DISCOURS AU ROY
1 estoit presque jour, et le cid sousiiant, Blanchissoit de dairté les peuples d'Orient ; L'aurore aux eheveux dor^ an yisage de
[roscf,
Desja, comme a demy descourroit toutes dioses ; Et les oyseaux perchez en leur feiiilleax sqour, Commençoient, s'esreillant, à se plaindre d'amour : Quand je vis en sursaut' une Leste effroyable *« Chose estrange k conter, toutesfois véritable ! Qui pJus qu'une hydre affreuse à sept gueules meu*
* Dans ee discours allégoriqic, rauteur loue Hjwri l«£fv^ d'avoir dissipé la Ugue, et étouffé les guerres «*'*iï. ?* •*" soloient le Toyaume de France. Cette pièce panit des la pr»* mière édition, en 1608.
* QuÊtd je piê MM»f«M<.]Qiia]ui]esoiige«S V^ !• voyolsea sursaat« «f ee frayeur.
3 La ligue.
Âvoit les dents d^acier, Tœil horrible et sanslaiit; Et pressoit à pas torts une nymphe fuyante *^ Qui, réduite aux abbois, plus morte que vivante, Haletante de peine, en son dernier recours, Du grand Mars des François'^ imploroit le secours, Embrassoit ses genoux, etTappellant aux armes, N^avoit autre discours que celuy de ses larmes.
Geste nymphe estoit a âge, et ses cheveux mesIeSi Flottoient au wrè du vent, sur son dos avalez. Sa robe étoit a*azur, où cent fameuses villes Eslevoient leurs clochers sur des plaines fertiles Que Neptune arrosoit de cent fleuves espars ^ Qui dispersoient le vivre aux gens de toutes pars. Les villages espais fourmillaient par la plaine , De peuple et de bestail la campagne étoit pleine, Qui , s'employant* aux arts , mesloient diversement, La fertile abondance avecque Tornement. Tout y reluisoit d^or , et sur la broderie Esclattoit le brillant de mainte pierrerie.
La mer aux deux coûtez cest ouvrage bordoit, . . L*Alpc de la main gauche en biais s*espandoit , Du Khin jusqu*en Provence ; et le mont qui partage
* Une nymphe fkffante,] La France. Malherbe avoit de Vêiw tion fouT les fictions poétiques, et après ivoirin cette pièw, il demanda à Régnier en quel Umps cela étoitarrÎTé» jusant qu^ll avoit toujours demeuré en France depuis cinquante ans, et qu'il ne s'étoit point aperçu que la France se lût enlerie hors de sa place. Vie de Matkerke^ page i4.
Malgré toute Tautorité de MalherlM, cette allégoria ne ne semble ni obscure ni déplacée.
' Henri le Grand.
* S'emphfHL] (Test ainsi qu'on lit dans la pnoièfa édition , de 1608; dans celles de 1619 et 161S Uya ; a'e««
pioyoiem.
D^avecque Fespagnol le françois héritage '-^ . De Leacate* à Bàyonne en cornes se haussant , Monstroit son firont pointu de neiges blanchissant.
Le tout étoit forme d'une telle manière , Que Fart ingénieux excédoit la matière.
Sa taille estoit aususte , et son chef couronné , De cent fleurs de lis d'or estoit environné. Ce grand prince voyant le soùcy qui la grève*, Touché de piété, la prend, et la relevé; Et de feux estouffant ce funeste animal , La délivra de peur aussi-tost que de mal ; £t purgeant le venim dont elle estoit si pleine , Rendit en un instant la nymphe toute saine.
Ce prince , ainsi qu'un Mars , en armes glorieux , De palmes ombrageoit son chef victorieux , Et sembloit de ses mains au combat animées , Gomme foudre jetter la peur dans les armées. Ses exploits achevez en ses armes vivoient : Là les champs de Poictou d'une part s'eslevoient, Qui superbes sembloient s'honorer en la gloire D'avoir premiers chanté sa première victoii'e*'*.
Dieppe , de l'autre part , sur la mer s'allongeoit , Où par force il rompoit le camp qui l'assiegeoit, Et poussant plus avant ses trouppes espancnées ,
^ Les Pyrénées.
^ De Leucate.] Toutes les éditions faites pendant la vie de Fauteur portent VAucate avec une apostrophe. Leucate, village de France près de Perpignan, sur la Méditerranée.
^ Qui la grève,] Qui Tafflige, Tinquiète ; du latin gravare, N*est plus d*usage dans ce sens. L'infinitif grever est encore employé en jurisprudence.
*^ Allusion à la bataille de Goutras, gagnée par Henri IV, alors roi de Navarre, sur le duc de Joyeuse , le ao octobre'
aaa epistre i.
Le maùn en chemise il surprit les tranchées **. Là Paris délivré de Fespagnole main^*, Se deschargeoit le col de son joug inhumain. La campagne dlvry ^' sur le flanc cizelée^ FaTorisoit son prince au fort de la meslée ; Et de tant de liguciu^ par sa dextre vaincus , Au dieu de la bataille appendoitles escus^^.
Plus hautestoit Vendosme, et Chartres, et Pontmse,' Et FEspagnol desfait à Fontaine-Françoise^^, Où la valeur du foible emportant le plus fort, Fist voir que la vertu ne craint aucun effort.
Plus bas , dessus le ventre , au naïf contrefaite , Estoit , prés d'Amiens , la honteuse retraite
*^ Henri IV, s^étant campé soas le canon de Dieppe avec quatre mille cinq cents hommes, empocha la prise de cette place , et battit le duc de Mayenne , qui Touioit Tattaquer avec dix-huit mille hommes dans ses retranchements. Ce fat un mardi matin, ao septembre lôSg , six semaines après la mort de Henri III.
** Le roi d'Espagne s'étant déclaré ouvertement pour la ligue le 8 mars lôgo, Henri IV assiégea Paris au mois de mai. suivant, et cette ville fut remise au pouvoir de Sa Majesté par le comte de Brissac, qui en étoit gouverneur, le aa miafsi594-
43 La bataille d'Ivry, près de Mantes, fut gagnée par le roi sur le duc de Mayenne, le i4mars xôgo. Du Bartas a fait un cantique sur la victoire d'Ivry.
^* Au dieu de la bataille appendoit lesesau,] Au dieu des batailles consacroit les boucliers.
*^ Ville de Bourgogne, près de laquelle Henri IV, avec environ deux cents chevaux, défit quinze mille hommes commandés par le duc de Mayenne et par le connétable de Castille, le 3 juin 1695. Cette victoire acheva de déconcerter la ligue : le duc de Mayenne et le duc de Nemours son frère ,
Sii en étoient les chefs, furent contraints d'avoir recours à la émencedu roi.
EPiSTRB I. aa3
Da puissant ardiiduc^', qui craignant s<m poaToir, Creut que c^estoit en guerre assez que de le voir.
Deçà , -delà , luitoit mainte trouppe rangée , Mainte grande cité gémissoit assiégée , Où, si-tot que le fer l'en rendoit*' possesseur, AoK rebelles vaincus il usoit de douceur : Vertu rare au vainqueur , dont le courage extresme M'a gloire en la fureur qu'à se vaincre soi-mesme !
Le cbesne et le laurier^^ cest ouvrage ombrageoit, Où le peuple dévot sous ses lois se rangeoit ; Et de yœuz et d'encens , au ciel faisoit prière , De conserver son prince en sa vigueur entière.
