles à leur innocence ; enfin en devenant des tentateurs adroits qui ne veulent ni goûter le bien, ni le souffrir dans les autres Quatrièmement, en faisant servir ses ta'ents naturels à détruire la vérité, les talents du corps à dérober à Dieu des adorateurs, les talents du cœur à prendre la place du Créateur, les talents de l'esprit a suggérer l'erreur et à présenter le poison mortel sous des appâts trompeurs ; en corrompant les sens par ses attraits, en débauchant les lines par ses sollicitations et en excitant les passions par ses discours.

1 Neuio mittens manum suam ad aratrum, et respiciens rétro, iptus est regno Dei. Luc, ix,62.

frères les passions déplorables qui l'avaient asservi pendant sa vie, verra croître son supplice et ses tourments, à mesure que le feu impur qu'il a allumé se répandra sur la terre, aura l'affreuse consolation de se déclarer contre son Dieu, même après sa m<rt , de lui enlever encore dts âmes qu'il avait rachetées, d'outrager encore sa sainteté et sa puissance, de perpétuer si révolte et ses désordres jusqu'au delà du tombeau, et de faire jusqu'à la consommation des siècles, des crimes de tous les hommes ses crimes propres '. Malheur, dit le Seigneur, à tous ces ennemis de mon nom et de ma gloire, qui dressent des embûches à mon peuple ! Je m'élèverai contre eux au jour de ma colère ; je leur redemanderai le sang de leurs frères qu'ils ont séduits, et qu'ils ont fait périr ; et je multiplierai sur eux des maux affreux, pour me consoler de la gloire qu'ils m'ont ravie. Vœ genti insurgeait super gérais met/m*!

Mais un dernier genre de persécution, encore plus funeste à la vérité, est celle que j'ai appelée une persécution de force et de violence. Ilérode, enfin, n'avançant rien par ses artifices, lève le masque , se déclare ouvertement le persécuteur de Jésus-Christ, et veut éteindre dans sa naissance cette lumière qui vient éclairer tout le monde : Mittens occidit onmespueros.

Le seul récit de la cruauté de ce prince impie nous fait horreur; et il ne paraît pas qu'un

1 Mas-illon dirige ainsi plus d'une fois les traits enflammés de son éloquence contre les mauvais livres ainsi que contre le spectacle et le jeu.

1 Judith, xvi, 20.

Malheur, dit le Seigneur, à tous ces ennemis de mon nom et de mon culte qui persuadent à mon peuple de quitter mes autels et mon service pour embrasser celui de leurs idoles : Vœ genti insurgenti super genus meum ' ! Je m'élèverai contre eux et leur demanderai raison de la perte de tant d'âmes qu'ils m'ont enlevées : Vœ genti insurgenti super genus meum.

Enfin le dernier genre de la persécution de la vérité, c'est celle que j'ai appelée persécution de force et de violence. Hérode voyant qu'il ne pouvait rien gagner par ses feintes et ses séduisants artilices, emploie contre la vérité la fureur et la rage, et par un massacre jusqu'alors inouï, même parmi les peuples les plus barbares, il veut étouffer dès le berceau cette lumière qui vient éclairer toutes les nations. Tune Herodes videns quantum illusus esset a Magis, indus est vaUle, et mittens occidit omnes pueros, qui étant in liethleem, et in omnibus fini bus ejus *.

Le seul récit d'un exemple aussi harbare et aussi cruel que celui-là ne laisse pas croire qu'on puisse trouver parmi des

' Judith, xvi. 2".

• M«tth., Il, 16.

AVENT

exemple si barbare puisse trouver parmi nous des imitateurs. Cependant le monde est plein de ces sortes de persécuteurs puLlics et déclarés de la vérité ; et si l'Eglise n'est plus affligée par la barbarie des tyrans et par l'effusion du sang de ses enfants , elle est encore tous les jours persécutée par les dérisions publiques que les mondains font de la vertu, et par la perte des âmes fidèles qu'elle voit avec douleur succomber si souvent à la crainte de leurs dérisions et de leurs censures.

