‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de ClermontChapitre 8 sur 191 · PRÉFACE DE L'ÉDITION DE · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE L'ÉDITION DE

Les sermons du P. Massillon ont été prêches vingt ans de suite à Paris ou à la cour avec un succès toujours égal. C'est le préjugé le moins équivoque et le plus décisif en faveur de ce genre d'ouvrages. Un talent médiocre a quelquefois la vogue; et tant qu'il ne sera pas effacé par un talent supérieur, on le verra s'attirer et se conserver même pour un temps l'estime et les applaudissements du public. Mais réunir en sa faveur et fixer constamment les suffrages d'une multitude libre et indépendante, toujours prête à se retirer dès qu'on cesse de l'attacher et de lui plaire, c'est ce qui u'est donné qu'aux génies du premier ordre. 11 n'appartient qu'aux Bossuet, aux Bourdaloue, et à ceux qui leur ressemblent, d'exercer un empire perpétuel sur les esprits et sur les cœurs.

Nous pouvons donc nous dispenser de laire ici l'éloge des sermons du P. Massillon. Qu'ajouterionsnous à l'approbation constante et unanime de toute la France? D'ailleurs, le public s'apercevra bientôt que les sermons que nous lui présentons sont dans le vrai goût de la chaire; c'est au cœur que parle Je P. Massillon, c'est le cœur qu'il affecte et qu'il intéresse : or, quiconque a le secret d'aller au cœur, soit qu'on l'écoute, soit qu'on le lise, est sûr de plaire, et de plaire toujours.

Ce pathétique qui fait la principale force de l'éloquence et le caractère propre de notre orateur, manquait presque entièrement a la chaire, lorsque le ministère de la parole lui fut confié. On en avait heureusement banni tous ces traits entassés d'une érudition déplacée , assemblage bizarre du sacré et du protane, propre à imposer au vulgaire ignorant, plus propre encore à révolter l'homme sensé. Mais le commun des prédicateurs ignorait l'art d'intéresser par le sentiment, quoique de là dépende tout le succès du discours; et combien d'autres défauts n'avait-on pas encore à leur reprocher? Aussi, lorsque le P. Massillon arriva de la province, le R. P. de la Tour, général de l'Oratoire, lui demandant ce qu'il pensait des prédicateurs les plus suivis : Je leur trouve, répondit-il, bien de fesprit et des talents; maissije prêche, je ne prêcherai pas comme eux. 11 tint parole, il prêcba, et s'ouvrit une route toute nouvelle.

Qu'on ne le soupçonne pas néanmoins d'avoir confondu le P. Bourdaloue avec les autres orateurs de son temps. Pouvait-il ne pas applaudir à ce grand homme, duquel il est vrai de dire, comme Quintilieu le disait de Cicéron : Qu'il faut juger du progrés que Ion a fait dans Céloquence par le goût que ton trouve à la lecture de ses ouvrages. Trop connaisseur pour s'y méprendre, à peine eut-il entendu le P. Bourdaloue qu'il l'admira; et s'il ne le prit pas en tout pour son modèle, c'est que son talent le portait vers un autre genre d'éloquence. Or, il était fortement persuadé que pour réussir en quelquo genre que ce soit, l'on doit étudier son talent et le suivre; en ua mot, travailler de génie ; que s'attacher servilement à copier la manière d'un autre, quelque parfait qu'il soit, à moins que sa manière ne se trouve assortie aux dispositions que la nature a mises en nous, c'est s'exposer à ne jamais rien faire qui ait un certain feu, et ce tour original qui fait le mente des bons ouvrages.

