TROISIÈME DIMANCHE : SUR LE MALHEUR DKS GRANDS QUI ABANDONNENT DIEU
bassesse de sa fortune laissant toujours un espace immense au-dessus de lui, il serait moins étonnant qu'il se figurât une félicité imaginaire dans les situations élevées où il ne peut atteindre ; et qu'il crût, car tel est l'homme, que tout ce qu'il ne peut avoir, c'est cela même qui est le bonheur qu'il cherche.
Mais l'éclat du rang, des titres, et de la naissance dissipe bientôt cette vaine illusion. On a beau monter et être porté sur les ailes de Ja fortune au-dessus de tous les autres, la félicité se trouve toujours placée plus haut que nousmêmes : plus on s'élève, plus elle semble s'éloigner de nous. Les chagrins et les noirs soucis montent, et vont s'asseoir même avec le souverain sur le trône ' ; le diadème qui orne le front auguste des rois, n'est souvent armé que de pointes et d'épines qui le déchirent ; et les grands, loin d'être les plus heureux, ne sont que les tristes témoins qu'on ne peut l'être sans la vertu sur la terre.
Il est vrai même que l'élévation nous rend plus malheureux , si elle ne nous rend pas plus fidèles à Dieu. Les passions y sont plus violentes; l'ennui, plus à charge; la bizarrerie, plus inévitable ; c'est-à-dire le vide de tout ce qui n'est pas Dieu, plus sensible et plus affreux.