‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de ClermontChapitre 176 sur 191 · NOTICE · texte numérisé non relu

NOTICE

Ce sermon étonnerait presque à la cour de Louis XIV. Mais on sait que l'incrédulité gagnait et commençait déjà à être de mode dès les premières années du xvtne siècle. Au resle, ce sermon était déjà dans l'édition de 1705. Et Bourdaloue, lui-même, n'a-t-il p?s aussi traité le même sujet, en présence du roi ? « C'est de tout temps, disait-il, que les hommes se sont laissé dominer par le respect humain , et c'est de tout temps que les partisans du monde se sont fait du respect humain une malheureuse politique aux dépens de leur religion. » (Edit. de Bar, t. i , p. 1 15.) Parlant devant f.ouis XIV, devant des courtisans empressés d'imiter la piété du prince, Bourdaloue semble prévoir ces autres courtisans qui, dans quelques années, voudront plaire au maître en se précipitant dans l'impiété el dans le libertinage d'esprit et de cœur. « Giâces au Seigneur, qui, par une providence particulière, nous a donné un roi fidèle et déclaré contre le libertinage et l'impiété, un roi qui sait honorer sa religion et qui veut qu'elle soit honorée, un roi dont le premier zèle, eu se faisant obéir et servir lui-même, est que Dieu soit servi et obéi ! Mais si, par un de ces cliâ iments terribles dont Dieu punit quelquefois les peuples, le ciel nous avait fait naître sous la domination d'un prince moins religieux, combien verrions-nous de courtisans tels que les concevaient Tertullien, qui ne balanceraient pas sur le parti qu'ils auraient à prendre, et qui, sans lusiler, et aux dépens de Dieu, rechercheraient la faveur de Césai 1 Majori fvrmUtine Cœsurem oUervatis. » llbid. p. 119.)

UULTSK.

'Division. — i» Le crime du respect humain; 2° sa folie ; 3° son injustice. l'aLMiÈRE partir. — L'ennemi du salut dresse deux pièges à la faiblesse de l'homme : l'un de séd

action, en l'attirant par de

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fausses espérances ; l'autre de crainte, en le décourageant par des frayeurs insensées : or la connaissance du inonde suffit presque seule pour nous défendre de la première illusion, qui nous y promet une félicité imaginaire; mais le long usage du monde, loin de guérir la crainte de ses jugements, ne sert qu'à nous rendre plus timides. Pour combattre cette crainte, je dis qu'elle outrage Dieu :

i° Dans sa grandeur. En effet, la grandeur de Dieu demande que tous ne le mettiez pas en parallèle avec un monde méprisable : or, ici rappelé d'un coté par la voix de Dieu, de l'autre par la crainte des bommes, vous lui dites dans la disposition de votre cœur : Je vous servirais dès ce moment, si le monde qui ne vous aime et ne vous sert pas, me permettait de vous servir et de vous aimer. Celte impiété fait horreur, et c'est pourtant vous qui êtes l'impie.

2° Le respect humain est injurieux à la vérité des promesses de Dieu. Car, lorsque vous vous serez déclaré pour Jésus-Christ, croyez-vous qu'il ne saura pas affermir votre cœur contre le déchaînement et la bizarrerie des censures humaines 1 croyez-vous qu'éclairé des nouvelles lumières de la grâce, vous n'écoulerez pas avec une sainte fierté des discours où vous ne verrez plus que les tristes égarements d'une raison que Dieu abandonne ? Plus touché de la folie des hommes que de leur mépris, vous prierez Dieu d'avoir pitié de leur aveuglement et de leur manifester les vérités éternelles de sa justice. Je n'en dis pas assez : croyez-vous que, dans ces premiers moments de grâce et d'un véritable changement de cœur, une âme, pénétrée de componction et des attraits d'une grâce si divine, puisse être touchée de quelque autre chose que de son Dieu et du bonheur de le servir? Répondez ici, âmes justes qui m'écoutez, et confondez la faiblesse du pécheur timide qui ne peut comprendre que Dieu sache plus se faire aimer que le monde ne peut se faire craindre.