Maint puissant ennemy , domte par sa vertu , Languissoit dans les fers sous ses pieds abbatu , Tout semblable à l'envie, à qui 1 estrange rage De rheur de son voisin enfielle le courage^ ^ ; Hideuse , bazanée, et chaude de raneœur^^, Qui ronge ses poulmons , et se mascfae le cœur.
Après quelque jHÎere , en son cœur prononcée , ^■
^^ La ville d'Amiens ayant été surprisé pa^.i^ Espa^ols, Henri IV en forma le sfége. L*src)iidn€ d*Aitricbe parut pour la secourir airec une année de dix-ba!t mille hommes de pied et de quatre mille cbef aux , mais il ftit rigoureusement repoussé ; les assiégés capitoièrent , et cette place revint au pouvoir du roi en 1597.
*^ L'en rendoU.]ll(sLni lire ainsi, comme il 7 a dans la première édiUoD, et non pas 8*en rendoil, qui est dans toalta les autres.
^^ La couronne de chêne étoit décernée k eeltii qui avoit sauvé la vie ii ses concitoyens, ob civeê servatos,
*• Enfielle le courage. Remplit le cœur de fiel et d'amertume.
^^ Rancœur, Vengeance. Inusité aujourdliui. RoMCune Va. remplacé incomplètement.
2a4 . EPI8TRB I.
La nymphe , en le quittant , au del 8*est eslanoée , Et son corps dedans Pair demeurant suspendu , Ainsi conune un milan , sur ses ailes tendu , S*aiTeste en une place , où changeant de visage *'| Un bruslant aiguillon lui picque le courage : Son regard estincclle , et son cerveau tremblant. Ainsi comme son sans;, dliorreur se va troublant : Son estomac pantois ^' sous la chaleur frissonne , Et chaude de Tardeur qui son cœur empoinçonne. Tandis que la faveur prccipitoit son cours , Véritable prophète elle fait ce discours : Peuple , 1 objet piteux du reste de la terre , Indocile à la paix , et trop chaud à la guerre, Qui fécond en partis , et lécer en dessins , Dedans ton propre sang soiiiUes tes propres mains ; Entens ce que je dis , attentif à ma bouche , Et qu'au plus vif du cœur ma parole te touche. Depuis qu'irréverant envers les immortels , Tu tasches de mespris FEglise et ses autels ; Qu'au lieu de la raison gouverne Tinsolence , Que le droit altéré n'est qu'une violence ; Que par force le faible est foulé du puissant, Que la ruse ravit le bien k l'innocent ; Et que la vertu sainte en public mesprisée *^,
** Oà, changeant de visage.]
Subito non vultus , non color unus ,
Non comptae mansere comae ; sed pectus anhelum , Et rabie fera corda tument : majorque videri . Nec mortale soaans , afllata est numine quando Jam propiore dei.
Virgile . Enéide^ Ht. vi. parlant de la sibylle. ^' Pantois, palpitant, haletant. Hors d'usage.
^^ Régnier dit ici delà verta ce qu'il avoit dit de la science, satire ui, page 38.
Sert aux jeunes de masque, aux plus vieux de risée , (Prodige monstrueux !) et sans respect de foj , Qu^on s^arme ingratement aumespns de son roy; La justice et la paix , tristes et désolées , D'horreur se retirant , au ciel s'en sont volées : Le bonheur aussi-tost à grands pas les suivit , Et depuis , le soleil de Bon œil ne te vit.
Quelque orage tousjours qui s'esleve k ta perte, A , comme d'un brouillas ta personne couverte , Qui , tousjours prest à fondre , en échec te retient , Et malheur sur malheur à chaque heure te vient.
On a vcu tant de fois la jeunesse trompée. De tes enfans passez au tranchant de Tespée ; . Tes filles sans nonneur errer de toutes parts , Ta maison et tes biens saccagez des soldarts ^^ ; Ta femme insolemment d'entre tes bras ravie ; Et le fer tous les jours s'attacher à ta vie.
Et cependant , aveugle en tes propres effets , Tout le mal que tu sens , c'est toi qui te le fais^' ; Tu t'armes à ta perte , et ton audace forge L'estoc dont, furieux, tu te coupes la gorge.
Mais quoy ! tant de malheurs te suffisent-ils pas? Ton prince , comme un Dieu , te tirant du trespas , Renmt de tes fureurs les tempestes si calmes , Qu'il te fait vivre en paix à l'ombre de ses palmes. Astrée en sa faveur demeure en tes citez , D'hommes et de bestail les champs sont habitez** :
Si la scitnce )»aÙTre , affreuse et mesprisée , Sert au peuple de fable , aux plus grands de risée.
** Soldarts,] A moins que la rime ne l^exige, Régnier se sert partout ailleurs du mot de soldat.
'^ Vers composé de monosyllabes.
'^ D'hommes et de bestail les champs sont habitez,]
3a6 EPISTRE I.
Le paysant n'ayant peur des bannières estranges , Chantant coupe ses bleds, riant fait ses vendanges *^ ; Et le berger guidant son troupeau bien nouny , Enfle sa comemeusc en Fhonneur de Henry. Et toy seul, cependant, oubliant tant de grâces, Ton aise trahissant, de ses biens tu te lasses.
Vien, ingrat, respon-moy : quel bien esperes-tu, Après avoir ton prince en ses murs combatu? Après avoir trahi , pour de vaines chimères , Llionneur de tes ayeux , et la foj de tes pères? Apres avoir, cruel , tout respect violé, Et mis à Fabandon ton pays désolé.
Attens-tu que TEspagne , avec son jeune prince **, Dans son monde nouveau te donne une province , Et qu'en ces trahisons, moins sage devenu. Vers toy par ton exemple il ne soit retenu ? Et qu ayant démenti ton amour naturelle , A luy plus qu'à ton prince il t'estime fidèle ? Peut-estre que ta race , et ton sang violent , Issu , comme tu dis , d'Oger , ou de Roland*^,
Tutns boft etenim runi perambulat , Nutrit rura Cere» , almaque FausUtas.
Horace , hv. iv.
*^ Ces deux yers sont ainsi parodiés dans le TtêUé i$ la poésie paiicrale de M. Tabbé Genêt, de Tacadémie françoise, p. a44 :
Partout le villageois entonnant tes louanges , Riant coupe ses bleds , chantant fait ses vendanges.
^^ Philippe III , qui succéda à Philippe H son père , en
*^ Cette apostrophe indique probablemnt quelque prince de la maison de Lorraine, peut-être le duc de Mercœur (Philippe-Emmanuel), qui refusoit de reconnoître Henri ÏV. Les Guises appuyoient leurs prétentions à la couronne de France sur leur prétendue descendance directe de Charlemagne , et raitoient Hugues-Gapet et sa postérité d'usurpateurs.
EPISf RE I. 2^7
Ne te veut pas permettre , encore j«tee d^âge , Qu'oysif en ta maison se rouille ton courage ; Et rehaussant ton cœur , que rien ne peut ployer , Te fait chercher un roi qui te puisse employer; Qui , la gloire du ciel , et Teffroy de la terre , feuerre; Soit , comme un nouveau Mars, indomptable à la ' Qui sçache , en pardonnant , les discords estoufier , Par clémence aussi grand comme il est par le fer.
