TROISIÈME PARUE
C'est ainsi que Jésus-Christ triomphe aujourd'hui du péché ; mais il triomphe encore de la mort. Il nous ouvre les portes de l'immortalité, que le péché nous avait fermées , et le sein même de son tombeau enfante tous les hommes à la vie éternelle.
C'est le dernier trait qui achève le triomphe de la religion. L'impiété ne donnaità l'homme que la même fin qu'à la bête ; tout devait mourir avec son corps ; et cet être si noble, seul capable d'aimer et de connaître, n'était pourtant qu'un vil assemblage de boue que le hasard avait formé et que le hasard seul allait dissoudre pour toujours.
La superstition païenne lui promettait audelà du tombeau une félicité oiseuse où les vains fantômes des sens devaient faire tout le bonheur d'un homme qui ne peut être heureux que par la vérité.
La religion nous ouvre des espérances plus nobles et plus sublimes : elle rend a l'homme l'immortalité, que l'impiété de la philosophie avait voulu lui ravir, et substitue la possession éternelle du bien souverain à ces champs fabuleux et à ces idées puériles de bonheur que la superstition avait imaginées1.
Mais celte immortalité qui est la plus douce espérance de la foi n'est promise qu'à la foi même; ses promesses sont la récompense de ses maximes; et pour ne mourii jamais même devant les hommes, il faut avoir vécu selon Dieu.
Oui, mes Frères, cette immortalité même de renommée que la vanité promet ici-bas dans le souvenir des hommes, les grands ne peuvent la mériter que par la vertu.
La moit est presque toujours l'écueil et le terme fatal de leur gloire : les vaines louanges dont on les avait abusés pendant leur vie, descendent presque aussitôt avec eux dans
1 On peut se rappeler ici les description! d'Homère et Virgile.
PETIT-CARÉME.
l'oubli du tombeau ; ils ne survivent pas longtemps à eux-mêmes ; ou, s'il en reste quoique souvenir parmi les hommes, ils en sont plus redevables à la malignité des censures qu'à la vanité des éloges. Leurs louanges n'ont eu que la même durée que leurs bienfaits; ils ne sont plus rien, dès qu'ils ne peuvent plus rien. Leurs adulateurs même deviennent leurs censeurs ( car l'adulation dégénère toujours en ingratitude ) ; de nouvelles espérances forment un nouveau langage; ou élève sur les débris de la gloire du mort la gloire du vivant; on embellit de ses dépouilles et de ses vertus celui qui prend sa place. Les grands sont proprement le jouet des passions des hommes; leur gloire n'a point de consislance assurée, et elle augmente ou diminue avec les intérêts de ceux qui les louent.
Combien de princes, vantés pendantleur vie, n'ont pas même laissé leur nom à la postérité ! Et que sont les histoires des états et des empires qu'un petit reste de noms et d'actions échappé de cette foule innombrable qui depuis la naissance des siècles est demeurée dans l'oubli!
Qu'ils vivent selon Dieu, et leur nom ne périra jamais de la mémoire des hommes. Les princes religieux sont écrits en caractères ineffaçables dans les annales de l'univers. Les victoires et les conquêtes sont de tous les siècles et de tous les règnes, et elles s'effacent, pour ainsi dire, les unes les autres dans nos histoires ; mais les grandes actions de piété plus rares y conservent toujours tout leur éclat. Un prince pieux se démêle toujours de la foule des autres princes dans la postérité; sa tête et son nom s'élève * au-dessus de toute celte multitude, comme celle de Saùl s'élevait au-dessus de toute la multitude des tribus; sa gloire va même croissant en s'éloignant; et plus les siècles se corrompent, plus il devient un grand spectacle par sa vertu.
Oui, Sire, on a presque oublié les noms de ces premiers conquérants qui jetèrent dans les Gaules les premiers fondements de votre monarchie. Ils sont plus connus par les fables et par les romans que par les histoires ; et l'on dispute même s'il faut les mettre au nombre de vos augustes prédécesseurs ; ils sont demeurés comme ensevelis dans les fondements de l'empire qu'ils ont élevé, et leur valeur qui a perpétué la conquête du royaume à leurs des-
cendants, n'a pu y perpétuer leur mémoire.
Mais le premier prince qui a fait asseoir avec lui la religion sur le trône des Français a immortalisé tous ses titres par celui de chrétien : la France a conservé chèrement la mémoire du grand Clovis. La foi est devenue, pour ainsi dire, la première et la plus sûre époque de l'histoire de la monarchie ; et nous ne commençons à connaître vos ancêtres que depuis qu'ils ont commencé eux-mêmes à connaître Jésus-Christ.
Les saints rois dont les noms sont écrits dans nos annales, seront toujours les titres les plus précieux de la monarchie et les modèles illustres que chaque siècle proposera à leurs successeurs.
C'est sur la vie, Sire, de ces pieux princes vos ancêtres qu'on a déjà fixé vos premiers regards. On vous anime tous les jours à la vertu par ces grands exemples. Souvenez-vous des Charlemagne1 et des saint Louis qui ajoutèrent à l'éclat de la couronne que vous portez, l'éclat immortel de la justice et de la piété ; c'est ce que répètent tous les jours à Votre Majesté de sages instructions. Ne remontez pas même si haut, vous touchez à des exemples d'autant plus intéressants qu'ils doivent vous être plus chers ; et la piété coule de plus près dans vos veines avec le sang d'un père pieux et d'un auguste bisaïeul.
Vous êtes, Sire, le seul héritier de leur trône; puissiez-vous l'être de leurs vertus! puissent ces grands modèles revivre en vous par l'imitation plus encore que par le nom ! puissiezvous devenir vous-même le modèle des rois vos successeurs !
Déjà, si notre tendresse ne nous séduit pas, si une enfance, cultivée par tant de soins et par des mains si habiles, et où l'excellence de la nature semble prévenir tous les jours celle de l'éducation, ne nous fait pas de nos désirs de vaines prédictions ; déjà s'ouvrent * à nous de si douces espérances ; déjà nous voyons briller de loin les premières lueurs de notre prospérité future ; déjà la majesté de vos ancêtres peinte sur votre front nous annonce vos grandes destinées. Puissiez-vous donc, Sire, et ce souhait les renferme tous, puissiez-vous être un jour aussi grand que vous nous êtes cher!
Grand Dieu, si ce n'étaient là que mes vœux et mes prières, les dernières sans doute que mon ministère, attaché désormais par les jugements secrets de votre Providence au soin
» S'élèvent, Didot et Renouard.
1 Des Charlemagnes, 1745.
• S'ouvrant, manuscrit.