‹ Œuvres complètes de Mathurin Régnier, avec les commentaires revus et corrigés; pre̋cédés de l'Histoire de la satire en France, pour servir de discours preliminaireChapitre 7 sur 62 · A M. L'ABBÉ DE BEAULIEU · texte numérisé non relu

A M. L'ABBÉ DE BEAULIEU

nOMUÉ PAR SA MAJESTÉ A L'ÂVESCHÉ DU MANS.

SATYRE Vm.

|liarles,de mes péchez j*ay bienfait pénitence .

^Ot toy , qui te cognois aux cas de conscience ,

[Juge si j ay raison de penser estre absous.

J^oyois un de ces jours la messe à deux genoux, Faisantmainte oraison, Tœil au ciel, les mains jointes. Le cœur ouyert aux pleurs, et tout percé de pointes QuW dévot repentir eslançoit dedans moy. Tremblant des peurs d^enfer, et tout bruslantdefoy: Quand un jeune frisé , relevé de moustache , De galoche , de botte, et d'un ample pennache'. Me vint prendre et me dict, pensant dire un bon mot :

^ Charles de Beaumanpir de Lavardin, fils de Jean, seigneur de Layardin, maréchal de France, fut nommé k ré?éché dii Mans eu 1601 , après la mort de Claude d^Angennes de Rambouillet, et mourut en 1657.

Cette satire'est contre on importun. Horace en a fait aussi une sur le même sujet î elle est la neuvième du premier livre, et a servi de modèle à Hegnier. Le P. Garasse, dans ses Recherches des RechercheSt p. 536, donne de grandes louanges à la satire de Régnier, et ne fait pas difficulté de la mettre au dessus de celle d*Horacepour la naïveté et pour la finesse.

* Pemache] , bouquet de plumes ; ornement qu'on a porté

Pour un poëte du temps vous estes trop dévot*. Moy , civil, je me levé et le bon jour fuy donne. (Qu'heureux est le folastre à la teste grisonne , Qui brusquement eust dit , avecq' une sambieu * : Ouy bien pour vous , monsieur , qui ne croyez en'

Sotte discrétion ! je voulus faire accroire [Dieu î^ Qu'un poëte n'est bisarre et fascheux qu'après boire'*. Je baisse un peu la teste , et tout modestement Je luy fis à la mode un petit compliment. Luy , comme bien apris, le mesme me sceut rendre^ Et ceste courtoisie , a si haut prix me vendre , Que j'aimerois bien mieux, chargé d'âge et d^ennuisj Me voir k Rome pauvre entre les mains des Jm&*« >

Il me prit par la main , après mainte grimace. - Changeant sur Tun des pieds à toute heure de place ^ Et, dansant tout ainsi qu'un barbe encastelé^,

encore lon^-temps après : témoin ces deux vers de Boileau dans sa troisième satire, composée en i665 :

Quand un des campagnard» , relevant sa moustache. Et son feutre à grands poils , ombragé d'un panache.

Ces deux vers sont imités des vers 9 et 10 de cette satire.

3 Trop dévot,] i64a et i645, treê^evot.

* Espèce de jurement qu'on prononce aujourd^ui sambieu. Autrefois on disoit aussi sangoy ; sur quoi on peut voir Pas* quier, liv. riii, chap. 3, de ses Recherches, Mais tous ces mots sont du genre masculin ; c'est pourquoi , dans l'édition de 1666, on a mis avecques un sambieu.

^ Apres boire] , pour après avoir bu. Cette ancienne loen- tion, quoique peu exacte, s'est conserrée dans le style familier. La Fontaine l'a souvent employée.

® Les Juifs passent pour grands usuriers. Dans la jure* mière édition de 1608 on lisoit des Juys , suivant la pronoôeiatiou de ce mot au temps de Régnier. Aujourd'hui on terit et on prononce Juif et Juifs.

^ Un cheval encastelé est , selon M. de Solleysel dans «oi Parfail Maréchal, celui dont les talons pressent si fort le pe-

SATYRE Vlir. 87

Me dist, en remâchant un propos ayalé : Que vous estes heureux , vous autres belles âmes , Favoris d^Appollon , qui gouvernez les dames , Et par mille beaux vers les charmez tellement , Qu il n'est point de beautez que pour vous seulementi Mais vous les méritez : vos vertus non communes ^ Vous font digne , monsieur , de ces bonnes fortunes.