Pour la plupart des autres prédicateurs, outre ce défaut d'onction et de sentiment, le P. Massillon trouvait qu'ils entraient dans un trop grand détail sur les conditions et sur les mœurs extérieures, moyen infaillible pour ennuyer les trois quarts ue son auditoire toujours composé de personnes qui diffèrent toutes entre elles, ou par l'âge, ou par l'état, ou par la condition. Tandis que vous instruisez le magistrat sur les devoirs de sa charge, devez-vous vous flatter d'attirer l'attention de tous ceux qui n'exercent point les fonctions de la magistrature ; et tous ceux qui ne sont point engagés dans le commerce seront-ils curieux d'entendre des vérités qui n'attaquent que les fraudes et l'avarice des négociants? Non, sans doute; l'intérêt que nous avons à ce que l'on nous dit peut seul nous y rendre atlentifs. Cela étant, toutes les vérités que le prédicateur annonce et que nous ne pouvons pas nous appliquer personnellement, ne nous intéressant point, ce n'est plus qu'avec ennui et avec dégoût que nous les écoulons; et nous soupirons après la fin d'un discours qui ne s'adresse point à nous.

Le prédicateur doit donc être sobre et réservé dans la peinture des mœurs extérieures et des conditions, s'il désire être écouté attentivement. Veut-il attacher tout son auditoire? Qu'il attaque les passions qui sont les mêmes dans tous les hommes, malgré la différence des objets vers lesquels elles se porlcnt. En peignant d'après nature les mouvements, les ruses, la souplesse des passions, rien de ce que l'on dit ne peut être étranger pour aucun de ceux qui écoutent.

Enfin le P. Massillon n'approuvait pas que l'on s'arrêtât si longtemps à établir des vérités que personne s'ignore, des maximes générales dont tout le monde convient: il voulait que l'on s'appliquât

' Cette préhee ett do P. Jinnart, alors bibliothécaire de le maison do l'Oratoire, me Saint-Honoré.

XiH PRÉFACE

principalement à découvrir ces malheureux prétextes que l'amour-propre trop ingénieux ne manque jamais de suggérer pour secouer le joug de la loi ; et qu'après les avoir découverts l'on en fit sentir avec force toute l'illusion.

Il se fit donc une manière de composer qu'il ne dut qu'à lui-même ; et sans autre guide que son propre génie et ce talent original qu'il avait reçu de la nature, il sut se garantir des défauts qu'il avait cru remarquer dans les autres. Chez lui, rien d'inutile et de superflu. Dès la première phrase, supposant les principes ou les établissant en deux mots, il cherche les raisons sur lesquelles chacun en particulier, sans contester l'existence de la loi, ni la nécessité de lui obéir, se met dans le cas de la dispense : il cherche ces raisons dans le cœur de ceux qui l'écoutent, dans l'attache à ces passions dont les intérêts nous sont malheureusement plus chers que notre salut, passions auxquelles nous voudrions bien ne pas renoncer sans être forcés cependant de nous regarder comme iufracteurs de la loi. C'est là qu'il découvre la source intarissable de tous ces frivoles prétextes, et de ces tempéraments que l'homme imagine pour allier Dieu et le monde, Jésus-Christ et Bélial. Nous sommes tentés d'accorder à nos passions tout ce qu'elles désirent, mais nous voudrions en même temps nous mettre à l'abri des remords qui viennent empoisonner nos plaisirs : car pour peu qu'il reste de sentiment de religion dans une âme, le remords est inséparable du vice; et pour calmer les alarmes d'une conscience qui n'est pas encore endurcie, il faut lui persuader qu'elle n'est pas coupable. Que faisons-nous donc? nous avons recours à mille subtilités, à des subterfuges, à des exceptions, à des modifications, qui, laissant subsister le précepte en luimême, anéantissent totalement pour chacun de nous en particulier l'obligation de l'accomplir. Ainsi la conscience est rassurée contre les terreurs de la loi ; elle apprend à ne plus redouter ses menaces. Que craindrait-elle en effet ? La loi ne punit que les prévaricateurs ; or, où la loi cesse d'obliger il n'y a point de prévarication.

