‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de ClermontChapitre 78 sur 191 · DES DRAPEAUX DE RÉGIMENT DE CATINAT · texte numérisé non relu

DES DRAPEAUX DE RÉGIMENT DE CATINAT

chef toute langue, toute tribu et toute nation : à calmer les passions des princes et des peuples, confondre leurs intérêts, anéantir leurs jalousies, borner leur ambition, inspirer les mêmes désirs à ceux qui doivent avoir la même espérance , et , si elle propose quelquefois des guerres et des combats, ce sont des guerres qui se terminent toutes dans le cœur et des combats de la grâce *.

D'ailleurs, je me souviens que je parle sous l'autel même de l'Agneau qui est venu pacifier le ciel et la terre, dans un temple consacré au chef d'une légion sainte1 qui sut préférer le culte de Jésus-Christ à celui des statues de l'empereur, et laisser fièrement les aigles de l'empire pour suivre l'étendard de la croix ; et enfin que je parle à une troupe illustre qui ne connaît les périls que pour les affronter, que mille actions distinguent plus que le nom du fameux général qu'ille a l'honneur d'avoir à sa tète et le mérite de celui qui la commando, et qui attend plutôt de moi des leçons de piété que de valeur, et des avis pour faire la guerre saintement que des exhortations pour la bien faire.

Souffrez donc. Messieurs, que laissant là le corps, pour ainsi dire, et les dehors de cette cérémonie, je vous en développe l'esprit; que sans approfondir ce qu'elle a d'antique et de curieux, je m'arrête à ce qu'elle peut avoir d'utile ; et que, loin de vous entretenir de la gloire des armes et du cas que tous les peuples en ont toujours fait, je vous parle des périls de cet état et des moyens d'y acquérir une gloire immortelle et solide.

Pourquoi croyez-vous en effet que les nations les plus barbares aient toutes eu une espèce de religion militaire, et que le culte se soit toujours trouvé mêlé parmi les armes? Pourquoi croyez-vous que les Romains fussent si jaloux de mettre leurs aigles et leurs dieux à la tête de leurs légions, et que lesautres peuples aflectassent de prendre ce qu'il y avait de plus sacré dans leurs superstitions et en traçassent les figures et les symboles sur leurs étendards, sinon pour empêcher que le tumulte et l'agitation des guerres ne fit oublier ce qu'on doit

1 L'éloqnence de la chaire n'est pas propre au récit dps batailles ; la langue d'un prêtre destiné à louer Jésus-Christ le Sauveur des hommes ne doit pas élre employée à parler d'un art qui tend à leur destn i-lion, et je ne viens pas vous donner des idées de meurtre et de carnage devant ces aulcls.

Flêcuier, Oraison funèbre de l'urenne, 1" partie.

• Saint-Victor de Marseille.

aux dieux qui y président, et afin qu'à force de les avoir sans cesse devant les yeux, on fût comme dans une heureuse impuissance de les perdre de vue ? Pourquoi croyez vous que les Israélites, dans leurs marches et dans leurs combats, fussent toujours précédés du serpent d'airain ; que Constantin, devenu la conquête de la croix, fit élever ce signal de toutes les nations au milieu de ses armées ; que nos rois, dans leurs entreprises contre les infidèles, allassent recevoir l'étendard sacré aux pieds des autels ; et qu'enfin encore aujourd'hui l'Eglise consacre par des prières de paix et de charité ces signes déplorables de la guerre et de la dissension, sinon pour vous faire souvenir que la guerre même est une manière de culte religieux; que c'est le Dieu des armées qui préside aux victoires et aux batailles ; que les conquérants ne sont bien souvent entre ses mains que des instruments de colère dont il se sert pour châtier les péchés des peuples1, qu'il n'est point de véritable valeur que celle qui prend sa source dans la religion et dans la piété ; et qu'après tout, les guei res et les révolutions des Etats ne sont que des jeux aux yeux de Dieu et un changement de scène dans l'uni vei s; que lui seul ne change point et seul a de quoi fixer les agitations et les désirs insatiables du cœur humain.

