‹ Œuvres complètes de Mathurin Régnier, avec les commentaires revus et corrigés; pre̋cédés de l'Histoire de la satire en France, pour servir de discours preliminaireChapitre 4 sur 62 · A MONSIEUR LE MARQUIS DE COEUVRES · texte numérisé non relu

A MONSIEUR LE MARQUIS DE COEUVRES

arquis , que doy-je faire en ceste incertitude? Dois>je, lasde courir, me remettre àFestude^ Lire Homère, Aristote, et, disciple nouveau, Glaner ce que les Grecs ont de riche et de Reste de ces moissons que Ronsardetdes Portes^ [beau; Ont remporté du champ sur leurs espaules fortes , Qu'ils ont comme leur propre en leur grange entassé, EsgaUant leurs honneurs aux honneurs du passé ?. Ou si, continuant à courtiser mon maistre*. Je me dois jusqu'au bout d'espérance repaislre , Courtisan morrondu , frénétique et resveur.

* François Annibal d'Estrées, marquis de Gœuyres, frère de la belle Gabrielle, duchesse de Beaufort , s'est rendu célèbre par ses ambassades , surtout par celle de Rome. Il fut fait maréchal de France en 1634» et depuis ce temps-là on le nomme le maréchal d'Ëstrées. Il mourut à Paris le 5 mai 1670, âgé d'environ cent ans.

' Pierre de Ronsard, et Philippe des Portes, poètes fameux. Ronsard, surnommé le prince des poètes françois, mort en i585, conserva long-temps une haute réputation, méritée à quelques titres, et dont Régnier offre ici la preuve. L'abbé des Portes étoit natif de Chartres et oncle de Régnier. 11 fut chanoine de la Sainte-Chapelle, abbé de Tiron, de Bonport, de Josaphat, des Vaux de Cernay et d'Âurillac. Il mourut en 1606, possesseur d'une immense fortune.

Voyez la note 13 sur la satire 11 page la.

Portrait de la disgrâce et de la défaveur; Puis , sans avoir du bien , troublé de resverie , Mourir dessus un coffre * en une hostellerie , Ea Toscane, en Savoye*", ou dans quelque autre lieu, Sans pouvoir faire paix ou tresve avecques Dieu? Sans parler je t'entends : il faut suivre Forage ; Aussi nien on ne peut où choisir avantage. Nous vivons à tastons , et dans ce monde icy Souvent avecq' travail on poursuit du soucy : Car les dieux courroussez contre la race humaine *, Ont mis avec les bien^ la sueur et la peine. Le monde est un berlan où tout est confondu : Tel pense avoir gagné qui souvent a perdu , Ainsi qu^en une manque où par bazard on tire. Et qui voudroit choisur souvent prendroit le pire. Tout despend du destin , qui, sans avoir esgard. Les faveurs et les biens en ce monde départ.

Mais puis qu'il est ainsi que le sort nous empoile,

* Cette expression de mourir sur un coffre, pour indiquer une mort misérable, étoit en faveur du temps de Régnier. On en peut juger par cette épitaphe que Tristan rHermite, poète contemporain de notre auteur, composa pour lui-mêmo:

Ebloui de l'éclat de la splendeur mondaine ,

Je me flattai toujours d'une espérance Taine •

Faisant le chien couchant auprès d'un grand seigneur.

Je me vis toujours pauvre . et tAchai de paroltre ;

Je véquis dans la peine , attendant le bonheur.

Et mourus sur un coffre , en attendant mon maître.

' Notre poète avoit passé par ces pays-là dans son voyage de Rome. Il y a apparence que cette satire ne fut faite qu'après son retour.

* Car les dieux courroussez ] Ronsard avoit dit dans

son Boeea§e royal :

On dit que Prométhée , en pétrissant l'argile Dont il fit des humains l'essence trop fragile , Pour donner origine à nos premiers malheurs , Au lieu d'eau la trempa de sueurs et de pleurs.

Qui voudroit se bander contre une loy si forte? Suivons donc sa conduite en cet aveuglement. Qui pèche avecq' le ciel pèche honorablement. Car penser s^afiranchir, c'est une resverie : La liberté par songe en la terre est chérie. Rien n Wlibre en ce monde, et chaque homme dépend. Comtes, princes , sultans, de quelque autre plus grand. Tous les nommes vivants sont icj bas esclaves ; Mais suivant ce qu'ils sont ils différent d^entraves ; Les uns les portent d'or, et les autres de fer : Mais n'en desplaise aux vieux ,* ny leur philosopher ^ , Ni tant de beaux escrits qu'on lit en leurs escoles , Pour s'affranchir l'esprit ne sont que des paroles.