Que fait le P. Massillon? Afin de dissiper ces ténèbres, qui pour être volontaires n'en sont pas moins épaisses, il vous met votre propre cœur sous les yeux, selon l'expression du Prophète : il vous force de vous y voir tel que vous êtes, et tout autre que vous ne croyez être, c'est-à-dire le jouet déplorable de mille passions qui obscurcissent les lumières de votre esprit et corrompent la droiture de votre cœur : il vous force de reconnaître que ce n'est pas de ce fonds de lumière et de droiture naturelle que Dieu a mis en vous, encore moins des lumières de l'Evangile, que vous liiez les raisons par lesquelles vous prétendez être dispensé de la loi, que le langage que vous tenez est le langage des passions, et qu'elles seules vous inspirent. Cessez donc d'être vicieux, et vous cesserez bientôt d'alléguer ces prétextes comme des raisons décisives. Et c'est ici surtout que triomphe l'éloquence du P. Massillon. Lorsqu'après avoir démasqué les ruses et les artifices de l'amour-propre il en montre dans tout leur jour la misère et la fausseté, avec quelle force et quelle véhémence ne les combat-il pas !

C'est un torrent impétueux qui renverse tout ce qu'il rencontre ; c'est, pour ainsi dire, un déluge de raisons toutes convaincantes, toutes intéressantes, qui, à l'appui les unes des autres, viennent coup sur coup confondre et accabler le pécheur. Cependant le pécheur accablé et confondu, n'ayant rien à répliquer, voit avec étonnement que le prédicateur, loin d'être épuisé, a mille traits encore dont il pourrait le percer. Et ce qui forme le caractère distinclif de l'éloquence du P. Massillon, c'est que tous ses traits portent droit au cœur : c'est de ce côté-là qu'il dirige toujours ses coups ; ce qui est simplement raison et preuve dans les autres prend dans sa bouche la teinture du sentiment; non-seulement il convainc, mais il touche, il remue, il attendrit; il ne se contente pas de vous prouver que le parti de la vertu est le plus raisonnable et le plus digne de l'homme; dans ses discours la vertu vous parait souverainement aimable; vous n'y trouvez que des douceurs et des consolations; vous voudriez déjà être en possession d'un bien sans lequel vous n'imaginez plus de bonheur. Il ne se borne pas à faire sentir l'injustice et la déraison du vice, il le fait trouver difforme, haïssable ; vous ne pouvez plus vous souffrir sous l'empire de ce cruel tyran ; vous ne l'envisagez plus que comme l'ennemi juré de votre félicité : entrant dans une sainte indignation contre vous-même, vous vous trouvez si aveugle, si injuste, si malheureux, que vous ne voyez d'autre ressource que de vous jeter entre les bras de la vertu.

Des sermons composés dans ce goût ne pouvaient manquer d'être écoutés avec une extrême attention. Chacun se reconnaît dans ces tableaux vifs et naturels où le prédicateur peint le cœur humain, et montre les ressorts qui le font mouvoir : chacun s'imagine que c'est à lui que le discours s'adresse, que l'orateur n'en veut qu'à lui ; de là l'effet prodigieux de ses instructions. Après l'avoir entendu, on ne s'arrêtait point à faire l'éloge ou la critique du sermon ; l'auditeur se retirait dans un morne silence, l'air pensif, les yeux baissés, le recueillement sur le visage, emportant l'aiguillon que l'orateur chrétien lui avait laissé dans le cœur. Ces suffrages muets valent bien les plus grands applaudissements; ceux-ci flattent le ministre et lui prouvent qu'il a su plaire ; ceux-là le consolent et l'assurent qu'il a touché. Aussi, lorsque le P. Massillon eut prêché son premier Avent à Versailles, Louis XIV lui dit ces paroles remarquables : Mon Père, j'ai entendu plusieurs grands orateurs dans ma chapelle , j'en ai été fort content : pour vous,

DK L'ÉDITION DE 1745. XXtH

toutes les fois que je vous ai entendu j'ai été tris-mécontent de moi-même. Eloge parfait qui honore également le goût et la piété du monarque et le talent du prédicateur.