Cours tout le monde entier de province en pnUrîtiCe: * Ce que tu cherches loin habite en nôtre prince. ' '
Mais quels exploits si beaux a faits ce jeune roy, '* Qu'il faille pour son bien que tu faulses ta foy-^' Trahisses ta patrie , et que d'injustes armes ' Tu la combles de sang , de meurtres et de laEnie» t
Si ton cœur convoiteux est si vif et si chaud, Cours la Flan(ke, où jamais la guerre ne déÊnit^^ ; Et plus loin g, sur les flancs d'Austriche etd'Alemagne^ De Turcs et de turbans enjonche la campagne^* ; ' Puis, tout chargé de coups, de vieiUesse et de biens, Revien en ta maison mourir entre les tiens. Tes fils se mireront en si belles despoiiilles : Les vieilles au foyer en fillant leurs quenoiiilles , Eu chanteront le conte ; et brave en arguments, - Quelque autre Jean de Mun en fera des romans**.
^^ Famianus Strada dit, au commencement de son His' taire de la guerre de Flandre : Plane ut in alias terraa pereffrinari Mars, ac circum ferre bellvm ; hic armorum sedem flxisse uideatur, £t plus l)as : NHstjtltam , dit-il , militia avt ingeniosior, aut af" fluentior, aut diutumior : plane ut aperto hio ludo acourrentes undique populos erudire Mars ad bellum videatur.
^^ C'est ce que fit le duc de Mercœur, qui se retira en Allemagne, et commanda contre les Turcs 1 armée de Tempereur Rodolphe. H.
3^ Jean de Meun , ainsi nommé parce qu'il étoit natif de
Ou si, U'ompant ton roy, tu cours autre fortune , Tu trouveras, mgi'at, toute chose importune. ANaples'^, en Sicille, et dans ces autres lieux Où Ton t'assignera, tu seras odieux ; Et l'on te fera voir, avec ta convoitise, Qu'après les trahisons les traistres on mesprise. Les enfans estonnez s'enfuiront te voyant. Et l'artisan mocqueur, aux places t'efiroyant, Rendant par ses brocards ton audace flétrie , Dira : Ce traistre-icy nous vendit sa patrie **, Pour l'espoir d'un royaume en chimères conçeu; Ëtjpour tous ses desseins du vent il a rcçeu.
Ha! que ces paladins^*^ vivant dans mon histoire. Non comme toy toucher d'une bastarde gloire. Te furent difTerens, qui, com*ageux par tout, Tindrent fîdellement mon enseigne debout ; Et qui, se respandant ainsi comme un tonnerre, Le 1er dedans la main ûrent trembler la teiTe ;
Meun-sur-Lioire, et surnommé Clopinel, parce qu^il était boiteux, a été le continuateur du Roman de la Rote.
5*3 À Naples.] Régnier auroit^i! été prophète? Rafâillac étoit, dit-on, Tun de ces ligueurs réfugiés à Naplet en 1608.
^*'C€ traistre-ien noua ven4U sa patrie.]
Vendidit hic auro patriam.
y iRGiLE , Enéide , Uv. vi.
3^ J'ai conserve paladins , qui se trouve dans les éditions de 1608 et 161a, préférableiuent h palatins, qu'on lit dans celle de 1613, et qui de là a passé dans toutes les suivantes. Le mot preux, qui est dans le vers ao6, semble confirmer la leçon depaladins, tous termes d'ancienne chevalerie. Ce sont les seigneurs françois qui , du temps des croisades, s'anuè^rent pour la délivrance de la Terre-Sainte. Régnier oppose cette ligue , formée par les princes chrétiens contre les infidèles , èi la ligue formée par les François contre Henri IV, leur légitime souverain.
EPtSTRE t. ^a$
Et tant de roys payens sous la crois desconfis , Asservirent vaincus aux pieds du crucifix, Dont les bras retroussez, et la teste panchée, De fers honteusement au triomphe attachée. Furent de leur valeur tesmoins si glorieux, Que les noms de ces preux en sont escrits aux cieux \
Mais si la piété de ton cœur divertie, En toy, pauvre insensé, n'est du tout amortie : Si tu n'as tout-à-fait rejette^® loin de toy L'amour, la charité, lé devoir et la foy ; Ouvre tes yeux «liez , et voy de quelle sorte, ' D'ardeur précipité, la rage te transporte. T'enveloppe Tesprit, t'esgarant insensé.
Et juge l'avenii^par le siècle passé.
Si-tôt que cette nymphe, en son dire enflamée^ Pour finir son propos eut la l^onelie fermée ; Plus haute s'eslevant dans le vague ^^ des deux , Ainsi comme un esclair disparut à nos yeux •; Et se monstrant déesse en sa fuite soodaihe **, . La place elle- laissa de parfum toute pkilie. Qui tombant en rosée aux lieux les piqs prochains, Rcconfoita le cœur et l'esprit deshu^fias. ' -
Henry,' le cher suject de nos saintes prières. Que le ciel réservoit h. nos peines d^nueres. Pour restablir la France au bien non limité
3^ Rejette,] Ce mot est dans la i^oû^ éditiou ; dans toutes les autres on a mis mal à pir0|MS M^ir^.
3^ Le vague,] Éditions de 16 13 et i6$S,Jlim« la vggue.
3^ Et se monstrant déesse,] L'édition dt 1645 a changé ainsi ce Ters :
Et de ses vestemens , tout ainsi qu'une reine. Ambrosiaeque coma divinom vertice odorem Spiravere ; pedes vestis defluxit ad imos , Lt vera incesra patuil dça.
y iwuLK, Enéide, Uf. t.
300 JKPJBTHK I.
Que ]e destin promet â son éternité :
Apres tant de combats, et dlieurcuses victoires,
Miracles de nos temps, honneur de nos histoires.
Dans le port de la paix, grand prince, puisses-tu,
Malgré tes ennemis, exercer ta vertu !
Puisse estre à ta grandeur le destin si propice ,
Que ton cœur de leurs traicts rebouche'* la malice !
Et s'armant contre toy, puisses-tu d'autant plus,
De leurs efforts domter le flus et le reflus ;
Et comme un saint rocher oposant ton courage ,
En escume venteuse en dissiper Forage ;
Et brave feslevant par dessus les dangers,
Estrc Tamour des tiens, Tefiroy des étrangers !
Attendant que ton fils^^, instruit par ta vaillance, Dessous tes estendars sortant de son enfance , Plus fortuné que toy, mais non pas plus vaillant, Aille les Othomans lusqu'au Caire assaillant; Et que, semblable a tov, foudroyant les armées. Il cueille avecq^ le fer les palmes Idumées^*.
Puis, tout flambant de gloire, en France revenant. Le ciel même U-haut de ses faicts s'étonnant, QuHl espande à tes pieds les despouilles conquises , Et que de leurs drapeaux il pare nos églises.
Alors rajeunissant au récit de ses faits, Tes désirs et tes vœux, en ses œuvres parfaits,
'^ Rebouche ]>our r^rousêê se trouTe dans Qément Marot. 11 a aujourd'hui tne autre signification.
^® Le jeune dauphin, né en 1601, ensuite roi sons le nom de Louis XIII.
** Les palmes létmies,] L'Idumée est nne proTince de la Palestine fertile en palmiers.
Primas IdnmttM nÊsnm tibi , V antaa , pâlnu.
ViBCiLB , Gi&r$iques , Ut. m.
EPI8TRE I. a3i
Tu ressentes d^ardeur ta vieillesse eschaufiee , Voyant tout Funivers nous servir de trophée. Puis, n^estant plus icy chose digne de toy , Ton fils du monde entier restant paisible roy, Sous tes modelles saincts, et de paix, et de guerre, Il régisse, puissant en justice, la terre, Quand après un long-temps, ton esprit glorieux Sera des mains de Dieu couronné dans les deux.
sis BriSTRS ir.
