‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de ClermontChapitre 174 sur 191 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Si vous différez votre conversion à la mort, vous mourrez dans votre péché, parce qu'alors

1 Jean., v, ni, 22.

vous ne serez plus en état de chercher Jésus- Christ : Quo ego vado, vos non potestis venire. Première raison tirée du côlé du pécheur mourant, hors d'état alors de chercher Jésus- Christ; c'est-à-dire la pénitence au lit de la mort presque toujours impossible. Or, vous ne serez plus en état alors de chercher Jésus- Chrisl, parce que, ou le temps vous manquera, ou le temps vous étant accordé, l'accablement de vos maux ne vous le permettra pas, ou enfin que vos maux vous le permettant, vos anciennes passions y mettront des obstacles, que vous ne serez plus en état alors de surmonter. Appliquez- vous, mes Frères, à ces vérités importantes.

Je dis donc premièrement que vous êtes imprudent de renvoyer l'affaire de voire salut à un temps que Dieu ne vous a point promis, et qu'il refuse tous les jours à des pécheurs moins coupables que vous. Car, mon cher auditeur, qui vous a répondu que la mort viendra lentement , et qu'elle ne fondra pas inopinément sur vous, comme un vautour cruel sur une proie tranquille et inaltentivc ? D'où avez-vous appris que le Seigneur vous avertira de loin, qu'il enverra toujours son ange pour vous préserver, et qu'une chute soudaine, un naufrage imprévu, un édifice écroulé sous vos pieds, un coup conduit par le hasard, un lâche ennemi, un domestique infidèle, et tant d'autres accidents, ne couperont pas en un clin d'œil le fil de voire vie, et ne vous précipiteront pas dans l'abîme au milieu de vos plus beaux jours? Qui peut vous garantir qu'une révolution subite d'humeurs ne vous fera pas expirer sur-le-champ entre les bras de vos amis et de vos proches, sans mettre, entre une santé parfaite et le trépas, que le dernier soupir d'intervalle? Ces malheurs sont-ils impossibles? Ces accidents sont-ils fort rares? S'estil passé une seule année, un seul jour presque, où Dieu ne vous ait averli par quelqu'un de ces grands exemples? Les tètes les plus illustres en ont-elles été à couvert? Combien de fois vous est-on venu annoncer avec alarme : Un tel vient d'expirer au sortir de table, du jeu, du crime quelquefois? Le ministre de Jésus- Christ s'est présenté; mais on n'a pu tirer du mourant aucun signe. Quelle consternation alors ! quels retours sur vous-même I quelles réflexions sur l'inconstance de la vie et do toutes les choses humaines ! quelles résolutions secrètes de prendre de loin vos mesures, do

peur d'être surpris à votre tour ! Etiez-vous alors imprudent ou trop timide, de craindre? Combien de fois peut-être ces terribles accidents sont-ils arrivés à vos yeux ? Et sans sortir de votre famille n'avez-vous pas eu là-dessus quelque leçon domestique1 ? Or, je vous demande, quels ont pu être les desseins de la miséricorde de Dieu, en vous ménageant des spectacles si effrayants? N'est-ce pas peut-êfre de vous avertir que votre fin serait semblable? Que sais-je si la disposition même de votre tempérament ne vous laisse rien à craindre là-dessus ; si vous ne portez pas déjà la mort dans le sein; et si au premier jour votre fin soudaine et surprenante ne répandra pas le deuil parmi nous, et ne fournira pas à ceux qui m'écoutcnt, de grandes, mais d'inutiles réflexions sur l'abus du monde et de ses espérances * ?

' L'orateur revient souvent sur ces terribles événements. Saint-Simon parle de plusieurs de ces morts subites à la cour de Louis XIV. Sans remonter à la fin tragique de Henriette, ou avait alors, comme on a toujours, hélas! bien de ces douloureux exemples. Une mort qui dut particulièrement frapper les esprits, fut celle du comte de Mailly. Touchant à une haute fortune, homme d'esprit, avant l'extérieur distingué, bien fait d'ailleurs, et fort remarqué par la cour, Mailly mourut au milieu de la débauche, en peu d'heures, et rie put même être ramené chez lui et finir dans un lieu honnête. — V. Saint-Simon, t. il, p. 4 et 5.