Le style du P. Massillon, quoique nul. le et digne de la majesté de la chaire, n'en est pas moins simple et à la portée du peuple. La vivacité du son imagination ne prête à ses expressions que ce qu'il faut d'agrément pour satisfaire l'homme d'esprit, sans que la multitude soit réduite à admirer ce qu'elle n'entend pas.

Ennemi de tout ce qui ressent l'affectation dans le style, il l'était encore plus de ces pensées qui n'ont d'autre mérite que le brillant, qui ne font qu'amuser l'esprit et le détourner de l'attention qu'il doit aux vérités importantes qu'on lui annonce. Le P. Massillon n'offre partout que des idées grandes et sublimes qui élèvent l'âme, qui montrent la religion sous ce caractère de noblesse et de majesté qui lui est propre et qu'elle semble perdre quelquefois, parce qu'on l'a confiée à des mains qui loin de l'embellir ne peuvent que la défigurer.

On croira sans doute que des discours si éloquents, dans lesquels il y a d'autant plus d'art qu'il n'y parait rien que de naturel, étaient le fruit d'un travail long et pénible, et que celte belle et noble simplicité, qui se refuse souvent aux efforts mêmes des plus grands hommes, n'est pas venue se présenter à lui sans qu'il l'ait longtemps recherchée : point du tout. Ces sermons ont été composés avec une facilité qui tient du prodige; pas un seul qui ait coûté plus de dix à douze jours. Combien de gens, même du métier, trouveraient que ce temps suffirait à peine pour en former et pour en bien digérer le plan! En 1704, il parut pour la seconde fois à la cour'. Louis XIV, après lui avoir témoigné dans les terme; les plus gracieux son extrême satisfaction, ajouta : Et je veux, mon Père , vous entendre désormais tous ki deux ans. Sur-le-champ le P. Massillon forma le dessein de ne revenir à Versailles qu'avec des sermons nouveaux. Il est fâcheux qu'un tel projet n'ait point eu de suite. A n'en juger que par celle abondance, cette richesse, celle variété qui règne dans tout ce qui est sorti de sa plume, on sent qu'il était parfaitement en état de l'exécuter.

En 1718, déjà nommé à l'évêché de Clermont, il fut chargé de prêcher le carême devant le roi, qui entrait alors dans cet âge où la raison commence à se développer. Il crut qu'en celle occasion il devaii prêcher pour le prince lui-même et pour l'instruire des devoirs de la royauté. Mais pour cela il fallait des sermons tout différents de ceux qu'il avait prêches jusqu'alors, lesquels, et pour le fond des choses et pour la manière, ne pouvaient convenir à un jeune prince de neuf ans. 11 inventa donc, pour ainsi dire, un nouveau genre d'éloquence ; le style, l'instruction, tout fut proportionné à l'âge du jeune monarque. Dans le style, il répandit plus de vivacité, plus d'agréments, plus de fleurs, et même quelque chose d'académique. Les instructions, dépouillées de la sécheresse du raisonnement, furent des maximes sui les devoirs des princes, exprimées en lieu de mots, mais présentées de manière à faire une vive impression sur l'espril et sur le cœur. Ce style et celle façon d'instruire étaient quelque chose de tout nouveau pour le P. Massillon; cependant six semaines suffirent pour composer ces dix sermons si admirés, si vantés, qui renferment en abrégé tout ce qui peut former un prince chéri de Dieu et des hommes, el qui furent souvent interrompus, ou par les applaudissements, ou par les larmes de son augusu. auditoire.

