XI
cette dignité, cette plénitude de son Esprit, ces lumières vives, cette véhémence divine, toujours persuasive et qui ne parle jamais en vain; qu'il forme dans nos cœurs le goût des vérités qu'il met dans nos bouches ; qu'il nous rende insensibles à vos louanges ou à vos censures, afin que nous soyons plus utiles à vos besoins ; que le désir de votre salut supplée en nous aux talents que la nature nous refuse ; et que nous honorions notre ministère en ne cherchant pas à vous plaire , mais à vous sauver.
Et certes, mes Frères, si les Israélites antrefois sur le point d'approcher de la montagne de Sinaï et d'y entendre les paroles de la loi que l'ange devait leur annoncer, furent obligés par l'ordre du Seigneur de se purifier, de laver leurs vêtements, et de s'abstenir même des saints devoirs du mariage, pour se préparer à cette grande action, et ne rien porter au pied de la montagne qui ne fût digne de la sainteté de la loi qu'ils allaient entendre ; n'estil pas plus raisonnable, dit saint Chrysostome, lorsque vous venez écouter les paroles divines d'une loi plus sainte, d'y apporter du moins les précautions de foi, de piété, de respect même extérieur, qui marquent en vous un désir sincère de conformer vos mœurs aux maximes que nous allons vous annoncer?
Quoi, mes Frères, les préceptes de Jésus-Christ, les paroles de la vie éternelle seraient-elles entendues avec moins de précautions que les ordonnances d'une loi figurative ? Est-ce parce qu'un ange ne descend plus du ciel pour vous les annoncer? Mais ne sommes-nous pas ici comme lui les envoyés de Dieu, et ne vous parlons-nous pas comme lui à sa place? L'ange sur la montagne portait-il plus de caractères de la divinité que nous en portons? Il écrivait la loi sur des tables de pierre; la grâce de notre ministère la grave dans les cœurs. Il promettait le lait et le miel, et nous annonçons les biens véritables. Il parlait au chef des tribus, ces héros qui vainquirent les peuples de Chanaan et conquirent leurs villes, et nous parlons devant les princes et les rois de la terre, et devant un roi encore plus grand par sa piété que par ses conquêtes. Les foudres et les éclairs, qui accompagnaient ses menaces contre les transgresseurs de la loi, renversaient le peuple frappé de terreur au pied de la montagne; mais qu'était-ce que ces menaces et ces malédictions temporelles, leurs
villes démolies, leurs femmes et leurs enfants menés en captivité, si vous le comparez au malheur éternel que nous ne cessons de prédire aux violateurs de la loi de Dieu? Séparez ce que nous sommes du ministère que nous remplissons; qu'y a-t-il ici de moins terrible et de moins respectable que sur la montagne de Sinaï?
Et cependant quelles préparations vous conduisent à une action si sainte et si digne de respect? Une vaine curiosité qu'on veut satisfaire, un loisir inutile qu'on est bien aise d'amuser, un spectacle de religion dont on veut avoir le plaisir, une coutume qu'on suit parce que le monde l'a reçue, que sais-je? le désir de plaire au maître en imitant son respect pour la parole de l'Evangile, et de s'attirer plutôt ses regards que ceux de la miséricorde divine; que sais-je encore? des vues peut-être plus criminelles, et dont on n'oserait parler, de peur d'avilir la gravité de notre ministère. Nul motif de salut ne vous conduit ici ; nulle vue de foi ne vous y prépare, nul sentiment de piété ne vous y accompagne; en un mot, venir écouter la parole sainte n'est pas même pour vous une œuvre de religion.
Première raison de l'inutilité de notre ministère. Car comment voulez-vous qu'une démarche toute profane serve de disposition à la grâce, et que, dans cette multitude de fidèles assemblés en ce lieu saint, la bonté de Dieu aille vous discerner de la foule pour ouvrir votre cœur à la parole de vie, vous qui n'avez apporté ici que les dispositions les plus propres à éloigner de vous cette miséricorde? Mes Frères , comme la religion n'a rien de plus grand en un sens que le dépôt de la doctrine et de la vérité, la piété ne connaît rien aussi de plus important et qui demande des précautions plus religieuses que de l'écouter et de s'en instruire.