A MONSIEUR DE FORQCETACSt.
insqiie le jngOMnt nous croîstparle diHn-
[mage,
n est tcnps^ Fonjueraos, «jue je derienne
[sage;
Et que pv mes traTaux f apprenne à FaTenir, Comme, ai fàôsant Tamonr, on se doit maintenir. Apres aToir passé tant et tant de traTerses, Atoît pmté le joog de cent beantez diverses, Ayoir, en bon soldat, combatn noit et jour , Je doisêtre rootier' en la goerre d^amoor ;
* Le siijet de eette épftre )*aToit fSut comprendre dans les satires partons les éditeurs de Reçiier qui ont précédé Bros^ sette (Toyez le Discours préliminaire) ; mais noas STons cru deroir soiTre Tordre indiqué pêt ce commentateur. Il seroit aussi difficile d*excuser Refpuer sur le choix de son sujet que sur la manière dont il est traité. Cet outrage ne peut donner qu*une fort mau?aise opinion de sa délicatesse et de ses mœurs ; et Texemple d*Horace , satire 9 , liT. i , ne rend pas son imitateur moms blâmable.
* M. de Forqueraus n^est connu que par un recueil de satires qnll fit imprimer en 1619, avec 4e ittre (TEtpUûm iatMque^ par le sieur de ForqueTaus, et qui fut réimpiisn* eu i6a3 et 1696, sous le nom du sieur Destemod.
' Un routier est un soldat. Dans notre çois, route Tonloit dire eompa§nie on i formé déroute j qui s^est conserré, "^^ de troupes débandé, sans ordre. On
EFI8TRK II. s33
Et comme oa vieux gilemer blanchi denoos lès «r- Sça voir me retirer des plus chandes alarmes [mes , Détourner la fortune, et, plus fin que vafllant. Faire perdre le coup au premier assaiOant ; Et, sçavant devenu par un long exericîcef Conduire nu)^ bonheur avec de Tartifiee « Sans courir comme tm fol sain d^avenglement» Que le ca^ce emporte, ettion le jugement. Car Te^nt , en amour, sert ph*<pe la vaillanoe , Ettant plus on s*efibrce, et tu^ moins tti avance. Il u'estwe d'être fin, et de sdv, ou de nuit , Surprendre, si l'on peut, Fennemy^dans le lit.
Du temps (pie ma jeunesse, à Vamour trop ardente, Rendoit d affection mon ame violente, ^ " Et que de tous cotez, sans choix, ou sans raison, J'allois comme un limier après la venaison, *
Souvent , de trop de oisur, j'ây perdikk courage ; Et, piqué des douceurs d'un amoureux visage. J'ai si bien combattu, serré flanc contre flanc. Qu'il ne m'en est resté une goutte de sang^, ^
Or' ^ sage à mes despens, j'esquive la bataille, Sans entrer dans le cliampj'attends que l'onm'assaiOei , . Et pour ne perdre point le renom que j'ai eu*, "-^
familier, im pieux rmt/ier, pour indiqair un homiae -éxpéri* mente et rasé.
* Qu'il ut m'en eut resté «ne inmtte éé mmh.] Il y a on JkMI«# dans lliémisticlie. l/autenr pouToit aisément tattrer cette ' négligence^ en mettant Qu'il ùe m'en est resté uuUs ^tmtte^ etc.
* Or', pour #rM, maintenant. sy^*'?
* Notre poète fait rimer le mot m aTee Jeu, qni est k la fin da ^fs snÎTant. Les deux mêmes rimes sont-répétées page a36, ce qui fait eonnottre qu*<iii prononçoit alors fui es, et non pas J'ai S, comme on le prononce a^joardlini. On retrouTe encore les mêmes rimes ei-après dans le Dialogue.
D'un bon mot du vieux temps je couvre tout mon jeu ; Et, sans être vaillant, je veux que Ton m*estime. Ou si parfois enœr j'entre en la vieille escrime , Je goûte le plaisir sans en être emporté Et prciis de Texercice au prix de ma santé. Je resigne aux plus forts ces grands coups de maîtrise. Accablé sous le faix, jefuy toute entreprise; Et sans plus m'amuser aux places de renom, Qu'on ne peut emporter qu à force de canon, J'ayme un amour fadJe, et de peu de défense '. Si je voy qu'on me rit, c'est là que je m'avance. Et ne me veux chaloir du lieu, grand, ou petit. La viande ne plaît que selon l'appétit. Toute amour a bon goût, pourvu qu'elle récrée ; Et s'elle est moins louable, elle e^t plus assurée : Car quand le jeu déplaît, sans soupçon, ou danger De coups, ou de poison, il est permis changer. Aimer en trop haut lieu une dame hautaine , C'est aimer en soucy le travail, et la peine. C'est nourrir son amour de respect , et de soin. Je suis saoul de servir le chapeau dans le poing ; Et fuy plus que la mort l'amour d'une grand* aaine*. Toujours, comme un forçat, il faut être à la Navigcr jour et nuit, et sans profit aucun. Porter tout seul le faix de ce plaisir commun.
^ ygyme une amour facile et de peu de délente.']
Namque parabilem aiiio Vrnrrcin, facilenqae.
HORAUB . lir. I.
* Et fUy phts que la mort l'amcur d^une grande damêJ\
Matronain nullaia f go UOfo.
Jdem»
Oa*rc , ne ptfDÎteat U ,
Dmïbc ■•trônai tecUri.
idem.
Ce nW pas, Forquevaus, cela que je demai^de ; Car si je donne un coup, je veux quW me le rende, Et que les combatans, a Tégal colerez, Se cfonnent Tun à Tautre autant de coups fourez. C'est pourquoy je recherche une jeune filette*. Experte dès long-temps à courir Téguillette **^ ; Qui soit vive et ardente au combat amoureux , Et pour un coup reçu qui vous en rende deux. La grandeur en amour est vice insupposM)le , Et qui sert hautement est toujours misérable : Il n'est que d^être libre , et en deniers contans Dans le marché d'amour acheter du bon temps ,
' Telle étoit la Quartilla de Pétrone : telle cette Alix, dont il semble que Régnier ait eu en vue Tépitapbe, qui commence ainsi dans Clément Marot :
Ci glt , qui est une grand'perte , etc.
*^ « De manière que si nature ne leur eust arrosé le front d*un peu de honte, vous les voyrriez, comme forcenées, courir faguillette,!» RkBELAiSy livre m, chapitre 39. Les habitants de Beaucaire, en Languedoc, avoient institué une course où les prostituées du lieu, et celles qui y viendroient à la foire de la Madelefne, courroient en public la veille de cette foire; et celle des filles qui auroit le mieux couru auroit pour récompense quelques paquets d^aiguillettes , sorte de lacets. L^auteur des remarques sur Rabelais cite Jean Michel, de Nîmes, page 39, édition d^Âmsterdam, 1700 , de son EmHrrat de la faire de Beaucaire , qui parle de cette course comme d^un usage qui se pratiquoit encore de son temps. Pa^quicr, dans ses Recherches ^.Ws, vui, chapitre 36 , donne une autre ori-
Sine de cette façon de parler, il dit qu^anciennement on avoit éfendu aux femmes publiques de porter ceintures dorées; et qu^en même temps on voifhii « qu^elles eussent quelque signal sur elles pour les dis(higuer et reconnoistre d'avec le reste des prudes femmes, qui toX de porter une esguiUette sur Vépauie; coustume que j'ai vu, 4it-il, encore se pratiquer dedans Tholoze, par celles qui avoieBt confiné leurs vies au Chas- ' tclVerd, qui est le bordeau de la ville, v
23G EPISTRB II.
