‹ Œuvres complètes de Mathurin Régnier, avec les commentaires revus et corrigés; pre̋cédés de l'Histoire de la satire en France, pour servir de discours preliminaireChapitre 18 sur 62 · ODE · texte numérisé non relu

ODE

amais ne pouiray-je J>aiii]ir Hors de moy Tingrat souyenir De ma gloire si tost passée?

Tousjoars pour nourrir mon sùocy^

Amour, cet enfamt sans mercj,

L^offiira-t-il à ma pensée?

Tyran implacable des cœurs , De combien d*ameres langueurs As-tu touché ma fÎEuitasief De quels maux m*as-tu tourmenté?

Et dans mon esprit agité , Que n*a point fait la jalousie?

Mes yeux aox pleurs accoutumez , Du sommeil iTestoient plus fermez ; Mon cœur firémissoit sous la peine :

A yeu^ d*œil mon teint jaunissoit , Et ma bouche qui gémissoit , De souspirs estoit toujours pleine.

Aux caprices abandonné , J*errois d^un esprit forcené « La raison cédant k la rage :

j errois a un espnc lorcene La raison cédant k la rage

^ Cette ode fat aussi imprimée pour la première fois lans le même recueil de 1611, et fut insérée dans Tédition le i64a. L*auteur y exprime les re^ts d*un homme usé »ar les plaisirs , qui invectlTe contre les peines de Tamour.

a89 POÉSIES

Mes sens, des désirs emportez , Flottoient confus de tous costex , Comme un yaisseau parmy Forage.

Blasphémant la terre et les cieux , Mesmes je m Wois odieux , Tant la fureur troubloit mon âme :

Et bien que mon sang amassé , Autour de mon cœur fust glacé , Mes propos n'estoient que de flâme.

Pensif, frénétique , et resvant , L^esprit troublé , la teste au vent , L^œu hagard, le ybage blesme :

Tu me fis tous maux éprouver ; Et sans jamais me retrouver, Je m'aQois cherchant en moy-mesme.

Cependant, lorsque je youlois, Par raison enfraindre tes loix , Rendant ma flame refroidie :

Pleurant , j^accusaj ma raison , Et trouyay que la guérison Est pire que la maladie.

Un regret pensif et confus D'avoir esté, et n'estre plus®, Rend mon ame aux douleurs ouverte ; A mes dépens , las! je voy bien , Qu'un bon-heur conune estoit le mien Ne se connoist que par la perte.

® Édition de i64a :

D'avoir esté , sans estre plu*.

DIVERSES. 2Bi

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