FÊTE DE L'INCARNATION : LES CARACTÈRES DE LA GRANDEUR DE J.-C
doit se proposer. Régnez de manière que voire règne puisse être éternel, que non-seulement il vous assure la royauté immortelle des enfants de Dieu, mais encore que dans tous les âges qui suivront, on vous propose aux princes vos successeurs comme le modèle des bons rois.
Ce ne sera pas seulement en remportant des victoires que vous deviendrez un grand roi ; ce sera votre amour pour vos peuples, voire fidélité envers Dieu, votre zèle pour la religion de vos pères, voire attention à rendre vos sujets heureux, qui feront de votre règne le plus bel endroit de nos histoires et le modèle de tous les règnes à venir.
Aimez vos peuples, Sire, et que ces mêmes paroles, si souvent portées à vos oreilles, trouvent toujours un accès favorable dans voire cœur. Soyez tendre, humain, atltble, touché de leurs misères, compatissant à leurs besoins, et vous serez un grand roi, et la durée de votre règne égalera celle de la monarchie. Dieu vous a établi sur une nation qui aime ses princes et qui par cela seul mérite d'en être aimée. Dans un royaume où les peuples naissent, pour ainsi dire, bons sujets, il faut que les souverain*, eu naissant, naissent de bous maîtres. Vous voyez déjà tous les cœurs voler après vous '. Sire, l'amour ne peut se payer que par l'amour, et vous ne seriez pas digne de la tendresse de vos sujets si vous leur refusiez la vôlre.
Il n'y a point d'autre gloire pour les rois : leur grandeur est toute dans l'amour de leurs peuples; ce sont eux qui perpétuent de siècle en siècle la mémoire des bons princes. Et quelle gloire en effet pour un roi de régner encore après sa mort sur les cœurs de ses sujets, d'être sûr que dans tons les temps à venir, les peuples ou regretteront de n'avoir pas vécu sous son règne ou se féliciteront d'avoir un roi qui lui ressemble ! Quelle gloire, Sire, de faire dire de soi dans loule la suite des siècles, comme la reine de Saba le disait de Salotnon : Heureux ceux qui le virent et qui vécurent sous la douceur de ses lois et de son empire ! Heureux l'âge qui montra à la terre un si bon maître ! Heureuses les villes et les campagnes <|ui virent revivre sous son règne l'abondance, la paix, la
•Quel plaisir de penser et de dire en soi-même : Partout, en ce moment, on me bénit, on m'aime: Ou ne voit point le peuple a mon nom s'ahriuer, Le ciel dans tous leurs pleur* ne m'entend pas nommer. Leur sombre inimitié ne fuit point mon visage, Je vois voler partout les cn?'irs à w>n na-saeo.
/ln:utmictist IV, 3.
Mass. — Tome I.
joie, la justice, l'innocence des âges les plus fortunés ! Heureuse la nation que le ciel favorisera un jour d'un prince qui lui soit semblable !
Grand Dieu, c'est vous seul qui donnez les bons rois aux peuples ; et c'est le plus grand don que vous puissiez faire à la terre. Vous tenez encore entre vos mains l'enfant auguste que vous destinez à la monarchie ; son âge, sou innocence le laissent encore l'ouvrage commencé de vos miséricordes : il n'est pas encore sorti de dessous la main qui le forme et qui l'achève. Grand Dieu, il est encore temps, formez-le pour le bonheur des peuples à qui vous l'avez réservé ; et que cette prière si souvent ici renouvelée ne lasse pas votre bonté, puisqu'elle intéresse si fort le salut et la félicité d'une nation que vous avez toujours protégée ' !
C'est sous les bons rois que votre culte s'affermit, que la foi triomphe des erreurs, que l'affreuse incrédulité est bannie ou obligée <l. se cacher, que les nouvelles doctrines sont proscrites, que les esprits rebelles ne trouvent de protection et de sûreté que dans l'obéissance et dans l'unité, que vo.> ministres, paisibles dans l'exercice de leurs fonctions, et veillant sans cesse à la conservation du dépôt, voient l'autorité de l'empire donner les mains a celle du sacerdoce, et que lous les cœurs, déjà réunis au pied du trône , portent la même union et la même concorde au pied des autels. Ajoutez donc en lui de jour en jour, ô mon Dieu, de ces traits heureux qui promettent de bons rois à leurs peuples ; que l'ouvrage de vos miséricordes croisse et se développe lous les jours en lui avec ses années. Nous ne vous demandons pas qu'il devienne le vainqueur de l'Europe ; nous vous demandons qu'il soit le père de son peuple. C'est la puissance de voire bras qui nous l'a conservé, en frappant autour de son berceau tout le reste de sa famille royale; que ce soit elle qui nous le forme, et qui nous le prépare. 11 est, comme Moïse, l'enfant sauvé des funérailles de toute sa race ; qu'il soit comme lui le sauveur et le libérateur de son peuple, et que ce premier prodige qui l'a retiré du sein de la mort, soit pour nous le présage assuré de ceux que vous nous faites espérer sous son empire. Ainsi soit-il.
1 Dans le manuscrit, les alinéas répondent à ceux des éditions de 1745, de Didot et de Henouard. Ici, cependant, l'alinéa du manusco't commence, aux mots: Grand Dieu, il est encore temps. Il n'en existe pus aux mots : C'est sous les lions rois; maiis il s'en trouve un autre à la phrase : Ajoutez donc en lui.
PETIT-CARËME.