‹ Œuvres complètes de Mathurin Régnier, avec les commentaires revus et corrigés; pre̋cédés de l'Histoire de la satire en France, pour servir de discours preliminaireChapitre 3 sur 62 · IRE · texte numérisé non relu

IRE

Je m*e8iois jusques icy résolu de tesmoigner par le silence le respect que je doy à Vostre Majesté. Mais ce que Von eust tenu pour révérence le seroit maintenant pour ingratitude^ qu'il lui a pieu ^ me faisant du èien*^ m' inspirer^ avec un désir de vertu, celuy de me rendre digne de l'aspect du plus par'faict et du plus victorieux monarque du monde. On

^ Henri-le-Graiid. Dans la première édition on lisoit : Êpistre liminaire au roy.

' Le roi Tavoit gratifié d*ime pension de deux mille livres sur Tabbaye des Vaux de Gemay, dans le diocèse de Paris. n est parlé de cette pension dans une pièce faite alors contre Régnier, intitulée : Le combat de J^egnier et de Berthelot.

Régnier ayant sur les épaules Satin , velours et taffetas , Méditoit, pour le bien des Gaules , D'estre envoyé vers les états ; Et mériter de la couronne La pension qu'elle lui donne.

AU RaY.

lit qu'en Ethiopie il y ai^oitune statue^ qui rendoit un son armon^eux toutes les fois que te soleil le-' vant la regardoit. Ce mesme miracle (Sire^ avez-^ vous faict en moy, qui, touché de V astre de Vostre Majesté, ay receu ta voix et la parole. On ne trou-^ vera donc estrange si, me ressentant de cet honneur, ma muse prend la hardiesse de se mettre à Vabry de vos palmes, et, si témérairement elle ose vous offrir ce qui par droict est desjà vostre , puisque vous l'avez fait naistre dans un sujet qui n'est animé que ae vous, et qui aura éternellement le cœur et la bouche outrer te à vos louanges/ faisant des vœux et des prières continuelles a Dieu, qu'il vous rende là haut dans le ciel autant de biens que vous en faites ça bas* en terre,

Vostre tres-humble, et tres-oheîssant, et tres-obligé sujet et serviteur^

Régnier.

3 La statue de Memnon.

* Ça has.'\ On a commencé à mettre id-^boê dans Tédition de 1649*

DISCOURS AU ROy*.

uissant roy des François , astre vivant de

' TMairs,

Dont le juste labeur , sqnnontaiitjes/ ha-

X^ards,

Fait voir par sa vertu que la grandeur de France Ne pouvoit succomber souz une autre vaillance ; Yray fils de la valeur de tes pères , qui sont Omoragez des lauriers qui couronnent leur firtiit, Et qui, depuis mille ans, indomptables en guerre, Furent transmis du ciel pour gouverner la terre : Attendant qu'à ton rang ton courage f eust mis, En leur trosne eslevé dessus tes ennemis ;

tière

* Ce DiscoTirs, adressé & Henri IV, et composée après Ten- ..jre'extincticin de la Ligue, n'est pas le premier outrage de Relier : il avoit déjà fait quelques satires, comme il le dit lui-même dailB là suite. Mais, à Timitation de La Fresnaye-Yauquelin, qui ayoit adressé à Henri II la première de ses satires, Régnier Toulut faire précéder les siemes d*uii Discours au roy ; et Boileau suivit Texemple de ses detan-

ciers.

Jamais autre que toy neust, avecque prudence « Vaincu de ton tuject Tingrate outrecuidance , Et ne Teust, comme toy, du danger préserve : Car estant ce miracle à toy seul réservé, Comme au Dieu du pays * en ses desseins parjures, Tu faits que tes bontez eitcedent ses injures.

Or après tant d'exploicts finis heureusement , Laissant aux cœurs des tiens , comme un yif monu- Ayecque ta valeur ta clémence vivante, [ment. Dedans Fétemité de la race suivante :

Puisse-tu, comme Auguste , admirable en tes £ûts , Rouller tes jours heureux en une heureuse paix ; Ores que la justice icy bas descendue, [rendue ; Aux petits comme aux grands par tes mains est Que, sans peiu: du larron, trafique le marchand ; Que Finnocent ne tombe aux aguets' du meschant ; Et que de ta couronne, en palmes si fertile, Le miel abondamment et la manne distile. Comme des chesnes vieux aux jours du siècle d*or*. Qui renaissant sous toy reverdissent encor.

' Comme au Dieu du payt....TGeTers forme une amphibologie que Remiereût éTitée sll eût mis (Ters iq) têiueu de tes n^jets au lieu de ti^neu de tau mietf en construisant sa phrase de cette manière :

Jamais autre que toy n'enst avecque pindeace ,

Vaincu de tet sujett Tingrate outrecuidance ,

Ne 1m enat , pomme toy, du danger préservé :

Car étant ce miracle k toy seul réservé ,

Gomme au Dieu du pays , en leurs desseins parjures ,

Tu fais que tes l)ontés excèdent leurs injures.

' Aguets, irieux mot qui signifioit emHehes; d'od Tient le terme de guetnippens, formé de Tancienne expression ëguet-» appensé,* On dit encore être aux aguets, pour ^iteKer.

* Comme des chesnes vieuâ?.]

Et dur» quercus sudabunt roscida mella.

VlRC, égl., IV.