Oui, mes Frères, ces discours que vous vous permettez si facilement contre la piété des serviteurs de Dieu, de ces âmes qui , par leurs bommages fervents consolent sa gloire de vos crimes et de vos outrages ; ces dérisions de leur zèle et de leur sainte ivresse pour leur Dieu ; ces traits piquants qui de leur personne retombent sur la vertu, et font la plus dangereuse tentation de leur pénitence ; cette sévérité à leur égard, qui ne leur pardonne rien, qui ebange en vice leurs vertus mêmes; ce langage de blasphème et de moquerie qui répand un ridicule impie sur le sérieux de leur componction ; qui donne des noms d'ironie et de mépris aux pratiques les plus respectables de leur piété ; qui ébranle leur foi , qui arrête leurs saintes résolutions, qui décourage leur faiblesse, qui les fait rougir de la vertu, qui les rentraîne ' souvent dans le vice : voilà ce que j'appelle avec les saints une persécution ouverte et déclarée de la vérité. Vous persécutez dans votre frère, dit saint Augustin, ce que les tyrans eux-mêmes n'y ont pas persécuté : ils ne lui ont ravi que la vie ; vous voulez lui

ravir l'innocence et la vertu : ils ne s'en sont pris qu'à son corps; vous en voulez à son âme : Carnempersecutus est imperator ; tu in christ iano spiritum persequeris.

Eh 1 quoi, mes Frères, n'est-ce pas assez que vous ne serviez pas le Dieu pour qui vous êtes faits ? (c'est ce que les premiers défenseurs de la foi , les Tertullien et les Cyprien ' disaient autrefois aux païens persécuteurs des fidèles ; et faut-il que ces mêmes plaintes se trouvent encore justes dans notre bouche contre des chrétiens?) N'est-ce pas assez ? Faut-il encore que vous persécutiez ceux qui le servent? Vous ne voulez donc ni l'adorer, ni souffrir qu'on l'adore ? Deum nec colis, nec coli omnino permittis ? Vous pardonnez tous les jours tant d'extravagances aux sectateurs du monde, tant de passions insensées : vous les excusez, que dis-je ? vous les louez dans les désirs déréglés de leur cœur; vous trouvez de la constance, de la fidélité, de la noblesse dans leurs passions les plus honteuses ; vous donnez des noms honorables à leurs vices les plus indignes; et il n'y a qu'une âme juste et fidèle, qu'un serviteur du vrai Dieu qui ne trouve auprès de vous aucune indulgence etqui réussisse à s'attirer vos mépris et vos censures ! Soins tibi displicet Dei cultor 1 Mais, mes Frères, les plaisirs des théâtres et des spectacles sont ouverts parmi vous à la licence publique, et on n'y trouve point à redire ; la fureur du jeu a ses partisans déclarés, et on le souffre ; l'ambition a ses adorateurs et ses esclaves, et on les loue ; la volupté a ses victimes et ses autels, et on ne les lui dispute pas ; l'avarice a ses idolâ-

chrétiens de tels imitateurs. Cependant le monde est encore rempli de ces sortes de persécuteurs rie la vérité ; et, si l'Eglise n'est plus persécutée par l'effusion du sang de ses martyrs que répandaient les tyrans, elle l'est encore par la dérision et les railleries qu'on fait des âmes pieuses qu'elle voit avec douleur succomber à la crainte des jugements et des censures des mondains. Elle souffre cruellement de voir qu'on traite avec dérision le zèle et la sainte ivresse que les âmes justes ont pour le Dieu qu'elles adorent ; elle gémit d'entendre ce langage de blasphrme qui fait retomber la persécution jusque sur la vertu, qui en donnant aux personnes vertueuses des noms ridicules, ébranle leur cou âge, arrête leurs plus f rtes résolutions, les fait rougir de leur vertu et les rrntraîne dans le vice.

