SUR LA PAROLE DE DIEU
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DlTTSTOl». •»■ 1» Dispositions qui doivent conduire Us fidèles dans te lieu saint, pour entendre la parole de Dieu; 2» dans quel esprit on doit ensuite récouter.
Première pabtie. — 7*roi'x dispositions doivent vous conduire dans le lieu saint, pour entendre la parole de Dieu.
Première disposition. C'est un désir qu'elle vous soit utile. Ainsi vous devez, avant de venir dans nos temples, vous adresser au Père des lumières et lui demander qu'il vous donne ces oreilles du cœur qni seules font entendre sa voix ; qu'il forme dans vos coeurs le goût des vérités qn'il met dans la bouche des ministres. Si les Israélites furent obligés d'user de tant de préparations pour venir eutendre la loi que l'ange leur donna de la part de Dieu, combien ces préparations sont-elles plus nécessaires ponr entendre une loi bien plus sainte, qni est la loi de Jésus-Christ î Cependant, vous venez entendre la parole de Dicn sans aucune préparation; c'est la curiosité, un loisir inutile, la coutume, des vues peut-être plus criminelles qui vous amènent ici; nul motif de salut ne vous y conduit.
Deuxième disposition. Une disposition de douleur et de confusion, fondée snr le peu de fruit que vous avez retiré jusqu'ici de bot de vérités entendues. Rappelez tant de mouvements de componction, tant de pieuses résolutions inspirées en ce lieu, toujours sans aucune suite ; songez que les vérités qui n'ont fait sur vous qu'une impression passagère, sont autant de témoins qni déposeront contre vous devant le tribunal de Jésus-Christ. Que de réflexions à faire là-dessus ! Quel sujet de crainte ! Mais hélas ! ce sentiment de douleur sur le peu d'usage de tant d'instructions entendues, n'est pas même connu ; on peut en juger par l'cxté-
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rieur avec lequel on vient entendre la parole sainte ; il n'est pas différent de celui qu'on porterait dans une assemblée profane. Combien de pécheurs même, bien loin d'être affligés du peu d'usage qu'ils ont fait des vérités, se savent peut-être bon gré d'y être iusensibles • pires en cela que ceux qui, avec une vie d'ailleurs criminelle, conservent du moins toujours un reste de respect, une sorte de sensibilité pour la vérité.
Troisième disposition. Un sentiment de reconnaissance sur ce moyen de salut qne Dieu vous ménage, en vons conservant le dépôt de la vérité, et en continuant au milieu de vous la succession des ministres légitimes, seuls autorisés à vous l'annoncer. Le plus terrible châtiment dont Dieu frappait aulrefois les Juifs, c'était de leur ôter les prophètes véritables et de permettre qu'il s'élevât parmi eux de faux docteurs; au contraire, malgré les iniquités des chrétiens, qui semblent montées à leur comble, il ne cesse de leur susciter des pasteurs qui leur annoncent une doctrine saine et irrépréhensible. Or, venez-vous les écouter avec un cœur touché de reconnaissance? Hélas! vous n'apportez ici qu'un dégoût d'irréligion et de vanité; vous êtes des spectateurs oisifs et curieux, qui ne se proposent que d'entendre quelque chose de nouveau. Aussi, si Dieu ne vous punit pas en retirant du milieu de vous ses prophètes , il vous en suscite qui vous plaisent , mais qui ne vous convertissent pas ; et c'est ainsi qu'il exerce en secret des jugements terribles et sévères.
Deuxième partie. — Dans quel esprit devez-vous écouter la parole sainte?
1° Son autorité est divine. Ce n'est pas notre parole que nous vous annonçons, mais la parole de Celui qui nous envoie; donc vous devez écouter cette divine parole premièrement avec docilité. Cependant, combien de ces hommes sages à leurs propres yeux, qui viennent ici toujours en garde contre les vérités qu'on leur annonce, qui regardent notre ministère comme un art d'exagération et d'hyperbole, qui opposent tout bas â la vérité qu'ils entendent, les maximes et les préjugés du monde qui la contredisent ! Hélas ! i's nous accusent d'exagérer, et Dieu nous jugera peut-être sur ce que nous aurons affaibli la vertu et la force de sa parole. Secondement, l'autorité delà parole étant divine, vous devez l'écouter avec un esprit de sincérité et d'application sur vous-même ; c'est-à-dire vous mesurer sur cette règle, vous juger par cette loi. Cependant, nul ne prend ici pour soi la vérité qui l'attaque et qui le condamne ; on n'y découvre que les défauts des autres.
