‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de ClermontChapitre 36 sur 191 · LUCAIN · texte numérisé non relu

LUCAIN

Nil obstet tibi, dura ne sit te dltior alter.

Horace, i, sat. I, vin.

même de chimériques, et la feuille que le vent agite, est comme la montagne, qui va s'écrouler sur eux ; leurs infirmités, plus affligeantes; plus on tient à la vie, plus toutee qui la menace nous alarme. Accoutumés à tout ce que les sens offrent de plus doux et de plus riant, la plus légère douleur déconcerte toute leur félicité et leur est insoutenable : ils ne savent user sagement ni de la maladie, ni de la santé, ni des biens, ni des maux inséparables de la condition humaine : les plaisirs abrègent leurs jours ; et les chagrins qui suivent toujours les plaisirs, précipitent le reste de leurs années. La santé déjà ruinée par l'intempérance succombe sous la multiplicité des remèdes: l'excès des attentions achève ce que n'avait pu faire l'excès des plaisirs; et s'ils se sont défendu les excès, la mollesse et l'oisiveté toute seule devient pour eux une espèce de maladie et de langueur qui épuise toutes les précautions de l'art, et que les précautions usent et épuisent ellesmêmes. Enfin leurs assujétîssements plus tristes : élevés à vivre d'humeur et de caprice, tout ce qui les gêne et les contraint, les accable : loin de la cour, ils croient vivre dans un triste exil ' ; sous les yeux du maître, ils se plaignent sans cesse de l'assujétissement des devoirs et de la contrainte des bienséances : ils ne peuvent porter ni la tranquillité d'une condition privée, ni la dignité d'une vie publique : le repos leur est aussi insupportable que l'agitation, ou plutôt ils sont partout à charge à eux-mêmes. Tout est un joug pesant à quiconque veut vivre sans joug et sans règle.

Non, mes Frères, un grand dans le crime est plus malheureux qu'un autre pécheur : la prospérité l'endurcit, pour ainsi dire, au plaisir et ne lui laisse de sensibilité que pour la peine. Vous l'avez voulu, ô mon Dieu, que l'élévation qu'on regarde comme une ressource pour les grands qui vivent dans l'oubli de vos commandements, soit elle-même leur ennui et leur supplice.

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