Mais quoi! ne peut-on pas se donuer à Dieu et commencer auc vie nouvelle, sans se donner eu spectacle au monde par un changement trop éclatant? Ainsi, au rapport de saint Augustin, s'abusait le célèbre Victorin, si connu dans Rome par sa sagesse et son éloquence; il se persuadait que Dieu ne regarde que le cœur et n'en demande pas davantage. Mais, sans vous dire que c'est outrager la grandeur de Dieu que vous affecteriez de méconnaître devant les hommes ; que c'est être ingrat envers la grâce qui vous touche et vous dégoûte du monde et des passions ; qu'il est indigne d'un cœur noble et généreux de trahir ainsi vos sentiments ; je dis que tout ménagement qui ne tend qu'à persnader au monde que vous approuvez encore ses abus et ses maximes, et qu'à vous mettre à couvert de la réputation de serviteur du Jésus-Christ, est une dissimulation criminelle et moins digne d'excuse que le dérèglement ouvert et déclaré. Prenez-y garce : la vie licencieuse d un pécheur lui attire plus de censeurs de sa conduite qne d'imitateurs de ses excès ; mais les abus du inonde, autorisés par une vie d'ailleurs régulière et mêlée d'actions pieuses, forment une séduction presque inévitable. Plus vous vous permettez ces abus en évitant les grands désordres, plus vous persuadez à vos frères que le monde n'est pas incompatible avec le salut ; plus vous nous préparez des auditeurs incrédules, lorsque nous leur annonçons qu'on ne peut servir deux maîtres ; plus vous multipliez dans l'Église les fausses pénitences, en devenant le modèle de mille pécheurs touchés qui ne se figurent dans la vertu rien au delà de ce que vous faites. N'était-ce pas assez que vos dérèglements eussent été autrefois un scandale à vos frères? Faut-il encore qu'aujourd'hui votre fausse vertu leur devienne funeste ?

Deuxième partie. — Tout pécheur est insensé, parce que lout pécheur préfère un plaisir d'un instant à des promesses éternelles ; néanmoins nos passions forment souvent des erreurs, qui, quoiqu'opposées aux règles, peuvent du moins s'excuser par les apparences de l'équité et de la sagesse. Le respect humain n'est pas de ce nombre ; l'extravagance y parait si à découvert qu'elle ne laisse pas de lieu à la méprise.

!• Considérez-le en lui-même. Car placez-vous en quelque situation qu'il vous plaira ; soyez homme de bien, soyez homme de plaisir, choisissez de la cour ou de la retraite, vivez en philosophe ou en libertin , et voyez si vous pourrez jamais parvenir à mettre tous les bommes dans les intérêts de votre conduite. Or, puisque dans aucune circonstance de la vie, vous ne sauriez éviter la bizarrerie des jugements humains, pourquoi la crjiudriez-vous dans la piété seulement? Si cet inconvénient ne vous arrête pas dans les affaires de la vie, faut-il qu'il vous détourne de la grande affaire du salut? Je vais plus loin, et je dis : quand même en prenant le parti de la vertu, vous auriez fait le monde entier le censeur de votre conduite ; eh ! qu'importent les jugements des hommes à celui qui a su mettre son Dieu dans ses intérêts ? tju'a de commun leur estime, ou leur mépris avec votre destinée éternelle?

non, je me trompe : les censures des hommes sont toujours la récompense de la vertu et le présage le plus certain du salut ; une vertu du goût des pécheurs me serait suspecte ; la grandeur du juste en ce monde ne peut être vue par des yeux de chair ; cachée sous de viles apparences, l'orgueil humain n'y voit rien que de méprisable ; mais cet homme , aujourd'hui obscur et méprisé, se démêlera un jour de la foule; et, environné de gloire et d'immortalité, il offrira aux amateurs du monde un spectacle d'autant plus étonnant, qu'il ajoutera à leur surprise le désespoir affreux d'une destinée bien différente.