Au joug nous sommes nez , et n'a jamais esté Homme qu'on ait veu vivre en plaine liberté.

En vain mo retirant enclos en une estude , Penseroy-je laisser le joug de servitude ; Estant serf du desii* d'aprendre et de sçavoir. Je ne ferois sinon que changer de devoir. C'est Tarrest de nature , et personne en ce monde Ne sçauroit contrôler sa sasesse profonde.

Puis , que peut-il servir aux mortels icy bas , Marquis , d'estre sçavant ou de ne l'estre pas , Si la science pauvre, affreuse etmesprisée Sert au peuple de fable , aux plus grands de risée ^ ;

^ Voici le mot philosopher pris dans Tacception inusitée aujourd'hui de eonnoUaances en philosophie ; c'est Tinfinitif du verbe devenu substantif, comme savoir pris pour science Cette hardiesse ou cette licence de Régnier peut servir à interpréter le vers m de la satire ii. (Voy. note 19, page 18.)

^ Notre poète a parodié ces deux vers dans le second discours au roi, vers m et 11 a.

La science à la table est des seigneurc prisée , Mais en chambre» Belleau , elle sert de risée.

J. da Bellay, sonnet k Remy Belleau.

Si les gens de latin des sots sont dénigrez , Et si Ton est docteur sans prendre ses degrez? Poury eu qu^on soit morgant , qu^onbride sa moustache, QuWfriseses cheveux, qu'on porte un grandpanache. Qu'on parle barragoiiyn , et qu'on suive le vent*, En ce temps du jourd'huy l'on n'est que trop sçavant. Du siècle les mignons ^^, fils de la poulie blanche ^*% Ils tiennent à leur sré la fortune en la manche ; En crédit eslevez , ils disposent de tout, Et n'entreprennent rien qu'ils n'en viennent à bout. Mais quoy, me diras-tu, il t'en faut autant faire :

* Régnier a semé ses poésies de ces façons de parler populaires et passagères. Sorel Ten a repris dans ses remar(^nes sur le livre xiv du Berger extravaganty p. 553 : « Que si au » reste, dit-il, j'ay quelques proverbes, tous ceux qui par^ » lent bien les disent aussi bien que moy. Que seruit ce donc » si je disois comme Renyer : C'est pour votre beau nez queeela » se fait; Vous parlez barragouiii ; Vous nous faites des bonadiez ; » Vous mentez par vostre gorge; Vous faites la figue aux autres; Je » réponds d'un ris de Saint-Médard ; Je suis parmi vous comme » un homme sans verd. Voilà l«s meilleurs mots de ce poète » salyrique ; mais je n'eu voudrois pas user : car possible que » d'icy i dix ans Ton ne les entendra plus , et dès mainte- » nant il y a plusieurs personnes qui ne les entendent pas. »

Rabelais s'étoit déjà moqué dabaragouin des savants de son temps, dans la rencontre que fit Pantagruel d'un écolier limousin. (Voyez liv. 11, cbap. 6.)

^^ Du temps de Régnier on disoit mignon pour favori : Les mtgnons du roy,

** Expression tirée du proverbe latin Gallinœ filius'albœ, JuvÉN., satire xiii, v. i4i. (Voyez les Adages d'Érasme, p. m. 67.)

Que le fils de la poule blanche , L'heureux seigneur d'Angervilliers , etc.

ditTabbé Regnier-Desmarais, dans une lettre à madame Desmarets. On entend par cette expression le fils d'une femme que l'on aime, et sur lequel on répand les faveurs que l'on n'ose offrir à la mère.

3o SATYRE m.

Qui ose a peu souvent la fortune contraii'e. Importune le Louvre et de jour et de nuict; Perds pour f assujettir et la table et le lict; Sois entrant**, effronté, «t sans cesse importune : En ce temps Timpudence esleve la fortune.

Il est vray , mais pourtant je ne suis point d*avis De desgager mes jours pour les rendre asservis , Et souz un nouvel astre aller, nouveau pilotte , Conduire en autre mer mon navire qui flotte Ehitre Tespoir du bien et la peur du danger De froisser mon attente en ce bord estranger*

Car, pour dire le vray, c'est un pays estrange Où, comme un vray Prothée , à toute heure on se Où les loix, par respect sages humainement,[change, Confondent le loyer** avecq' le chastiment; Et pour un mesme fait, de mesme intelligence. L'un est iusticié, l'autre aurarecompence**.