Il est vrai, Messieurs, que la piété si pénible, même dans les cloîtres où tout l'inspire, si rare dans le siècle où les devons communs de la religion la soutiennent, trouve dans les dissipations et la licence des armes des obstacles et des écueils où les plus belles espérances de l'éducation, les plus heureux présages du naturel, les plus tendres précautions de la grâce viennent tous les jours tristement échouer.

C'est là qu'on voit quelquefois le peuple de Dieu sous les yeux même d'un Josué, d'un général sage et religieux, donner dans tous les excès et les crimes des nations. C'est là que des chrétiens mettent tons les jours leur gloire dans leur confusion et se font un mérite de leur ignominie. C'est là que l'impiété est un bon air, la foi une faiblesse, la religion un songe, les vérités du salut le partage des âmes oiseuses, les terreurs de l'éternité une vaine frayeur, et la sainteté de nos mystères souvent l'assaisonnement des débauches. C'est là que

1 Les conquérants ne sont que des inslrumenls de la vengeance divine. Dieu exerce par eux sa justice, et puis il l'exerce sur euxmêmes. BoSbL'liT, Discours sur l'Iliitoire universelle.

DISCOURS PRONONCÉ A UNE BÉNÉDICTION

le Dieu que nous adorons n'est nommé que pour être insulté ; que le crime est une bienséance, la volupté un mérite, la fureur une distinction. C'est là que ceux que la politesse, le rang ou l'intérêt même, sous un prince qui ne compte pour rien la valeur lorsqu'elle est toute seule, éloignent de ces excès, bornent toute leur régularité à l'ambition, la gloire et la vengeance ; et ne se relâchent, ce semble, sur les autres passions, que pour être plus vifs sur celles-ci. C'est là que les plus sages sont ceux qui ne sont occupés que de leur fortune et de leur avancement ; qui sacrifient tout, bien, repos, conscience à leur gloire ; qui, insensibles sur la félicité des saints et sur les biens solides de l'éternité, ne sont occupés qu'à saisir un fantôme qui leur échappe avant qu'ils le tiennent et à se ménager des établissements qui sont fondés sur le sable et dans une cité qui n'est pas permanente. C'est là, en un mot, que Dieu n'est pas plus connu qu'au milieu des peuples infidèles, et que la plus haute vertu n'est pas de n'avoir point de passions, mais de n'en avoir que de nobles et de brillantes.

Sont-ce là, ô mon Dieu, des hommes armés pour votre querelle et pour la défense de vos autels? Vous qui ne voulez pas que le pécheur raconte vos justices et devienne le protecteur de votre alliance, pourriez-vous confier à des bras sacrilèges le soin de rétablir votre culte et la majesté de vos temples? Et qu'importe que vous soyez déshonoré par les crimes des fidèles ou par l'infidélité de vos ennemis ? Qu'importe que votre royaume s'agrandisse, si vous ne devez pas régner sur les cœurs? Qu'importe que les dispersions d'Israël se rassemblent, si les tribus restées à Jérusalem surpassent même les profanations des sujets de Jéroboam ?

Ceux qui vivent dans la tranquillité des villes et loin des dangers de la guerre, peuvent se calmer sur les désordres de leur vie par l'espoir d'une vieillesse plus régulière et d'une mort chrétienne. Et en effet, Messieurs, le loisir que l'âge ou une lente infirmité laissent aux réflexions, le long usage des plaisirs, et le dégoût ou les désagréments qui les suivent, l'expérience du monde et de ses inutilités dont un bon esprit même se lasse et revient tôt ou tard, les perfidies et les supercheries du commerce qui toutes seules sont capables de dégoûter une âme bien faite et lui faire prendre

le parti de la retraite et de la piété : tout cela aide les opérations de la grâce dans le cœur des mondains, leur fait faire tous les jours mille projets éloignés de conversion , les arrache peu à peu à leurs faiblesses et quelquefois fait que, fatigués du monde, ils se donnent à Jésus-Christ.