La seconde disposition qui doit vous conduire en ce lieu saint, est une disposition de douleur et de confusion, fondée sur le peu de fruit que vous avez retiré jusqu'ici de tant de vérités entendues. Vous devez rappeler tant de mouvements de componction que le Seigneur a opérés dans vos cœurs par le ministère de la parole, et qui ont toujours été sans succès pour votre salut; tant de pieuses résolutions inspirées en ce lieu, qui semblaient promettre un changement de vie, et qui au sortir ont échoué contre le premier écueil. Car ce qui
PREMIER DIMANCHE : SUR LA PAROLE DE DIEU
doit vous effrayer ici davantage, c'est qu'autant de vérités qui n'ont fait sur vous que des impressions passagères, sont autant de témoins qui déposeront contre vous devant le tribunal de Jésus-Christ; autant de fois que la parole de l'Evangile ne vous a pas touché jusqu'à la pénitence, autant de fois elle vous a rendu plus indigne d'obtenir la grâce du repentir. La foi ne connaît point ici de milieu, et si vous n'en êtes pas sorti changé, vous en êtes toujours sorti en quelque façon plus coupable, puisque vous avez ajouté à tous vos autres crimes, celui du mépris de la parole sainte.
Voilà les réflexions qui doivent occuper votre foi, et, en tremblant sur le passé, lorsque vous venez dans l'assemblée des fidèles, vous devez vous demander à vous-même : Vais-je écouter une parole qui me jugera, ou des vérités qui me délivreront? vais-je offrir à la miséricorde de Dieu un cœur docile et préparé, ou à sa justice de nouveaux motifs de condamnation contre moi? Depuis si longtemps on m'annonce des vérités dont toute riudulgence que j'ai pour mes passions ne peut affaiblir la force dans mon esprit , et qui me font en secret convenir malgré moi de l'égarement de mes voies; ai-je fait une seule démarche pour en sortir? Depuis si longtemps on m'avertit que le corps du chrétien est le temple de Dieu; en suis-je devenu plus chaste? depuis si longtemps j'entends dire qu'il faut arracher l'œil qui scandalise et le jeter loin de soi ' ; en suis-je venu à ces séparations que je connais moi-même si indispensables à mon salut? depuis si longtemps on me déclare que différer de jour en jour sa pénitence, c'est vouloir mourir dans son péché; me trouvé-je plus disposé à sortir de mon état déplorable, et à commencer tout de bon l'ouvrage de mon salut?
Grand Dieu 1 ne vous lasserez-vous pas de me donner un cœur sensible à des vérités qui me touchent toujours et qui ne me changent jamais? Et ne punirez-vous pas l'abus que je fais de votre parole, en lui ôtant à mon égard cette force que vous lui laissez encore pour me rappeler à la pénitence? Et certes, mes Frères, combien de fidèles qui m'écoulent, sensibles autrefois aux vérités que nous annonçons, ne viennent plus aujourd'hui leur offrir qu'un cœur tranquille et endurci! Ils négligèrent
* Si oculus (nos scandalizat te, erue eum et projice abs te. ilatth., mil, 9.
ces temps heureux, où la grâce voulait encore leur ouvrir cette voie de conversion; et, depuis une si longue et si funeste négligence, ils nous écoutent de sang-froid, et les vérités les plus terribles dans nos bouches ne sont plus pour eux qu'un airain sonnant et une cymbale retentissante '.
Or, je vous demande, mes Frères, ce sentiment de douleur sur le peu d'usage que vous avez fait jusqu'ici de tant d'instructions entendues, vous est-il même connu? La seule pompe extérieure que vous portez ici , femmes du monde, nous annonce-t-elle cette disposition? Les mêmes soins d'indécence et de vanité qui vous préparent aux spectacles profanes, ne vous conduisent-ils pas à nos instructions où le monde est condamné? Y faites-vous quelque différence, et ne semble-t-il pas, ou que nous devons vous y annoncer les maximes insensées des théâtres, ou que vous n'y venez vous-mêmes que pour insulter par un appareil indécent, même selon le monde, aux saintes maximes de l'Evangile '?
Mais que dis-je, mon cher auditeur? Loin de vous reprocher tant de vérités jusqu'ici entendues sans fruit , hélas ! vous vous savez peut-être bon gré d'y être insensible ; peutêtre vous faites-vous une espèce de force et de vanité déplorable de nous écouter de sangfroid ; vous regardez peut-être comme un bon air et une supériorité d'esprit, que ce qui touche tous les autres vous laisse tout seul calme et tranquille ; vous faites peut-être ostentation de votre insensibilité. Il semble que ce serait une faiblesse à vous d'être sensible à des vérités qui triomphèrent autrefois des philosophes et des Césars, à des vérités descendues du ciel, et qui portent avec elles des caractères si divins d'élévation et de sagesse, à des vérités qui font tant d'honneur à l'homme, et les seules dignes de la raison, à des vérités si consolantes pour le cœur, et seules capables de porter la paix et la tranquillité au dedans de nous-mêmes, à des vérités enfin qui nous proposent de
• (Es sonnans aut cyrabalnm tinniens. / Cor., xin, 1.