A l'égard de l'action, cette partie si essentielle à l'orateur, ce ne fut pas d'abord par cet endroit qu'il se fit admirer. Le goût du temps n'était pas le sien. Il ne pouvait souffrir qu'au lieu de cet air naturel qui porte avec soi la conviction, l'on prit un certain air emprunté et un ton de déclamateur, qui, faisant regarder les ministres de Jésus-Christ comme des gens qui ne montent en chaire que pour jouer un personnage, Ole presque toute la force et toute crovance à leurs discours. Il fallait donc s'altendre quf l'auditeur, gâté parcegoùt de déclamation presque généralement répandu, se révolterait d'abord contre la manière de dire du P. Massillon, dans laquelle aucune des règles qu'on s'était faites ne paraissai observée. Mais comme il faisait néanmoins une impression extraordinaire sur les esprits, on se remlii bientôt à l'expérience : on ne s'embarrassa plus de ces prétendues règles que l'orateur parais**, i négliger; et le public s'élevaut au-dessus des préjugés, conclut avec raison qu'il fallait sans doute qm sa manière de dire fût bonne, et qu'elle fût même la meilleure, puisque nul autre prédicateur ne iaisaiL à beaucoup près, une impression aussi vive.

Au reste, il serait fort difficile de faire comprendre à ceux qui ne l'ont point entendu ce que c'étail que son action. Elle lui était tellement propre qu'on peut assurer que comme il n'eut point du modèle à suivre il n'a point formé d'élève qui l'ait imité.

Ou le vo\ait arriver dans la chaire comme un homme qui vient de méditer profondément un sujet. Dèaquil parait, sou au reçue. .Il ci pénétre annonce déjà la grandeur et l'importance des vérités dont il va vous entretenir, il n'a pas ou\uit la bouche, et l'auditoire est saisi. 11 parle enliu, mais ce n'est pas

• Le P. Jai.nart comme, ici nne erreur; comme bous le prouverons |>lus tard, Massillon piecuadana laclispeltad» Versailles le Crème de 1701, et il y »vail d*ja donne l'Avent de lo'JJ. Ii n'y uparut plu; carie PtttPCartmé lui prononcé aux Tuilerie*.

x.,v PiAKlACE DE L'ÉDITION DE 1745.

comme un orateur qui vient Jubiler avec art un discours dont il a chargé sa mémoire. Tout coule de source II parle de l'abondance du cœur, ne pouvant contenir au dedans de lui les vérités dont il est plein. Un feu intérieur le dévore, il faut qu'il lui ouvre une issue, et qu'il le laisse éclater au dehors. Aussi' rien en lui qui ne soit animé, tout parle, tout persuade, tout remue, tout attendrit, tout porte dans l'âme la conviction et le sentiment: et cela n'était point du tout un effet de l'art dans le P. Massillon; c'était un talent naturel qui lui faisait exprimer et dire les choses avec force et vivacité, parce qu'il les

sentait de même.

Il faisait donc proprement consister tout le mérite de l'action à paraître bien pénétré lui-même des vérités dont il voulait convaincre ses auditeurs. Jamais personne n'a porté ce talent plus loin que le P. Massillon : c'est le témoignage que le public en a rendu, et l'éloge qu'en ont fait toutes les personnes dé goût. Serait-il permis de rapporter à ce sujet un trait remarquable par sa singularité, et qui nous échappe? L'acteur le plus parfait qu'ait eu le Théâtre Français voulut l'entendre : il fut frappé du vrai qu'il trouva dans toute son action , et dit à un autre acteur qui l'avait accompagné : Mon ami, voilà un orateur, et 7ious, nous ne sommes que des comédiens.