Je sais que cette espérance des pécheurs péril souvent, que se flatter d'une conversion tardive, c'est insulter à la grâce et à la justice d'un Dieu vengeur, que renvoyer à des années de langueur et d'infirmité l'affaire du salut, c'est la manquer, qu'on ne recueille pendant l'hiver que ce qu'on a semé durant les jours de l'été, que notre Dieu n'est pas un Dieu de tous les jours, que, négligé, il néglige à son tour, et que la vertu qui vient si tard, n'est d'ordinaire qu'une impuissance du vice, une régularité de l'âge plutôt que du cœur et une bienséance qu'on doit au monde autant qu'à Jésus-Christ. Cependant la religion ne veut pas qu'on désespère; et plus d'une fois, ô mon Dieu, vous avez appelé des ouvriers à la onzième heure du jour et guéri des paralytiques de trente ans, peut-être pour prévenir par ces prodiges le désespoir des vrais pénitents et peut-être aussi pour amuser la fausse confiance des pécheurs.

Mais pour vous, Messieurs, qui , au milieu des périls et des fureurs de la guerre, pouvez tous les jours dire comme David que vous n'êtes séparés que d'un seul degré de la mort : Uno tantum gradu, ego morsque dividimur ' ; vous qui ne devez compter sur la vie que comme sur un trésor que vous tenez exposé sur un grand chemin, qui touchez tous les moments à l'éternité, et qui ne tenez au monde et à ses plaisirs que par le plus faible de tous les liens : ah ! qu'est-ce qui peut vous rassurer lorsque vous vous livrez à des passions d'ignominie8, et de quel espoir pouvez-vous vous amuser vous-mêmes ? Est-ce ces moments que vous accordez à la religion sur le point d'un combat, qui flattent votre espérance? Est-ce la prière et les bénédictions d'un ministre ? Mais vous qui êtes de bonne foi, quelle est alors, je vous prie, la situation de votre cœur ? Vous est-il jamais arrivé de repasser en pareille occasion dans l'amertume de votre cœur toutes les années de votre vie'? Avez-

1 1 Rcg., xx, 3. — ! Tradidit illos Deus in passiones ignominiœ. Rom., î , 26. — 3 Recogitabo tibi ouiues annos in amaritudine anima;. Is., zxxviu, 15.

DES DRAPEAl'X Df RÉGIMENT DE CATINAT.

vous jamais pensé dans ces circonstances à offrir au Seigneur un cœur contrit et humilié, et à invoquer ses miséricordes sur les misères de votre âme? La gloire, le devoir, le péril, vous ne voyez que cela. Les retours sur la conscience sont alors moins de saison que jamais; on éloigne même ces pensées comme dangereuses à la valeur, on redouble les plaisirs et les excès pour faire diversion, et s'empêcher soi-même de s'en occuper ; et l'on passe, hélas ! presque toujours du crime et de la débauche à la mort. Horrible destinée, û mon Dieu, et si commune cependant aux personnes à qui je parle 1 Vous le savez, mes Frères, et mille fois dans la fureur des combats vous avez vu disparaître en un instant les compagnons de vos excès; vous les avez vus ne mettre presque qu'un intervalle entre une impiété et le dernier soupir, et un coup fatal venir les enlever à vos côtés , dans le temps même peut-être qu'ils faisaient encore avec vous des projets de crime.

Et pourquoi leur infortune ne vous ébranli rait-elle pas? pourquoi ne vous instruiriezvous pas dans le malheur de leur surprise ? Est-ce parce que ces exemples sont trop fréquents que vous n'en êtes plus frappé? c'està-dire que vous vous rassurez à mesure que le péril augmeute. Pourquoi ne vous laisseriezvous pas toucher à la bonté et à la longanimité de votre Dieu, qui ne vous a sauvés de tant de périls et conservés jusqu'à présent que pour vous ménager plus de loisir de vous convertir à lui? Pourquoi changeriez-vous ses desseins de miséricorde en des desseins de colère; et emploieriez- vous des jours qu'il n'a prolongés que pour votre salut, à prolonger le cours de vos iniquités?