Glorieux de me voir si hautement loué , Je devins aussi fier qu'un chat amadoué ; Et sentant au palais mon discours se confondre , D'un ris de sainct Medard^ il me fallut respondre. - Je poursuis. Mais , amy , laissons le discourir. Dire cent et cent fois ; Il en faudroit mourir ; Sa barbe pinçoter , cageoller la science , Relever ses cheveux ; dire, En ma conscience*; . Faire la belle main, mordre un bout de ses gants ^'^,

tit pied, qu'ils font botter le cheval, oa du moins Tempôcbent de marcher à son aise ; et ce défaut est plus ordinaire aux chevaux de légère taille, comme aux chevaux barbes et aux chevaux d'Espagne.

^ Ris de aaincl Medard] , ris forcé. Grégoire de Tours, chap. 95 de la Gloire des Confesseurs , nous apprend que , saint Mé* dard ayant le don d'apaiser la douleur des dents, on le représentoit exprès la bouche entr'ouverte, laissant un peu voir ses dents, pour faire souvenir , quand on y aaroit mal, d'avoir recours à ce saint. Et comme, entr'ouvrant ainsi la bouche, il paroissoit rire, mais d'un ris forcé, de là est venu le proverbe du rire de saint Médard,

' .,.,11 en faudroit mourir En ma conscience,] Ce sont de

ces expressions passagères que le caprice ou le hasard introduisent de temps en temps, et qu'on emploie à tout propos tandis qu'elles sont à la mode. Dans les Mémoires de Sult^^ part. If, chap. a, il est parlé de a ces cajoleurs de cour oui a semblent n*y être que pour faire des exclamations et des » admirations de tout ce Qu'ils voyent et oyent , réitérer des » Jésus sire ! et crier en voix dolente, il en faut mourir ! »

*^ .... Mordre un bout de ses gants], 1608, i6ia, gnents.

Rire hors de propos, monstrcr ses belles deiils ,

Se carrer sur un pied, faire arser^* son espée ,

Et s'adoucir les yeux ainsi qu^une poupée : '

Cependant qu'en trois mots je te feray sçayoir ,

Où premier à mon dam ce fascheux ïhe peut yoii*.

J estois chez une dame , en qui , si la satyre Permcttoit en ces vers que je le peusse dire, Reluit environné de la divinité , Un esprit aussi grand que grande est sa beauté.

Ce fanfaron chez elle eut de moi cognoissance , Et ne fut de parler jamais en ma puissance , Luy voyant ce jour-là son chappeau de velours *•, Rire d'un fascheux conte , et faire un sot discours : Bien qu'il m'eust à Tabord doucement fait entendi'c Qu'il estoit mon valet , à vendre et à despendre : Et destoumant les yeux : Belle , à ce que j'entends , Comment ! vous gouvernez les beaux esprits du temps ; Et faisant le doucet de parole et de geste , Il se met sur un lict , lui disant : Je proteste Que je me meurs d'amour quand je suis près de vous ; Je vous ayme si fort que j'en suis tout jaloux. Puis rechangeant de note, il monstre sa rotonde*^ :

^' Arser, redresser. Du temps de Rabelais on disoit arre»^ ser, {\oÏT Gargantua, liy. ii, chap. 26.) Ce mot vient de Titt*lien arricciare, formé du latin adrecliare,

^^ Les gens du grand air portoient alors des chapeaux cou* verts ou doublés de velours. « Notez, dit Rabelais, liv. 1, chap. i5, que des chapeaux , les uns sont ras , les autres à poil, les autres veloutez, les autres taffetassez , les autres satinisez. »

^* Collet empesé et monté sur du laiton. Dans la satire intitulée l'Inventaire d'un courtisan, imprimée avec les œuTres de Régnier, dans les éditions de 1616, 1617, ^tc. :

La coquille d'un limaçon , Pour bien lîuer une rotonde.

Gest ouvrage est il beau ? que vous seBible du monde ? L'homme que vous sçavez m'a dit qu'il n'ayme rien. Madame , a vostre avis , ce jourdiiuy suis-je bien? Suis-je pas bien chaussé? ma jambe est-elle belle? Voyez ce tafetas , la mode en est nouvelle ; C'est l'œuvre de la Chine ^'*. A propos, on m'a dit Que contre les clainquants *^ le roy fait un édict. Sur le coude il se met , trois boutons se délace : Madame , baysez moi , n'ay-^je pas bonne grâce ? Que vous estes fascheuse ! A la nn on verra ^ Rozete, le premier qui s'en repentira ^*.