s H vous a averti que la mort viendra lentement, que vous ne l'entendrez point venir, qu'elle vous surprendra comme un voleur de nuit, et qu'étant arrivée à sa dernière heure, elle se jetera sur vous comme un vautour sur sa proie. Qui peut savoir si la divine justice, lassée de vos infidélités, ne coupeia point le fil de vutre vie et ne vendra point vous enlever du inonde au milieu de vos plus beaux jours? Qui de vous peut se promettre que vous aurez le temps de vous préparer à la mort, que vous mourrez dans votre propre lit, et qu'au contraire vous n'expirerez pas entre les bras de vos parents et de vos amis, sans avoir entre la santé et le trépas qu'un simple soupir de vie ? Ces accidents sont-iis donc si rares parmi nous'? S'est-il passé une seule année qui ne vous en ail fourni plusieurs exemples ? Combien de fois en votre vie est-on venu vous annoncer : Un tel est mort subitement, un tel a expué au sortir du jeu, de la promenade, de la table, des spectacles, du cabinet? Le ministre du Seigneur s'est présenté , il a fait retentir à ses oreilles le nom du Seigneur, mais il n'a pu tirer de ce mourant aucun signe de conversion ni même de vie. Voilà, mes Frères, ce que cent fois vous avez entendu ; et quel fruit devez-vous tirer de ces exemples, sinon de prendre du moins mieux vos mesures, de peur d'être surpris a votre tour comme cet homme que vous connaissiez, et qui se portait mieux que vous? Combien de semblables exemples sont-ils arrivés à vos yeux; et sans sortir de votre famille, de votre voisinage, peut-être avez-vous là-dessus quelque exemple domestique ? Or, je vous demande, quels peuvent être les desseins de la miséricorde de Dieu, en vous mettant devant les yeux des spectacles si louchants ? N'est-ce point de vous avertir que votre lin sera peut-être semblable, et que par conséquent vous devez vous tenir toujours prêt ? Avertit-il si souvent quand il n'a point envie de faire quelque fruit? Que saisie même si ces morts de vos proches, de vos amis, peutêtre tombés à vos cotés, ne vous ont point déjà fourni de grands sujets de réflexion sur le néant du monde et la brièveté de la vie?— Ed.de Trévoux, 2« partie. Dans cette édition furlive, les parties de ce sermon sont transposées.

Quel est donc votre aveuglement, mon cher auditeur, de faire dépendre votre salut éternel de la chose du monde dont vous pouvez moins vous répondre? Si vous comptiez sur le succès de quelque grande entreprise, la sagesse de vos mesures, le secours de vos amis ou de vos sujets, votre rang, vos biens, votre crédit, votre puissance, pourraient vous eu répondre: mais vous comptez sur le temps. Eh ! qui peut être ici votre garant? De qui les jours et les années dépendent-ils? Qui est celui qui fait lever et coucher le soleil sur nos têtes ? Commanderez-vous à cet astre, comme ce chef du peuple de Dieu, de s'arrêter, de prolonger le jour de votre vie, pour vous laisser le loisir d'achever la victoire et de dompter vos passions? Les titres, le rang, la puissance, les sceptres eux-mêmes, nous donnent-ils droit sur un seul de nos moments? Ceux qui commandent à la terre peuvent-ils répondre d'euxmêmes pour l'instant qui suit? N'est-ce pas ici où Dieu veut nous faire sentir qu'il est le maître, qu'il tient nos destinées entre ses mains, et que nous sommes bien peu excusables de nous attacher avec tant d'ardeur à un monde auquel nous ne saurions jamais tenir que pour l'instant présent, qui n'est déjà plus?

0 vous, mon Dieu, qui seul avez posé des bornes à la vie de chacun de nous; vous qui, dès le commencement, avez compté mes jours comme mes cheveux ; vous qui présidâtes au moment de ma naissance, et qui dès lors marquâtes sur mon front celui de ma mort; vous seul, Seigneur, qui avez écrit dans le livre éternel les jours de mon exil et de mon pèlerinage ; vous seul voyez si je suis encore loin de ma course, ou si je touche déjà au terme fatal, au delà duquel est la mort et le jugement.

Mais vous vous rassurez peut-être sur ce que ces exemples de mort imprévue sont rares; et que ce sont là de ces coups extraordinaires et uniques, qui ne tombent que sur un petit nombre de malheureux. Je pourrais vous dire que la justice de Dieu les rend tous les jours très-communs ; et que ce qui était rare dans les siècles qui nous ont précédés, est devenu un événement de tous les jours dans le nôtre. Mais je veux que ces terribles accidents ne tombent que sur un petit nombre de malheureux; outre qu'il peut arriver que vous soyez de ce petit nombre , et que quand ce malheur ne devrait tomber que sur un seul de vos