2° La fin de la parole divine, c'est la conversion des cœurs, l'établissement de la vérité, la destruction de l'erreur et da péché, la sanctification du nom de Jésus-Christ; donc, vous devez l'écouter, premièrement, avec un respect religieux qui ne méprise pas la simplicité de nos discours. Ainsi , quelque éclairé que vous soyez d'ailleurs , vous ne devez pas vous faire de vos prétendues lumières un titre pour négliger les instructions que l'Eglise donne aux fidèles. L'onction de l'Esprit vous apprendra toujours ici ce que vous ignorez peut-être encore. Cependant, sous prétexte qu'on en sait assez et que des lectures chrétiennes et on peu de réflexion dans la retraite sont plus utiles que nos discours, on se bannit de ces assemhlées saintes. Secondement, vous devez l'écouter avec un esprit de foi, c'est-à-dire avec un amour pour la parole sainte indépendant des talents de l'homme qui vous l'annonce, qui vous la fasse trouver belle, divine, digne de tous vos hommages dans une bouche même impolie et grossière. Cependant, on ne vient ici que pour s'ériger en juge et en censeur, que pour décider du mérite de ceux qui l'annoncent. L'esprit de curiosité ne doit pas non plus vous amener ici, car notre ministère n'est point un art vain et frivole, qui ne se propose que l'arrangement du discours et la gloire de l'éloquence. Cependant, loin de venir chercher ici des remèdes à vos maux, vous venez y chercher de vains ornements qui amusent les malades sans les guérir; vous venez chercher l'harmonie et l'ornement dans les vérités sérieuses de la morale de Jésus-Christ, oubliant que nous sommes dans la chaire chrétienne non pour vous plaire et vous amuser, mais pour vous instruire, pour vous reprendre et pour vous sanctifier.
Non in solo pane vivit liomo, sed in omnl verbo quod procéda âe ore Dei.
L'homme ne vit pas seulement de pain , mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Matth., iv, 4.
Rien ne marque mieux la puissance et la sublimité de la parole de l'Evangile , que les images dont Jésus-Christ se sert pour nous en prédire les effets. Tantôt c'est un glaive sacré qui va séparer le père de l'enfant , l'époux de l'épouse, le frère de la sœur, l'homme de luimême ; captiver tout esprit sous le joug de la foi, assujétir les Césars, triompher des sages et des savants, et élever l'étendard de la croix sur les débris des idoles et des empires ; et par là nous est représentée sa force, à laquelle le monde entier n'a pu résister.
Tantôt c'est un feu divin porté en un instant dans toute la terre, qui va dissoudre les montagnes, dépeupler les villes, peupler les forêts, réduire en cendres les temples profanes , embraser les hommes , et les faire courir à la
mort comme des insensés aux yeux des nations; et, sous ces traits paraboliques, nous est figurée la promptitude de ses opérations et la rapidité de ses victoires.
Tantôt c'est un levain mystérieux , qui rasremble et réunit toute la masse, qui en lie toutes les portions, qui leur imprime une force et une vertu commune ; qui confond les distinctions de Juif et de Gentil, de Grec et de Barbare, et leur donne à tous le même nom et le même être ; et ici vous comprenez quelle est sa sainteté et sa vertu secrète, qui a purifié tout l'univers , et de tous les peuples n'en a fait qu'un peuple.
Une autre fois c'est une semence, qui, paraissant d'abord se perdre sur la terre , croît ensuite et multiplie jusqu'au centuple. Et voilà le principe de sa fécondité, non l'ouvrier qui sème, mais l'auteur invisible qui donne l'accroissement.
Mais aujourd'hui Jésus-Christ la compare au pain qui sert de nourriture à l'homme, non in
PREMIER DIMANCHE : SIR LA PAROLE DE DIEU
solo pane vivit homo; et par là il veut nous apprendre que la parole de l'Evangile est une nourriture forte et solide, pernicieuse souvent à ceux qui la reçoivent dans un cœur malade et corrompu , et utile seulement aux âmes qui s'en nourrissent avec une sainte avidité, et qui portent ici un cœur préparé pour l'entendre.
