‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de ClermontChapitre 71 sur 191 · FÊTE DE PAQUES : LE TRIOMPHE DE FA RELIGION · texte numérisé non relu

FÊTE DE PAQUES : LE TRIOMPHE DE FA RELIGION

C'est elle enfin qui a montré à la terre le véritable sage que tout le laste et tout l'appareil de la raison humaine nous annonçait depuis si longtemps. Elle n'a pas borné toute sa gloire comme la philosophie à essayer d'en former à peine un dans chaque siècle parmi les hommes. Elle en a peuplé les villes, les empires, les déserts ; et l'univers entier a été pour elle un autre lycée où au milieu des places publiques elle a prêché la sagesse à tous les hommes1. Ce n'est pas seulement parmi les peuples les plus polis, qu'elle a choisi ses sapes ; le Grec et le Rarbare, le Romain et le Scythe ont été également appelés à sa divine philosophie : ce ce n'est pas aux savants tout seuls qu'elle a réservé la connaissance sublime de ses mystères ; le simple a prophétisé comme le sage, et les ignorants eux-mêmes sont devenus ses docteurs et ses apôtres '. Il fallait que la véritable sagesse pût devenir la sagesse de tous les hommes.

Que dirai-je? Sa doctrine était insensée en apparence ; et les philosophes soumirent leur raison orgueilleuse à c< Ue sainte folie. Elle n'annonçait que des croix et di s souffrances * ; et les Césars devinrent ses disciples. Elle seule vint apprendre aux hommes que la chasteté, l'humilité, la tempérance pouvaient être assises sur le trône, et t|iie le siège de» passions et des plaisirs pouvait devenir le siège de la vertu et de l'innocence. Quelle gloire pour la religion 1

Mais, Sire, si la piété des grands est glorieuse à la religion, c'est la religion toute seule qui fait la gloire véritable des grands. De tous leurs titres, le plus honorable c'est la vertu. Un prince maître de ses passions, apprenant sur lui-même à commander aux autres, ne voulant goûter de l'autorité que ses soins et le3 peines que le devoir y attache, plus touché de ses fautes que des vaines louanges qui les lui déguisent en vertus, ngardanteomme l'unique privilège de son rang l'exemple qu'il est obligé de donner aux peuples, n'ayant point d'autre frein ni d'autre règle que ses dé.-irs, et faisant pourtant à tous ses désirs un frein de la règle même ; voyant autour de lui tous les hommes pré s à servir à ses passions, et ne se croyant fait lui-même que pour servir à leurs besoins; pouvant abuser de tout, et se refusant même

' Pro*., vin, i, 3, 4.

1 InArmi munJi elegit Deus ut confnndat furlia. ICor.,\, 27. ' Praedicamus Jesum crucifixum, Judans quidem scauUalun), geaUbui autem itulutum. / Cor., i, 23.

ce qu'il aurait eu droit de se permettre ; eu un mot entouré de tous les attraits du vice, et ne leur montrant jamais que la vertu : un prince de ce caractère est le plus grand spectacle que la foi puisse donner à la terre. Une seule de ses journées compte plus d'actions glorieuses que la longue carrière d'un conquérant; l'un a été le héros d'un jour, l'autre l'est de toute la vie.

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