SATTRE T. 5

Aujourdlmy qne ton fils ^^ imitant ton eonrage , Nous rend de sa valeur un si grand tesmoignage, Que, jeune, de ses mains la rage il déconfit, Ëstonfiant les seilpents ainsi qû^Hercole fil*; £t, domtant la discorde à la ffoeole sanglairte^. D'impiété, dliorrenr, enc(Mretrémissante, Il lay trousse les bras de meurtres entachée. De cent chaisnes dWer smr le dos attachez ; Sous des monceaux de fer dan^ ses armes rcntenre , Et ferme poor jamais le tonple de la goerre ;

8 Le Dfwdtin, qui fateomite le roi Louit 1111, né à Fontainebleau, v *7 septembre i6oi.

* Cette fiattle es^ racontée de diierset manières par les mythologues* Selon ÀpoUodoie, ce fut Amphitryon lui-même qui, pour reconnaître son Térif^le ftls entre les deux enCsnta jumeaux que lui UToit donnés Alemène , fit porter deux serpents dans leur bevcetn. L^opimon la fini commune, cependant, est que ce fol Junon ^î, par naine pour Alcmène, ■ suscita ces deux monstres . fictimes du jeane eoorage d*Her* , cule. Théocrite a composé sur eem^ét ooe Idylle admira* ; ble; c'est sa yingt-quatriéme*

7 Et domtant la Diseardâ,,,.] La naissance dn Dauphin apaisa lés troubles, en étoaflluit- les projets aaxqaels la stérilité de Marguerite de Vatob^ première ièiftnM ' tfBenri IV, 8?oit donné lieu.

Ce sera vont tpd de w» TÎUet Ferei le beauté jrafléurirt Vont qui de no» Jiaiiies cÎTflet Ferez la radne mourir ; Et par Touf la paii aatoréè N'aura paa la«onftad«rétt Qu'espèrent inAdellement , Non lasses de notre soidTirânee , . Ces François , qui n'ont de la Fraaca Qne la langue et lliabiUêmeal.

Par TOUS un Daufin nous va naîtra, ele.

C'est la prédiction que Blalherbe faisait dans une ode quni présenta, en i6oo, à Marie de Hédieis, quand elle Tjmt ea France épouser Henri-le-Gr^nd, ,

Faisant voir clairement par ses faits triomptiA Que les roys et les dieux ne sont jamais enfant Si bien que s'eslevant sous ta grandeur prospère Généreux héritier d^in si généreux perc « Comblant^ lesbons d'amour, et les méchansd'efih 11 se rend au berceau desia digne de toy *.

Mais c'est mal contenter mon humeur irénétiqu Passer de la satyre en un panégyrique*^, Où molement disert, soux un sujet si grand, Dis le premier essay mon courage se rend. Aussi plus grand qu iEnée, et plus vaillant qu'Achille Tu surpasses Tesprit d'Homore et de Virgile, Qui leurs yers à ton los ** ne peuyent esgaler. Bien que maistres passez en Part de bien parler. Et quand j'esgallerois ma muse à ton mente. Toute extrême loiiange est pour toy trop petite : Ne pouvant le finy joindre l'infinité ; Et c'est aux mieux disants mie témérité De parler oà le ciel discourt par tes oracles. Et ne se taire pas où parlent tes miradea;

* On comble d'amour^ de biens, mais non d'effroi. Combigr ne s'emploie aujourdliiu que Oatorablement.

* Il te rend au hereeêu detju digne de toy,]

Tene ferunt geoûnos prtssitie tenadter annet » Cnm tener io ctuis jtm Jore dignnt em r

Onn. in Deitmirâ.

Manibvs rai* Tjrrinthhu angiiM

PrMsit, et ia eunii jaa Jovo «Ufiius ertl.

Idem.

Dès que le Dauphin fat né, Henri IV mit son épée à la maiu du jeune prince , pour le service de Téglise , dit-il, et pour le bien de Tétat.

** Ce vers (ait connottre que Tauteur UYoit déJK composé des satires avant ce discours.

** Lot, louange, éloge : du latin laut.

Où tout le monde entier ne bruit ^* que tés projects, Où ta bonté discourt au bien de tes sujects. Où nostre aise et la paix ta yaillance publie ; Où le discord esteint, et la loy restablie. Annoncent ta justice ; où le yice abattu Semble, en sespleurs, chanter nufaynuie àta vertu*'.

Dans le temple de Delpbe, où Phœbus on révère ^ Pbœbus, roy aes chansons, et des muses le père , Au plus haut de Tautel se voit un laurier sainct , Qui sa perruque blonde en guirlandes estraint. Que nul prestre du temple en jeunesse ne touche, Ny mesme prédisant ne le masche en la bouche : Chose pemuse aux vieux, de sainct zek enflamez , Qui se sont par service en ce lieu confirmez , Dévots à son mistere , et de qui la poictrine Est pleine de Tardeur de sa verve oivine. Par ainsi, tout esprit n^est propre atout sujcet : L^œil.foible s^esbloiiit en un luisant object. De toutbois, commeon dit, Mercureon ne façonne*', Et toute médecine à tout mal n*est pas bonne. De mesme le laurier et la palme des roys N'est lut arbre où chacun puisse mettre les doigts ; Joint que ta vertu passe, en louange féconde , Tous les roys qui seront et qui furent au monde.

Il se faut reconnoistre, il se faut essayer,

** Bruire est un ?erbe neutre qui n*a point de régime ; cependant il est employé ici comme actif.

*' Semble e» ses pleurs chanter rni hypme à la vertu."] La Kochefoucauld , auteur des Maximes morales , a dit ç^ue Vknpocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu, Maxime aa3.