Et pour le prix commun choisir sa marchandise ; Ou si Ton n en veut prendre , au moins on en devise, L'on taste , Ton manie , et sans dire combien , On se peut retirer, l'objet n'en coûte rien. Au savoureux trafic de cette mercerie , J'ai consumé les jours les plus beaux de ma vie. Marchand des plus rusez , et qui , le plus souvent , Pâjoit ses créanciers de promesse et de vent. Et encore n'était le hazard et la perte , J'en voudrois pour jamais tenir boutique ouverte : Mais le risque^' m'en fasche, et si fort m'en déplaît. Qu'au malheur que je crains , je postpose ^^ l'acquêt: Si bien que , redoutant la veroll&et la goutte , Je bannis ces plaisirs , et leur fais banqueroutte , Et resigne aux mignons « aveuglez en ce jeu , Avecque les plaisirs , tous les maux que j'ai eu *', Les boutons du printemps , et les autres fleurettes , Que l'on cueille au jardin des douces amourettes. Le mercure et l'eau fort me sont à contre cœur ^ Je hâj l'eau de gajac, et l'étouffante ardeur Des fourneaux enfumez où l'on perd sa substance , Et où l'on va tirant un homme en quintescence ; C'est pourquoi tout à coup je me suis retiré , Voulant dorénavant demeurer asseuré ; Et conmie un marinier échapé de l'orage, Du havre seui*ement contempler le naufrage. Ou si parfois encor je me remets en mer , Et qu un œil enchanteur me contraigne d'aimer ,
*' Le risque,] Dans Téditioii de 1649 on a commencé ï mettre le risque en place de la risque , ce mot étant deTenv masculin.
*^ Je postposeJ] Pour Je mets après. Mot presque latin.
^3 Quefaïf eu,] Il falloit écrire : que j'ay eus, et non pas que fay eu» (Voyez la note 6 }
Combattant mes esprits par une douce guerre,
Je; yeux en seureté navigcr sur la terre :
Ayant premièrement yisitéle yaisseau,
S il est bien calfeutré , ou sll ne prend point Teau.
Ce n'est pas peu de cas de faire un long yoyage ,
Je tiens un homme fou qui quitte le riyage,
Qui s'abandonne aux yents, et pour trop présumer,
Se commet aux hazards de Tamoureuse mer.
Expert en ses trayaux , pour moi je la déteste, '
Et. la fuy tout ainsi conmie je fuy fa peste.
Mais aussi , Forqueyaus , comme il est m^Jaisé Que QÔti'e esprit ne soit quelquesfois abusé Des appas enchanteurs de cet enfant yolage , 11 faut un peu baisser le cou sous le seryage, Et donner quelque place aux plaisirs sayoureux ; Car c'est honte de yiyre, et ae n'être amoureux**. Mais il faut , en aimant , s'aider de la finesse , Et sçayoir rechercher une simple maîtresse , Qui, sans yous asseryir, yous laisse en liberté, Et joigne le plaisir ayec la seureté ; Qui ne sçache que c'est que d'être courtisée . Qui n'ait de mainte amour la poitrine embrasée , Qui soit douce et nicette , et qui ne sçache pas , Apprentiye au métier , que yalent les appas ; Que son œil et son cœur parlent de même sorte , Qu'aucune affection hors de soi ne l'emporte ; Bref, qui soit toute à nous , tant que la passion Entcetiendra nos sens en cette affection. Si par fois son esprit , ou le noire se lasse , Pour moi , je suis d'ayis que l'on change de place ,
** Car c'est honte de vivre et de n'être amoureux.]
Miserarum est , neque amori dare Indam.
Horace , lir. m.
Qu'on se range autre part, et sans regret aucun D absence , ou de mépris , que Ton aime un chaccûi : Car il ne faut jurer aux beautez d'une dame^*^ , Ains changer , par le temps , et d'amour et de flame. C'est le change qui rend lîiomme plus vigoureux , Et qui jusqu'au tombeau le fait être amoureux. Nature se maintient pour être variable , Et pour changer souvent son état est durable : Aussi TafTection dure étefnellement :
Pourvu , sans se lasser , qu'on change k tout moment. De la fin d'une amour l'autre naît plus parfaite , Comme on voit un grand feu naître d une bluette.
*^ Cette expression est imitée du latin :
Jurtre in verbt magistri.
HORACK.
EPISTRB III.
EPISTRE IIP.
erclus d'une jambe , et des bras , Tout de mon long entre deux dras , Il ne me reste que la langue Pour TOUS faire cette harangue.
Vous sçavez que j'ay pension * , Et que Ton a prétention , Soit par sottise , ou par malice , Embarrassant le bénéfice , Me rendre , en me torchant le bec Le ventre creux comme un rebec'.
On m^en baille en discours de belles , Mais de l'argent , point de nouvelles ; Encore , au lieu de payement , On parle d'un retrancnement.
Me taisant au nez grise mine :
Que Fabbaye est en ruine , Et ne vaut pas , beaucoup s'en faut , Les deux mille francs qu'il me faut ;
' Cette épître, en vers de huit syllabes, étoit la satire xix dans les éditions qui ont précédé celle-ci. Le poète y décrit les divers caprices et les idées extravagantes qui lui pas* soient par Tesprit pendant une maladie qui le retenoit au lit : velut œgri somnia. Cette épître tient un peu du caractère de celle du coq-à-Vâne , de Clément Marot. Â Lyon , Jamet.
* Le roi lui avoit accordé une pension de deux mille livres sur Tabbaye des Vaux-de-Cernay.
3 ReHcy violon.
24o EPISTBE II1«
Si bien que je juge , à son dire , Maigre le feu Roy nostre sire , Qu n désireroit volontiers Laschement me réduire au tiers.
Je laisse à part ce fascheux conte :
Au printemps que la bile monte Par les veines dans le cerveau , Et que Ton sent au renouveau , Son esprit fécond en sornettes , Il fait mauvais se prendre aux poètes.
Toutesfois je suis de ces gens y De toutes choses né^ligens , Qui vivant au jour la journée , Ne controllent leur destinée , Oubliant , pom* se mettre en paix ,
Les injures et les bien-faits ;
Et s^arment de pbilosopbie.
Il est pourtant fou qui sV fie ;
Car la dame Indication
Est une forte passion.
Estant donc en mon lit malade ,
Les yeux creux , et la bouche fade ,
Le teint jaune comme un épy,
Et non pas Tesprit assoupy ,
Qui dans ces caprices s'égaye ,
Et souvent se donne la baye *
Se feignant , pour passer le temps ,
Avoir cent mille écus contans ,
Avec cela large campagne :
Je fais des châteaux en Espagne ;
J^entreprens partis sur partis.
* Donner la baye , en terme populaire , signifie doni change, attraper.
EPISTRE III. 2ii
Toutesfois je voos avertis , Pour le sel^ , que je m'en déporte , Que je n^eu suis en nulle sorte , Non plus que du droit annuel^ :
Je n'aime point le casuël.
J'ay bien un avis d'autre étoffe , Dont du Luat ^ le philosophe Désigne rendre au consulat ,
^ La ferme des gabelles.
^ Le droit annuel est la finance que les officiant paient pour jouir de Théréditô de leurs offices; et quand ils ont négligé de payer ce droit pendant leur vie , Torfice tombe tnx parties casuclles, et il appartient au roi , à Texclusion de leurs héritiers.