DEUXIÈME LUNDI : SUR L'IMPÉNITENCE FINALE

citoyens , vous ne seriez pas sage de ne pas le craindre; outre cela, je vous dis que le plus grand nombre est de ceux qui sont surpris ; qu presque tous les pécheurs meurent lorsqu'ils croient la mort encore éloignée ; que lu jour du Seigneur vient toujours comme un voleur, et à l'heure qu'on y pense le moins. Je vous dis que le dernier moment qui termine nos jours , n'est jamais le dernier dans notre esprit; que lorsqu'étendu sur le lit de votre douleur , la mort sera déjà à la porte, vous la croirez encore loin ; vous reculerez encore l'affaire de voire salut et la proposition qu'on vous fera d'appeler un ministre de Jésus-Christ. Je vous dis qu'après même l'avoir appelé, vous regarderez son ministère plutôt comme une bienséance de maladie que comme une nouvelle de murt ; vous ne confesserez pas vos crimes, comme devant aller paraître devant Dieu pour en rendre compte ; vous laisserez encore sur votre conscience mille choses douteuses, que vous réserverez toujours d'éclaircir à l'extrémité. Je vous dis qu'en expirant vous vous promettrez encore quelques jours de vie. Je vous dis que la plupart des morts sont soudaines ; qu'il n'est presque point de pécheur qui meure en croyant mourir, à qui le temps ne soit refusé, et qui n'aille paraître devant Dieu, sans être préparé à ce compte redoutable. Rassurez-vous après cela sur le petit nombre '.

Mais je veux que le temps vous soit accordé, et que les ministres du Seigneur aient le loisir de vous venir dire , comme autrefois un prophète au roi de Juda : Réglez votre maison, car vous mourrez ». L'accablement où vous serez alors pourra-t-il vous permettre de cher-

* Vou* tous rassurez peut-être sur ce que ces exemples de morts subites sool rares, et que ce sont de ces coups foudroyants qui ne tombent que sur un petit uombre de pécheurs ; mais quand ces coups terribles ne tomberaient que sur un seul de vos amis, de vos citoyens, de vos voisins, n'en serait ce pas assez pour vous faire appréhender qu'il ne tombât sur vous? Mais le dernier jour n'est jamais regardé comme le dernier (Uni vos esprits ; vous croyez la mort encore loin de vous, lors in me quelle est dans votre sein. Loin d'appeler les ministies de Jésus- Chrùt à votre secours, vous les éloignez de vous, de peur d'être obligé de penser à la mort , et en opposant sans cesse votre jcuuesse ou votre santé à ceux qui vous parlent de coi.versioo, vous ne confessez point vos crimes et vous lemellez à la mort nn fond de désjrJres que vous ne pourrez éclaircir ; mais savezvous que la plupart des morts soudaines sont fondées sur le peu de crainte qu'on en a, qu'il n'est presque point de pécheur qui croie mourir et qui ne meure sans le croire? Rassurez-vous donc après cela sur le petit nombre de ceux que la mort surprend, pour vous dispenser de faire pénitence. — Ed. de 1703.

1 Dispone domui tua;, quia morieris lu. U., xxxviii, I.

cher Jésus-Christ? Seconde réflexion. De quoi, je vous prie, est capable alors une âme criminelle, toute plongée dans ses douleurs, défaillante sous le poids et la multitude de ses maux, et à qui il reste à peine encore assez de vie pour animer son cadavre? Quoi ! vous voulez qu'avec une raison, qui déjà s'enveloppe, une langue, qui se lie et s'épaitsit , une mémoire, qui se confond, un cœur qui s'éteint ; vous voulez que dans cet état un pécheur éclaircisse les abîmes de sa conscience ; vous voulez qu'il approfondisse ses sacrilèges, ses scandales, ses vengeances, ses restitutions, ce gouffre d'impureté d'où il n'est jamais sorti , ces embarras sur lesquels il ne s'est jamais bien expliqué; et en un mot qu'il entre dans des soins et dans un détail, à quoi ' l'esprit le plus serein et la raison la plus entière pourrait à peine suffire? Vous voulez que cette âme, déjà immobile et liée des chaînes de la mort, sente l'horreur de ses iniquités passées ; qu'elle pense sérieusement à implorer les miséricordes de son Dieu; elle, dont les idées mourantes ne ressemblent plus qu'à des songes, et qui ne pense plus que comme on pense en dormant' 1

Grand Dieu, vous qui, du haut de votre justice, êtes alors plus attentif que jamais aux mouvements secrets de cette âme infortunée, que se passe-t-ilen ces derniers moments entre elle et vous? Qu'y découvrez- vous , qui puisse réparer une vie entière de crime , et apaiser votre colère ? Se tourne-t-elle seulement vers son Créateur ? adore-t-elle en secret l'auteur