** Ancien proferbe dont Pytha^ore est rinvenleur, selon Apulée, dans sa première apologie. Les Latins avoient emprunté ce proverbe : Non è quovis ligno Merewrius fingi potest Voyez Érasme, dans ses Adages, cbil. 3, cent. 5, adag. 47

8 SATTRB I.

Se sonder, s'exercer, avant que s'employer ; Comme fait un luiteor** entrant dedans Farine, Qui, se tordant les bras, tout en soy se démené, S'alonge, s'accoorsit, ses muscles estendant , Et, ferme sur ses pieds, s'exerce en attendant Que son ennemy vienne, estimant que la gloire Jà riante en son cœur luj don Va ^* la victoire.

Il £atut faire de mesme, un œuvre entreprenant , Juger comme au suject l'esprit est convenant; Et quand on se sent ferme, et d'une aisle assez forte^ Laisser aller la plume où la verve l'emporte.

Mais, Sire, c est un vol bien eslevé pour ceux Qui, foibles d'exercice et d'esprit paresseux. Enorgueillis d'audace en leur narbe première. Chantèrent ta valeur d'une hçon grossière : Trahissant tes honneurs , avecq' la vanité D'attenter par ta gloire à l'immortalité^'. Pour moy plustetenu , la raison m^a &ict craindre ; ■ N'osant suivre un snject où Ton ne peut atteindre , J'imite les Romains encore jeunes <rans, A qui l'on jpermettoit d'accuser impudans ^' Les plus vieux de Testât, de reprendre et de dire

^^ IW/Mf... ÂnJonrdliQi on clit lutteur et lutte.

^^ JàT^ouTdéJà; don'ra pour donnera, par syncope. Cette licence q^e prenoient nos anciens poètes est à regretter au* jourd'hoj ; elle donnoit au vers françois une vivacité et une concision qui lui manquent trop souvent.

*7 Aveeq* la vanité D'attenter par ta gloire à l'immortalité.] Boileau s'est emparé de cette idée en en affaiblissant l'ex* pressioi^ à notre gré, -par cesjers :

Et mêle , en se louant soi-m^e à tout propos , Les louanges d'un fat à celles d'un héros.

*^ Lenglet-Dufresnoy dit qnHmpudane est là pour impudem^ ment, hardiment. Il se trompe : impudane est un adjectif qq|

Ce qu^ib pensoient servir pour le bien de l'empire. Et. comme la jeunesse est yiye et sans repos , Sans pemr, sans fiction , et libre en ses propos , Il semble qu'on luy doit permettre daTantage. Aussi que les vertus fleurissent en cet âge , Qu\)n doit laisser meunr sans beaucoup de rignau*^ Afin que tout à l'aise elles prennent vigueur.

C'est ce qui m'a contraint de librement escrire , Et, sans picquer au vif, me mettre k la satyre, Où, poussé du caprice, ainsi que d'an grand veut. Je vais haut dedans Pair qadqne Ibis m'eslevant ; Et quelque fois aussi , quand la fougue me qoite , - • Du plus naut au plus bas mon vca^s se précipite. Selon que du suject touché diversement.

Les vers à mon discouiï s'offrent facilement. Aussi que la satyre ^^ est comme une prairie.

se rapporte k jeunes Romaitu^ et non pas un adYcrb^, C'est ainsi que Ronsard a dit :

• • • • Et la teire commdBe ,

Sans semer ni planter, bonne mère , appor^it Le fruit, etc.-

et que Régnier lui-même dit plus loin, satire ii, vers 28 :

Et que ces rimasicnrs

N'approuvent impuissans, une fausse semence.

*^ Ausn que la 9»t$re,.,] t>ar ce^Ters et les trois taivants « Régnier a prétendu vraisemblablement désigner Ut satire des Grecs, qui consistoit, ainsi que nous Tavons dit, dans Tal* liance du grave avec le bouffon , car la satire romaine, dont Lucilins fut rinventeur, est un poémë railleur ou piquant, composé pour critiquer les ouvrages ou pour reprendîre les mœurs. «Satiradiciturcarmen apud Romanes nunc quidem maledicum, et id çarpenda hominum vitia archœ» comoedin caractère compositum, quales scripsenmtLiicilius et Hon« tins et Persiùs. Sed blim carmen, quod ex variis poematibus

10 8ATTEB I.

Qui n^cstbellesîiiODeiisa bisarrene;

Et comme on pot poonrj** des firères mandiaiis,

EDe fonne son goost de cent ingredians.

Or, grandioy', dimt la ^oire en la tene espenduë. Dans on dessein si liant raid ma mose espcrduë. Ainsi qoe Fceil humain le soleil ne peut toît, L*esclat de tes yertos offusque tout sçayoir; Si bien ^ue je ne scaj qui me rend j^us eoolpabk , On de dire si peu aun suject si capable. Ou la honte que j*ay d*estie si mal apris. Ou la témérité de 1 ayoir entrepris.

Mais quc^, par ta bonté, qui toute autre surpasse , inespéré du pardon, arecque ceste grâce Que tu liras ces Vers , où leune je m^esbas Pour esgayer ma finrce ; amsi qu^en ces combas De fleurets on s^exerce, et dans une barrière Aux pages Ton rereille une adresse guerrière , Follement courageuse, afin qu^en passe-temps Un labour vertueux anime leur pnntempîi, Que leur corps se desnouë, et se desangourdissc , Pour estre plus adroits à te fiûre service. ^ Aussi je fais de mesme en ces caprices fous : Je sonde ma portée et me taste le pous , Afin que 8*0 advient, comme un jour je Tespere, Que Parnasse m^adopte** et se dise mon père ,

constat, sfttyrt ? oc^Mttur, quales seripsemot FteuTiits et Ennius. » Dioiiid. exlib. lu Grammtt*

** Pet p^nnif... Mélange de ? landes et de légumes di? ers. En espagnol, 9Uë piéride,

^ Qm PâfâÊH m'êdêpU...] Cette ? ersion est celle de TéditlûQ de i6oS. Celles de 1619 et tStS portent : Qwe Ptrnaau m'êUrt, Qaoi^ne Ciites pendant la fie de Tauteur, nous regardons ce ehangement eomii une faite platAt qîie comme ane correction.

