DIX-SEPTIÈME SERMON
SERMON POUR LA FÊTE DE LA CONCEPTION DE LA TRÈS-SAINTE VIERGE
ROTICE HTSTORTQUR.
u ^fTr* ^ ^T^ 'D 8 déCembre ,6"' avant lcs v*pres> cla,ls la chaPe,,e dn <*««« ^ Versailles. Le roi . le dauphin, dn llLl l^L, ,B°urS0f".\'.l111 a™'1 le ■«*■ rcS» la communion des mains de l'évèque de Meaux, le duc dWnjnn et lé dnc de Berry aSBistèrcrt à la prédication. Bossnet était aussi parmi les auditeurs.
FÊTE DE LA CONCEPTION DE LA SAINTE VIERGE
AMÏSÏ.
Division. Marie nous donne l'exemple d'une double fidélité à la grôce reçue : 1° Une fidélité de précaution qui lui fait
craindre les moindres périls; 2° une fidélité de correspondance gui la rend attentive jusqu'à la fin à faire de nouveaux progrès dans les voies de la grâce.
Première partie. — Fidélité de précaution. Trois écueits sont à craindre pour les âmes qui commencent à servir Diea : 1» Leur propre fragilité, qui les entraîne; 2° le monde, avec lequel elles veulent encore garder des ménagements; 3° enfin l'oubli de la grâce qu'elles ont reçue.
Or, à ces trois écueils, si dangereux à une piété naissante, Marie oppose trois précautions : 1° A la propre fragilité, une séparation entière du monde ; 2° à une vaine délicatesse sur les jugements publics, une insensibilité héroïque aux discours et aux pensées frivoles des hommes ; 3" à l'oubli de la grâce, une reconnaissance continuelle et proportionnée à la grandeur de ce bienfait.
Deuxième partie. — Fidélité de correspondance. Quelles sont les sources les plus ordinaires de nos rechutes? C'est : 1° de ne pas suivre toute la force et toute l'étendue de la grâce qui nous a rappelés de l'égarement ; c'est : 2° de sortir de la voie par où elle voulait nous conduire ; c'est enfin de se décourager en avançant , et de s'affaiblir à chaque obstacle que le démon ou notre propre faiblesse nous oppose. Or, Marie offre à la grâce une correspondance de perfection, une correspondance d'état et une correspondance de persévérance qui achève de nous instruire.
Vadam, et videbo visionem banc magnam.
J'irai , et je verrai cette grande merveille. Exod., in, 3.
Sire,
Le prodige qui parut aux yeux de Moïse sur le mont Sinaï avait de quoi le surprendre : un buisson que les flammes enveloppent de toutes parts et qu'elles ne consument pas ! Qu'est-ce donc qui suspend l'activité du feu à son égard ? Pourquoi cet élément qui dévore par son ardeur tout ce qu'il rencontre, semble-t-il respecter ce buisson miraculeux? Qui n'eût dit comme Moïse : J'irai et je verrai cette grande merveille : Vadam , et videbo visionem hanc magnam.
Le prodige que l'Eglise présente aujourd'hui à la piété des fidèles, est encore plus étonnant. C'est une pure créature, une fille d'Adam, une portion de la masse corrompue du genre humain, qui, malgré la source souillée de laquelle elle tire son origine, malgré la dépravation du siècle au milieu duquel elle habite , malgré l'air empeste qu'elle y respire, conserve toute la pureté de son âme sainte, et demeure incorruptible au milieu de la plus grande corruption. 0 Dieu, qui est semblable à vous? Vous êtes le Dieu qui opérez des merveilles.
Les justes, même du premier ordre, malgré leurs craintes et leur vigilance, malgré les secours de la grâce qui les soutient, font plus d'une fois chaque jour la triste épreuve de leur faiblesse. Un seul instant de la vie où ils prétendraient être sans péché, ils mentiraient au Saint-Esprit et contre eux-mêmes ; et Marie,
depuis le premier moment auquel Dieu a répandu dans son âme la justice et la sainteté, jusqu'au moment auquel elle est entrée dans l'éternité bienheureuse; Marie a toujours triomphé du péché, du monde, et de tout ce qu'il a de séduisant ; du monde et de ses fausses maximes par lesquelles il fait entrer tant d'âmes dans la voie de perdition ; du monde et de toutes les contradictions qu'il suscite à la vertu, et par lesquelles tant de ces justes que l'Evangile appelle temporels, sont malheureusement renversés. Le feu du péché l'environne de tous les côtés; mais il ne saurait lui faire sentir son ardeur criminelle. Quel prodige inouï 1 quelle gloire! quel privilège singulier accordé à Marie! J'irai, et je verrai cette grande merveille : Vadam, et videbo »»'sionem hanc magnam.
Cependant, née avec un privilège si sublime, et qui mettait entre elle et le péché un intervalle presque infini, Marie ne crut pouvoir s'y soutenir que par la fidélité et par la vigilance. La même plénitude de grâce, qui la mettait si fort au-dessus de tous les périls, les lui rendit, ce semble, plus formidables. Ne portant point en elle ce fonds de faiblesse et de corruption qui nous fait un danger de tout et qui change en pièges nos vertus mêmes , les précautions les plus rigoureuses lui parurent le seul asile et toute la sûreté de son innocence ; la retraite, la prière, la fuite du monde, l'abnégation d'elle-même furent les règles constantes de ses mo3urs ; et, quoique tant de faveurs reçues du Ciel lui donnassent une confiance si ferme, si biuii fondée, que la grâce ne l'abandonnerait
pas, elle vécut comme si elle avait toujours craint de la perdre.
Quelle instruction et quel exemple ! Si Marie, délivrée de ce fonds de corruption qui nous rend les chutes si faciles et presque inévitables, fuit le monde, vit dans le recueillement et dans la prière , nous flattons-nous de pouvoir conserver, au milieu de ses plaisirs et de ses périls, une innocence qui trouve déjà au dedans de nous des ennemis si terribles à combattre ? C'est la réflexion la plus naturelle où nous conduit ce mystère.
Or je trouve dans Marie, dont je veux aujourd'hui proposer la fidélité pour modèle aux âmes touchées de Dieu et que la grâce a retirées du vice; j'y trouve, dis-je, une double fidélité à la grâce reçue : une fidélité de précaution et une fidélité de correspondance ; une fidélité de précaution qui lui fait craindre toujours les moindres périls ; une fidélité de correspondance qui la rend attentive jusqu'à la fin à faire de nouveaux progrès dans les voies de la grâce. Fidèle à conserver la grâce reçue; fidèle à l'augmenter et à la suivre jusqu'où la grâce elle-même voulait la mener ; adressons-nous à elle, pour obtenir par son entremise cette double fidélité. Ave, Maria.