1 A quoi, 1745; A qui, 1764, Renouard et Didot.

' Mais je veux bien que le temps ne vous manque point ; que la mort vous donne le loisir d'appeler les ministres, qui vous disent comme autrefois le Prophète à un ancien roi de Juda : réglez votre maison; pensez à vous convertir; le pourrez-vous faire alors? L'accablement où vous réduiront les maux que vous souffrirez, vous permettra-t-il de songer comme il faut à cette alfaire, la plus difficile de toutes? De quoi est capable une Âme toute occupée de ses douleurs, défaillante sous le poids de ses naux, et à qui il reste à peine assez de vie pour animer son cadavre hideux? De. quoi sont capables des yeux égarés, une lai. in1 collée à son palais, une bouche desséchée, un esprit qui se trouble, une mémoire qui se confond? Prétcnilriez-vous qu'un pécheur en cet état approfondit une conscience dont il a eu horreur pendant une sauté la plus robuste ; qu'il put régler ces restitutions embarrassantes auxquelles il n'a pas voulu penser; qu'il démêlât ce fond d'impiété dont il n'est jamais sorti, et qu'il entrât dans uu détail qu'une raison , la plus tranquille, la plus éclairée et la plus saine, aurait peine à faire dans un long espace de temps et après les plus sages précautions? Vou., vou'ez qu'alors celte âme frappée de l'horreur de ses iniquités passées , dont elle n'a plus que des idées mourantes , songeât comme il faut à les démêler et les confesser avec un jugement sain, à en concevoir uu cuisant repentir et à détester par un aveu sincère des fautes presque sans nombre auxquelles elle ne songe plus que comme endormant! — Ed. de 1705.

GRAND-CARÉME.

de ses bienfaits et le vengeur de ses ingratitudes? s'anéantit-elle sous la main levée pour la frapper ? se regarde-t-elte comme une victime destinée à des tourments éternels, si vous la jugez selon votre justice? fait-elle monter vers vous, de l'abîme de sa douleur , les cris d'un repentir sincère? lui écbappe-t-il seulement un désir, que vous daigniez regarder? loin de vous fléchir, peut-elle encore vous connaître? Et que voyez-vous, grand Dieu, dans les tristes agitations qu'elle laisse paraître, que les derniers efforts d'une âme qui se défend contre le trépas, et d'une machine qui se dissout ' ?

Répondez ici pour moi , vous , mes Frères, que la main du Seigneur a conduits quelquefois jusqu'aux portes du tombeau, et en a retirés depuis. Lorsqu'étendus sur un lit de douleur, vous combattiez ainsi entre la vie et la mort, les soins de votre éternité vous occupaient-ils encore? Où étiez-vous alors? quel usage faisiez-vous de votre raison? que formiezvous au-dedans de vous que des idées confuses et mal liées, où vos maux avaient plus de part que votre salut? que furent pour vous les derniers remèdes des mourants que l'Eglise vous appliqua? des songes, dont le souvenir même ne vous est pas demeuré. Vous seriez-vous trouvés plus prêts à paraître devant Jésus-Christ, si cette maladie eût fini vos jours? quelle âme seriez-vous allé présenter au pied du trihunal redoutable? qu'en avez-vous dit vous-mêmes depuis, revenus en santé ? que c'est une folie d'attendre à l'extrémité ; qu'on n'est capable de rien alors; qu'il faut mettre ordre à sa conscience tandis qu'on se porte bien : vous l'avez dit ; mais l'avez-vous fait? Ne vous laisserezvous point une seconde fois surprendre; et le seul fruit que vous retirerez du bienfait qui

1 Grand Dieu, pouvez-vous êlre content du procédé de cette âme, dans la cause qui se traite entre elle et vous à ce dernier moment de sa vie? Se trouve-t-elle en état de soutenir l'amertume d'une tendre componction ? A-t-elle assez de courage et de fermeté pour adorer le vengeur de ses iniquités ? Se regardet-elle comme une victime destinée à des châtiments éternels? Est-elle en état de faire ces actes de contrition et de foi, d'amour et de reconnaissance, qu'exige une parfaite conversion? Faitelle monter vers vous , de l'abîme de ses maux , ces cris de repentir, de douleur et d'un regret sincère de vous avoir offensé? Lui échappe-t-il quelqu'un de ces saints désirs de réparer tous les maux qu'elle a faits, et de s'unir avec son Dieu ? Si elle ne peut pas se promettre de vous fléchir par ses gémissements et ses larmes, peut-elle au moins encore vous aimer? Eh! mes Frères, que voyez-vous dans toute la conduite de ce pécheur mourant autre chose que les derniers efforts d'une âme qui se défend contre les attaques de la mort? — Ed. de 1705.

prolongea vos jours , ne scront-ce point les crimes d'une plus longue vie ' ?

