PRONONCÉ LE 23 FÉVRIER
PAR MASSILLON , ÊVÊQUE DE CLERMONT, LORSQU'IL FUT BEÇU A L'ACADÉMIE FRANÇAISE A LA PUCE SE L'ABBÉ DE LOCTOtS '.
Messieurs,
Il faut que l'amitié ait sur le cœur des droits plus intéressants que la gloire même, puisque l'honneur que vous me faites aujourd'hui me laisse encore sensible au chagrin de ne le devoir qu'à la perte d'un ancien ami et d'un de vos plus illustres confrères *.
1 Dans ce discours de réception a l'Académie française , l'auditoire , composé des littérateurs les plu distingués et des gens du monde les plus délicats, loua une exquise tmesse, un style d'un art consommé et d'un heureux naturel ; et on s'étonna, selon le mot de M»« de Tencin , de rencontrer ainsi dans un homme de communauté un bon goût, un bon ton et une bonne grâce dont n'approche point le style des grands seigneurs les plus distingués par leur esprit dans les sociélts de la cour.
a C'est aussi au refus de l'abbé de Louvois que Massillon dut d'être nommé à revécue de Clermont. « L'abbé de Louvois, dit Saiut-Hmon avec sa malice ordinaire, refusa l'évêché de Clermont sous prétexte de sa santé ; en effet , parce qu'il s'était attendu longtemps aux plus grands postes et qu'il se trouvait vieux pour en accepter un m médiocre... Le P. Massillon, célèbre par ses sermous, en profita. » Mémoires, éd. de H. Chéruel , in-8°, t. zv, p. 138. La bibliothèque impériale conserve un recueil de lettres adressées à l'abbé de Louvois. On y trouve notamment deux lettres d« Maisillon. Risidu de Saint-Germain, 139.
Vous ne me ferez pas un crime de cet aveu. La vanité est assez flattée de votre choix. Tout annonce ici ma reconnaissance , et ma douleur même la rend plus digne de vous.
Au sortir presque de l'enfance , et dès que M. l'abbé de Louvois fut en état de se choisir des amis, il me fit l'honneur de me mettre de ce nombre. Dès lor3 il laissait déjà voir tout ce qui lui attira depuis l'estime publique et les suffrages de la compagnie : une probité audessus de son âge et digne d'un meilleur siècle ; un goût et un amour pour les lettres né avec lui, et qu'une excellente éducation avait cultivé ; des talents auxquels il n'a manqué que des places ; une fidélité dans le commerce encore plus estimable que les talents; des mœurs douces, le fruit de sa raison et de ses réflexions, et où l'on pouvait dire que le tempérament n'en avait pas tout l'honneur; une maturité d'esprit capable de remplacer les