D'assez d'autres propos il me rompit la teste. Voilà quant et comment je cogneu ceste beste ;

** Ou appeloit taffetas de la Chine celui qui est rouge et blanc.

^^ Henri IV avoit fait trois édits contre les clainquants et dorures : le premier en 1694» le secoud en 1601, et le troisième en novembre 1606, publié et registre au Parlement le 9 janvier 1607. C'est de ce dernier édit que Régnier veut parler, et il peut servir de date à cette satire.

*^ ,„ A la fin on verra, Rosele, le premier qui s'en repentira,] L^abbé Desportes, oncle de Régnier, avoit fait une chanson ou villanelle, dont chaque couplet finissoit par ce refirain. Le petit-maître dont Régnier fait ici la peinture, se met à chanter ce refrain k la dame chez qui il étoit. Voici le premier couplet d0 la villanelle de Desportes, imprimée dans ses œuvres parmi les Bergeries :

Rozette , pour un peu d'abience , Votre cœur vous avez changé :

Et moy, sçachant cette inconstance , Le mien autre part j'ay rangé.

Jamais plus beauté si légère Sur moy tant de pouvoir n'aura.

Nous verrons , volage bergère , Qui premier s'en repentira.

Régnier a répété le môme refrain dans la quat<»fzième sa?^ tire.

Rozete , nous verrons qui s'en repentira.

90 SATYRE YIII.

Te jurant, mon amy, que je quittay*^ ce lieu Sans demander son nom et sans lui dire adieu. . Je n'eus depuis ce jour de luy nouvelle aucune. Si ce n'est ce matin que, de maie fortune ^^, Je fus en ceste église où , comme j'ay conté , Pour me persécuter Satan Favoit porté.

Apres tous ces propos qu'on se dict d'arrivée , D un fiardeau si pesant ayant l'ame grevée **, Je chauvy de l'oreille'®, et demourant pensif, L'eschine j'allongeois comme un asne rétif,

*'' Je quiUay.] Édition de 1608, Je quilté; 161a et suitantes, j*ay quitté; i64a et autres, /« quUtaïf,

** Mautaise fortune.

^^ Accablée, du latin grapare. Cette acception n*est plus d^usage.

'® Je chaupy de Voreille.,.]

Dimitto auricuUs , ut iniqasB mentii ascHns , Quum grariui dono subiit oniu .

IIORACB, sat. I. Mt. IX.

Le dictionnaire de Tacadémie explique le terbe ekswir par éreteer le» areUU», et Régnier a dit : Je dtëmpg de l'oreille^ pour exprimer le itmitto awriculû» d*Horace; ce qui ne s*ac-> corde point avec Texplication de Pacadémie, et confirme plutôt celle d^Oudin, dans son Uictionnaire françois italien, où chauvir est interprété , (Mnare Hmenendo le orecchie, Rabelais, dans le prologue du troisième litre, a dit : chëuvmu les ûrtU^ les; et dans le chap. 7 du litre t, attribué à Rabelais, on lit que l'asne , à qui Ton présenta de Tatoine , chautoit de Pc* reille, c^est-à-dire baissoit Toreille en la secouant pour témoisner qu'on lai faisoit trop dlionneur de la lui touloir cribler. On lit aussi dans le Moyeu 4e jpirresir, chapitre intitulé Som^ maire : /{ n'en avait qui ckamaisiêient les areilUê^ comme atne* en appétit, Ckanvir ou ckanvar tient apparemment du latin eadivue. Pline a dît pawta eadiva, des pommes qui d*elles-mé« mes tombent de Tarbre. De cadhnê^ on peut, dans la baise latinité, atolr fait cadivare, comme de captiru ou a fait eaptirare.

SATYRE YIII. 91.

Minutant me sauver*^ de ceste tirannie.

