‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de ClermontChapitre 81 sur 191 · SUR LE BONHEUR DES JUSTES · texte numérisé non relu

SUR LE BONHEUR DES JUSTES

KOTICE IUT0IUNL

Ce sermon fut prêché il Versailles le 1" novembre tfiO!) , en présence du roi et de toute la conr. Massillon paraissait pour la première fois devant Louis XIV. I.e roi avait communié le matin ; « l'après-dlner, dit Dangcau , Sa Majesté et toute la maison royale entendirent le sermon du P. Massillon , prêtre de l'Oratoire , qui commence à être en grande réputation ; ensuite ils assistèrent aux vêpres et au salut. » I.e \" novembre, dit aussi la Gazelle de 1699, à celte date, l'après-dlnéc , Sa Majesté entendit le sermon du P. Massillon, prèlre de l'Oratoire. Bossuct assista probablement à ce premier sermon que fit Massillon au châleau de Versailles. Dés l'apparition des premiers volumes des sermons de Massillon, l'abbé Desfontaines présentait le compliment qui commence l'Avent, comme ce qu'il connaissait en une telle matière de plus éloquent, de plus ingénieux et de plus décent. Jugements sur quelques ouvrages nouveaux, t. v, 1744, p. 281.

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Division. — Le bonheur des justes tri-bas consiste : 1° Dans les lumières de la foi qui adoucissent toutes les peines de l'âme fidèle, et qui rendent celles du pécheur plus amères ; 2° dans les douceurs de ta grâce qui calment toutes les passions, et qui, refusées au coeur corrompu, le laissent en proie à lui-même.

PBFmtnF. partie. — Soit qu'une âme touchée de Dieu rappelle le passé et ces temps d'égarement qui précédèrent sa pénilcnee, soit qu'elle soit attentive a ce qui se passe sous ses yeux dans le monde, soit enfin qu'elle jette la vue dans l'avenir, sa foi lui fournit des motifs de consolation et de joie; au lieu qu'une âme qui vil dans le désordre, ne trouve dans ces trois situations que des amertumes et des terreurs secrètes.

Ie Quelque livré que soit un pécheur aux plaisirs, il ne peut empêcher que ses crimes ne reparaissent en ccrlains moments à son souvenir; et ces images importunes le troub'cnt, le fatiguent et le confondent, en lui montrant, comme réunis en un point de vue, des faiblesses dont il rougit, des monstres et des horreurs sur lesquels il n'ose presque ouvrir les yeux. Le sort d'une âme juste est bien différent: le souvenir de ses fautes mêmes, quoiqn'accompagné de gémissements et de larmes, porle avec soi la douceur et la consolation, puisqu'elle ne saurait rappeler la suite de ses égarements, sans découvrir l'enchaînement des miséricordes de Dieu sur elle.

2° Si le passé est une source de consolations solides pour les lires fidèles, ce qui se passe à leurs yeux ne console pas moins leur piété : l'inconstance, l'injustice, la censure du monde, si désolantes pour ceux qui l'aiment, ne servent qu'à leur faire sentir plus vivement le bonheur qu'elles ont de s'èlre attachée) à un mei'leur maître.

: • Enfin la foi, en découvrant au juste la couronne de gloire qui lui est piéparéc, cl au pécheur les supplices qu'il mérite, rend la pensée de l'avenir aussi douce et consn'anle pour l'un que triste et accablante pour l'autre.

IIEI'XIEMF. PARTIE. — Le bonheur des justes en rrlie vie consiste dans les douceurs que la grâce leur procure. Les un«l sont intérieures et secrèles ; les autres , extérieures et sensibles.

AVENT

' use à une âme fidèle c'est d'établir une paix solide dans son cœur et de la

1» Le premier avantage intérieur que la grâce ; menag » lui-même, et traîne partout un fonds d'inquiétude

réconcilier avec elle-même; au M, eu que le ^ ed^S iouiJe d'une tranquillité si inaltérable qu'ils n'éprouvent a leur

que rien ne peu calmer, £ »é^ «ned|cg inquiétudes; mais ce sont des nuages passagers, qui n'occupent , pour ainsi dire,

0^^^ de ,a loi, e, change le J0„g de Jésus-Christ qui

La seconde consolation de la g âce, c est amour qu.^ ' c lel esl le carac,ère du saint amour, lorsqu'il est

parait insupportab e aux pécbeu , en u y,ug ou* et «,, « » P ^ ^ de p , ajme

maître d'un cœur : ou 1 ado uciue pe ^ ^ sg ^^ plus ses désirs s'a lument, plus ses

le monde, ^A^^^iiZSSm^M. La vivacité de son amour est la source de toutes ses peines, parce que projets Rembarrassent p^sjesinqmét tes aignssc ^ ^ ^ ^ ^ ^ miem du ^ cûnv)eDBent ettI.

2o Avances ex énem de ££*«£ ™d ^tqUeï il/ont les secours ex.é.ieurs de la piété, le soutien des sacrements lorsque les c >ola'm m.é , .cure ieunf m , , ^ ^^ ^ ^ ^ ^ . ^^ „, e emples deg

qui ne sont plus P0^ eP" ?. ""e de neur d'y voir sa condamnation; les mystères adorables, qui ne laissent souvent au ThS „ , e.eP r e ë de lavo profanés par s prince ; les cant.ques 'saints et les prières de l'Eglise, qui se changent pour ^^l*l&S"2>TcZl*on des divines Ecritures où le pécheur ne trouve plus que des menaces et de»

anattièmes.

Be»ti qui lugent quoniam ipsi consolabuntur I

Bienheureux ceux qui fleurent, parce qu'ils seront consolés !