Car selon l'interest, le crédit ou Pappuy, Le crime se condamne et s'absout aujourd'huy. Je le dy sans confondre en ces aigres remarques La clémence du roy , le miroir des monarques , ' Qui plus grand de vertu, de cœur et de renom. S'est acquis de clément et la gloire et le nom.

** Entrant , hardi , entreprenant. Notre auteur emploie le même mot dans le 6® vers de la page suivante.

*^ Loyer, gages, salaire, récompense : de locare,

Il le flst secrétaire

Et thrésorier des finances royales Pour le loyer de ses vertus loyales.

Cl. Marot» Cimetière de Cotereun .

** L*un estjustieié, l'êutre aura recompenee,]

Multi

Committunt eadem dlverso crimina fato :

Ille crucem pretium sceleris talit , hic diadema.

JuvÊN. sat. XIII.

SATTRB III. Sft

Or, quant àton consd) ({u^àla eonr je ai>ngage*S Je n'en ay pas Tesprit^ non plus ^e le courage. Il faut trop de'sçaTcâr et de cmhtê, Etf si j^ose ai parier^ trop de sdbtiHté. Ge nW pa« son humeur; je suis mélanoolicpe. Je ne suis point entrant, ma laçon est rustique; Et le surnom de bon me ya-t-on lepiookant, D^autant que je n^ay pas Fesprit d*e8tie mesdiant

Et pnisY je ne sçaurais me toccr nj me iondre; Trop uhre ai voloBté, je ne me pois amtratndio ; Je ne sçaorois flatter^ et ne sçay point comment Il faut se taire aooort, on païkr firassancnt. Bénir les ÙYoris^de ^este et de pairoUes , Parler de leurs ayeux an jour** de Ccriiones, Des bauts £ùts de leur race, et comme ils ont aquis Ce titre avecq^ honneur de ducs et de marquis.

Je n*ay point tant d*espnt pour tant de menterie; Je ne puis m^adonner à la cageollarie ; Selon les accidents^ les humeurs ou les jours. Changer comme dîabits tous les mois it discours. Suivant mon naturel, je hay tout artifice. Je ne puis déffuiser la yertu ni le TÎce, Offrir tout de la bouche, et, dW pn^KM menteur. Dire : Pardieu, monsieur, je tous suis serviteur ; Pour cent bonadiez*^ s^anrester en la rue,

** Of, pi«nt è IM emudi fii*é le eêwrjê m'ia§ë§ê.] Ct <iai suit est imité de JuTénal, Mtire m, ▼. 4& :

Qttid RoouB fieiftm? ■«■lin mkîo. «te.

(Voyez Martial, lif. m, épit. 38 : AiHë «MfM UUm^ etc.)

*^ il» /ow pour é lëj9wrnée. Bataille fameuse, gagnée, ea 1 545, par Tarmée de François !"% commandée par le duc d*£iigbien , sur celle de Tempereur Charles-Quint. Les Latios disoient aussi Het T^ur journée^ ou MêilU.

^7 HmmHm. Mot francisé, du latin honê aies , bon jour. On

3a SATYRE 111.

Faire sus Tun des pieds en la sale la grue, Entendre un marjoUct** qui dit avecq' mespris : Ainsi qu^asnes, ces gens sont tous yestus de ms. Ces autres verdelets aux perroquets ressemblent, Et ceux cy mal peignez devant les dames tremblent: Puis au partir de la, comme tourne le vent, Âvecques un bonjour amis comme devant.

Je n'entends point le cours du ciel ^ ny des plaie ne sçay deviner les affaires secrètes, [netes*^, Gonnoistre un bon visage, et juger si le cœur. Contraire à ce qu on voit, ne seroit point moqueur. De porter un poullet*® je n'ai la suffisance,

fait aussi ce mot honadiez de trois syllabes : c^est pottrqtfoi, dans Fédition de i64a et dans les éditions suiTantes,-on a mis : Et pour cent honadiez. Le même mot, réduit h trois syllabes, avait été employé dans le testament de Patelin : Qvand on me disoit bonadies, Rabelais, liv. i, chap< ig, fait dij^e à Janotus de Bragmardo mnadiea pour bonadies, et il le fait dire ainsi pour charger le ridicule de la harangue latine qu'il met dans la bouche de cet orateur, ou pour se moquer de la prononciation vicieuse qui régnoit dans les écoles , comme Ta conjecturé le commentateur de Rabelais.

