‹ Œuvres complètes de Mathurin Régnier, avec les commentaires revus et corrigés; pre̋cédés de l'Histoire de la satire en France, pour servir de discours preliminaireChapitre 19 sur 62 · CONTRE UN AMOUREDX TRANSI · texte numérisé non relu

CONTRE UN AMOUREDX TRANSI

STANCES

ourquoj perdeat-Tous la parole Aussi-tost que vous rencontrez Celle que vous idolâtrez , Devenant vous-mesme i|ne idole?

Vous estes là sans dire mot ,

Et ne faites rien que le sot.

Par la voix Amour vous suffoque» ^ Si vos souspirs vont au devant; Autant en emporte le vent, Et vostre déesse s*en mocque :

Vous jugeant de mesme imparfaict De la parole et de Tefiect.

Pensez-vous la rendre abatuë Sans vostre fait lui déceler?

Faire les doux yeux sans parler^ C'est faire Famour en tortue.

La belle £adt bien de garder Ce qui vaut bien le demander.

' Cette pièce ne parut qu'en 1616, après la mort de Régnier, et elle ne contenoit que les cinq premières stances.

Voulez-vous, en la violence De vostre longue affection , Monstrer une discrétion?

Si on la voit par le silence, Un tableau d amoureux transi Le peut bien faire tout ainsi.

Souffrir mille et mille traverses , N'en dire mot, prétendre moins, Donner ses tourments pour tesmoins De toutes ses peines diverses , Des coups n'estre point abatu; C'est d'un asne avoir k Tiefta.

L'effort fait plus que le mérite^, Car pour trop mériter un bien , Le mus souvent on n'en a rien ; Et dans l'amoureuse poursuite , Queliraesfbis l'importonîté Fait pins que la capacité.

J^approuve bien la modestie. Je bay les amans efirontez.

Evitons les extrémitez.

Mais des dames une partie , Comme estant sans élection , Juge en discours l'affection.

En discourant à sa maistresse , Que ne promet l'amant subtil? : ... Car chacun , tant pauvre soit-il ,

9 Les sept stances suifantes furent lyoutées dans rôditioi de 164^.

DIVERSES. a85

Peut estre riche de promesse.

(( Les grands , les vignes , les amans

)) Trompent tousjours de leurs sermens. »

Mais vous ne trompez que vous mesme, En faisant le froid à dessem.

Je crois que vous n^estes pas sain :

Vous avez le visage blesme.

Où le front a tant de froideur , Le cœur nVpas beaucoup d^curdeur. '

Yostre belle , qui n^est pas lourde , Rit de ce que vous en croyea^ Qui vous void, pense que sovez Ou vous muet, ou elle sourde.

Parlez, elle vous oira bien® ; Mais eâe attend, et n^entend rien.

Elle attend d^un désir de femme, D^ouyr de vous quelques beaux mots.

Mais s'il est vray qu'a nos propos On reconnoist quelle est aostre aàne ; ' Elle vous croit, k cette fois, Manquer d^prit comme de voix.

Qu^un Honteux respect ne vous toudie :

Fortune aime un auoacienx* Pensez , voyant Amour sans yeux , ^ Mais non pas sans mains, ny sans bôodie, Qu^après ceux qui fout des présens , L^Amour est pour les bieiir4bans.

Elle vous oira Nm.] Édition de 1667 «twûmBdi», ^

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