' A voir cette pompe extérieure , cet air dissipé , toutes ces affections mondaines que vous apportez dans la maison du Seigneur, ne dirait-on pas que vous vous préparez plutôt pour un spectacle profane que pour un acte de religion? En vous voyant venir étaler tous les frivoles ornements de la vanité mondaine dans le temple saint où le monde est condamné,' ne semble-t-il pas que nous allons vous y tenir le langage profane do théâtre ; que dans ces lieux saints ou nous sommes envoyés pour votre conversion, vous n'y veuez que pour iutiruier les saintes vérijés que nous vous y annonçons? Edition deTrïvovr. • *■'-
GRAND-CARÉME.
si grands intérêts et pour lesquelles on ne peut être indifférent sans fureur et sans extravagance. Vous vous vantez du peu de succès de notre zèle, et que tous nos discours vous laissent tels qu'ils vous trouvent, et vous croyez par là faire honneur à votre raison. Je ne vous dis pas que vous vous vantez d'être dans ce fonds de l'abîme et dans cet état de réprobation où il n'est presque plus de ressource, ce qui est digne en même temps d'horreur et de pitié; mais je vous dis que la marque même la plus sûre d'un esprit frivole et léger, d'une raison médiocre et bornée, d'un cœur mal fait et incapable de grandeur et d'élévation, c'est de ne trouver rien qui frappe, qui étonne, qui satisfasse, qui intéresse dans les vérités si sages et si sublimes de la morale de Jésus-Christ.
Car du moins les pécheurs d'un autre caractère conservent encore un reste de respect et une certaine sensibilité pour la vérité, qui subsiste avec une vie d'ailleurs criminelle, mais qui est toujours la marque d'un bon cœur, d'un cœur à qui il reste encore du goût pour le bien, d'une raison sensée, qui, quoiqu'entraînée par le monde et par les passions, sait se rendre justice, sent encore la force de la vérité qui la condamne, et laisse en nous des ressources de salut et de repentir. Ces pécheurs conviennent du moins que nous avons raison ; ils ne changent rien à leurs mœurs, il est vrai ; mais du moins la vérité les touche, les trouble, les agite, excite en eux de faibles désirs de salut et des espérances d'une conversion à venir; ils sont fâchés même de se trouver trop sensibles aux terreurs de la foi ; ils craignent presque de nous entendre, de peur de perdre cette fausse tranquillité, qui fait toute la douceur de leurs crimes ; ils cherchent, au sortir de nos discours, à se dissiper pour égayer un fonds de trouble et de tristesse, que les vérités entendues ont laissé dans leur âme; ils vont aussitôt porter au milieu du monde et des plaisirs l'aiguillon secret que la parole de Dieu a laissé dans leur cœur, afin d'y trouver une main flatteuse qui l'arrache, et qui referme la plaie d'où devait sortir leur guérison ; ils craignent qu'on ne brise leurs fers ; ils tournent la tête pour ne pas voir la lumière qui vient troubler la douceur de leur sommeil. Ils aiment leurs passions, je l'avoue, mais du moins ils n'insultent pas à la vérité ; au contraire, ils rendent gloire à sa puissance en se faisant des remparts contre elle. Ce sont
des pécheurs faibles, qui, craignant de ne pouvoir se défendre contre Dieu, le fuient et l'évitent '. Mais pour vous, vous vous faites une gloire affreuse de l'attendre de sang-Iroid, et de ne pas le craindre ; vous trouvez de l'élévation et de la philosophie à vous mettre audessus de ces terreurs vulgaires ; vous croyez qu'une crainte religieuse déshonorerait l'orgueil de votre raison ; et tandis qu'en secret vous êtes l'âme la plus lâche et la plus timide, la plus abattue au premier péril qui vous menace, la moins ferme contre les événements, la plus agitée au gré des espérances et des craintes frivoles de la terre, vous vous piquez de courage contre la vérité ; c'est-à-dire vous avez tout ce qu'il y a de bas et de vulgaire dans la crainte, et vous rougissez d'en avoir ce qu'il y a de grand et de raisonnable ; vous n'avez point de force contre le monde, et vous faites parade d'une valeur insensée contre Dieu.