*^ Marfolletf petit maître parfumé de marjolaine. G^est ainsi que le peuple a fait muscadin , de musc, et que Ton dit encore, dans le même sens, un muguet.

La Fontaine a employé Texpression de marjottet dans son conte des Lunettes.

*^ Je n'entends point le cours du ciel, ny des planètes,]

Motus

Astrorum ignoro.

Jl'VEN. sat. III.

*^ Poullet, billet doux, lettre d'amour.

.... Ferre ad nuptam quœ mittit adalter, Quae mandat , noruut alii.

JUVEN. sat. m.

On lit dans le Glossaire bourguignon , au mot poulâ , que poulet , en ce sens-ià , n'a guère été en usage parmi nous que depuis 1610 jusqu'à 1670 tout au plus; mais , nous trouvons des exemples un peu plus anciens de ce mot :

iepe sui» point adroit, je ii^ay point d^éloqueuce. • Pour cokM^ un fiait, on destoumer la fby, « - - -> PnMivet-ifil^un grand amour u*est suject a la loy, Su]boI1HS^ ptr discoui's une femme admette , Luy conter des chansons de Jeanne, et de Paquiette^*, Desbàucher une fille, et par ylve^^raisons Luy iponslr^ comme amour fait les bonnet maisonsv Les maintient, les esleye, et propice aux plus belles En honneur les avance, et les fait damoyselles ; ^ Que c^est pour leur beau nez que se 6mt les ballets^ Qu'elles sont le subject des vers et doi pouUets ; ■ Que leur nom retentit dans les airs qhe Ton chante :- Qu'elles ont à leur suite ûnMrouppe béaiiCe De langoureux transis ;et pour le faire conrt, r

Dire qu'il n'est rien tel qu'aymer les gens de court i AJilegant Biaint exemple en ce siècle où nous sommer^ Qu'il n^esliyen si facUe à prendre que les homme^ Et qu'on ne s'enquiert plus s'eUe a Kiit le ppurquoy^ Pouryeu qu'elle soit riche, et qu'elle aitJ>iendfiâuoyj Quand elle auzoit suivy le camp, à la Rochellâi", ' I S'elle*^ a forcé ducats elle est toute pucelle. '

L'honneur estropié, languissant, etperdbis, v. ^

car on fait dire à Henri lY, en 1697 «. cniejpademoiselle éé Guise, sa nièce, « aimoit bien autant til^ poulets en j^apier. . qu'en fricassée ». Mémoires de Sully j part. ïi, p. ti4* Et alor^

car on fait dire à Henri lY, en 1697 y cniejpademoiselle éè

ni

onappeloît porle-pouletvoi entremetteur d^ataiour. fbkl,f 1. 11, chap. 83, p. q4S.

'* Façon de parler populaire , pour maniuer les discours que Ton tient du tien et du quart. '

^' Quand elle wur$Uêum le camp à%é Rochelle» 1 Les caltinistes s^étanC emparés de La Rochelle, cetta fille fut assiô^ en iôtS par Henri » duo d'Anjoa , firère 4a roi Charles IX; mais Henri, ayant été appelé à- la couronne de Pologne^ al>andonna ce siège.

'^ SVtte pour <i e»e, par élifllim.

N'e»t plus rien qu'un idole en qui l'on ne croit plus.

Or pour dire eecy il fout force miitère; Et de nul discourir i) vaut bien mieux m tain. Il est yixj que ceux-là qui n'ont px Unt d'espiii, Peuvent mettre en papier leur dire par escrit ;

It rendra, par lenrs yers, leur muse maquereUc ; llaia, pour aire le vray, je n'en ay la cervellt. Il fantcstre trop prompt, escrire à tous propos,

Perdre pour un sonnet, et sommeil, et repos. Puis ma mme est trop chaste", et j'ay trop de cou Et ne puis ixntr antruy ^çonner un ouvrage, [rage^ Pour moy j ai de la court autant comme il m'en foid : Le Toi de mon dessein ne s^estend peint si haut : De peu je suis content, encore que mon malstre Sll luy plaisoit on jour mon travail reconnoistre Peut autant qu'autre prince, et a trop de moyen D'eslever ma fortune et me faire du bien. Ainsi que sa nature, à la vertu facile, Promet que mon labeur ne doit esire inutile. Et qu'il doit quelque jour, mal-grj le son cuisant. Mon service honorer d'un honneste presant, HontKste, et convenable k ma basse fortune , Qui n'abaye, et n'aspire, ainsi que la commune. Après l'or du Pérou ; ny ne tend aus honneurs Que Rome départit aux vertus des seigneurs. Que me sert de m'asseoir le premier h ta tahle. Si la faim d'en avoir me rend insatiable?