SATTBK I. il

Elmporté de ta gloire et de tes £ûts guerriers , Je plante mon Uerre au pied de tes lauriers**.

** Mépige a ainsi désuisé e» ^en eharmittt, pouf Cliisérer dans son églogne & la reine Christine :

Rampe notre lierre ta pied de tes Uoriert.

ce qui lui a été reproché par Cîilies Boileau, dans son AHê è Ménage.

la i SATYRE II.

A VOJiSlEUR LE COMTE DE CARAMAIN«.

omte, de oui Tesprit pénètre ronivers*, ^ Soigneux de ma fortune et facile à mes vers ; Cher soucy de la muse, et sa gloire future, Dont Taimable génie et la douce nature Fait voir, inaccessible aux efforts médisans, Que vertu ri est pas morte en tous les courtisans : Bien que foible et débile, et que mal reconnue, Son habit décousu la montre a demy nuë ; * Qu'elle ait sèche la chair, le corps amenuisé , Et serve à contre-cœurs le vice auctorisé , - Le vice qui pompeux tout mérite repousse.

* Oa plutôt le comte de Gramail , nam qui , selon Ménage, se dit par cQiTuption, pour Garmaln, changé en Gramail dans Fédition de i64it, et dans toutes celles qui Font suiTÎe. On lit Garamain dans les éditions prteédentes, à remonter jusqu'à la première, de 1608, où il y a Garamain.

Adrien de Montluc, comte de Gramail, fut Tun des beaux esprits de la cour de Louis Xlli. Il étoit né Fan i568, de Fabien de. Montluc, fils d^ fameux maréchal Biaise de Montluc, et mourut en 1646. On lui attribue la comédie des Proverbes, pièce singulière , et Tune des plus comiques de son temps, ainsi qu'un liYre rempli de quolibets» intitulé lerJeux de Tniconnn,

' Ctmte^ de qui VespriL,^ Les douze premiers vers contiennent une apostrophe imparfaite dont le sens n'est point fini.

Et ya, oommeaii Mais c'csilrap Il£iiitsome« Et, condrât d'J^oDoB,

Poarm\ammtfkqi Gopmie'saittjageiiicBl, est Cependant A tapt 1 LWoiie, poorim

Iguprez donc r Et, ccmmie enfimslrminm» qnlb Exposes ciilaroê, àcpîaiefliela Pour ne $e dcsconviir, €nt pi»

Ce tintai pas cpe je ooje^ en «s temps Que mes y^n sment sans père et ne ment adoptes; Et que .ces nmasseun'^ pour fondre mié abondanee, ^^apprôuyent impuissans une fausse semeuce :

9 E» kouue; c'est-à-dire é ekmêi. Du tsmM 40 llegu'er, les otrrosses n'étoieBtpuis si eoianiiniè qaUs le SMt de? enos dans la suits. On nUloit par la tille oa*à eheral, on monté sur des moles coafertas dWs grande hoasse ifài deseendoit presque ja8qali>lerre. Cet usage s^est maintojra ibrt longtemps parmi les médecins de Paris, témoin ee Ters de Boileauy satire tih, en 1667 :

Ouandflvoit. .....

Courir ches on midade un «ssasun en housse.

* Expression proYerbiale-bien énergique.

Ce vers ferait soupçonner que e'est ici la première satire de Régnier, qui ne Youloit pas alors que Tou sût qu*il en étoitrauteur. oHcV*^i,.vfu.\-.

• Chère, accueil, visage : du latin cara, pour fades, ifuliui.

Postquam vénère verendam

Gœsaris ante caram.

CoRippiis, de Laudibus Jtathil j Ilb. ii.

(Voyez Du Gange, Ménage , etc.)

i8 SATTRB II.

Les adjuge aa mérite, et aou point au hazard. * Puis Ton voit de son œiJ, Ton juge de sa teste, Et chacun en son dire a droict en sa requeste : Car Famour de soy-mesme et nostre aâection Adjouste avec usure à la perfection.

Tousiours le fond du sac ne vient en évidence, Et bien souvent Teffet conti'edit Tapparence. De Socrate à ce point Foracle est my-party ** ; Et ne sçait-on au vray qui des deux a menty ; Et si philosophant le jeune Alcibiade^^, Gomme son cnevalier, en récent Taccolade.

*^ Ce vers a beaucoup ?arié. Dans la première édition on Ht : De Socrate à ee point Varrest est mf-parly. Dans celles de i6i3 et i6i3, faites pendant la vie de Tauteur, et dans les éditions suivantes, il y a Voraele au lieu de Varrest, Dans celle de 1643, et les autres qui ont été faites après, on a mis : De Socrate en ce points etc. L'expression de ce vers et des trois suivants est embarrassée. Oracle ou arrest, que portoit la première version , ne signifie peut-être en cet enaroit que opi^ nion publique^ qui, eu effet, est double sur le compte de Socrate , sa liaison avec Alcibiade ayant été Tobjet de soupçons que Gicéron lui-même a tournés en plaisanterie : Quid ? So^

cratem nonne leglmus quemadmodum notant Zopyrus ? addidit

etiam mulieroaum : in quo Alcibiades cacMnnum dicitur sustulisse, . Gic. de Fato.

Boileau, satire xii, s'est emparé de la pensée de Régnier, qu'il a rendue avec son élégance accoutumée.