2° Le respect humain, insensé en lui-même, l'est encore plus dans les circonstances qui l'accompagnent. Et, premièrement, si vous êtes desabusé du monde, [ourquoi comptez-vous pour quelque chose ses jugements? Secondement, vous avez joui jusqu'ici injustement de l'estime des hommes ; vous seul vous savez jusqu'où la mesure de vos faiblesses et de vos crimes est montée eo la présence de Dieu, et de ces faiblesses, qui, exposées aux regards publics, vous auraient couvert d'une ignominie éternelle. Cependant le monde vous a loué, il a vu en vous mille vertus, et ces vertus sans la piété étaient de vains titres, vous le savez. Eh ! ne laul-il pas que Dieu soit vengé, et que le monde refuse injustement , à une vertu aujourd'hui véritable, les louanges qu'il a autrefois injustement données à vos vices et à vos fausses vertus? Troisièmement, pourquoi craiiidriez-vous dans les voies du salut, ce que vous n'avez pas craint autrefois dans celles du crime? Vous ne comptiez pour rien les discours des hommes, lorsque vous vous livriez à des excès honteux ; et vous ne commenceriez à les craindre que depuis que vous avez dû apprendre à les mépriser ! C'est donc pour le Seigneur tout seul qu'on est timide ; le crime va la tète levée, la vertu rougit et se cache. Après tout, que pourra tant dire le monde? que vous êtes inconstant, que vous êtes insensé, que vous ne vous soutiendrez pas ; que vous ne quittez le monde, que parce que le monde vous quitte ; que vous avez vos vues, que vous n'êtes plus bon à rien? Mais à quoi doivent aboutir ces discours? qu'à vous faire mieux connaître le monde, à vous le rendre plus méprisable, et à vous servir d'une instruction qui doit vous rendre plus vigilant, plus occupé de vos devoirs, et plus reconnaissant de la grâce que vous avez reçue. Enfin, je vous demande, qui les lient, ces discours ; et d'où partent ces censures? ce n'est ni des gens de bien, ni même d'entre les plus sages des mondains, devant qui la vertu a toujours son prix ; ce n'est que d'un petit nombre d'esprits frivoles et licencieux, qui se font une misérable vanité d'attaquer la vertu, taudis que dans le secret ils lui rendent hommage.

Troisième partie. — Le respect humain est injuste. Pourquoi? parce que 1" ce monde qui ne connaît pas Dieu ; ce monde qui appelle le mal un bien et le bien un mal ; ce monde, tout monde qu'il est, respecte encore la vertu, envie quelquefois le bonheur delà vertu, cherche souvent un asile et une consolation auprès des sectateurs de la vertu, rend même des honneurs publics à la vertu. Eb ! pourquoi donc craindriez-vous de paraître serviteur de Jésus-Christ , devant des pécheurs qui souhaiteraient de devenir semblables à vous 1

Mass. — Tome I. 33

GRAND-CARÊME

2° Peut-être vous faites-vous honneur devant le monde de certains talents ou d'avantages humains par lesquels vous croyez mériter son estime ; vous vous trompez, et peut-être vous donne-t-il du ridicule par les mêmes endroits par où vous vous flattez de loi plaire ; devenez homme de bien, la piété ne fait point de jaloux, et le monde qui n'aspire point à ce genre de mérite, ne vous en disputera pas la réputation ; peut-être portera-t-il même son estime pour vous trop loin, et peut-être qu'au lieu d'attirer ses censures, vous n'aurez qu'à gémir en secret de l'excès et de l'injustice de ses louanges.

3° Ce qui est encore de plus honorable pour la vertu, c'est que le monde ne cherche et ne trouve d'ordinaire de consolation que dans la fidélité et dans la droiture de ceux qui la pratiquent.

4» Et c'est de là que viennent en dernier lieu les honneurs publics que le monde lui-même rend à la vertu : on y voit tous les jours des personnes d'une deslinée obscure, mais ennoblies des dons de la grâce, s'y attirer des égards et des distinctions que la naissance et les dignités ne donnent point. Prenez garde seulement de ne rien mêler de faible et d'humain à la piété ; ne portez pas à la vertu les restes de l'humeur, des passions et des faiblesses humaines ; car voilà ce qui attire d'ordinaire de la part du monde des dérisions et des censures. Après cela, si vous avez quelque chose à craindre, craignez plutôt qu'on ne donne a de légères démarches de conversion, les éloges d'une parfaite pénitence ; craignez que ces louanges ne vous fassent oublier vos misères ; tremblez que l'estime injuste des hommes ne soit une punition de Dieu sur vous, lequel accorde peut-être cette récompense à quelques vertus naturelles que vous avez, pour punir à loisir l'orgueil secret qui les corrompt.

Pour éviter ce malheur, regardez les hommes comaie s'ils n'étaient pas ; agissez sous les yeux de Dieu seul, et laissez entre tes mains les intérêts de la vertu.