■• pub ma mtsttttlrer clku»...] OnMi'aUandoIt goirt

t trourer ce y»n sous la ptnms de Rigoler. CepMtdinl on ae |)«ul en conclure qae notre antenr ttt ia mauiiiBe fl>I ; Il en vrai que 1& pudeur est oflensée «njonrd'hui des ri»f eguimei qu'il paraît rechercber avec complaisance, mais on étoll

n temps moins dilicai sur l'eipresaioB.

SATYRE Ht. 36

Et si le faix léger d'mi^. double (yvesché*^ Me rcRidant moins citant me rend plus empesclié? Si la gk)ire et la charge à la peine adonnée * Rend sot» Tambition moii ame infortunée? Et quand la ^ryilude a pris Thomme an colet, J^estiiiie que le prince est moins que son yalet. G^est pourquoy je ne tends à fortune si grande : Loin de Tambition, la raisdu^e congfljij^de ^ Et ne prétends avoir antre l^ose siAèi»''^ * Qu'un simple ibénéfite, et quelque peu de nom : Afin de pouYcâr vivre avec ooetque asseurance« Et de m oster mon bien qisâ^OH ait conscience.

Alors Vrayment heureux, les livBti; feuilletant, ' le rendrois mon desii*, et mon esprit contant, Car sans le revenu l^ude nous abuse, Et le corps ne se paist aux banquets de la mutfë^ Ses mets sont de sçayoir discourir par raison, Gomme Famé se mmt un temps m sa prison ; ^

Et comme délivrée elle monte divine Au ciel, lieu de son estre, et de son origine ; Gomme le ciel mobile, estemel en son cours, , . ^ Fait les siècles^ les ans, et les mois, et les jours, Gom|ie aux quatre éléments, les matières encloses, DonÉentfXomme la mort , la vie à toutes choses. Gomme premièrement les bomittes dispersez. Furent par Farmonie en troupes amassez.

^ AUusion à ces vers de Ronsard, adressés au ministre de Mont-Dieu :

Or tuf , mon frère en Ckristj^ tu dis que je tui» prêtre ; J'atteste l'Etemel que Je le toudrois être , Et d'avoir tout le dos et le chef empdché Dessous la pesanteur d'une bonair évèché.

Aûjoardliui iveché est du genre masculin. (Voyez la remar-* que 96 sur ht satype u, page 91:.}

Et comme la malice en leur ame glissée, Troubla de nos aveux l'innocente pensée ; D*où nasquircnt les loix, les bourgs, et les citez, Pour servir de gourmette à leurs meschancetez ; Comme ils furent en fin réduits sous un empire, £t beaucoup d'autres plats *^ qui seroientlongs à dire;. Et quand on en sçauroit ce que Platon en sçait. Marquis , tu n'en serois plus gras, ny plus refait. Car c'est une viande en esprit consommée , Légère à l'estomach, ainsi que la fumée, [sçavoir ! oçais tu, pour sçavoir bien , ce qu'il nous faut G^est s'affiner le ffoust de cognoistre et de voir, Apprendre dans ie monde, et lire dans la vie, D autres secrets plus fins que de philosophie ; £t qu'avecq' la science il faut un bon esprit. Or entends a ce point ce qu'un Grec tin esciit*' : Jadis un loi^p , dit-il^ que la faim espoinçonne , Sortant hors de son fort rencontre une lionne**,

s<^ Et beaucoup 4*êutret faits^ dans Fédition de 1643 «1 AtM ]e8 suivantes.