Il le juge â re^ect : 0 ! sans cérémonie , . Je vous suply , dit-il , vivons en compagnons ; Ayant, ainsi qa'un pot, les mains sur les roignons. Il me pousse en avant , me présente la porte , Et , sans respect des saincts , hors 1 ^église il me porte. Aussi froid qu^un jaloux qui voit son corrival *'. Sortis vil me demande : Estes vous à cheval *^ ? Avez vous point icy quelqu'un de vostre troupe? Je suis tout seul , â pied. Lui , de m'offrir la croupe. Moy, pour m'en dépêtrer'*, lui dire tout exprès*' : Jçi vous baise les mains , je m'en vais icy près , Chez mon oncle disner. 0 Dieu le galand honune ! J'en suis. Et moi pour lors, comme un bœuf qu'on as- Je laisse cheoir la teste, etbien peu s'en fallut, [somme, Remettant par despit en la mort mon salut , Que je n'allasse lors , la teste la première , Me jeter du Pont-Neuf à bas en la rivière. Insensible il me traine en la court du Palais ,

** Minutant me sauver,..]

Miierè diicedere quaerens , etc.

Horace.

'* Cûrrhal, rival. Des corrivaux sont ceux qui recherchent une même personne en mariage. Troterel a fait une comédie sous ce titre , représen tée en 1 6 1 a .

*^ tes carrosses n'étant pas fort en usage du temps de Regnier, les gens de distinction alloient à cheval dans les rues.

** Moff^ pour m'en dépêtrer,..]

Misère cupis , inquit , abire :

Jam dudoiD video. Sed nil agis ; us<iue tenebo , Persequar. Hinc qno nunc iter est tibi ? Nil opus est te Cirenmagi : qnemdam toIo Tisere , non tibi notum , etc.

Horace, Ut. I, sat. ix.

^^ Lui dire tout exprès.] Édition i64a et suivantes, Je kd dis tout exprés.

gi SATTBE Tiff. .

OÙ tronrant par hazard qaelqa^un de ses TaldSf Il Tapelle et Inr dit : Hola haa ! Ladreyllle, Qa OD ne m'attende point , je Tar disner en TÎlle.

Dieu sf ait si ce propos me traTcrsa Tesprit ! Encor n*cst-ce pas tout : il tire on long esciit Qae Tojant je nrémr. Lors, sans cageoUerie : Monsieur, je ne m'entends à la cliieannene. Ce luY dis-je , feignant TaToir Tea de traTen. Aossi n*en est-ce pas , ce sont des mescbans tos ^Je cogneu qu*il estoit Teritable à son dire) due pour tuer le temps je m^eflTorce d'escrire ; Et poor on conrtisan , quand vient ToccasioD , Je montre que j*en sçay pour ma proyision.

Il lit , et se tournant brusquement par la ^ace-. Les banquiers estonnez admiroient sa grimace. Et monstroient en riant qu*ib ne luy eussent pw Preste sur son minois quatre doubles ducats (Que j^eusse bien donnez pour sortir de sa patte}. Je Tescoute , et durant que ToreiUe il me flatte , (Le bon Dieu sçait comment) à chasque fin de vers , Tout exprès je disois quelque mot de travers. Il poursuit nonobstant d*une fureur plus grande , Et ne cessa jamais qu'il n'eût fait sa légende.

Me voyant froidement ses œuvres advouer, Il les serre , et se met luy mesme à se loiier : Doncq' pour un cavalier n'est-ce pas quelque chose? Mais , monsieur, n'avez-vous jamais veu de ma prose? Moy de dire que si , tant je craignois qu'il eust Quelque proces-verbal qu'entendre il me fidlust. Encore , dittes moy en vostre conscience , Pour un qui n'a du-tout acquis nulle science '*, Cecy n'est-il pas rare? Il est vray, sur ma foy,

*^ Acquis nulle science,] Première édition, iCoS, nal Mfvtt

Luy dis-^je sousriant. Lors , se tournant vers moy , M'accoUe àtoar de bras, et tout pétillant d*aise , Doux comme une espousée , à la jouë il me baise : Puis me flattant Fespaule , il me nst librement L'honneur que dapprouver mon petit jugement. Apres ceste caresse U rentre de plus belle : Tantost il paiie à Tun , tantost 1 autre Tappelle , Tousjours nouveaux discours ; et tant fnt-u humain, Que tousjours de faveur il me tint par la main. J'aj peur que sans cela, j'ay Famé si fragile. Que le laissant d'aguet'^, j'eusse peu faire sile; Mais il me fut bien force estant bien attache , Que ma discrétion expiast mon péché.