^ Ange Cappel, fils de Jacques Gappel, avocat général sous les rois François 1^% Henri II , etc. Cet Ange Cappel , sieur Du Luat, secrétaire du roi, étoit connu, dès Tan 1578, par sa traduction Françoise du traité de Senèque, De Clâ' ntentiâ. II traduisit divers autres ouvrages de Senèque, et entre autres sou Truite de la o$ière , en ji585, ce qui acquit au traducteur le titre de philosophe, et servit en uôme temps à le distinguer de son frère le médecin , nommé Guillaume Gqppel. Du Luat étoit attaché à M. de Rosny, ensuite duc de Sully, comme on le voit dans deux lettres écrites par Henri iV à M. de Rosny, le 17 mars 1594 1 où il parott que le sieur Le Luat avoit été employé à porter des leures de la part de ce ministre à Sa Majesté. Mémoires de Su/Zy, t. i^^, chap 46, p> 385, édition de i65a. Dans une antre lettre écrite de la main du roi au même ministre, le 13 septembre i5g8, on lit : « J'ay été averti que ceux qui vous veulent mai font courre un bruit que vous faites composer par Le Luat un livre par lequel on me conseille que pour mettre tel ordre en mon royaume , et en mes affaires et finances, qu'il seroit besoin, qu'il faut que je chasse M. le connétable, M. le chancelier, et ceux qui les ont ci-devant maniées ;.... ce que je vous ay bien voulu mander, et vous prier de nfécrire ce qui en est , vons en enquerant bien particulièrement du dit Le Luat , etc. » ■■ ^^aj ' •
Dans les (Emmr'A^iÊ^n^ ^ «mI -uv^^ier, impri-
Le Dez fait comme un cenrelat^ ; Si le conseil ne sV oppose , Vous verrez une Délie chose.
Mais laissant lit tous ces projets , Je ne manque d*autres sujets , Pour entretenir mon caprice En un fantastique exerace ; Je discours des neiges d*antan , Je prends au nid le vent d'autan '« Je pete contre le tonnerre ,
mées en 1610, in-4°, à Paris, on lit, page 83, davx épignunmes latines en ?ers rétrogrades contre Ange Cappel, aieor Du Luat. La première de ces épigrammes fait comprendre que Du Luat s'étoit ingéré de donner un avis à la cour poar taxer les gens de robe, et qu'il s'étoit même enrichi dans la traité qu'il en avoit fait, ce qui sert d'explication à cet en* droit de Régnier :
J'ai bien on «rit d'aatrt étoffe , Dont Du Lutt le pUlosopbe DeMgne rendre «u coimuUc Le nez fidt eoriime mn cervelet . etc.
Voici répîgramme de Rapin :
Aunpiciis facis hoc dextrie nec nrnnîne laro ,
Angele , miraadae fert modo diritiee.
Judicio bona mens reclo nec gratia huri
Sordida compellit le dare eoniiliua.
Litigiis fora sic portât , nec cre>ren» laroB
Sanguine vis , Uiicta» dum maie praitoMtSeoa Lex nova nec nova rei itahit, nec ivcula parri
Postera te facient patrie in historié.
Ces vers , lus en rétrogradant « donnent VB sent tont eon* traire.
" Comme vraiseniblablement le préfet des roarcbamUet les éclievins étoient cumpris dans la taxe dont on Tient de parler, ils deniandoient d en être déchargés ; mais Du Lttal prétendoit fuire avoir un pied de nez au consulat.
' Le vent dn midi.
SPISTRE III. 243
ÂMX papillons je fais la guerre, Je compose alnûmachs noureaux , De rien je £ds brides à veaux *• ; A la Saint-Jean je tends aux grues , Je plante des pois par les rues , D*un bâton je fais un cheval , Je voy courir la Seine à val , Et beaucoup de choses , beau sire , Que je ne veux et n'ose dire.
Apres cela, je peinds en Pair, J'apprends aux ânes k voler , Du Dordel je fais la chronique , Aux chiens j'apprens la rhétorique ; Car , enfin , ou Plutarque ment * * , Ou bien ils ont du jugement.
Ce n^estpas tout, je dis sornettes.
Je dégoise des chansonnettes , Et vous dis , qu'avec grand effort, La nature pâtit très-fort :
Je suis si plein que je regorge.
Si une fois je rens ma gorge , Eclattant ainsi qu'un pétard , On dira : Le diable y ait part.
Voila comme le temps je passe.
Si je suis las , je me délasse , J'écris , je lis , je mange et bo j , Plus heureux cent fois que le roy f Je ne dis pas le roy de France) , Si je n'étois court de finance.
*^ Les veaux ne portent point de brides. Ce sont par conéquent des choses inutiles , sans but.
^* Voyez Plutarque, traité 39, intitulé Que les béteibrutet isent de l« raison; et dans celui-ci : Quels animaux soni les plue ivisés ?
Or,p( Je me
>our finir , voila comment
^entretiens bisarrement.
Et prenez-moy les plus extrêmes En sagesse , ils vivent de mêmes , N'étant l'humain entendement Qu'une grotesque seulement.
Yuidant les bouteilles cassées , Je m^embarrasse en mes pensées ; Et quand j'y suis bien embroiiillé, Je me couvre d'un sac mouillé.
Faute de papier, bona *cre**, Qui a de 1 argent , si le serre.
Votre serviteur àjamais , Maître Janin du Pont-Alais ^ '.
^* Bona «ertf.] Pour hwma iera^ eu italien : bon toir« adko.
^' Régnier s^est appliqué ce nom , comme un homme ni 8 été le Moraot de son temps. Maître Jean du PooU-Alaii, dans les premières années du règne de François 1», gigMlt sa tie à divertir le peuple. On peut voir ce qu*en dit Mmlt épttre I, du Coq-^-Ctune i Bèze , dans sou PtutëWërni^ page if ; Tauteur des Contes imprimés sous le nom de BonsTenturo dM Périers, conte 3o, et Duferdierdans sa Bikiiothéque,
KLEGIKS
on , non , j'ai trop de cœur pour lâchement
fme rendre.
L'Amour n'est qu'un enfant dont l'on se
[peut défendre; Et rhomme qui fléchit sous sa jeune valeur, Rend , par ses tachetez , coupable son malheur. Il se défait soi-même , et soir-méme s'outrage , Et doit son infortune k son peu de courage. Or moi , pour tout l'éfort qu il fasse à me domptera,
* C*est Henri IV qui parle dans cette pièce. Régnier prête ici sa plume à ce prince pour flatter une nouvelle passion dont il étoit épris ; et il exprime sa tendresse avec autant de respect que de vivacité.
Les imprimeurs avoient placé mal à propos cette élécie au rang des satires , où elle étoit la dix^septiime dans Tes précédentes éditions.
* Il auroit été plus régulier de dire :
Or moy, pour quelque effort qu'il fasse à me dompter ;
OU
Or moy, pour tout l'eirort qu'il tut, etc.
Rebelle à sa grandeur, je le veux efironter* ;. Et bien qu^avec les dieux on ne doiye débattxse ; (^omme un nouveau Titan si le veux-je combattre* Avec le désespoir je me veux asseurer.
C'est salut aux vaincus, de ne rien espérer*, [prises. Mais hélas ! c'en est fait , quand les places sdÉt Il n'est plus temps d'avoir recours aux entreprises; Et les nouveaux desseins d'un salut prétenda, Ne servent plus de rien lors que tout est perdu. ■ Ma raison est captive , en triomphe menée , Mon ame , déconfite , au pillase est donnée , Tous mes sens m'ont laisse seul et mal-averti , Et chacun s'est rangé du contraire parti ; Et ne me reste plus^ de la fureur des armes, Que des cris, des sanglots, des soupirs et des larnMS,
3 On dit affronter , comme on Ta mis dans Tédition de i64a et dans les suivantes. Il y a efftonter dans toutes les anciennes éditions.