Pour me renfermer donc dans cette idée, je ne dirai rien des merveilles que cette parole , annoncée par douze pauvres , opéra autrefois dans tout l'univers. Je passerai sous silence la sainteté de sa doctrine, la sublimité de ses conseils , la sagesse de ses maximes ; et, me bornant à l'instruction et à ce qui peut vous rendre utile la parole de l'Evangile que nous vous annonçons, je vous apprendrai premièrement quelles sont les dispositions qui doivent vous conduire en ce lieu saint pour l'entendre, et secondement, dans quel esprit vous devez ensuite l'écouter : deux devoirs non-seulement négligés, mais inconnus à la plupart des fidèles qui accourent en foule aux pieds de ces chaires chrétiennes , et la source la plus commune du peu de fruit de notre ministère. Implorons, etc. Ave, Maria.
PREMIÈRE l'ARTIE.
Ce qui distingue les justes des chrétiens charnels, dit saint Augustin, n'est pas le corps des œuvres extérieures ; c'est l'esprit invisible qui les anime. Les actions de la piété sont souvent communes aux bons et aux méchants; c'est la disposition du cœur qui les discerne. Tous courent, dit l'Apôtre, mais tous n'arrivent pas au but ', parce que ce n'est pas le même esprit qui les pousse.
Or, pour appliquer celte maxime à mon sujet, de tous les devoirs de la piété chrétienne , il n'en est point sans doute dont les gens du monde et les gens de bien remplissent plus également les dehors, que celui de venir écouter la parole de l'Evangile. Tous viennent en foule , comme autrefois les Israélites au pied de la montagne sainte, entendre les paroles de la loi. L'enceinte de nos temples peut à peine suffire à la multitude des fidèles ; l'heure même des mystères terribles ne voit pas les autels environnés de tant d'adorateurs ; les assemblées profanes cessent pour venir grossir l'assemblée sainte au temps de l'instruction ;
» Omnei... auront, .sel omis accipit bravium./ Cor., ix 24.
et les siècles qui ont vu refroidir le zèle des chrétiens sur tous les autres devoirs de la religion, n'ont pu, ce semble, le ralentir sur celui-ci. Cependant , de tous les ministères confiés à l'Eglise pour la consommation des élus , il n'en est presque pas de plus inutile que celui de la parole; et le moyen le plus puissant que la religion ait de tout temps employé pour la conversion des hommes, est devenu aujourd'hui la plus faible de ses ressources. Vous êtes vous-mêmes, mes Frères, une triste preuve de cette vérité. Jamais les instructions ne furent plus fréquentes qu'elles le sont de nos jours , et jamais les conversions n'ont été plus rares.
II importe donc de développer ici les causes d'un abus si commun et si déplorable. Or, la première est sans doute dans le défaut des dispositions qui doivent vous conduire dans ce lieu saint pour y écouter la parole du salut. Et certes , si saint Paul ordonnait autrefois aux fidèles de s'éprouver avant que de venir manger le pain de vie *, s'il leur déclarait que ne pas le discerner des viandes communes, c'était se rendre coupable du corps du Seigneur, nous n'avons pas moins raison de vous dire que vous devez vous éprouver, et préparer votre âme avant que de venir participer à la nourriture spirituelle que nous rompons au peuple ; et que ne pas la discerner, par la manière de l'entendre, de la parole des hommes , c'est se rendre coupable de la parole même de Jésus-Christ.
La première disposition que demande de vous la sainteté de celte parole , lorsque vous venez l'entendre , c'est un désir qu'elle vous soit utile. Vous devez, dans le secret de votre maison, avant de venir dans nos temples, vous adresser au Père des lumières, et lui demander qu'il vous donne ces oreilles du cœur, qui seules font entendre sa voix ; qu'il donne à sa parole cette vertu, cette onction secrète, ces attraits si puissants et si heureux pour la conversion des pécheurs ; qu'il surmonte cette insensibilité que vous avez jusqu'ici opposée à toutes les vérités entendues, qu'il fixe ces sensibilités d'un moment que vous avez si souvent éprouvées en nous écoutant, et qui n'ont jamais eu de suite pour votre salut ; qu'il nous donne à nous-mêmes ce zèle, cette sagesse,
* Probet scipsum homo, et tic de pane illo cdat / Cor.,