*^ Régnier suppose que cette fable étoit originairemeot grecque, parce que les fables le sont presque toutes. Celle-ci

f»ourtant n*est pas du nombre, autant qu'on en peut juger par es citations que Ménage a curieusement ramassées lè-des* sus, pages g et 34 de ses Moii H dire^ k la fin de ses Otiginei ttëUenneSt édition de Genève, où il cite trois auteurs italiens qui ont raconté cette fable chacun à leur manière ; ce qui fait ' comprendre que Régnier, étant k Rome , Tafoit pu lire dans leurs écrits. Ces trois auteurs sont celui du fiovelliere anticOf novella 91; Stefano Guazzo, dans ses Diëloguet; et Scipione Ammirato, dans ses Praverbêê,

^ Selon les trois auteurs itaUenf qn*on vient de citer, les acteurs de cette fable sont le renard , le loop et le mulet. La Fontaine , qui Ta mise en ftn francois , liv. ▼, fable 8 , in* troduit le cheval et le lonp. EUe est aussi d*nne autre manière, sous le nom da renkrdf 4t loop et du cheval , daua

se

SAttlli^il. 37

Ragissante it Tabort, et qui monstroft aux dents L^insatiable ûdm qu'elle ayoit «U dedans. Furieuse elle approche , et le loup qui Fadvise, D'un langage uateuc luj paxiè et la eour^e : Car ce fut de tout temps que, j^oyant sous Teffbrt , Le petit eede au grand, et le wib\e an plus fort ^.

Luy, £.je, qJÏMgiioitque&ute/aiitreproje, La beste Tattaquast , ses ruses il ev^bje.

Mais. en fin le bazard'si bien le «econnit/

Qu'on mulet gros^ gras à leurs jeux sqppamt.

Us cheminent dispM , croyant la table preste ,

Et s'approchent tons deux, assez près de la beste.

Le loup qui la cognoist, malin , et deffiant,

Luy regardant aux pieds , luy paiioit en riant :

D'où es-tu? c[ui es-4a? qpîdle est ta nourriture ^^

Ta race, ta maison , ton ttaltatre , ta nature?

Le mulet estonné de ee 'èouveau discours ,

De peur ingénieux , aux ruses *eut recours ;

Et comme les Normans , sans lui respondre, yoire'**:

Compère, ce dit-il^', je n'ay point de mémoire.

la recueil imprimé chet BaiMa en 1694, Ht. tu, ftible 17 |l6nage l'a toaméç en vers latins dass ses Modi M iire^ p. 34.

•"^êpoinçonne, aiguillonne.

^ *9 La Fontaine , dans ]a fable du loup et de l'agneau :

La raison da pi» 9m est too^oon la p«Uleiire.

^^ Nourritnre ^ çonr éducation , se dit encore dans quelques unes de noé pjroyinees.

« ^ Y0ire^ Le mulet lui répondit an Nonnand. Voire est un adTerbe afumatif fort usité en Normandie, qui signifie wni^ meiU, '

^ Compère, ee dit-il,,.] (Test ainsi quHl faut lire suiTant Tédition de 1608. On avait mis : Et comme y ce dit-il, dans toutes les éditions suivantes avant celle de i64a 9 ce qui est une faute d'autant plus^ossière , qull y auroit trois vers de

Et comme sans esprit ma grand mère me vit , Sans m'en dire autre chose au pied me Fescrivit.

Lors il levé la jambe au jarret ramassée ; Et d'un œil innocent ii couvroit sa pensée , Se tenant suspendu sur les pieds en avant. Le loup qui 1 aperçoit , se levé de devant, S'excusant de ne lire, avecq' cette paroUe , Que les loups de son temps n'alloientjpoint à Técolle. Quand la chaude lionne , à qui Tardente fisdm Alloit précipitant la rage et le dessein , . . ^i

S'approche, plus sçavante, en volonté de lire*'. :''f Le mulet prend le temps , et du grand coup qu'il tire j' i Luy enfonce la teste , et d'une autre façon ' ^

Qu'elle ne sçavoit point, lui aprit sa leçon. '■ i

Alors le loup s*enfuit voyant la beste morte ; Et de son ignorance ainsi se reconforte : N'en desplaise aux docteur», Gordeliers, Jacobins, Pardieu, les plus crands clercs ne sont pas les plus

[fins",

suite qui commenceroient par et comme. Dans celle de x04^ $ Mais comment y ce dit-il,

^3 Les trois auteurs italiens cités dans la note 97 ajoaieitt que le loup crut que les clous attachés au fer du mulet étaîfni des lettres.

^ Ce vers est composé de monosyllabes. Il est proTorbial, et on Texprime par ce mauvais latin : Maqii magnos elerico» non sunt magis magnos sapientes» Rabelais, liv* i» ch. Sg. Autrefois clerc signifioit un homme de lettres, parce qn*îl n'y avoit que les gens d'église qui sussent quelqÎEie chose. Um Italiens ont un proverbe semblable : Tutti quoi ch'kanM let^ tere^ non son* sopi, (Voyez la note 9 sur la satire iiii.)

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