Oui, voilà ce que vous faites, libertins du monde, vous persécutez dans votre frère ce que suii plus ci uel ennemi n'a osé attaquer; vous lui enlevez ee que son ennemi n'a pu lui ravir. Celui-ci ne s'en est pris qu'à son corps , et vous en voulez à sou âme ; il ne s'esi ai laqué qu'à des biens périssable , et vous vous en prenez à son salut éternel. Ali! quoi donc! vous que ce discours re.arde, n'est-ce peint assez que vous ne serviez pas le Dieu que vos frères adorent? faut-il que vous persécutiez

* Massillon aime ce mot.

encore ceux qui le servent? C'est ce que Tertullien reprochait aux païens de son temps : Deum nec colis , nec coli omnino permittis. Ali ! vous permettez tant de choses au monde et à ses partisans , la bizarrerie de leurs usages , l'extravagance de leurs maximes , le vide de leur fortune , la folie de leurs attachements , la vanité de leurs prétentions, vons donnez même des noms honorables à des actions honteuses; il n'y a q e les saintes saillies d'une âme juste et religieuse, que les pieux transports d'un cœur pur et innocent , que les vertueux empressements d'une conscience droite et sain'- ; en un mot il n'y a qu'un serviteur du Dieu que vous servez qui puisse vous déplaire, qui ne trouve auprès de vous aucune indukence ni aucune humanité ! Solus displicet Dei cultor! Lis plaisirs et les théâtres sont ouverts parmi n us , et vous n'y trouvez point à redire ; le jeu a ses fureurs, ses pertes e( S'-s chagrins, et cependant on le souffre; la volupté a ses autels, ses dégoûts, ses remords, ses amertumes, e on ne la condamne pas; l'avarice a ses idolâtres, ses peines, ses frayeurs, ses fatigues, ses so ns, et on n'en dit mot; l'ambition a ses esclaves, son tourment, ses soucis, et on n'en murmure point ; toutes les passions ont leur

1 Les Tertulliens et les Cypriens, éd. de 1745. Les Tertullien et les Cyprien, éd. de Renouard.

FÊTE DE L'EPIPHANIE : SUR LA VÉRITÉ

très , et «a n'en dit mot : toutes les passions comme autant de divinités sacrilèges ont leur culte établi , sans qu'on s'en formalise ; et le Seigneur tout seul de l'univers, et le souverain de tous les nommes, et Dieu tout seul sur la terre ou ne sera point servi ou ne pourra l'être impunément et sans qu'on y trouve à redire ! Et Dois solus in terris a ut non colitur, aut non est impune quod colitur I

Grand Dieu, vengez donc vous-même votre gloire; rendez encore aujourd'hui à vos serviteurs l'honneur et l'éclat que les impies ne cessent de leur ravir ; ne faites plus sortir comme autrefois, du fond des furets, des bêtes cruelles pour dévorer les contempteurs de la vertu et de la sainte simplicité de vos prophètes; mais livrez-les à leurs désirs déréglés, encore plus cruels et plus insatiables que les lions et les ours, afin que fatigués, déchirés par les troubles secrets et par les fureurs de leurs propres passions, ils puissent connaître tout le prix et toute l'excellence de la vertu qu'ils méprisent et aspirer au bonheur et à la destinée des âmes qui vous servent.

Car, mes Frères, vous que ce discours regarde, souffrez que je le dise ici avec douleur : faut-il que vous soyez les instruments dont le démon se sert pour tenter les élus et les entraîner, s'il était possible, dans l'erreur? Fautil que vous ne soyez sur la terre que pour justifier les prédictions des Livres saints sur les persécutions inévitables jusqu'à la fin à tous ceux qui voudront vivre dans la piété qui est en Jésus-Christ? Faut- il que la succession affreuse des persécuteurs de la foi et de la vertu, qui doit durer autant que l'Eglise, ne trouve sa suite et sa perpétuité qu'en vous seuls?

culte, leurs ad >rate»rs , sans qu'on s'en formalise , et Dieu seul ne pourra être servi , adoré , sans qu'on y trouve à redire ! Detu solus in terra aut non colitur, aut non impune colitur !

Grand Dieu, vengez donc vnus-mèxe l'O' trage i;u'on fait à vo; serviteurs; il y va de vo're gloire de prei.dre en main leur cause contie leurs persécuteurs; rendez à votre sa nt nom tout '.'éclat que vo- ennemis lui ravissmt; ne faites plus sortir des forêts des bêtes féroces, ni descendre du ciel des foudres et des carreaux pour exterminer les persécuteurs de votre vérité ; mais .ivrez-les à la corruption de leur cœur, afin qu'ils comprennent quel est le prix de la ve tu qu'ils outragent, > t qu'ils sachent env er le sort des âmes saintes qu'ils méprisent.