Seconde disposition qui doit vous conduire à nos instructions, une douleur sur le peu de fruit que vous en avez retiré jusqu'ici. La dernière, c'est un sentiment de reconnaissance sur ce moyen de salut que Dieu vous ménage en vous conservant le dépôt de la vérité, et continuant au milieu de vous la succession des ministres seuls autorisés à vous annoncer la parole sainte.
En effet, le plus terrible châtiment dont Dieu frappait autrefois les iniquités de son peuple, c'était de rendre au milieu d'eux sa parole rare et précieuse. Ils parcourront, dit-il dans son prophète, de l'orient à l'occident, pour chercher quelqu'un qui leur annonce ma parole, et ils ne le trouveront pas *. Et nonseulement il ne suscitait plus de véritable prophète dans Israël, mais il permettait qu'il s'élevât au milieu vde son peuple de faux docteurs, qui détournaient les tribus de son culte, et venaient leur prêcher des dieux que leurs pères n'avaient pas connus.
Or, c'est une miséricorde de Dieu bien signalée, mes Frères, que, malgré les iniquités qui semblent montées à leur comble parmi vous, il vous suscite encore des prophètes et des pasteurs qui vous annoncent une parole
1 Ce passage si vrai , cette morale si profonde, a dû particulièrement toucher cet homme du monde qui entendit ce sermon par hasard et eu sortit converti.
* Ab aquilone usque ad orientent circuibunt, qusrtntes verbum Domini, et non ùmnient. Amos, vin, 12.
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saine et irrépréhensible. C'est une protection du Seigneur bien singulière de n'avoir pas permis que l'erreur ail prévalu sur la vérité au milieu de nous, comme parmi tant de peuples voisins de celte monarchie, et que l'étincelle du schisme et de la nouveauté, qui s'éleva le siècle passé ', et qui pensa embraser toute l'Europe, n'ait pas désolé tout son héritage, et succédé dans nos Gaules, où elle semblait avoir pris naissance et où elle avait déjà fait de si tristes progrès, à la foi de nos pères. Oui, mes Frères, c'est sa bonté toute seule qui a conservé la paix à ce troupeau, la liberté à notre ministère, la succession légitime à nos pasteurs, les usages anciens et vénérables au culte, le dépôt de la doctrine et de la vérité à nos Eglises. Combien d'infortunés dans les lieux où l'erreur est sur le trône, trouvent aujourd'hui, aux pieds des mêmes chaires où leurs ancêtres avaient ouï les paroles de la vie éternelle et l'Evangile de paix, une doctrine de mort, de rébellion et de mensonge ! Combien d'âmes séparées de l'unité, mais disposées à recevoir la vérité et à l'aimer, ne périssent que parce qu'on leur propose l'erreur revêtue des apparences de la vérité, et qu'on se sert pour les perdre de la même docilité qui aurait dû les sauver I
Eh ! qu'avez-vous fait qui méritât que vous fussiez discernés de tant de nations séduites ? Pourquoi n'avez-vous pas été enveloppés dans la même condamnation? Pourquoi avez-vous habité celte heureuse terre de Gessen, seule éclairée des lumières du ciel, tandis que tout le reste de l'Egypte fut frappé de ténèbres? N'est-ce pas la miséricorde de Dieu toute seule, qui vous a discerné de tant de peuples qui s'applaudissent de leurs erreurs et de leur schisme? Vous êtes encore sous les yeux de vos pasteurs; vous recevez encore la doctrine des Apôtres des mains de leurs successeurs ; la vérité coule encore sur vous d'une source pure et divine ; les chaires chrétiennes retentissent encore de toutes parts des maximes de la foi et de la piété ; et la bonté de Dieu vous ménage encore mille moyens de salut, en vous conservant celui de l'instruction et de la doctrine.
Cependant, venez-vous nous écouter avec un cœur touché de reconnaissance? Regardez-
t Toujours Massiltoo parle du xvi« siècle comme du siècle qui précède le tien, homme qui appartient vraiment plus an temps de Louis XIV qu'à celui de Louis XV.
vous comme un bienfait signalé de Dieu sur vous le dépôt de la vérité et de la parole sainte qu'il vous a conservée et qu'on vous annonce encore ? Dites-vous quelquefois avec le Prophète : // n'en a pas usé de même envers tant de ?tations, auxquelles il ne daigne pas manifester ses jugements et ses justices j ?