Matth., v, 5.

Sire,

Si le monde parlait ici à la place de Jésus- Christ, sans doute il ne tiendrait pas à Votre Majesté le même langage.

Heureux le prince, vous dirait-il, qui n'a jamais combattu que pour vaincre, qui n'a vu tant de puissances armées contre lui que pour leur donner une paix plus glorieuse, et qui a toujours été plus grand ou que le péril ou que la victoire !

Heureux le prince qui, durant le cours d'un règne long et florissant, jouit à loisir des fruits de sa gloire , de l'amour de ses peuples, de l'estime de ses ennemis , de l'admiration de l'univers , de l'avantage de ses conquêtes , de la magnificence de ses ouvrages , de la sagesse de ses lois, de l'espérance auguste d'une nombreuse postérité, et qui n'a plus rien à désirer que de conserver longtemps ce qu'il possède ! Ainsi parlerait le monde. Mais, Sire , Jésus- Christ ne parle pas comme le monde.

Heureux, vous dit-il , non celui qui fait l'admiration de son siècle , mais celui qui fait sa principale occupation du siècle à venir, et qui vit dans le mépris de soi-même et de tout ce qui passe ; parce que le royaume du ciel est à lui : Beati pauperes spiritu , quoniam ipsorum est regnum cœîorum ' /

Heureux non celui dont l'histoire va immortaliser le règne et les actions dans le souvenir des hommes, mais celui dont les larmes auront effacé l'histoire de ses péchés du souvenir de Dieu même , parce qu'il sera éternellement consolé : Beati qui lugent, quoniam ipsiconsolabuntur* !

Heureux non celui qui aura étendu par de nouvelles conquêtes les bornes de son empire mais celui qui aura su renfermer ses désirs et ses passions dans les bornes de la loi de Dieu, parce qu'il possédera une terre plus durable que l'empire de l'univers : Beati mites, quoniam ipsi possidebunt terram*!

Heureux non celui qui, élevé par la voix des peuples au-dessus de tous les princes qui l'ont précédé, jouit à loisir de sa grandeur et de sa gloire, mais celui qui, ne trouvant rien sur le trône même digne de son cœur, ne cherche de parfait bonheur ici-bas que dans la vertu et dans la justice , parce qu'il sera rassasié : Beati qui esuriunt et sitiunt jttslitiam, quoniam ipsi saturabuntur* !

Heureux non celui à qui les hommes ont donné les titres glorieux de grand et d'invincible, mais celui à qui les malheureux donneront devant Jésus-Christ le titre de père et de miséricordieux, parce qu'il sera traité avec miséricorde : Beati miséricordes , quoniam ipsi m'sericordiam consequentur * .'

Heureux enfin non celui qui, toujours arbitre de la destinée de ses ennemis , a donné plus dune fois la paix à la terre, mais celui qui a

• Matth., v, 3.

1 Matth., v. 3. — « Ibid., 4. — 3 Ibid., 6. — » Ibtd., 7.

FÊTE DE TOUS LES SAINTS : SUR LE BONHEUR DES JUSTES

pu se la donner à soi-même et bannir de son cœur les vices et les affections déréglées qui en troublent la tranquillité, parce qu'il sera appelé enfant de Dieu : Beatipacifici, quoniam filii Dei vocabuntur*!

Voilà, Sire, ceux que Jésus-CUrist appelle heureux ; et l'Evangile ne connaît point d'autre bonheur sur la terre que la vertu et l'innocence.

Grand Dieu , ce n'est donc pas celte longue suite de prospérités inouïes dont vous avez favorisé la gloire de son règne , qui peut le rendre le plus heureux des rois. C'est par là qu'il est grand ; mais ce n'est pas par là qu'il est heureux. Sa piété a commencé sa félicité. Tout ce qui ne sanctilie pas l'homme, ne saurait faire le bonheur de l'homme. Tout ce qui ne vous met pas dans un cœur, ô mon Dieu, n'y met ou que de faux biens qui le laissent vide ou que des maux réels qui le remplissent d'inquiétude; et une conscience pure est la source unique des vrais plaisirs *.

C'est à cette vérité, mes Frères, que l'Eglise borne aujourd'hui tout le fruit de la solennité qu'elle nous propose. Comme l'erreur où l'on est dans le monde que la vie des saints a été triste et désagréable, est un des principaux artifices dont le monde se sert pour nous empêcher de les imiter ; l'Eglise, en renouvelant aujourd'hui leur mémoire, nous fait souvenir en même temps que non-seulement

ils jouissent d'une félicité immortelle dans le ciel, mais encore qu'ils ont été les seuls heureux de la terre : Beati, etc. , et que celui qui porte l'iniquité dans son sein, y porte toujours le trouble et la frayeur, et que la destinée des gens de bien est mille fois plus douce et plus tranquille, en ce monde même, que celle des pécheurs.

Mais en quoi consiste le bonheur des justes en cette vie? Il consiste premièrement dans la manifestation de la vérité cachée aux sages du monde ; secondement dans le goût de la charité refusé aux amateurs du monde. Dans les lumières de la foi qui adoucissent toutes les peines de l'âme fidèle, et qui rendent celles du pécheur plus amères : c'est mon premier point. Dans les douceurs de la grâce qui calment toutes les passions, et qui refusées à un cœur corrompu le laissent en proie à lui-même : c'est le dernier. Développons ces deux vérités si propres à rendre la vertu aimable, et les exemples des saints utiles. Mais avant que de commencer, implorons le secours de l'Esprit- Saint par l'intercession de Marie. Ave, Maria.

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