Car, di'es-nous, qui que vous soyez qui en usez si mal envers les gens de bien , faut-il que vous ne viviez sur la terre que pour être les instruments dont le démon se sert pour peri re es semteurs ilevotie Dieu et les rentralner dans le précipic ? Faut-il que quiconque voudra vivie dans la piêlé en soit détourné par la crainte de vos injustes jugements? Faut-il que la persécution de la fui qui doit durer aussi longtemps que le inonde ne puisse trouver qu'en vous seul sa perpétuité? Fautil que les iines faibles et peu confirmées en grâce ne trouvent

Faut-il qu'au défaut des tyrans et des supplices, l'Evangile trouve encore en vous seuls son écueil et son scandale ? Renoncez donc vousmêmes à l'espérance qui est en Jésus-Christ ; unissez-vous à ces peuples barbares ou à ces hommes impies qui blasphèment sa gloire et sa divinité, s'il vous paraît si digne de risée de vivre sous ses lois et d'observer ses maximes. Un infidèle, un sauvage pourrait nous croire dans l'erreur, nous qui le servons et qui l'adorons ; il pourrait avoir pitié de notre crédulité et de notre faiblesse, en voyant que nous sacrifions le présent à un avenir et à une espérance qui lui paraîtrait chimérique et fabuleuse; mais, du moins, il serait forcé d'avouer que, si nous ne nous trompons pas et que notre foi soit certaine, nous sommes les plus sages et les plus estimables de tous les hommes. Mais pour vous qui n'oseriez douter de la certitude de la foi et de l'espérance qui est en Jésus-Christ, de quels yeux cet infidèle regarderait-il les censures que vous faites de ses serviteurs? Vous vous prosternez devant sa croix, vous dirait-il, comme devant le gage de votre salut, et vous riez de ceux qui la portent dans leur cœur, et qui mettent en elle toute leur espérance! Vous l'adorez comme votre juge ; et vous méprisez, et vous donnez du ridicule ' à ceux qui le craignent et qui travaillent à se le rendre favorable 1 Vous le croyez lidèle dans sa parole, et vous regardez comme des esprits faibles ceux qui se confient eu lui, et qui sacrifient tout à la grandeur et à la certitude de ses promesses ! 0 homme si étonnant, si plein de contradictions, si peu d'accord avec vous-même, s'écrierait l'infidèle, il faut donc que le Dieu des chrétiens soit bien grand et bien saint, puis -

plus qu'en vous seul l'écueil de leur salut? Faut-il qu'au déf.ut des supplices et des tyrans, vous outragiez ceux qui professeie* la foi de Jésus-I hrist? Allez donc vous unir avec les peuples infidèles , avec ces hommes sans foi et sans religion qui blasphèment ce qu'ils ignorent, qui refusent de suivre Jésus-Christ, qui méprisent ses maximes et qui s'opposent à sa gloire. Si v us voulez nous persécuter, abjurez notre foi et renoncez à la religion que nuus proies ons. Kli ! un sauvage aurait pitié do notre crédulité, il nous accuserait peut-être de folie, mais du uioius pourrait-il nous plaindre de ce que nous en ferons les soulT:auces au plaisir, et la mortification aux douceurs i.c la vie ; il sérail forcé de convenir que, si i nus ne non- trompons point, nus sommes les plus sages de ton- les hommes, et que si noire foi est juste, nous prenons le parti le plus sur; mais vous qui ne doutez point de votre foi, ni de la justice de noire

' Massillon a-t-il laissé vraiment échapper de sa plume cette phrase incorrecte? Le P. Joseph a-t-il m exactement? L'édition de Trévoux semble ici préférable : « Vous regardez Jé.^us-Clirist comme votre juge, et vous méprisez ceux qui craignent ses juge • meuts, qui tachent de gagner sa miséricorde .'

AVENT

qu'il n'a parmi ceux qui le connaissent que des ennemis de votre sorte.