Mais ce qu'il y a ici encore de plus propre à nous faire adorer les jugements de Dieu sur les pécheurs qui diffèrent leur conversion à la mort ; c'est que si sa miséricorde ménage alors quelques intervalles libres à un mourant, des moments si précieux, si décisifs pour son éternité , sont consumés à disposer d'une succession et à régler une maison terrestre. Des proches , des enfants avides attendent autour d'un lit le moment où la raison du malade s'éclaircit ; visent quelquefois, comme les enfants d'Isaac, à surprendre un père mourant et à se supplanter les uns les autres; se bâtent de profiter du temps, pour lui faire déclarer ses dernières intentions. On laisse à des intervalles moins heureux les soins de la conscience ; l'affaire de l'éternité ne va qu'après toutes les autres. Alors le ministre de Jésus- Christ est appelé ; car il faut attendre que le mourant ne le connaisse presque plus, afin qu'il le voie approcher sans effroi. Cependant le mal presse ; on ne peut plus exiger du pécheur un récit exact de ses désordres; il faut se contenter de quelques termes vagues et mal suivis qu'on lui arrache. Nous lui faisons dire qu'il se repent ; mais le lui faisons -nous sentir? Nous lui demandons quelque signe ; il lève des yeux mourants ; il s'efforce en vain de remuer une langue déjà immobile ; il cousent de la tête ; nous croyons l'entendre ; mais

1 Répondez, vous que la main du Seigneur a déjà conduit jusqu'à la porte du tombeau, et qu'elle en a retiré par un effet de sa miséricorde ? Dites-nous quelle élait alors votre disposition pour l'aflaire de votre salut, lorsque vous combattiez ainsi eutre la vie et la mort? Les soins d'une éternité vous occupaient-ils beaucoup? Repassiez-vous dans l'amertume de votre cœur quel usage vous aviez fait de vos jours? Que formiez-vous alors que des idées toutes confuses, qu'un plan de conversion mal réglé, que quelques pensées mal conduites? Quelle impression faisait sur vous la vue de vos péchés passés, quel effet produisait en vous l'approche de la mort, de recourir au remède que l'Eglise vous propose, mais sans attention, de pousser quelques soupirs dont la maladie était plutôt la cause que le repentir de vos péchés, de faire eu vain quelque faible essai de pénitence, qui s'évanouissait sitôt que vous l'aviez formé. Vous seutiez-vous plus fidèle, plus pénitent, plus pur, si à ce moment vous eussiez paru devam Jésus-Christ votre juge ? Que vous ètes-vous dit à vous-même depuis que vous êtes revenu en santé? Queleffeta produit en vous ce prétendu plan de conversion à la mort? Vous ètes-vous dit que c'est une folie de remettre sa conversion à ce temps incertain, et qu'il est impossible d'y penser alors comme il faut. Oui, peut-être que vous l'avez dit une fois, mais l'avezvous fait? Et, après vous être instruit par vous-même de la folie qu'il y a de remettre sa conversion à la mort, ne l'y renvoyez-vous point encore une seconde fois ; et le fruit que vous avez dû tirer de la santé que Dieu vous a rendue, ne sera-ce point le crime d'une nouvelle vie ? — Ed. de 1705.

DEUXIÈME LUNDI : SUR L'IMPÉNITEXCE FINALE

s'entend-il lui-même ? Le prêtre du Seigneur crie à haute \oix; il tâche de faire retentir du moins à ses oreilles des paroles de salut, et le nom de son Sauveur répété mille fois avec effort; mais le porte-t-il jusque dans son cœur? Il s'arme du signe de notre rédemption ; il présente un Dieu mourant au pécheur qui expire ; il l'applique sur sa bouche tremblante et livide ; il lui fait lever vers cet objet consolant ses mains défaillantes et ses yeux déjà à demi éteints; mais le lui fait-il connaître? La mort arrive : il expire. Grand Dieu! que devient cette âme? que trouve-t-elle au sortir de sa demeure terrestre, lorsqu'elle tombe entre les mains éternelles de votre vengeance ? ' Quelle surprise de se trouver, comme en s'éveillant, au pied du tribunal redoutable, l'abîme ouvert sous ses yeux, et n'ayant