Et Socrate , llionnettr de la profane Grèce , Qu'étoit-il , en effet, de près examiné. Qu'un mortel par lui-même au seul mal entraîné , Et, malgré 1» vertu dont il faisoit parade. Très équivoque ami du jeune Alcibiade?

^9 Ge vers est encore amphibologique ; ou ne sait si Régnier a voulu dire : Et si Socrate philosophant le jeune Alcibiade^ pour enseignant la philosophie au jeune Alcibiade; ou, par une inversion forcée: Et si le jeune Alcibiade philosophant. Ge dernier sens a paru plus convenable à quelques éditeurs, qui, depuis i64a, ont mis une virgule après le moi philosophant. Mous croyons devoir rétablir le premier texte, dans la crainte

SATYRÇ II. 19

Il n'est a décider rien de si mal aisé, Que sous un sainct habit le vice desguisé. Par ainsi j'ay donc tort, et ne doy pas tne plaindre, Ne pouvant par meiite autrement la contraindre A me faire du bien, ny de me départir Autre chose à la fin , sinon qu W repentir, [dre ?

Maisquoy, qu'y feroit on, puis qu'on ne s'ose pen- Encor faut-il avoir quelque chose où se prendre, Qui flatte, en discourant, le mal que nous sentons.

Or laissant tout cecy, retourne k nos moutons-^. Muse, et sans varier dy nous quelques sornettes De tes enfans bastards, ces tiercelets de poètes ^^, Qui par les carrefours, vont leurs vers grimassans. Qui par leurs actions font rire les passans. Et quand la faim les poind, se prenant sur le vostre, Comme les estoumeaux ils s'anament l'un l'autre.

Cependant sans souliers, ceinture,- ny cordon. L'œil farouche et troublé, l'esprit à l'abandon, Vous viennent accoster comme personnes yvres,

de prêter à Fauteur un sens autre que celui qu'il a ?ouIu donner à la phrase.

** C'est un proverbe pris de la farce de Patelin, Martial , liv. Ti, 19, a dit de même : Jam die, Postume, de tribus capellis, (Voyez Henri Etienne, en son Dial, du nouveau langage français italianisé, édit. d'Anvers, 1679, page 137; etPasquier, Aec&erches, liv. Yiii, chap. 59.) On pourroit, touchant ce proverbe, remonter jusqu'à celui-ci : Alla Menecles, alia porcellus loquitufy et voir l'explication qu'Erasme en donne. Rabelais a employé plus d'une fois ce proverbe, retourner à ses moutons, liv. i, chap. 1 et 3; liv. m, chap. 33.

^* Tiercelets de poètes.] Parmi les oiseaux de fauconnerie, les femelles portent le nom de l'espèce, parce qu'elles sui^ passent les m&les en grandeur de corps, en courage et en force. Leurs m&les sont noiamés tiercelets, parce qu'ils sont un tiers plus petits qu'elles. Tiercelet de faucon , d'autour, etc.

Rabelais t dit : Tiercelet ée Job. Pantagr. 3, 9.

l6 SATYBE II

C'est donc pourquoy, si jeune abandonnant laFran- J'allay , yif de courage et tout chaud d'espérance, [ce,

Donnant ma liberté je me suis asservy,

En public , k Téglise , à la cbambre , à la table ,

Et pense avoir esté maintefois agréable.

Mais , instruit par le temps , â la fin j*ay connu Que la fidélité n'est pas grand revenu; Et qu'à mon temp perdu, sans nulle autre espérance, L'honneur d'estre sujet tient lieu de récompense : N'ayant autre interest de dix ans ja passez , Sinon que sans regret je les ay despensez. Puis je sçay , quant & luy , qu il a Famé royalie , Et qu'il est de nature et d'humeur liberalle. Mais , ma foy, tout son bien enrichir ne me peut, Ny domter mon malheur, si le ciel ne le veut.

^ Eulë cour d'un prél4t.,J] Ne serait-ce pas Francis de Joyeuse, cardinal en i583, et archcTèque de Toulouse en i585? Ce prélat fit plusieurs Yoyages à Rome, où Régnier, en i583, nVyant encore que TÎngt ans, le suiTit, et s'attacha à lui jusqu'à la fin de i6o3, sans en SToir tiré de récompense, puisque le premier bénéfice ciu'il ait en , et qu'il obtint par une autre Toie, fut un canonicat de Chartres, en possession duquel il entra le 3o Juillet i6o4» J'ajoute à ces conjectures le mot coMf, dont le poète use ici, et l'idée au'il donne, dans les Ycrs suiTants, de la magnifieenee du prélat.

*^ J'ai ben chaud ] J.-B. Rousseau, épigr. xxt, Uy. 9 ,

définit ainsi un courtisan :

C'est nn être

ai ne cobboU rien de froid ni de chand ; t qui te rend précieu à soi maître , Par ce qall eo4lt , et Boa par ce ^«'il Tant,

C^é^t pourquoy , sans me plaindre en ma desconyenuë,

Le malheur qui me suit ma. foy ne diminue;

Et rebuté du sort, je ra'asservy pourtant,

Et sans estre avancé je demeure contant :

Sçachant bien que fortune est ainsi qu'une louve ,

Qui sans clioix s'abandonne au plus laid qu'elle trouve;

Qui relevé un pédant de nouveau baptisé *®,

Et qui par ses larcins se rend àuthonsé;

Qui le vice annoblit , et qui , tout au contraire ,

Ravalant la vertu, la confine en misère.

Et puis je m'iray plaindre après «es gens icy ?

Non , l'exemple du temps n augmente mon soucy.