^ Cest salut aux vaincus de ne rien espérer.
Una salua rictii , nullam sperare salutem.
Virgile , Enéide , liv. it.
Vers qui a été souvent imité ou traduit.
Rabelais Ta ainsi traduit : Et n'y a meilleur remède desahU à gens estommis et recrus , que de n'espérer salut aucun, Ûv. i, cbap. 43*
Malherbe , dans une cbauson :
Le seul remède en ma disgrâce , C'est qu'il n'en faut point espérer.
Racan , dans ses Bergeries :
Le salut des vaincus est de n'en point attendre. Racine , dans Bajaiet , act. f , se. 3 :
Mon unique espérance est de n'en point avoir.
^ Et ne me reste plus.'\ Il taudroit mieux dire : Il ne me reste plus.
ELJISGIE I. ^i^
Dont je suis si troublé, quencor ne sçai-je pas. Où , pour touver secours , je tournerai mes pas : Aussi pour mon salut que aoy-je plus attendre , • *• Et quel sage conseil en mon mal puis-je prendre; S'il n^est rien ici bas de doux et de clément , Qui ne tourne visage à mon contentement ? S'il n'est astre éclairant en la nuit solitaire , Ennemi de mon bien, qui ne me soit contraire , . Qui ne ferme l'oreille a mes cris furieux ? Il n'est po)jyr moi là haut ny clémence, ny dieux'.' Au ciel , comime en la terre , il ne faut que j ^attende Ny pitié , ny faveur , au mal qui me commande ; Car encor que la dame en qui aeule je vy M'ait avecque douceur sous ses loix asservy ; Que je ne puisse croire, en voyant son visage. Que le ciel l'ait foimé si beau pour mon dommage , Ny moins qu'il soit possible en si grande beauté , Qu'avecque la douceur loge la cruauté^ ; Pourtant toute espérance en mon esprit chancelle : Il sufiit, pour mon mal, que je la trouve belle. Amour , qui pour objet n'a que mes déplaisirs , Rend tout ce que j'adore ingrat à mes désirs. Toute chose eu aimant est poui* moi difficile , Et comme mes soupirs ma peine est infertile. D*autre part, sçachant bien qu'on n'y doit aspirer. Aux cris j'ouvre la bouche, et n'ose soupirer ; Et ma peine étouffée avecque le silence , Estant plus retenue, a plus de violence. Trop heureux si j 'a vois en ce cruel tourment,
^ CW à peu près la pensée que Glémeut Marot avoit exprimée dans sa trente-neuvième chanson :
0 cruauté logée en grand* beauté , 0 grand' beauté logée en cruauté.
Moins de discrétion , et moins de sentiment , Ou , sans me relâcher à Téfort dn martirc , Que mes yeux , ou ma mort , mon amour pi Mais ce cruel enfant, insolent devenu, [ t
Ne peut être k mon mal plus long-temps retenu, *i 11 me contraint aux pleurs, et par force m'ai lies cris qu*au fond du cœur la révérence cache. • '
Puis donc ((uc mon respect peut moins que sa Je lâsclie mon discours ^ a Téfort du malhem- ; f Et, pousse des ennuis dont mon ame est atte e, • Par force je vous fais cette piteuse plainte*, Qu'encore ne rendrois-je en ces derniers éforts , Si mon dernier soupir ne la jettoit dehors ®. Ce n'est pas , toutefois , que pour m'écouter plain^y Je tache par ces vers à pitié vous contraindre , ./^ Ou rendi'e par mes pleurs votre œil moins rigoureux:. La plainte est inutile à Thonmie malheureux, [meure. Mais puis qu'il plaît au ciel par vos yeux, que je Vous direz que, mourant, je meurs à la bonne heit- Et que d aucun regret mon trépas n'est suivy, [re**^ Sinon de n'être mort le jour que je vous vy
7 Mon diêcours,] Dans toutes les anciennes éditions, même dans celle de i6i3, faite pendant la vie de l'auteur, il y a iow discours . ce qui est une faute qu'on a voulu corriger daus rédition de i64q, en mettant: ce discours. Dans celle de i645 on a mis mon discours y qui est la bonne leçon.
8 Par force je vous fais cette piteuse plainte,] Il s'adrese à sa dame.
^ Ne la jettoit dehors,] C'est ainsi quUl fant lire, et non pas ne la jette ^ comme portent toutes les éditions avant celle de i64a*
*° Vous direz que, mourant^ je meurs à la bonne keure,] Vous direz que ma mort vous est indifférente; car cette façon de parler, à la bonne heure ^ est on signe d'indifférence. Peutêtre aussi Régnier a-t-il voulu dire au bon moment , à propos.
ELEGIB 1. 349
Si divine, et si belle, et d'attraits si poimroè*.
Oui , je devois mourir des traits de Twe Yuët
Avec mes tristes jonrs mes misères finir,
Et par feu , comme Hercule , ûnmortel devenir ** .
J'eusse , bridant là-4iaut en des flammes si claires «
Rendu de vos regards tous les dieux tributaires ,
Qui servant , comme moi , de trophée h vos yeux ^
Pour vous aimer en terre eussent quitté les deux.
Eternisant par tout cette haute victoire.
J'eusse eiigravé li-haut leur honte et votre gloîn :
Et comme , en vous servant , ans pieds de vos autels,
Ils voudroient pour mourir, n'être point immortels.
Heureusement ainsi j'eusse p& rendre l'ame.
Âpres si beV effet d'une si belle fl&me.
Aussi bien tout le temps que j*ay vécu depuis ,
Mon cœiu*, gêné d'amour, na vécu qu'aux ennuis.
Depuis , de jour en jour s'est mon ame enflamée ,
Qui n'est plus que d'ardeur et de peine animée.
Sur mes yeux égarez ma tiistesse se lit ,
Mon â^e, avant le temps, par mes maux s'envieiUit,
Au gre des passions mes amours sont contraintes.
Mes vers brulans d'amour ne resonnent que plaintes,
De mon cœin- tout flétri l'allégresse s'enfuit ;
Et mes tristes pensers, comme oyseaux de la nuit,
Volant dans mon esprit , à mes yeux se présentent ,
Et comme ils font flu vrai , du faux ils m'cpouven-
Et tout ce qui repasse en mon entendement, [tent^*,
M'apporte ae la crainte et de Fétonnement.
Car, soit que je vous pense ingrate, ou secourablc,
*' Hercule se brûla lui-môme sur le mont CEta.
*2 Ils m'épouYanient du faux comme du vrai. Voyez la note 5 sur la satire v.
25o ELBGIB I.
La playe** de vos yeux est toujours incurable ; Toujours faut-il , perdant la lumière et le jo.ur, Mourir dans les douleurs , ou les plaisirs d'amour. Mais tandis que ma mort est encore incertaine, Attendant qui des deux mettra fin à ma peine. Ou les douceurs d'amour , ou bien vôtre rigueur^ Je veux sans fin tirer les soiipirs de mon cœur ; Et, devant que mourir ou d'une ou diantre sorte , Rendre , en ma passion si divine et si forte , . , - Un vivant témoignage k la postérité , . .;
De mon amour extrême , et de vôtre beauté ; Et, par mille beaux vers que vos beaux yeux vpCia^
[spiient.