Il n'est pas besoin d'avertir le public que c'est ici la première édition des sermons du P. Massillon. Il est vrai qu'on imprima sous son nom, il y a près de quarante ans, quatre ou cinq petits volumes ' ; mais plus de la moitié des sermons que renferme ce recueil sont de différents prédicateurs, dont quelquesuns même ont revendiqué publiquement ce qui leur appartenait, entre autres feu M. Poncet de la Rivière, évêque d'Angers. L'éditeur du P. Bretonneau vient d'en réclamer trois qu'il a, dit-il, trouvés dans le manuscrit de ce prédicateur, et que nous ne trouvons point en effet dans celui du P. Massillon. Pour les autres dont les auteurs ne nous sont point connus, en attendant que quelqu'un veuille les adopter, ils ne jouiront pas sans doute plus longtemps de la réputation que leur donnait une origine supposée.

A l'égard d'une vingtaine de sermons que l'on pourrait appeler avec un peu plus de fondement sermons du P. Massillon, qu'on prenne la peine de les confronter avec l'original que nous donnons aujourd'hui : la différence est palpable; si l'on y trouve quelques traits de ressemblance, c'est celle qui peut se trouver entre un squelette et un corps vivant, plein de suc et d'embonpoint; entre un original de Michel-Ange et la copie de ce même tableau faite par quelque apprenti sans talent.

On retrouve dans ces pièces informes des lambeaux du P. Massillon, et même dans quelques-unes d'assez longs morceaux de ses véritables sermons. Mais quelle comparaison entre un mauvais assortiment de lambeaux cousus ensemble par un copiste qui d'ordinaire, pour ne rien dire de pis, n'est pas un homme du métier, et un discours tel qu'il sort des mains d'un si grand maître !

D'ailleurs, notre édition contient près de cent sermons, dont plusieurs même n'ont jamais été prononcés. On y trouve un Avent et un Carême complet, sans compter le Petit-Carême qu'il composa pour le roi en 1718. Nous donnons aussi plusieurs oraisons funèbres, plusieurs discours et panégyriques qui n'ont jamais vu le ,'our, les conférences ecclésiastiques qu'il fit dans le séminaire Saint-Magloire en arrivant à Paris, celles qu'il a faites à ses curés pendant son épiscopat, les discours qu'il prononçait à la tête des synodes qu'il assemblait tous les ans : nous donnons enfin un ouvrage auquel il a consacré pendant quelques années toutes les heures de loisir que lui laissaient les fonctions épiscopales. Ce sont des paraphrases sur une partie des psaumes. Ce qu'on peut dire de ces différentes pièces, c'est qu'elles sont toutes frappées au coin de l'auteur. Le même goût règne partout. Toujours même élévation et même noblesse soit dans le style, soit dans les pensées; toujours ce pathétique qui enlève, toujours ces peintures du cœur humain si vraies et si intéressantes. La cour se souvient encore des applaudissements qu'elle donna au Petit-Carùme. Les conférences ecclésiastiques commencèrent à lui faire sa réputation ; ses sermons la portèrent à ce haut degré dans lequel elle s'est soutenue jusqu'à la fin ; ses oraisons synodales ont plus d'une fois attendri ses curés jusqu'aux larmes; et nous ne craignons point d'assurer que le public regrettera qu'il n'ait pas achevé ce qu'il avait commencé sur les psaumes : il n'est peut-être point d'ouvrage où soient mieux développés les mouvements d'un cœur qui gémit sur ses égarements passés, et qui, désabusé du monde et des faux biens, reconnaît enfin que n'ayant été créé que pour Dieu il ne peut trouver qu'en Dieu sa consolation et son bonheur.

Voici donc un recueil exact et fidèle des ouvrages du P. Massillon, tels qu'il avait pris la peine de les revoir, de les corriger et de les copier une seconde fois de sa propre main. Que nous reste-t-il à désirer, binon que le cœur s'ouvre aux saintes vérités si dignement établies dans ses discours, et qu'ils opèrent sur ceux qui les liront les mêmes effets de grâce et de conversion qu'ont souvent ressenti ceux oui les

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' A Trévoux. Il y eut plusieurs éditions précieuses à consulter aujourd'hui pour plus d'un motif.

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