Respectons donc la vertu, mes Frères. Honorons les dons de Dieu et les merveilles de sa grâce dans ses serviteurs. Méritons par nos égards et par notre estime pour la piété le bienfait de la piété même. Regardons les gens de bien comme les seuls qui attirent encore les grâces du ciel sur la terre, comme des ressources établies pour nous réconcilier un jour avec Dieu, comme des signes heureux qui nous marquent que le Seigneur regarde encore les hommes avec pitié et continue ses miséricordes sur son Eglise. Encourageons par nos éloges les âmes qui reviennent à lui, si nous ne pouvons encore les soutenir par nos exemples; applaudissons à leur changement, si nous ne croyons pas pouvoir encore changer nousmêmes; faisons-nous honneur du moins de les défendre, si nos passions ne nous permettent pas encore de les imiter. Mettons la vertu en honneur. N'ayons pour amis que les amis de Dieu ; ne comptons sur la fidélité des hommes qu'autant qu'ils sont fidèles au maître qui lésa

créance, de quels yeux pouvez-vous regarder comme des insensés ceux qui en font profession? Vous adorez Jésus-Christ crucifi., vous vous prosternez devant sa croix connue devant le trône de votre Réd. mpte r, et vous vous riez de ceux qui l'adorent dans le cœur et qui le servent en vérité ! Vous regardez Jésus-Christ comme votre juge, et vous néprisez ceux qui craignent ses jiigem nis, q i ta lient de gagn r sa miséricorde, et vous regardez comme di s esprits faibles ceux qui sacrifient tout à la vérité de sa parole et à la solidité de ses promesses! 0 hommes, si peu d'accord avec vous-inêm s, il faut donc que vous le s yez bien pi u avec votre Dieu, puisqu'il i,e trouve que de* ennemis en vous

Ah ! respectons donc la vertu et honorons les dons que Dieu a gravés dans ses serviteurs. Méritons par notre estime et nos égards pour la piété le bienfait de la piété n.ême. Regardons les justes comme des ressource? pour nous, comme des signes heureux qui nous marquent que le beigneur regarde encore ceux que le péché avait rendus indignes de lui. Encourageons par nos éloges les âmes pénitentes qui reviennent à Dieu , si nous ne pouvons y en attirer d'autres par nos exemples ; applaudis-

faits. Ne confions nos chagrins et nos peines qu'à ceux qui peuvent les offrir à celui seul qui peut les consoler. Ne croyons dans nos intérêts véritables que ceux qui sont dans les iniérêts de notre salut. Aplanissons les voies de notre conversion ; préparons le monde par notre respect pour les justes à nous voir un jour sans surprise justes nous-mêmes; ne nous faisons pas, par nos dérisions et par nos censures, un respect humain invincible qui nous empêchera toujours de nous déclarer sectateurs de la piété que nous avons si hautement et si publiquement méprisée. Rendons gloire à la vérité ; et, afin qu'elle nous délivre, recevons-la avec religion comme les Mages, dès qu'elle se montre à nous ; ne la dissimulons pas comme les prêtres, lorsque nous la devons à nos frères ; ne nous déclarons pas contre elle comme Hérode, quand nous ne pouvons plus nous la dissimuler à nous mêmes, afin qu'après avoir suivi sur la terre les voies de la vérité, nous soyons un jour tous ensemble sanctifiés dans la vérité et consommés dans la charité. Ainsi soit-il.

sons au m in? à leur changement, si nous ne pouvons changer nous-mêmes ; mettons la vertu en honneur et en vénération, si nous ne pouvons en inspirer la pratique. N'ayons pour amis qi:e les amis de Di u ; ne conipious sur la fidélité des hommes qu'autant qu'ils sont fidèles au grand Maître qu'i's servent. Ne confions nos peines qu'à Celui qui seul peut les soulager. Aplanissons les voies de notre conversion en aplanissant celles de la conversion de nos frères; accoutumons le monde à nous voir nous-mêmes louer ce qu'il désapprouve ; ne mettons pas des obstacles par nos censures et nos railleries à la conversion de nos frères, et ne portons point ombrage par un respect humain à la piété que vous voyez p atiqner et que vous avez méprisée. Rendons gloire à la vérité ; ne la rejetons pas lorsqu'elle s'offre à nous ; ne la dissimulons pas lorsqu'il s'agit de la dire ; ne la combattons pas lorsqu'elle semble s'opposer à nos intérêts et à nos vues ; mais an contraire recevons-la avec docilité, disons-la avec sincérité, défendons-la avec zèle, afin qu'après avoir marché dans la justice, nous soyons un jour sanctifiés par la vérité et consommés dans la charité ; c'est ce que je vous souhaite. Amen,

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