Quel heur ce m'eust esté, si, sortant de Téglise, Il m'eust conduit chez luy, et , m'ostant la chemise , Ce beau valet à qui ce beau maistre parla, M'eust donné Fanguillade ^^, et puis m'cust laissé là! Honorable défaite, heureuse eschapatoire ! Encores de rechef mé la falut-il boire.

Il vint à reparler dessus le bruict qui court ,

de scieucc. Ce mot acquis est substantif dans cette tersion : // n*a nul acquis^ il a beaucoup d'acquis,

*'' D'aguet.] Dans toutes les éditions, du guet; mais c'est une faute d'impression. D'aptet, adroitement , subtilement.

Craignant qu'on ne le voye , je passe ontre d'aguet.

Sat. X.

^ L*anguillade,,.] Édition de 1608, anguiUade ; dans toutes les autres éditions avant i64a, anguilade. On fouettoitatec une peau d'anguille les jeunes Romains qui étoient en faute. Plikb, liv. 9, chap. a5. De là sans doute est venu que, dans les écoles, on a donné le nom ô*anguillc & certaine courroie dont anciennement on frappoit les jeunes gens qui avoient manqué k leur devoir. Rabelais , liv. 11, cbap. 3o : Adoneq le pastissier lui bailla Vanguillade , si bien que sa peau n'eust rien vallu à faire cornemuse. Et dans un autre endroit : Je le ren^ voyerois bien d'ok U estvenuj à grands coups d'anguillade.

De la royne, da roy, des princes, de la court;

Que Pans estbien grand, que le Pont-Neuf s'achève*' ^

Si, plus en paix qu'en guerre un empire s'esleve.

Il vint à définir que c'estoit qu^amitié ,

Et tant d'autres vertus , que c'en estoit pitié.

Mais il ne définit, tant il estoit novice,

Que l'indiscrétion est un si fascheux vice ,

Qu'il vaut bien mieux mourir de rage ou de regret

Que de vivre à la gesne avec un indiscret.

Tandis que ces discours me donnoient la torture , Je sonde tous moyens pour voir si d'aventure Quelque bon accident eust peu m'en retirer^ Et m empescher enfin de me désespérer.

Voyant un président , je lui pane d'affaire ; S'il avoit des procès , qu'il estoit nécessaire D'estre tousjours après ces messieurs bonneter; Qu'il ne laissast pour moi de les soliciter; Quant à luy, qu il estoit homme d'intelligence, Qui sçavoit comme on perd son bien par négligence : Où marche l'interest qu'il faut ouvrir les yeux. Ha! non, monsieur, dit-il, j'aymerois beaucoup

[mieux *• Perdre tout ce que j'ay que vostre compagnie; Et se mit aussi-tost sur la cérémonie.

Moy qui n'ayme à debatre en ces fadeses-là ,

** Ce poDt (ut commencé en 1678, soos le règne d'He»» ri III, et ayant été discontinué, à caose des guerres eiTilet, Henri IV y fit travailler de nontean en 1604, et il tut acheté en 1606. Cette date marque encore le temps aaquel notre anteur composa cette satire.

^ Bê ! non, montieuff ditHl, j'ê^meroit betucoup mieux,]

Dubittâ sun quid fartam , Inquit :

Tt ne relinquan , an ren? Me « todes. Non faciam iUe , etc.

HoaAci, lit. l,Mt. IX.

Un temps, sans luj parler^ ma langue vacila. Enfin Je me remets sur les cageoUeries , Luy dis (comme le roy estoit aux Tuilleries ) ^* Ce qu*au Louvre on msoit qu'il feroit ce jourd'hoi , Qu'il devrait se tenir tousjours auprès de luy. Dieu sçait combien alors il me dist de sottises , Parlant de ses hauts faicts et de ses vaillantises ; Qu'il a voit tant servy, tant faict la faction , Et n'avoit cependant aucune pension ; Mais qu'il se cousoloit en ce qu'au moins l'histoire , Gomme on fait son travail, ne desroboit ** sa gloire ; Et s'y met*^ si avant que je creu que mes jours Dévoient plustost finir que non pas son discours.