Eh ! si, dans celte action où vous ne dûtes votre délivrance qu'à un prodige, et dont vousmême crûtes ne jamais sortir, le glaive de la mort vous eût frappé, quelle eût été, mon frère, votre destinée? Quelle âme auriez-vous présentée au tribunal de Jésus-Christ? quel monstre d'ordures, de blasphèmes, de vengeances 1 N'ètes-vous pas effrayé de vous représenter alors sous la foudre d'un Dieu vengeur, tremblant devant sa face, et les abîmes éternels ouverts à vos pieds. Sa main toute-puissante vous délivra; il vous couvrit de son bouclier; son ange détourna lui-même les coups qui, en décidant de votre vie, auraient décidé de votre éternité; et quel usage en avez-vous fait depuis ?

quelle reconnaissance envers votre libérateur? quel hommage lui avez-vous fait d'un corps que vous tenez doublement de lui? Vous l'avez fait servir à l'iniquité; et d'un membre de Jésus-Christ, vous en avez fait un instrument de honte et d'infamie1. Ah ! vous avez bien su mettre le danger que vous courûtes alors à profit pour votre fortune ; mais avez-vous su le mettre à profit pour votre salut? Vous l'avez fait valoir auprès du prince; mais en a-t-il été question auprès de Dieu? Vous en êtes monté d'un degré dans le service, et vous voilà toujours le même dans la milice de Jésus-Christ. Craignez, craignez que ce moment fatal ne revienne, que le Seigneur ne vous livre enfin à votre propre destinée, qu'il ne vous traite comme l'impie Achab, et qu'un coup, parti de sa main invisible, n'aille à la première occasion terminer enfin vos iniquités et commencer ses vengeances.

Que votre sort est à plaindre, Messieurs! La voie des armes, où les engagements de la naissance et le service du prince vous appellent, esta la vérité brillante aux yeux des sens; c'est le seul chemin de la gloire ; c'est le seul poste digne d'un homme qui porte un nom; mais, en matière de salut, de toutes les voies c'est la plus terrible. Voilà les périls ; voici les moyens de les éviter.

Car, enfin, le bras de Dieu n'est pas raccourci', le salut n'est nulle part impossible ; le torrent n'entraîne que ceux qui veulent bien s'y prêter , le Seigneur a ses élus partout; et les mêmes dangers qui sont desécueils pour les réprouvés, deviennent des occasions de mérite aux justes.

Et pour entrer ici dans un détail qui vous le fasse sentir : quels sont, dites-moi, dans votre état lesécueils que la grâce ne puisse vous faire éviter? quels sont les maux qui n'aient en même temps leurs remèdes?

Je sais que l'ambition est comme inévitable à un homme de guerre ; que l'Evangile qui fait un vice de cette passion ne saurait prévaloir contre l'usage qui l'a érigée en vertu ; et qu'en fait de mérite militaire, qui ne sent pas ces nobles mouvements qui nous font aspirer aux grands posles , ne sent pas aussi ceux qui nous font oser de grandes actions. Mais, outre que le désir de voir vos services récompensés,

' Tollens ergo membra Christi , faciam membra meretricis T I Cor., vi, 15.

« Non est abbreviata maaus Domini. Is., ux, 1.