> Ce qu'il y a encore de plus effroyable dans le délai de la conversion du pécheur a la moit, c'es! que si la miséricorde du Seigneur lui ménage quelque intervalle de temps pour sa confession, qu'il suspende pour quelques moments la ligueur de les maux, afin qu'il pense véritablement à son salut, le pécheur en abuse , et des moments si décisifs pour son éternité sont employés a des affaires temporelles. Une succession en désordre qu'il faut régler, une famille désolée qu'il faut ménager, des créanciers en foule qu'il faut payer, des charges ou des emplois qu'il faut assurer ; des enfants empressés qui s'assemblent autour dn Ut, habiles comme les enfants d'Isaac , à surprendre la bonne foi d'un père mourant, se liaient de lui faire déclarer ses dernières intentions ; une épouse qui s'efforce de prendre ses sûretés , ne quitte point le malade : tout cela va devant , et l'affaire de l'éternité ne va qu'après toutes les auires; dès que tout cela est fait, on tâche de rassurer le malade. On lui cache le danger de s< n mal , parce qu'on a soi-même pris toutes ses sûretés de sm coté. Enfin le mal redouble-l-il? Le ministre de Jésus-Christ est appelé, car il faut attendre que le malade ne le connaisse plus, alin qu'il ne soit point effrayé de sa vi.-ite. Alors ce ministre fait son devoir ; il exhorte le malade, il le sollicite, il le presse ; il faut se contenter de quelques termes values et mal suivis, qu'on lui arrache de force ; on lui fait dire qu'il se repenl, qu'il demande pardon a Dieu. Nous lui faisons même sentir ce que nous ne pouvons lui faire entendre; nous lui demandons quelque signe; il produit quelque son d'une langue qu'il ne peut presque plus remuer- Il jette vers nous quelques regards équivoques, que nous sommes obligés d'interpréter en bonne part ; le prêtre crie à haute voix et tache de faire retentir à ses oreilles le nom de son Sauveur, répété mille fois avec effort ; il lui présente un Dieu mort et cruc.fié pour son salut, il applique, par un baiser de paix, cette bouche innocente sur sa bouche mourante ; il applique ses plaies sanglantes sur son visage moribond ; il montre cette tète couronnée d'épines à ses yeux déjà demi éteints. Mais la lui fait-il connaître pour cela, imprime-t-il par là ces sentiments d'amour que demande la pénitence? A peine lui a-t-il parlé, voilà la mort qui arrive, il passe, il expire. Grand Dieu ! que devient cette âme lorsqu'elle meurt dans cts tristes dispositions? Quelle doit être sa confusion de paraître encore chargée des crimes Je sa vie devant vos terribles justices ! Quelle surprise de se trouver comme réveillée au cri d'une famille désolée , la bière ouverte sous ses yeux , et prèle à paraître au tribunal d'uu juge sévère qu'elle a tant < ff.-nsé ! Quels sout ses remords , quand , après la léthargie d'une courte maladie , elle vient à réfléchir qu'on va lui faire rendre compte de toute une vie entière de désordres! — Ed. de H05.

mis entre une vie toute criminelle et la sévérité de vos jugements, que la léthargie et les songes d'une courte maladie1! A cela, mes Frères , que voulez-vous que j'ajoute, que la réflexion toute simple du Prophète? Entendez ceci, vous qui oubliez Dieu pendant votre vie , de peur qu'il ne vous surprenne dans ce dernier moment, et que personne ne puisse plus alors vous enlever de ses mains : lntelligite hœc, qui obliviscimini Dcum , nequando rapiat , et non sit qui eripiat 3.

D'ailleurs, mes Frères, — et cette dernière vérité n'est pas inoins digne de votre attention, — promettez-vous, si vous voulez , de conserver jusqu'au dernier soupir la raison aussi saine et aussi entière que vous l'avez aujourd'hui ; ne comptez-vous pour rien les obstacles que vous trouverez alors dans votre propre cœur? Croyez-vous que des passions que vous nourrissez depuis l'enfance , qui sont devenues comme votre fond et votre tempérament, tomberont, s'évanouiront en un instant, qu'il se fera en vous un miracle soudain , et que vous serez changé tout d'un coup en un nouvel homme? Les maladies que la mort ne termine point, opèrent-elles beaucoup de conversions? Voyez-vous beaucoup de pécheurs, au sortir de ces extrémités, après les plus belles protestations et les derniers remèdes de l'Eglise reçus avec componction apparente, mener une vie nouvelle? Qui peut mieux répondre làdessus que vous-même ? Vous avez été quelquefois jusqu'aux portes de la mort; vos maladies vous ont-elles converti? vous croyiez être changé, vous en assuriez le ministre de la pénitence, et peut-être les spectateurs de vos maux; mais l'étiez-vous? Le danger passé, la santé revenue , les passions n'ont- elles pas reparu, et ne vous êtes-vous pas encore retrouvé le même? Le cœur se fait-il en si peu de temps de nouveaux penchants, et comme un nouvel être?

Quoi, mon cher auditeur, après une vie entière de débauche, vous croyez que deux jours de maladie vous rendront chaste ? Ah I Dieu permettra que le souvenir de vos plaisirs passés vous arrache peut-être encore mille complaisances criminelles au lit de la mort ;

1 Cet effrayant tableau d'une scène à laquelle sans doute Mas sillon a: sista plus d'une fois , est plein o'cuergie et de sombre éclat. On a<lmirera, dans le texte de 1705, des tiails énergiques et pénétrants de celte parole désolée.

* l's xux, 22.