Et bien qu'elle ne m'ait sa faveur départie ,

Je n'entend, quand à moy, de la prendre à partie ,

Puis que , selon mon goust , son infidélité

Ne donne et n'oste rien à la félicité.

Mais que veux-tu qu'on face en ceste bumeur austère?

Il m'est , comme aux putains , mal-aisé de me taire ;

Il m'en faut diseourir de tort et de travers.

Puis souvent la colère engendre de bons vers*^.

Mais, comte, que sçait-on? elle est peut-être sage, Voire, avecque raison, inconstante et volage; Et déesse avisée aux biens qu'elle départ,

*^ De nouveau baptisé.] Parvenu à quelque dignité. Boileau a dit de même dans sa première satire :

Et que le sort burlesqae , en ce siècle de fer,

D'un pédant , quand il veut , sait faire nn duc et pair.

^7 Puis souvent la colère engendre de bons vers,]

Et sans aller rêver dans le sacré vallon , La colère suffit , et vaut un Apollon.

BoiLEAC , sat. I.

Régnier et Boileau ont imité ce vers fameux de Ju vénal, satire ij vers 79. «

Si natura negat , facit indignatio versum.

l8 SATT&B II.

Les acyoge aa mérite, et non poÀnt au Lazard. * Puis Ton Toit de son œil. Fou juge de sa teste. Et chacun en son dire a droict en sa requeste : Car rameur de soy^Desme et nostre aflwction Adjottste ayee nsure à la perfection.

Tousiours le f<md du sac ne Tient en éyidence. Et bien souvent leffet contredit Fapparence. De Socrate à ce point l'oracle est my-partj ^^ ; Et ne sçait-on an Tray qui des deux a menty ; Et si philosophant le jeune Âlcibiade**, Comme son cheyalier, en récent Taccolade.

*^ Ce vers a beaaeoap Ttrié. Dans la première édition on Ht : De Soerate à ce paini Varrest est mff^pûrtfi. Dans celles de i6i3 et i6i3, faites pendant la ^ie de Tauteur, et dans les éditions suivantes, il y a VorMU au lien de Varreti. Dans eelle de 1643, et les autres qui ont été faites après, on a mis : De Socrête en ce point ^ etc. L'expression de ce vers et des trois suivants est embarrassée. OraeU ou arrcêt, queportoit la première version , ne signifie peut-être en cet endroit que opi~ nion publigmcj qui, eu effet, est double sur le compte de Socrate , sa liaison avec Alcibiade ayant été Tobjet de soupçons que Gicéron luinnéme a tournés en plaisanterie : Quid? S<h-

eratem nonne leglmuo quemadmodnm noiarit Zopffnu T addidit

eliam muUeronm : infuoAleibUdee Cëckinnuu didtnr enttnUête. Gic. de Fato.

Boileau, satire xii, s*e8t emparé de la pensée de Régnier, qu'il a rendue avec son élégance accoutumée.

Et Socrtt« , llionMiir de la profone Grèe« y (Jo'étoit-il , en effet, de pr*« examiné, Qo'un mortel par lui-même au seul mal «ntralné , Et f malgré la Tertu dont il faiaoit parade • TrèeéqniToque ami du jeune Alcibiade?

*^ Ge vers est encore amphibologique ; ou ne sait si Régnier a voulu dire : Bt êi Soerêtêpkilêêopkënl le jeune Aicthiade, pour enteignont le pkUoêOphie êu Jemtê Aleikiëde; ou , par une inversion forcée : El et le Jeune AletkUde phUoêophanl, Ge dernier sens a paru pins oosTenabla à quelques éditeurs, qui, depuis 1649, ont mis une virgule après le moi phUœopkmu, Nous croyons devair rétaMir la pramier texte, dans la crainte

sATT&i: II. 19

Il n'est i décider rien de &i mal aùé, Que sons un sainct habit le vice desguisé. Par ainsi j'ay donc tort, et ne doy pas nie plaindre, Ne pouTant par mérite autrement la contraindre A me fiure du bien, ny de me départir Autre cbose à la &, sinon qnW repentir, [dref

Mais^pioT, quV feroit on, puis qu on ne s^ose pen- Encor &ut-il avoir quelque dbose oh se prendre. Qui flatte, en discourant, le mal que nous sentons.

Or laissant tout ce^, retourne a nos moutons ^*, Muse,^.et:sans varier dy nous quelques smnettes De tes enûms bastards, ces tiercelets de poëtes'*. Qui par les caireCburs.Tont leurs vers gnmassans. Qui par leurs actions font rire les passans. Et quand la Êûmles pcnnd, se prenant sur le yostre. Comme les estoumeaux ils s^amnoit Tun Tautre.

Cependant sans soulier», odnturè,' ny cordon. L'œil faroucbe et troublé, Tesprit à Fablandon, Vous Tiennent accoster comme personnes yyres,

de prêter à rauteor on sens antre qne celui qn*il t Tonln donner à la phrase.

^ C'est nn pro? erbe pris de la farce de Pêtettn. Martial , Hv. Tf, 19, a dit de même : Jamdie, Pottume, de irikut eapeOiê, (Voyez Henri Etienne, eu son Diêl, du nmofom témggge frëuçoû UttUmiisé, édit. d'Angers, iSy^, page 157; etPasquier,lleeè«rcftM, Ht. tui, ehap. 59.) On poarroit, tooehant ce pro? erbe, remonter jusquii celoi-çi : ÀUa UemeeUt^ alia pareeUua hqMUvrf et Yoirrexplication qa*Érasme en donne. Rabelais a employé pins d^e fois ce proverbe, retourner à tee mautam^ 1it. i, cbap. & et 3; Ut. m, cbap. 33.