Mab comnie Dieu voulut, après tant de demeu- L'orloge du Palais vint à frapper onze heures ; [res ^*, Et luy , qui pour la souppe avoit l'esprit subâl : A quelle neure , monsieur, vostre oncle disne-t-il ? Lors bien peu s'en falut , sans plus loiig-tems atten- Que de rage au gibet je ne m'allasse pendre, [dre, Encor l'eussé-je fait , estant désespère ;

^* Luy dis {comme le roy,] Dans toutes les éditions, ce Ters et le suivant sont ponctués de cette manière :

Luy dis comme le roy estoit aux Tuilleries ,

Ce qu'au Louvre on disoit qu'il feroit aujourd'hui.

G'est-k-dire , Je lui dis que le roy étoit aux Tuileries , et je lui demandai ce qu'on disoit au Louvre que le roy feroit aujourd'hui. Mais il m'a paru que ce qui précède et ce qui suit ces deux vers conduisoit à un autre sens : c'est pourquoi j*ai changé la ponctuation pour exprimer le sens de Fauteur, qui vraisemblablement a voulu dire que, comme le roi étoit aux Tuilertea, Regmer, pour cajoler son importun , lui avoit demandé ce qu'on disoit au Louvre , et ce que le roi feroit aujourd'hui.

^ Desroboit] 1608, 164^ , 1667, dérobroit pour déroberoii.

33 Et s*ymel.] El s'y mil, édition de 1643 et suivantes.

** Demeures, pour retards; n'est plus d'usage.

QD SATYRE VIII.

Mais je croy que le ciel , contre moy conjuré , Voulut que s^accomplist ceste aventure mienne Que me dist, jeune enfant , une bohémienne ^^ : Ny la peste , la faim y la veroUe , la tous , La fièvre , les venins , les larrons , ny les lous , Ne tueront cetuy-ci ; mais Timporlun langage D^uu fâcheux : qu'il s^en garde estant grand , s^il est Comme il continuoit ceste vieille chanson, [sage. Voicy venir quelqu'un d assez pauvre {açoq **. 1] se porte au devant, luy parle , le cageolle; Mais cest autre , à la fin , se monta de parole : Monsieur, c'est trop long-temps ^'•. . . tout ce que vous

[voudrez...

Voicy Tarrest signé... Non, Monsieur, vous vieu-

[drez...

Quand vous serez dedans, vous ferez à partie...**

'^ Que me dist, jeune enfant, une Bohémienne.]

• . . . Namque insUt fatum nihi triste , Sabella ()uod puero cecinit, divinA mota anus urnA. Hune neque dira venena , nec hosticus auferret ensis, Ncc laterum dolor, aut tussis , nec tarda podagra : Garrulus buuc quando consumet cunque ; loquaces , Si sapiat vitet , simul atque adoleverit aetas.

Horace. '* Un sergent.

Casa veait obtins iUi

Adversarini : et, quota, turpisiimcTaiagna Exclamât voce.

Horace, Uv. i.

'^ Mêntieur, c*e*t trop long^tempt,] Dans ce vers et les deai suivants le sergent répond tout htut, et par ricochets, an raisons aue le personnage est censé lui alléguer tout bas pour se aispenser d'aller en prison. Ces interruptions n*é* toient marquées que par des virgules dans Timpression ; je les ai (ait distinguer par des poiuts.

^ Quand vous serez en prison , vous prendrez à partia celui qui tous jfait mettre.

SATTEE TIII. 97

Et moy , (rai cependant n*estois de b partie, J'escpuye doucement, et m'en Tais à grand pas, La queue en loup cpii fuit, et les yeux contre ba^ , Le cœur sautant de joje , et triste d'apparence. Depuis aux bons sergens j'ay porté rererence , Comme à des gens dlionneur par qui le ciel yoolut Que je receusse un jour le bien de mon salul.

Mais , craignant aencourûr yen IQJ le mesme yice Que je blasme en autruj, je suis à Um service ; Et prie ^^ Dieu qoll nous garde , en ce bas monde De faim , d'un importon, de £roîd et de ion^. [icjt

. 3^ Prie.] Ve final de ce mot prie est uae Tojelle omette qui ne se fait presque pas sentir dans la prononciation ; ainsi, pour rendre ee ters régolier, il favi prononcer et pti' Dieu. Dans Tédition de i655 etsaivantes, on a corrigé, jrrÎMl Dieu, (Voyez la note sur le fers 59 de la ntuTlème satire.)

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