Pour vôtre gloire atteindre où les sçavants aspireitt, Et rendre mémorable aux siècles à venir ,
De vos rares vertus le noble souvenir,
*^ Playe est ici de deux syllabes , contre Tusage présimt. Ce mot est employé dans la signification active , c'est-à-dire la plaie que vos yeux m'ont faite. Virgile a dit de même : U plaie d'Ulyasey pour la plaie qu'Ulysse avait faite :
Pelias et vulnere tardn» Ulyssis.
JEneid,^ 1. ii.
Voyez Aulu-Gelle, fioct. Att.^ liv. ix , chap iq.
ELEGIE II. 25i
ELEGIE ZELOTYPIQUE II*.
|ien qne je sçadu^ an T»7 I» Ciço» et tei
J*ai tant et fi long tempteieofé tef esiccties ;
Moi-même je me sois anlie fois éimeoty , Estimant que ton coeur ^ par douceur diverty , Tiendi'oit ses laschetez à quelque conteienee : Mais enfin ton humeur force ma patience. J'accuse ma foiblesse , et sage à mes des pens , Si je t'aymay jadis , ores je m'en repens ; [conte ^ Et brisant tous ces nœuds , dont j'ai tant lait d« Ce qui me fut honneur, m'est ores une honte. Pensant m'oster l'esprit , l'esprit tu m'as rendu ^ J'ai regagné sur moy ce que i'avois perdu. Je tire un double gam d'un si petit dommage ;
* Cette pièce et celle qui sait panireot pottr U itnmikrê fois dans réditioD de 16 13. Elle sont imitées d*Ovid« , 4u moins en partie, et contiennent les plaintes et les npr^hétu d'un amant jaloux : c'est ce que signifie »éUft^fiq%4»
On peut voir les élégies m et i¥ da livre 11 d« Ues{N;/rt4fS/
^ Bien que je sçache au pray.]
Multa diuque tuli : TÎtiit patienU* Victa «tt.
Cède fatigato pectore , turpit aroor.
Scilicet atterui jam me , fugique caUtnaf ,
Et qusB depnduit ferre , tulitte pudet.
Vicimut , et domitum pedibus calcaroui •roorem
Venernnt capiti comaa fera meo.
OviDi , Amonm Ub« m.
Si ce ti*est que trop tard je suis devenu sage. Toutesfois , le bouneur nous doit rendre contens , Et, pouryeu qu'il nous vienne, il vient tousjoimà
[temps.
Mais j'ay done supporté de si lourdes injures ! J'ay donc creu de ses yeux les lumières parjures. Qui, me navrant le cœur , me prometloient la paix , Et donné de la foy à qui n'en eut jamais ! J^ay donc leu d'autre main ses lettres contre£ûtes , J^ai donc sçeu ses façons, recogneu ses défilâtes | /'^ Et comment elle endort de douceur sa maison , Et trouve à s'excuser quelque fausse raison : Un procez , un accord , quelque achat , quelques Visites de cousins , de frères , et de tantes ; [ventes , Pendant qu'en autre lieu , sans femmes et sans bmit^ Sous prétexte d'affaire elle passe la nuit. Et cependant, aveugle en ma peine enflamée, Ayant sceu tout cecy , je l'ay toujours aimée. ,
Pauvre sot que ie suis ! ne devoy-je k l'instant Laisser là ceste ingrate et son cœur inconstant ?
Encor serait-ce peu , si, d'amour emportée. Je n'avob à son teint, et sa mine affectée, Leu de sa passion les signes évidens , Que l'amour imprimoit en ses yeux trop ardens. Mais qu'est-il de besoin d'en dure davantage ? Iray-je rafraîchir sa honte et mon dommage ? A quoy de ses discours diray-je le deffaut ? Comme pour me piper , elle parle un peu haut , Et comme bassement, à secrettes volées, EUe ouvre de son cœur les flames récelées ; Puis , sa voix rehaussant en quelques mots joyeux , Elle pense charmer les jaloux cnneox , Fait un conte du roy , de la reine et du Louvre ; Quand, malgré que j'en aye , amour me le découvre,
Me déchiffre aiissi-tost son discours indiscret , ( Hélas ! rien aux jaloux ne peut estre secret ! ) Me fiait voir de ses traits Famoureux artifice. Et qu^aux soupçons d'amour trop simple est sa malice ? Ces heurtemens de pieds ^ en feignant de s^asseoir, Faire sentir ses gands, ses cheveux, son mouchoir , Ces rencontres de mains, et mille autres caresses. Qu'usent k leurs amans les plus douces maistresses*, Que je tais par honneur , craignant qu'avec le sien , En un discours plus grand, j'engageasse le mien f
Ch^xhe donc quelque sot, au tourment insensible. Qui souffre ce qu'il m est de souffrir impossible ; Car pour moi j en suis las (ingrate) et je ne puis Durer plus longuement en la peine où je suis. Ma bouche incessamment aux plaintes est ouverte. Tout ce que j'aperçois semble jurer ma perte. Mes yeux toujours pleurant, de tourinent esveillez. Depuis d'un bon sommeil ne se sont veuz sillez. Mon esprit agité fait guerre k mes pensées , Sans avoir reposé vingt nuits se sont passées , Je vais comme un lutin deçà delà courant , Et ainsi que mon corps, mon esprit est enfant.
Mais tandis qu*en parlant du feu ^ qui me surmdn- Je despeins en mes vers ma douleur et ta honte ; [te , Amour dedans le cœur m'assaut si vivement ,
^ Cm kemriemens de pieds.]
Quid jayenom tacitos inter conTivU nutnt , Verbaque compotitis diuimulata noUs,
Idem,
I! auroit été pins régulier de dire :
Que font k leurs amans les plus douces maistresses ?
^ Du feu.] Il y avoit au feu dans tontes les éditions.
a54 BLBGIB II.
Qu'avccque tout desdain , je perds tout jugement. Vous autres , que j'emploie k Fespier sans cesse , Au logis, eu visite , au sermon, k la messe , Connoissant que je suis amoureux et jaloux , Pour flatter ma douleur que ne me mentezr-vous ? Ha ! pourquoi m'cstes vous , à mon dam, si fîdellesl Le porteur est fascheux de fascheuses nouvelles. Déferez k Tardeur de mon mal furieux , Feignez de n'en rien voir, et vous fermez les yeux. Si dans quelque maison , sans femme elle s^arreste , S*on lui fait au palais quelque signe de teste, S'elle rit à quelqu'un , s'elle appelle un valJet , S'elle baille, en cachette, on reçoit un pouUet ; Si dans quelque recoin quelque vieille incognuë , Marmotant un pater , luy parle et la salue; Déguisez-en le fait , parlez-m'en autrement : Trompant ma jalousie et vostre jugement , Dites moi qu'elle est chaste , et qu'elle en a la gloire : Car bien qu'il ne soit vrai, si ne le puis-je croire ? De contraires efforts mon esprit agite®, Douteux s'en court de l'une a l'autre extrémité. La rage de la hayne , et l'amour me transporte ; Mais j ay grand peur enfin que l'amour soit plus forte. Surmontons par mespris ce désir indiscret ; Au moins , s'il ne se peut , l'aymeray-je k regret. Le bœuf n'aime le joug que toutesfois il traine ; Et, meslant sagement mon amour k la hayne , Donnons luy ce que peut , ou que doit recevoir,
® De contraires efforts mon esprit agité,]
LueUntur, pectusque levé in contraria tendant , Hae amor, hac odiam ; sed puto vincet amor.
Odero , si potero : si non , invitus amabo : Nec juga taurus amat ; quœ tamen odit , habet.
Ovide , ibidem.