** TiertéUU de poètes,'] Parmi les oiseaux de CMiconnerie, les tîûneUafr portent le nom de Teapèce. parce qu'elles sur^ paasent.les oiAtea en grandeur de corps, en courage et en force. Leurs mÀles sont noiamés tiereeletoy parce qu'ils sont nn tiers plus petits qu'elles. Tiercelet de faucon , d'autour, etc.

Rabelais, t dit : Tiereetet du Job, Pantagr. 3, 9.

ao SATYRE II.

Et disentpour bon-jour : Monsieur, je fais des livres**. On les vend au Palais, et les doctes du temps A les lire amusez, n'ont autre passe-temps. De là, sans vous laisser, importuns ils vous suivent. Vous alourdent de vers, d*alégresse Vous privent, Vous parlent de fortune, et qu'il faut acquérir Du crédit, de l'honneur , avant que de molu^ir; Mais que pour leur respect l'ingrat siècle où nous

[sommes.

Au prix de la vertu n'estime point les hommes;' Que Ronsard, du Bellay, vivants ont eu du bien, Et que c'est honte au Roy de ne leur donner rien. Puis, sans qu'on les convie,^ ainsi que vénérables, S'assient*' en prélats les premiers a vos tables, Où le caquet leur manque , et des depts discourant ^ Semblent avoir des yeux regret au demeurant**.

Or la table levée, ils curent la mâchoire. Apres grâces Dieu beut**^, ils demandent à boire ;

^^ HoBACB, dans sa satire de Vlmportun^ lir. i, satire 9, dit :

Noris nos , inquit , docti sumus.

S3 Dans les éditions de 1608 et 1614 on lit s'assiessent; celles de i6i3 et suivantes, s'assient,

** Demourant^ édition de i6oS.

** Un auteur grave (Boetius Epo) dit que les Allemands, fort adonnés à la débauche , ne se mettoient point en peine de dire grâces après leur repas. Pour réprimer cet abus, le pape Honorius III donna des indulgences aux Allemands qui boiroient un coup après avoir dit grâces. Bobtids Epo, Gomment, sur le chap. des Décrétales: Ne clerici vel monachi, etc. cap. 1 , n. i3.

L'origine de cette façon de parler, après grâces Dieu beuty ne vient-elle point plutôt de cet endroit de TEvangile t Et, accepta calice, grattas agens dédit eis, etMherunt ex illo omnes. La Monnoye croit qu'il faut peut-être lire : Après Grace-Dieu hue, ils demandent à boire, pour donner à entendre que, non

Vous font un sot discours, puis au partir de là, Vous disent : Mais, monsieur, me donnez-vous cela? C'est tousjours le refrein au'ils font à leur balade. Pour moy je n'en voy point que je n'en sois malade; jr*en perds le sentiment, du corps tout mutilé, Et durant quelques jours j'en demeure opilé.

Un autre, renfrogné, resveur, mélancolique, Grimassant son discours, semble avoir la colique," Suant , crachant , toussant , pensant venir au point, Parle si finement que l'on ne l'entend point.

Un autre, ambitieux, pour les vers qu'il compose. Quelque bon bénéfice en l'esprit sp propose , Et, dessus un cheval xomme un singe attaché , Méditant un sonnet, médite un évesché*®.

Si quelqu'un, comme moy , leurs ouvrages n'estime. Il est lourd, ignorant, il n ayme point la rime ; Difficile, hargneux, de leur vertu jaloux. Contraire en jugement au commun bruit de tous :

conteus d'avoir bu le coup d*aprës grâces, ils demandent à boire sur nouveaux frais. Ainsi , boire Grace-Dieu , ce seroit boire un seul coup après avoir dit ses grâces ; et en demander davantage seroit manquer de savoir-vivre et de tempérance.

S6 Dans Tédition de 1608 on lit une éveaché. Toutes les autres éditions portent un évesché ; mais dans la satire ii r, page 35, notre auteur a fait évêché du genre féminin : Et si le faix léger d*une double évestki. Quarante ans après la composition de cette satire, le genre du mot évêché n'étoit pas encore bien déterminé ; car Ménage, dans sa Requête des Dictionnaires^ imprimée en 1649, assure qu'il n'y avoit que les puristes qui dissent une évesché :

Us veulent, malgré la raison, Qu'on dise aujourd'hui la poison , Une épilaphe, un& épigramrae , Une navire , une anagramme , Une reproche , une duché , l ne mensonge, une évesché.

2a SATYRE II.

Que leur gloire il desrobe, avec ses artifices. Les dames cependant se fondent en délices, Lisant leurs beaux escrits , et de jour et de nuict Les ont au cabinet souz le chevet du lict ; Que portez à Téglise, ils vallent des matines : Tant, selon leurs discours, leurs œuvres sont divines.

Encore après cela, ils sont enfans des cieux, Ils font journellement carrousse*' avecq' les dieux : Compagnons de Minerve, et confis en science, Un chacun d^eux pense estre une lumière en France.

Ronsard, fay-m'en' raison, et vous autres esprits, Que pour estre vivans en mes vers je n'escrits , Pouvez- vous endurer que ces rauques cygalles Esgallent leurs chansons à vos œuvres royalles, Ayant vostre beau nom laschement démènty ? Ha ! c'est que nostre siècle est en tout perverty. Mais pourtant quel esprit, entre tant ainsolence, Sçait trier** le sçavoir d*avecques l'ignorance, Le naturel de Tait, et d'un œil avise Voit qui de Galliopé est plus favorisé?

Juste postérité, a tesmoin je t'appelle*®, Toy qui, sans passion, maintiens l'œuvre immortelle , Et qui , selon l'esprit , la grâce , et le sçavoir.