Omnia vero opéra «ua faciunt ut videantur ab hominibus.

Ils font toutes leurs actions pour être remarqués des hommes,

Matth., XXIII, 5.

Ce n'est pas la fausse piété, et l'attention à s'attirer les regards publics dans la pratique des œuvres saintes, qui me paraît recueil le plus à craindre pour le commun des fidèles. Le \ice des pharisiens peut trouver encore des imitateurs ; mais ce n'est pas le vice du plus grand nombre. Le respect humain, qui fait que nous servons Dieu pour mériter l'estime des hommes, est bien plus rare que celui qui nous empêche de le servir de peur de la perdre. La tentation la plus ordinaire n'est pas de se glorifier d'une fausse vertu ; c'est de rougir de la véritable ; et la timidité criminelle du respect humain damne bien plus de chrétiens que l'effronterie et la duplicité de l'hypocrisie.

En quoi ces deux vices se ressemblent, c'est que tous les deux sacrifient le salut éternel aux vains jugements des hommes. Or, comme de tous les obstacles de conversion, la timidité du respect humain, la crainte faible et criminelle du monde, est le plus commun et le plus dangereux, il importe d'en faire sentir toute l'illusion ; car en quelque état que la Providence nous ait fait naître, nous ienons tous à un certain monde qui nous environne, nos proches, nos amis, nos protecteurs, nos maîtres ; c'est ce petit nombre de personnes qui forme pour nous un monde à part dont nous craignons les jugements, et au goût duquel nous sacrifions même nos désirs de vertu, si en les accomplissant nous devons nous attirer ses dérisions et ses censures. Je dis donc que cette disposition renferme premièrement un mé-

pris de Dieu qui la rend très-criminelle; secondement, une crainte du monde qui la rend très-insensée; troisièmement, un préjugé contre la vertu qui la rend très-injuste : un mépris de Dieu qui la rend très-criminelle, parce que vous craignez le monde plus que Dieu ; une crainte du monde qui la rend très-insensée, parce que vous comptez pour beaucoup la vanité de ses jugements; enfin, un préjugé contre la vertu qui la rend très-injuste, parce que vous vous la figurez comme une condition toujours exposée au mépris et aux dérisions du monde, au lieu que le monde lui-même la respecte et l'admire. Le crime du respect humain, sa folie et son injustice : voilà tout le sujet de ce discours. Implorons, etc. Ave, Maria.

La malignité de l'ennemi, ditsaint Augustin, dresse depuis longtemps deux pièges dangereux à la faiblesse des hommes , un piège de séduction, et un piège de terreur: Posuit in muscipida errorem et terrorem • ; un piège de séduction, en les attirant par de douces espérances, et un piège de terreur, en les décourageant par des frayeurs insensées : Errorem quo illiciat, terrorem quo frangat *. Il se sert du premier, quand il veut corrompre l'innocence et l'engager dans les voies funestes des passions ; mais il a recours à l'autre, quand il s'agit d'intimider le pécheur déjà à demi touché, et d'étouffer dans leur naissance tous ses faibles désirs de pénitence et de salut.

Or, mes Frères, l'usage du monde et des

1 In Ps. xxx, Enarr., h, 10.

» Ibid.

DEUXIÈME MARDI : SUR LE RESPECT HUMAIN

plaisirs suffit presque seul pour nous défendre de la première illusion, qui nous y promet des enchantements et une félicité imaginaire ; et il est vrai que rien n'aide tant à se détromper du monde, que le monde même. Mais le long usage du monde, loin de guérir les terreurs frivoles sur ses jugements, ne sert, ce semble, qu'à nous rendre plus timides. Plus on a vécu dans le monde, plus on le craint ; plus on a vieilli sous son joug, plus on le respecte ; plus on est entré avant dans ses plaisirs et dans ses agitations, plus on veut garder de mesures avec lui quand il s'agit de l'abandonner, et de prendre le parti d'une vie plus retirée et plus régulière '.

Je dis donc, mon cher auditeur, vous qu'une crainte si coupable retient encore dans la servitude du monde et des passions, malgré les inspirations saintes qui vous rappellent tous les jours à des mœurs plus chrétiennes ; je dis que cette disposition outrage Dieu dans sa grandeur, dans la vérité de ses promesses ; et que ces timides ménagements qui vous éloignent actuellement de lui, sont plus injurieux à sa gloire que les crimes mêmes qui vous en avaient jusqu'ici éloigné.

