‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de ClermontChapitre 37 sur 191 · DEUXIÈME RÉFLEXION · texte numérisé non relu

DEUXIÈME RÉFLEXION

Je dis leur ennui ; et c'est une seconde réflexion que me fournit le malheur dis grands qui ont abandonné Dieu ; non-seulement les passions sont plus violentes dans cet état si

1 Quand ils sont dans la disgrâce et qu'on les envoie à lenrs maisons de campagne , où ils ne manquent ni de biens ni de domestiques pour les assister en leurs besoins, ils ne laissent pas d'être misérables , parce que personne ne les empêche plus de songer à eux. Pascal.

TROISIEME DIMANCHE : SUR LE MALHEUR DES GRANDS QUI ABANDONNENT DIEU. 1 1

heureux aux yeux du monde, mais l'ennui y devient plus insupportable.

Oui, mes Frères, l'ennui qui paraît devoir être le partage du peuple, ne s'est pourtant, ce semble, réfugié que chez les grands; c'est comme leur ombre qui les suit partout. Les plaisirs, presque tous épuisés pour eux, ne leur offrent plus qu'une triste uniformité qui endort ou qui lasse ; ils ont beau les diversifier, ils diversifient leur enuui. En vain ils se font honneur de paraître à la tête de toutes les réjouissances publiques ; c'est une vivacité d'ostentation; le cœur n'y prend presque plus de part. Ke long usage des plaisirs les leur a rendus inutiles ; ce sont dis ressources usées, qui se nuisent chaque jour à elles-mêmes. Semblables à un malade à qui une longue langueur a rendu tous les mets insipides, ils essaient de tout, et rien ne les pique etne les réveille; et un dégoût affreux, dit Job, succède à l'instant à une vaine es pérancede plaisir, dont leur âmes'était d'abord flattée : Et spes Montra abominalio attimœ'.

Toute leur vie n'est qu'une précaution pénible contre l'ennui; et toute leur vie n'est qu'un ennui pénible elle-même. Ils l'avancent même en se hâtant de multiplier les plaisirs. Tout est déjà usé pour eux à l'entrée même de la vie; et leurs premières années éprouvent déjà les dégoûts et l'insipidité que la lassitude et le long usage de tout semble altacber à la vieillesse.

H faut au juste moins de plaisirs, etses jours sont plus beureux et plus tranquilles. Tout est délassement pour uncœurinnocent. Les plaisirs doux et permis qu'offre la nature, fades et ennuyeux pour l'homme dissolu, conservent tout leur agrément pour l'homme de bien. Il n'y a même que les plaisirs innocents qui laissent une joie pure dans l'âme ; tout ce qui la souille, l'attriste et la noircit. Les saintes familiarités et les jeux chastes et pudiques d'Isaac et de Rebecca dans la cour du roi de Gérare, suffisaient à ces âmes pures et fidèles; c'était un plr.isir assez vif pour David, de chanter sur la lyre les louanges du Seigneur ou de danser avec le reste de son peuple autour de l'arche sainte ; les festins d'hospitalité faisaient les fêtes les plus agréables des premiers patriarches, et la brebis la plus grasse suffisait pour les délices de ces tables innocentes \

1 Job, x, 20.

1 Ce ravissant petit tableau du bonheur des justes où sont si délicieusement rendus les souvenirs bibliques, rappelle les plus touchantes descriptions de Kéuelon et les plus douces idylles des poètes des champs.

Mass. — Tome I.

11 faut moins de joie au dehors à celui qui la porte déjà dans le cœur; elle se répand de là sur les objets les plus indifférents. Mais si vous ne portez pas au dedans la source de la joie véritable, c'est-à-dire la paix de la conscience et l'innocence du cœur, en vain vous la cherchez au dehors ; rassemblez tous les amusements autour de vous, il s'y répandra toujours du fond de votre âme une amertume qui les empoisonnera; raffinez sur tous les plaisirs, subtilisez-les, mettez-les dans le creuset; do toutes ces transformations, il n'en sortira el n'en résultera ' jamais que l'ennui.

Grand Dieu, ce qui nous éloigne de vous, est cela même qui devrait nous rappeler à vous. Plus la prospérité multiplie n <s plaisirs, pluselle nous en détrompe ; et les grands sont mn'nr. excusables et (dus malheureux de ne pas s'attacher à vous, ô mon Dieu, parce qu'ils sent' ni mieux et plus souvent le vide de tout ce qui n'est fias vous.

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