GRAND-CARÉME.

peut-être aimerez-vous encore à voir avec des yeux mourants, peintes survos murs, les images funestes de vos anciens désordres ; peut-être expirerez-vous, ayant autour de votre lit l'objet infortuné qui corrompit votre cœur; et, malgré le scandale public, vous ne pourrez vous résoudre à vous en séparer, même à la mort. L'Esprit de Dieu l'a dit : les os de l'impudique seront encore alors remplis des désordres de sa jeunesse , et ses vices dormiront avec lui dans la poussière du tombeau : Ossa ejus implebuntur viliis adolescentiœ ejus, et cum co inpulvere dormient'. Et notre siècle, et ceux de nos pères , n'ont-ils pas vu des monstres, qui, en expirant même, juraient une affreuse fidélité, jusqu'au delà du tombeau, à l'objet détestable de leur passion , et dont l'âme réprouvée ne sortait de leurs corps qu'avec des soupirs et des regrets de crime et de volupté? 0 Dieu ! que vous êtes terrible , quand vous livrez le pécheur à sa propre corruption*!

Vous croyez qu'un homme qui n'a eu qu'un désir en vivant, et c'a été celui d'amasser du bien aux dépens des peuples, et par les voies les plus injustes et les plus odieuses ; vous croyez qu'alors il puisse consentir que des gains qu'il a toujours crus permis, deviennent criminels, et que des restitutions infinies remettent son nom et sa postérité dans la poussière, d'où il les avait tirés ? Ah ! dit l'Esprit de Dieu, il vomira avec son âme les richesses qu'il avait dévorées ; mais ce sera malgré lui : le Seigneur les arrachera de ses entrailles ; mais il n'en arrachera pas l'amour de son

cœur : Div'tias, quas devoravit, evomet, et de ventre illius exlrahet eas Deits '.

Vous croyez qu'un impie, qui a mis sa gloire dans sa confusion, et qui a mille fois profané la sainteté de nos mystères par des dérisions sacrilèges, deviendra fidèle et religieux au lit de la mort ? Eh ! peut-être se ferat-il honneur, jusqu'à la fin, d'une force d'esprit qui flattera sa vanité ; peut-être voudra-t-il paraître au-dessus des frayeurs vulgaires et regarder d'un œil tranquille et assuré l'incertitude d'un avenir ; peut-être laissera-t-il, en mourant, auxspectateurs,leplaisiraflreuxd'un bon mot aux dépens de son salut éternel ; peut-être aussi mourra-t-il en monstre et en désespéré *.

Vous croyez qu'une femme mondaine , enivrée de sa figure, outrée dans ses plaisirs, attachée vivement au monde et à elle-même : vous croyez qu'elle verra alors sans regret la destruction de son cadavre, le monde et tous ses amusements s'évanouir et s'éloigner d'elle pour toujours ? Ah ! Dieu permettra que les soins de sa beauté l'occupent encore au lit de la mort ; qu'elle examine tous les jours les changements qu'une longue maladie aura faits sur son visage ; qu'elle écoute là dessus avec complaisance tout ce que la flatterie voudra lui persuader ; qu'elle sente réveiller en expirant tout son amour pour le monde ; et qu'elle dise, comme cet infortuné roi d'Amalec : Est-ce ainsi que la cruelle mort m'enlève au milieu de mes plus beaux jours? Siccine séparât amara mors * ?

«Job, xx, il.

» Vous croyez que des passions qui y régnent depuis l'enfance, passions que vous avez toujours ménagées, chéries, contentées, s'arracheront tout à coup de ce cœur ? Et quel coup de grâce ne faudrait-il point pour faire sortir tout à la fois et faire hdlr en un instant les crimes d'une vie tout entière ! Quoi ! vous croyez qu'après avoir resté pendant plusieurs années dans des habitudes criminelles, deux jours de maladie suffiront pour vous les faire rompre, et vous en donner une éternelle aversion? Ah ! vous arracherait-on si aisément pendant votre maladie la pensée de ces plaisirs, que dans la santé la plus robuste vous n'auriez jamais osé tenter de quitter? Vous en avez encore l'image peinte sur vos lèvres ; vous en avez porté jusqu'au chevet de votre lit les objets criminels, et, malgré vous, leurs cruelles idées vous suivront partout. Le saint homme Job l'a dit, que les os de l'impie seront remplis des crimes de sa jeunesse, et qu'ils iront reposer avec lui dans la poussière du tombeau. Ossa ejus implebunlur vitiis adolescentiœ ejus , et cum eo in pulvere dormient. Et notre siècle et ceux même de nos pères n'ont-ils pas vu des monstres qui au bord de leur tombeau immolaient à l'objet infâme de leur passion, et ne sortaient du monde qu'avec les regrets de quitter les plaisirs et les charmes de la volupté. Grand Dieu, que vous êtes terrible, quand vous abandonnez un cœur à sa corruption ! — Ed. de 1703.

1 Job, xx, 15. — En quel état pensez-vous que meure ce riche, qui a tant amassé de biens par des voies odieuses? Vous croyez qu'il en est quitte pour quelques aumônes, et que de grandes restitutions auront mêlé son nom avec celui des justes dans le livre de vie ! Vous vous trompez, mes chers Frères. Ah ! il verra encore après sa mort ces richesses qu'il aura dévorées, il les vomira ; le Seigneur les arrachera de ses entrailles pour les lui remettre sans cesse devant les yeux , comme l'objet de son aversion et l'instrument de son supplice. Mais il ce sera point lavé de ses injustices Divitias quas devoravit, evomet, et de ventre illius extraheteas Deus. — Ed. de 1105.

