‹ Œuvres complètes de Mathurin Régnier, avec les commentaires revus et corrigés; pre̋cédés de l'Histoire de la satire en France, pour servir de discours preliminaireChapitre 20 sur 62 · LOUANGES DE MACETTE · texte numérisé non relu

LOUANGES DE MACETTE

elle et savoureuse M acette , Vous estes si gente et doucette « Et avez si doux le regard , Que si vos vertus et mérites

N etoient en mes œuvres décrites ,

le croirois mériter la hard.

Ouy , je croirois (iu*on me deut pendre « Si je ne m'éforçois ae rendre « Avec de doubles interests, Vostre nom autant en estime , Au mont des muses , par ma rime , Gomme il Test dans la cabarets.

Puis vostre amour, qui s'abandonne.

Ne refiisa jamais personne.

Tant elle est douce à Tamitié.

Aucim respect ne vous retarde ; Et fut-41 crieur de moutarde , Vous en avez toujours pitié.

*^ Régnier n^est point Tautenr de cette pièce, mais on 1^ insérée dans le recueil de ses œuvres, parce qu^elle fifforeavec la satire xiii , dont la fameuse Macette est lliérolae. Elle fut imprimée dans rédltion de i65a.

Vostre Tknl y que le temps ne change , Est aussi doré cm We orange.

Et plus qu W chardon frisotté ; Et Tostre tresse non confuse , Semble à ces mesches d^arquebuse , Qu^un cadet porte à son costé.

Vostre face est plus reluisante Que n^est une table d^attente.

Où Ton assiet de la couleur ; -

EtTostre œil a telle étincelle, Que le soleil n^est, auprès d^elle, Qu*un cierge de la Chandeleur.

La muse autour de vostre bouche « Volant ainsi comme une mouche , De miel vous embrène le bec :

Et vos paroles nompareilles Resonnent doux à nos oreilles , Comme les cordes d'un rebec.

Les Grâces , d'amour eschaufféés , Nuds pieds , sans juppes , décoiffées , Si tiennent toutes par la main ; Et d'une façon sadmette Se branslent à l'escarpolette, Sur les ondes de vôtre sein. '

Vénus, autour de vos œillades.

En cotte (ait nulle gambades ; Et les Amours , comme poussins , Ou comme oysons hors de la mile , Qui ont mangé de la ciguë ,^ Semblent dancer les matasrips.

a88 i>oiftiEs

Votre oeil chaud k la picorée^ L^esbat de Vénus la dorée , Ne laisse rien passer sans flui ; Et Yostre mine de poupée Prend les esprits i la pipée , Et les appétits k la glus.

Je ne m^estonne donc , Macette , Estant si gente et si doucette , Vostre œil si saint et si divin, Si TOUS avez tant de pratique ; Et t^il n'est courtaut de boutique Qui chez tous ne prenne du vin.

Car, sans nulle miséricorde , Je serois digne de la corde , Si dW caprice fantastic Je n*allois chantant vos loiianges ; Priant Dieu, les saints , et les anges , Qa^ vous conservent au public.

Ce n^est pas pourtant qu*i\ me chaille , Que chez vous la vendange Caille ; Mais je craindrais doresnavant , Que vostre vin, qui se disperse, Veule long temps qu'il est enperoe, Se sentist un peu de Tévent.

STANCES"

i Yostre œil tout ardent d^amour et de lu-

[miere, De mon cœur yotre esdaye est la flamme

[première

Que comme un astre saint je réyire à genoux « Pourquoj ne m'aymez-Yons ?

Si vous que la beauté rend ores si superbe, Devez , comme une fleur qui flestrit dâsus Therbe , Esprouver des saisons Tontrage et k ooorroux , Pourquoy ne m'aymez-vousT

Voulez-vous que vostre œil en amour si fertile Vous soit de la nature un présent inutile ? Si TAmour comme un dieu se communique à tous , Pourquoy ne m'aymez-vous ?

Attendez-vous quW jour un regret vous saisisse? C'est à trop d^iuterests imprimer un supplice. Mais puisque nous vivons en un âge si doux y Pouitjuoy ne m'aymez-vous ?

Si vostre grand^ beauté toutes beautés excelle « Le del pour mon malbeur ne vous flst point si belle :

^* Ces stances charmantes, et les deux pièces qui suivent, sont imprimées pour la première fois dans les œuvres de Régnier. Elles sont tirées du Pâmasse satirique. (Note de Tédition de 183a.}

2go POÉSIES

S*il semble en son dessein avoir pitié de nous , Pourquoj ne m^aymez-vous ?

Si Tai, pour vous aymer , ma raison offensée , Mortellement blessé d une flesche^* insensée Sage en ce seul esgard que j'en bén js les coups ,

Pourquoy ne m aymez-yous ? ,^, ,

La douleur, m'estrangeant de toule conqpagnie^-. De mes jours malheweux a la clarté bannie ; Et si dans ce malheur pour vous je mie résous , Pourquoy ne m aymez-v ous ?

Fasse le ciel qu*enfîn vous puissiez recognoistre Que mon mal a ae yous son essence et son estre. Mais , Dieu ! puisqu^il est yray , yeux qui m^estes si, Pourquoy ne m*aymez-yous ? [dooK y

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