*^ Ce mot a vieilli ; il signifie débauche de vin, du mot al* lemand garauss, tout vidé; on sous-ent^d le verre. Mbnagb.

** Trier, c*est ainsi qu'il faut lire, suivant la première éditiou, de 1608, et non pas tirer y qui est dans les autres éditions.

** Ce vers a été employé par Desmarestz de Saiut^Sorlin, dans une ode qui est li la tête de son poème de CloviSy et dans un ouvrage de sa façon-, intitulé : La Comparaison de la langue et de la poésie française, etc., 1670.

Car le siècle envieux juge sans équité ; Mais j'en appelle ft toy, juste postérité.

De race en race au peuple un ouvrage fais voir : Venge ceste querelle , et justement sépare Du cigne d^ Apollon la corneille barbare , Qui , croassant partout d^un orgueil effronté , Ne couche de rien moins que rmunortalité^®.

Mais, comte, que sert-d d'en entrer en colère? Puis que le temps le veut, nous n'y pouvons rien faire^* , Il faut rire de tout : aussi bien ne peut-on Changer chose en Virgile, ou bien l'autre en Plato»**.

Quel plaisir penses-tu que dans l'ame je sente , Quand l'un de ceste trouppe , en audace insolente , Vient à Vanves*' à pied pour grimper. au coupeau

3^ Ce vers est ainsi dans Tédition de 1608 , et il doit être ainsi, à moins qu'on n'aime mieux lire ; Ne couche rien itt moins. D'autres éditions portent :

Ne couche de rien moins dé r^mmor.talité; c'est-à-dire, Ne vise, n'aspire à rien moins qu*à l'immortalUi, 3^ Edition de 1643 etsufvaûtes : Nous n*y pouvons que faire.

3^ Les éditeurs se sont efforcés de torturer ce vers naïf et plaisant pour le rendre lourd et commun. L'édition de 164* porte : Changer chose, pour aucune chose, en Virgile, ou repren* dre Platon, Celles de i655 et de 1667 : Changer rien dansVir^ gile, ou reprendre en Platon. Lenglet-Dufresnoy, qui a compris le sens de Régnier, propose aussi sa variante : Chanffit l'un en Virgile, etc. ' '

Il est évident que chose est là pour un tel,

35 Village près de Paris, qu'on appelle aujourd'hui y««ves. Ce village est renommé pour le beurre excellent fu'il fournit.

Hic mincis ubi burra fluunt Vanvœft cavatis.

Ant. DE Arena, poëma Macaronic. dé Bello huguenotieo,

François I®', pour se moquer de la longue liste dé titres qu'étaloit l'empereur Charles-Quint, ne prenoit d'autre qualité dans ses réponses que celle de roi de France, 8eig|ieq^ de Gonesse et de Vanvres, Au reste, ce vers 901 fait présutawPiqu^ le comte de Cramail avoit une maison à Vanvres, et ii|g|ij6eUe

Du Parnasse flrançois et boire de son eau ;

Que , froidement reçeu , on Tescoute à grand peine ^* ;

Que la muse en groignant luy defTend sa fontaine ,

Et , se bouchant Toreille au récit de ses vers ,

Tourne les yeux à gauche et les lit de travers ;

Et , poiu* finit de sa peine aux grands vens dispersée ,

Tous ses papiers servir à la chaise percée ***?

Mais comme eux je suis poëte , et sans discrétion Je deviens importun avec présomption.

Il faut que la raison retienne le caprice , Et que mon vers ne soit qu^ainsi qii^un exercice Qui par le jugement doit estre limité , Selon que le requiert ou Tâge ou la santé.

le ne sçay quel démon m'a fait devenir poëte : le n'ay , comme ce Grec , des dieux grand interprète , Dormy sur Helicon^®, où ces doctes mignons Naissent en une nuict, comme les champignons. Si ce n'est que ces jours , allant à Tadventure , Resvant comme un oyson allant à la pasture , A Vanves j'arrivay^ où , suivant maint discours , On me fit au jardin faire cinq ou six tours ; Et comme un conclaviste entre dans le conclave ,

maison étoit ouverte aux gens de lettres et aux poètes célèbres.

^ L'hiatus qui se trouve à la césure de ce vers pouvoit se sauver facilement en mettant que receu froidement ; mais, du temps de Régnier, la rencontre de deux voyelles dans les vers n'étoit pas regardée comme un défaut.

3? N'est-ce point là Toriginal du vers de Molière?

Franchement il est bon -à mettre au cabinet.

Misanthrope, ack I, se. ii.

'^ Hésiode , s'étant endormi sur le mont Hélicon après avoir bu de Teau d'Hippocrène, devint poète par une faveur singulière des muses.

Le sommelier me prit et m'enferme en la cave , Où beuvant et mangeant, je fis mon coup d'essaj, Et où, si je sçay rien , j'appris ce que je sçay.

Voyla ce qui m'a fait et poëte et satyrique , Réglant la mesdisance à la façon antique. Mais à ce que je voy, simpatisant d'humeur, J'ay peur que tout a fait je deyiendray rimeui\ J^entre sur ma louange , et, bouffi d'arrogance , Si je n'en ay l'esprit , j'en auray l'insolence. Mais retournons a nous, et sages devenus. Soyons à leui^ dépens un peu plus retenus.

Or, comte, pour finir, ly doncqu' ceste satyre, Et voy ceux de ce temps que je pince sans rire ; Pendant qu'à ce printemps retournant à la cour, J'ïray revoir mon maistre *^ et lui dire bonjour.

37 Voyez la note n , page la.

a6 SATYRE III.

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