•Vous croyez que l'impie qui a mis son Dieu dans ses vains raisonnements, qui a mille fois déshonoré la sainteté de nos mystères par ses profanations, ses doutes et ses railleries, vous croyez que, par un repentir à la mort et un aveu de sa créance, il deviendra digne d'être mis au nombre des plus fidèles? Peutêtre qu'alors sa raison se tournera contre lui, qu'elle sera son plus grand supplice, et qu'il mourra en désespéré. — Ed. de 1705.

' 1 Rois, xv, 32.— Vous croyez qu'une femme mondaine verra à l'heure de la mort sans regret la destruction de sa mondanité, la séparation de son luxe et de ses vanités, et qu'elle pourra par un bon sentiment de conversion s'en éloigner pour toujours. Ah ! Dieu permettra que le regret d'en être privée, la dévore, que les

DEUXIÈME LUNDI : SUR L'IMPÉNITENCE FINALE

Vous nous en avertissez, Seigneur dans les Livres saints, leur lin sera semblable à leurs œuvres : Quorum finis erit secundum opéra ipsorum '. Vous avez vécu impudique; vous mourrez tel. Vous avez vécu ambitieux ; vous mourrez sans que l'amour du monde et de ses vains honneurs meure dans votre cœur. Vous avez vécu mollement sans vice ni vertu ; vous mourrez lâchement et sans componction. Vous avez vécu irrésolu, faisant sans cesse des projets de pénitence et ne les exécutant jamais ; vous mourrez plein de désirs et vide de bonnes œuvres. Vous avez vécu inconstant, tantôt au monde, tantôt à Dieu, tantôtvoluptueux, tantôt pénitent, et vous laissant décider par votre goût et par l'ascendant d'un caractère changeant et léger ; vous mourrez dans ces tristes alternatives ; et vos larmes au lit de la mort ne seront que ce qu'elles avaient été pendant votre vie ; c'est-à-dire un repentir passager et superficiel, des soupirs d'un cœur tendre et sensible, mais non pas d'un cœur pénitent : en un mot , vous mourrez dans votre péché : In peccato vestro moriemini ; dans ce péché où vous croupissez depuis si longtemps ; dans ce péché qui est à vous plus que tous les autres , parce qu'il domine dans vos mœurs et dans votre tempérament ; dans ce péché qui est comme né avec vous , et dont une vie entière n'a pu vous corriger : In peccato vestro moriemini. Achab meurt impie, Jézabel voluptueuse, Saûl vindicatif, les enfants d'IIéli sacrilèges, Absalon rebelle, Balthazar efféminé, Hérode incestueux : toute l'Ecriture est remplie de pareils exemples ; tous les prophètes retentissent de ces menaces. Jésus-Christ s'en explique aujourd'hui d'une manière à faire trembler les plus insensibles; l'expérience est ici terrible ; vous-même dites tous les jours qu'on meurt tel qu'on a vécu. Eh I que faut-il donc encore, mon cher auditeur, pour vous faire prendre dès à présent la résolution de travailler à votre salut, et de ne pas renvoyer à la fin une affaire qu'on ne saurait jamais trop tôt commencer, et d'autant plus qu'elle

(oins de «a fade btaulé l'occupent encore ; qoe les pensées de tes vaines parures qu'elle employait a plaire, viennent la tourmenter ; qu'elle craigne encore le changement que la maladie va (aire sur son visage ; qu'elle sente renaître, en expirant tout son amour pour le monde, et qu'elle dise dans le dé-espoir de quitter ces créatures, qu'elle aimait , comme ce roi d'Ainalec : Est-ce ainsi, mort cruelle, que tu me sépares de ce que j'aimais le plus? Stcci/ie séparât amara mort? — Ed. de 1703. • Il Cor., xi, 15.

est toujours manquée, lorsqu'elle est différée? Opérez donc le bien tandis que Dieu vous en laisse le temps. N'apportez pas à la mort des désirs, mais des fruits de pénitence. Cherchez Jésus Christ tandis qu'on peut le trouver ; car si vous renvoyez votre conversion à la fin , non-seulement vous ne pourrez plus le chercher : mais quand vous le pourriez, vous ne le chercherez pas; et quand vous le chercheriez, vous ne le trouverez pas : Quœretis me, et non invenietis, et in peccato vestro moriemini. Dernière vérité encore plus terrible, renfermée en deux réflexions qui vont prouver, que la pénitence est presque toujours inutile au lit de la mort '.

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