Hélas 1 vous ne portez ici qu'un dégoût d'irréligion et de vanité ; les moments les plus ennuyeux sont ceux que vous employez à écouter des vérités qui devraient faire toute la consolation de votre vie ; vous êtes fâchés que la religion du Maître vous en fasse une espèce de devoir et de bienséance. Nous sommes même obligés de respecter vos ennuis et vos dégoûts, en mêlant souvent à la vérité des ornements humains qui toujours l'affaiblissent. Il semble que nous venons ici vous parler pour nous ; et vous nous écoutez comme des importuns qui viendraient vous demander des grâces. Au milieu d'un spectacle profane, vous n'avez point de regret aux moments que des plaisirs si frivoles occupent ; c'est là que toutes les pensées d'affaires, de fortune, de famille cessent ; et que, tout le reste oublié, l'esprit né pour des choses plus sérieuses, se repaît avidement d'aventures chimériques ; c'est de là qu'on sort toujours plein, occupé, transporté des maximes lascives qu'un théâtre criminel a chantées. On en repasse les endroits qui ont fait sur le cœur des impressions plus dangereuses ; on en porte le souvenir jusqu'aux pieds des autels. Ces images si fatales à l'innocence ne peuvent plus s'effacer ; et, au sortir de la parole sainte, tout ce que vous en avez retenu, ce sont peut-être les défauts de celui qui vous l'a annoncée.
Mes Frères , Dieu ne punit plus d'une manière sensible le mépris de sa parole. H pourrait encore sans doute transporter son Evangile au milieu de ces nations barbares qui n'ont jamais entendu parler de lui, et abandonner de nouveau son héritage ; il pourrait tirer du fond de leurs déserts des peuples féroces et infidèles , et leur livrer nos temples et nos foyers, comme il leur livra autrefois ces Eglises si célèbres que les Tertullien, les Cyprien, les Augustin, avaient illustrées, et où il ne reste plus maintenant de trace de christianisme, que dans les outrages que Jésus-Christ y reçoit, et
1 Non fecit taliter omni nationi, et judicia au non manifestait eii. Pi. cxlvu, 20.
GRAND-CARÉME.
dans les fers dont les fidèles y sont charges. Il le pourrait ; mais il se venge plus secrètement et peut-être plus terriblement. Il vous laisse encore le spectacle et tout l'appareil extérieur de la prédication de l'Evangile ; mais il en détourne le fruit sur les simples et sur les ignorants qui habitent les campagnes; les terreurs de la foi ne sont plus que pour eux. Il ne retire plus ses prophètes du milieu des villes ; mais il leur ôte, si j'ose parler ainsi , la force et la vertu de leur ministère. Il frappe ces nuées saintes d'aridité et de sécheresse ; il vous en suscite qui vous rendent la vérité belle , mais qui ne vous la rendent pas aimable ; qui vous plaisent, mais qui ne vous convertissent pas. Il laisse affaiblir dans nos bouches les saintes terreurs de sa doctrine ; il ne tire plus des trésors de sa miséricorde de ces hommes extraordinaires suscités autrefois dans les siècles de nos pères, qui renouvelaient les villes et les royaumes, qui entraînaient les grands et le peuple , qui changeaient les palais des rois en des maisons de pénitence, des Bernard et des Vincent Ferrier dans nos Gaules, des Raymond en Italie, des Dominique, dans toute l'Europe, des Xavier dans un nouveau monde ; il permet que nous , hommes faibles, succédions à ces hommes apostoliques.
Que dirai-je encore? nous assemblons ici, comme autrefois Paul au milieu d'Athènes, des spectateurs oisifs et curieux, qui ne se proposent que d'entendre quelque chose de nouveau, tandis que ceux qui évangé-iSêni vos terres et vos vassaux, voient avec consolation à leurs pieds, comme autrefois Esdras , des Israélites simples qui ne peuvent retenir leiii'S larmes en entendant seulement les paroles de la loi. Nous amusons le loisir et l'oisiveté des princes et des grands de la terre, tandis que des ministres saints enfantent Jésus-Christ, et recueillent une moisson abondante au milieu des campagnes : en un mot, nous discourons et ils convertissent. C'est ainsi, ô mon Dieu,' que vous exercez en secret des jugements terribles et sévères '.
