‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de ClermontChapitre 59 sur 191 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Mais si l'inaction en est le premier écueil, l'incertitude et l'indécision que traîne d'ordinaire après soi une conscience timide et scrupuleuse ne paraissent pas moins à craindre.

Ce n'est pas que je prétende autoriser ici cette sagesse profane qui fait toujours marcher les intérêts de l'Etat a\ant ceux de l'Evangile, ni cette erreur commune qui ne croit pas l'exactitude des rèy'csde l'Evangile compatible avec les maximes du gouvernement et les intérêts de l'Etat.

Dieu qui est l'auteur des empires, ne l'est-il pas des lois qui les gouvernent? A-t-il établi des puissances qui ne puissent se soutenir que par le crime? Et les rois seraient-ils son ouvrage s'ils ne pouvaient régner, sans que la fraude et l'injustice fussent les compagnes inséparables de leur règne? N'est-ce pas la justice et le jugement qui soutiennent les trônes? La loi de Dieu ne doit-elle pas être écrite sur le front du souverain comme la première loi de l'empire? Et, s'il fallait toujours la violer pour maintenir la tranquillité des sociétés humaines, ou la loi de Dieu serait fausse, ou les sociétés humaines ne seraient pas l'ouvrage de Dieu.

Quelle erreur, mes Frères, de se persuader que ceux qui sont en place ne doivent pas regarder de si près à la rigidité des règles saintes; que les empires et les monarchies ne se mènent point par des maximes de religion ; que la loi de Dieu est la règle du particulier, mais que les Etats ont une règle supérieure à la loi de Dieu même; que tout tomberait dans la langueur et dans l'inaction si les maximes du christianisme conduisaient les affaires publiques, et qu'il n'est pas possible d'être en même

1 L'habileté d'un roi, qui est au-dessus des hommes, ne consiste pas à faire tout par lui-même ; c'est une vanité grossière que d'espérer d'en venir à bout ou de vouloir persuader au monde qu'on en est capable. Un roi doit gouverner en choisissant et en conduisant ceux qui gouvernent sous son nom ; il ne faut pas qu'il fasse le détail. Téléinaque, xxn.

Page 1