DISCOURS PRONONCÉ À INE BÉNÉDICTION

s'il est modéré , si seul il n'absorbe pas le cœur tout entier, s'il ne vous porte pas à vous frayer des routes d'iniquité pour parvenir à vos fins et établir votre fortune sur les ruines de celle d autrui; outre, dis-je, que ce désir, environné de toutes ces précautions , n'a rien dont la morale chrétienne puisse être blessée ; qu'at-il, en vous offrant les espérances humaines, de si séduisant qu'il puisse l'emporter sur l'espoir des chrétiens et les promesses de la foi? Des postes, des honneurs, des distinctions, un nom dans l'univers ? Mais quelle foule de concurrents faut-il percer pour en venir là? Que de circonstances faut-il assortir, qui ne se trouvent presque jamais ensemble? Et d'ailleurs, est-ce le mérite qui décide toujours de la fortune? Le prince est éclairé, je le sais, mais peut-il tout voir de ses yeux ? Combien de vertus obscures et négligées, combien de services oubliés ou dissimulés ! Et d'autre part, combien de favoris de la fortune, sortis tout à coup du néant, vont de plein pied saisir les premiers postes ! Et de là quelle source de désagréments et de dégoûls ! On se voit passer sur le corps par des subalternes, gens qu'on a vus1 naître dans le service, et qui n'en savent pas encore assez même pour obéir, tandis qu'on se sent soi-même sur le penchant de l'âge, et qu'on ne rapporte de ses longs services qu'un corps usé, des affaires domestiques désespérées, et la gloire d'avoir toujours fait la guerre à ses frais. Eh ! qu'entend-on autre chose parmi vous que des réflexions sur l'abus des prétentions et des espérances ? Vous-même qui m'écoutez, quelle est là-dessus votre situation? Et cependant on sacrifie l'éternité a des chimères ; on se flatte toujours qu'on sera du nombre des heureux ; et on ne s'aperçoit pas que la Providence ne semble laisser au hasard et au caprice des hommes le partage des postes et des emplois que pour nous faire regarder avec des yeux chrétiens les titres et les honneurs, et nous faire rapporter au Roi du ciel, aux yeux de qui rien n'échappe et qui nous tiendra compte de nos plus petits soins, des services que nous rendons aux rois de la terre qui souvent ou ne peuvent les voir ou ne sauraient les récompenser 2.

1 Vu, 1745.

1 Quid quieiimus ? Cujus rei militamus ? Majorne esse potcrit spes noslra in palatio quam ut auiici imporatoris simus '?. ... Et quamuiu istud erit? Aniicus autem Dei, si voluero, ecce nunc tio. Augustin, Conf. vin, ti.

Mais quand même votre bonheur répondrait à vos espérances , quand mêmeles douces erreurs et les songes sur lesquels votre esprit s'endort, deviendraient un jour des réalités , quand même par un de ces coups du hasard qui entre toujours pour beaucoup dans la fortune des armes, vous vous verriez élevé à des postes auxquels vous n'oseriez même aspirer, et que vous n'auriez plus rien à souhaiter du côté des prétentions humaines : que sont les félicités d'ici-bas, et quelle est leur fragilité et leur rapide durée ? Que nous reste-t-il de ces grands noms qui ont autrefois joué un rôle si brillant dans l'univers? ils ont paru un seul instant et disparu pour toujours aux yeux des hommes. On sait ce qu'ils ont été pendant ce petit intervalle qu'a duré leur éclat; mais qui sait ce qu'ils sont dans la région éternelle des morts? Les chimères de la gloire et de l'immortalité ne sont là d'aucun secours : le Dieu Vengeur qui du haut de son tribunal pèse leurs actions et discerne leur mérite , n'en juge pas sur ce que nous disons et sur ce que nous Musons d'eux d'ici-bas ; et tous ces grands traits qui font tant d'honneur à leur mémoire et qui enrichissent nos annales, sont peut-être les principaux chefs de leur condamnation et les trait,* les plus honteux de leur âme aux yeux de Dieu.

Hélas! Messieurs, que sont les hommes sur la terre ? des personnages de théâtre : tout y roule sur le faux ; ce n'est partout que représentation , et tout ce qu'on y voit de plus pompeux et de mieux établi n'est l'affaire que d'une scène : qui ne le dit tous les jours dans le siècle? Une fatale révolution , une rapidité que rien n'arrête, entraîne tout dans les abîmes de l'éternité; les siècles, les générations, les empires, tout va se perdre dans ce gouffre; tout y entre et rien n'en sort ; nos ancêtres nous en ont frayé le chemin, et nous allons le frayer dans un moment à ceux qui viennent après nous : ainsi les âges se renouvellent; ainsi la figure du monde change sans cesse; ainsi les morts et les vivants se succèdent et se remplacent continuellement : rien ne demeure, tout s'use, tout s'éteint. Dieu seul est toujours le même , et ses années ne Unissent point ; le torrent des âges et des siècles coule devant ses yeux ; et il voit avec un air de vengeance et de fureur de faibles mortels, dans le temps même qu'ils sont entraînés par le cours fatal, l'insulter en passant, profiter de ce seul moment pour déshonorer son nom , et tomberai!

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