Mais, mes Frères, que ne nous est-il permis de vous dire ici ce que Paul et Barnabe di-
mMtaJk£ d;incon,estables «"«*«, Massillon croyait peu ë Cou nées ZtTV^ "' g™ds du monde- *<«■«* naità la Tur' e7\\n desobeaUI.lri0rnPhes "ue Massi»°" »Wement Et cependant « .T""3'!; Préciséœent <« même sentiune pensérL^ fe^u'S'Btdar dtt M ^'^ raPPe"e la «on famihère, ^S& SSt^Sk
saient autrefois aux Juifs infidèles ! Vous étiez les premiers à qui il fallait annoncer les paroles de salut ; mais puisque vous les rejetez, et que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle, nous allons donc vers les nations abandonnées, vers ces pauvres peuples, ensevelis dans l'ignorance , qui cultivent vos terres, et qui recevront avec foi et avec reconnaissance, la grâce que vous rejetez: Voàis oporlebat primum loqui verbum Dei ; sed quoniam repellitis illud, et indignos vosjudicatis œterrus vitœ, ecce converlimur ad g entes*. Ahl nos travaux seraient bien plus utiles , notre joug plus adouci, notre ministère plus consolé. Nous ne compterions pas parmi ceux qui nous écoutent des noms célèbres dans l'histoire ; mais nous y compterions les noms de ceux qui sont écrits dans le ciel. Nous n'y verrions pas assemblés tous les titres et toutes les hautes dignités qui forment toute la gloire et toute la figure du monde qui passe ; mais nous y verrions la foi, la piété, l'innocence qui font toute la gloire du chrétien, qui demeure éternellement. Nous n'y entendrions pas de vains applaudissements
Clcrmont les heureux et enthousiastes applaudissements donnés à son ami par ses religieux diocésains, l'orateur, couvert de che-" veux blancsj se laissait aller a une douce émotion. Sang desté» l'évêque, dont la voix était a jamais éteinte par l'âge , tout en 6e réjouissant du saint entraînement de son troupeau à la parole de Brydaine, se rappelait aussi ces grandes victoires qu'il avait remportées dans les chaires de Notre-Dame et de Saint-Eustache. Ce remarquable morceau se lit ainsi dans l'édition de 1~0S ! o Nous pouvons no«s blâiuâre, comme Paul, que nous n'attirons a nos discours que des auditeurs curieux, comme lui dans Athènes, tandis qu'il en vent qui fondent en larmes en écoutant l'explication de là loi. Nous amusons la curiosité des grands de la terre et des habitants des grandes villes, tandis que des ministres télés agrandissent j'empire dé Jésus, et augmwWnt le nombredes saints au milieu des camnaenes. Qu'ajouterai-je CIM'-01^ * cela 1 Nous vous annonçons les maximes les plus pures de la foi, et vous ne nous écoutez qu'avec mépris, ou du moins avec indifférence. Nous ne réussissons pas plus par iei promes8es Ve par les menaces. Quoique le ministre Abiathar ne présente ai roi David que des pains cuits sous la cendre, ils ne le fortifient pas moins dans sa lassitude. Je veux dire que ces hommes simples, que ces prêtres pieux, avec une parole méditée aux pieds des saints autels et prèchée dans toute la simplicité, consolent tous les jours des pauvres et des affligés ao milieu des campagnes , tandis que nous travaillons en vain au m>l'en da S"1"1 monde. En un mot, nous parlons' et ils louchent; nous semons et ils fructifient ; nous discourons et ils convertisse."»'- »
Ce vœu fait penser au souhait qu'exprimait aussi Fénelon dans son magnifique sermon sur V 'Epiphanie d'aller én10^1'**1, ,es peuples lointains assis à l'ombre dé ht' mort. Parlant da. ns vé&iie Ai» Missions étrangères où retentit aossi la. voix de h.' lssil'on' il s écriait : « Seigneur, vous le savez, que c'est awc cot tusum el douleur qu'en admirant votre œuvre, je ne me sens ai lai ",rce m le courage d'aller l'accomplir. Heureux ceux à qui vousdfc. v nez de s y dévouer! Heureux moi-mèine, malgré ma faibUss* et mon indignité, si mes paroles peuvent allumer dans le cœur de quelques saints prêtres cette flamme céleste dont uo pécheur comme moi ne mérite pas de brûler. »
PREMIER DIMANCHE : SUR LA PAROLE DE DIEU
donnés au langage de l'homme et non à celui de la foi ; mais nous y verrions couler des larmes, qui sont la louange immortelle de la grâce. Nos chaires ne seraient pas environnées de tant de pompe; mais nos auditeurs seraient un spectacle digne des anges et de Dieu.
Telles sont les dispositions qui doivent vous préparer à nos instructions. Il faut vous instruire encore sur l'esprit dans lequel vous devez nous entendre.