En effet, la grandeur de Dieu demande que vous ne le mettiez pas en parallèle avec un monde méprisable; et que toute la gloire qui vient des hommes ne soit qu'un songe et une erreur, lorsque vous l'approchez de la sienne. Or, ici rappelé d'un côté par la voix de Dieu, de l'autre retenu par la crainte des hommes, vous lui dites dans la disposition de votre cœur : Seigneur, je vous servirais dès ce moment, si dans la situation où je me trouve, il était permis de vous servir; je voudrais bien rompre pour toujours avec un monde qui m'est devenu à charge et insupportable, si en me déclarant ainsi pour vous, je n'allais pas lui fournir mille traits de censure et de dérision contre ma nouvelle conduite. Je sens, il est vrai, combien il est amer de vivre éloigné de vous ; vous avez

1 Or, l'usage du monde et de ses pièges suffit presque seul pour nous dérendre de ce séducteur qui nous promet des félicités imaginaires à son service , et il est vrai que rien n'est plus propre à nous détromper de cette vaine erreur que la connaissance que nous avons du monde même. Mais il n'est pas moins constant que celte connaissance du monde qui devrait nous rendre pins forts et nous faire tenir plus en garde contre loi, nous rend, ce semble, plus timides et plus lâches pour notre conversion. Plus on a connu le monde, plus on le craint, plus on est enfoncé dans ses plaisirs et dans sa fausse sagesse, plus l'on garde de mesures avec lui, lorsqu'il s'agit de l'abandonner et de prendre le parti d'une retraite salutaire. — Ed.de 1703.

mis en moi des penchants favorables à la vertu, et je ne sais quelle horreur secrète des vices dont j'ai été si longtemps esclave; cependant je traîne encore mes liens, quoiqu'à regret, parce que le monde au milieu duquel il faut que je vive, et qui ne saurait vous aimer, ne veut pas aussi qu'on vous aime. Ah ! si mes penchants, Seigneur, décidaient de ma destinée; si je pouvais aller vivre loin des regards publics ; sans doute, je ne vivrais que pour vous : vous seul au fond méritez d'être servi ; mais vous savez à quel point le monde est impitoyable envers ceux qui vous servent sans réserve et comme vous voulez être servi ; et comme j'ai à vivre dans le monde, et qu'il faut se déclarer pour vous ou pour lui, n'ayant plus la volonté de vous offenser, j'ai encore la faiblesse de suivre des voies qui vous offensent ; et ne sentant plus de goût pour lui, je sens que je n'ai plus la force d'oser lui déplaire. 0 homme, s'écrie saint Chrysostome, savez-vous bien quel est ce langage que vous tenez à Dieu ? Vous lui dites: Maudissez-moi, Seigneur, j'y consens, pourvu que le monde m'approuve ; j'aime mieux être l'objet éternel de vos vengeances et de votre mépris, que de ne pas jouir ici-bas de l'estime et des vains suffrages des hommes. Cette impiété vous fait horreur, ♦mon cher auditeur ; et c'est pourtant vous qui êtes l'impie.

Mais non-seulement cette crainte du monde outrage Dieu dans sa grandeur, elle est encore injurieuse à la vérité de ses promesses. Car lorsque vous vous serez déclaré pour Jésus- .. Christ, croyez-vous qu'il ne saura pas affermir votre cœur contre le déchaînement et labizar- j rerie des censures humaines ; et que tous les traits que porteront alors contre vous les langues des insensés , ne ressembleront pas à ceux que lance la faiblesse d'un enfant auxquels on ne daigne pas même parer? Sagitiœ parvitlorum factœ sunt plagœ eorum '. Croyez- vous qu'éclairé des nouvelles lumières de la grâce , vous n'écouterez pas avec une sainte fierté des discours où vous ne verrez plus que les tristes égarements d'une raison que Dieu abandonne? Croyez-vous que vous regarderez toujours des mêmes yeux les jugements des hommes ? Ah! si leurs dérisions vous touchent encore, ce ne sera plus qu'un sentiment de douleur et de pitié sur leur égarement et sur leur perte,

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