‹ Œuvres complètes de Mathurin Régnier, avec les commentaires revus et corrigés; pre̋cédés de l'Histoire de la satire en France, pour servir de discours preliminaireChapitre 8 sur 62 · A MONSIEUR RAPINE · texte numérisé non relu

A MONSIEUR RAPINE

apin , le favorit ' d*ApoUoii et des muses. Pendant qu'en leur mestier jour et nuict tu

[t'amuses,

*Et que d'un vers nombreux non encore

Tu te fais un chemin à l'immortalité, [chanté ',

Moy, qui n'ay ny l'esprit , ny l'haleine assez forte Pour te suivre de près et te servir d'escorte ,

* Nicolas Rapin , poète François, étoit né à Fontenai-le- Gofflte, en Poitou. Il mourut à Tours, dans un âge fort avan« ce, le i5 février 1608. La plupart des beaux-esprits de sou temps lui consacrèrent des éloges funèbres.

Régnier composa Tépitaphe de Rapin, en forme de sonnet, que Ton trouvera dans ce volume.

^ Le favorit,] Édition de i64a et suivantes, le favory.

3 Et que d*un vers nombreux non encore chanté.]

Carmina non priûs

Audiu , Musarum sacerdos , Virginibus puerisque canto.

Horace, Ut. iir.

A rexemple de Baïf, Rapin entreprit de faire des vers mesurés , comme les anciens Grecs et Romains , en négligeant la rime ; et c'est ce que Régnier prétend indiquer par le vers qui donne lieu à cette note. Rapin composa un grand nombre de poésies françaises et latines , qui ont été recueillies en grande partie en uu vol. in-4S 1610. Ses épigrammes latines méritent d'ôtre particulièrement estimées.

Je me contenteray, sans me précipiter, D'admirer Ion labeur, ne pouvant l'imiter , Et pourme satisfaire au désir qui me reste , De rendre cest hommage à chascun manifeste. Par ces vers j'en prens acte , afin que Tadvenir De moy, par ta vertu, se puisse souvenir; Et que ceste mémoire à jamais s'entretienne , Que ma muse imparfaite eut en honneur la tienne ;

Censurant les plus vieux ^ , arrogamment se vante De reformer les vers*, non les liens seulement ,

* Contraire à ces resveurs.] Malherbe.

^ Les plus vieux.] On lit le plus vieux dans toutes les éditions avant celles de i6a6.

^ De reformer les vers.] Avant Malherbe , la poésie françoise étoit fort imparfaite ; la plupart des vers qui avoient

Saru en cette langue étoient plutôt gothiques que françois. [alherbe entreprit de réformer notre poésie et de la rendre {dus exacte, en Tassujettissant à des règles sévères, soit pour e tour et la cadence du vers , soit pôur^^ia netteté de Tex- "^ pression , en quoi il a parfaitement réussi. Cette réforme déplut aux poètes de ce temps-là , accoutumés à Tancicnne licence , qui rendoit la composition des vers beaucoup plus facile. C'est pour la défense de cette liberté que Régnier / composa cette satire.

Berthelot, son contemporain et son ami, se déchatna aussi contre Malherbe , et fit une chanson en refrain qui finissoit ainsi :

Eitre six ans à faire une ode , Et faire des lois à sa mode , Cela se peut facilement ; Mais de nous charmer les oreilles Par sa meryeille des merveilles , Cela ne se peut nullement.

Le refrain de Berthelot étoit parodié sur une chanson oU

Mais veulent déterrer les Grecs du monument ^, Les Latins , les Hébreux , et toute Tantiquaille *, Et leur dire en leur nez ^ cpi'ils liront rien fait qui

[vaille.

Ronsard en son mestier n^estoit qa^un apprentif ^^,

avoit le cerveau fantastique et rétif t Des Portes n^est pas net, du Bellay trop facile; Belleau ne parle pas comme on parle ii la ville. 11 a des mots hargneux , bouffis et relevez , Qui du peuple aujourdliui ne sont pas approuvez.

Malherbe appeloit madame de Bellegarde merveille ie$ veilles,

^ L'auteur de la Vie de Malherbe uous assure que ce poète n'estimoit point du tout les Grecs , et ou'il s'étoit particalièrement déclaré ennemi du galimatias deipîoOaf^. Pour les Latins, celui quMl estimoii le plus etoit Stacë, auteur de la Tkébaide , et ensuite Sénèque le tragique, Horace, Juvéoal, Martial et Ovide.

* Antiquëille, pour antiquité, ne se prend aujourd'hui qu'en mauvaise part, et ce n'est point dans ce «ent que Régnier l'emploie ici.

* En leur ««s.] A leur uei, édition de i6o«. Dans les éditions suivantes, avant celle de 1649 « on lit : en leur nez.

10 Ce vers et les cinq qui suivent contiennent le jugement que Malherbe faisoit de Ronsard, de Desportes, de du Bellay et de Belleau. 11 est vrai que Malherbe traitoit ces poâtes avec beaucoup de mépris , et les décrioit en toutes occasions. Il avoit eflacé plus de la moitié de son Ronsard , et en cotoit h la marge les raisons. Un Jour, Ivrande, Racan , Co-

la compagnie, et entre autres à Colomby, de lui dire que, si on trouvoit ce livre après sa mort, on croiroit qu'il auroit pris pour bon ce qu'il n'auroit pas effacé : sur quoi il lui répondit qu'il disoit vrai ; et tout à l'heure il acheva d'effacer le reste. Yie de Mëlkerke, page 94.

8ÀTTRB IX. toi

Commet! il nous faut dooq* "pour faire une

[œinrre grande^ Qui de la calomnie et du tetnps se dêffende. Qui trouye quelque place entre les bons authouis ^ Parler comme à S^ct-Jean parlent les crocbeteors^ ' .

Encore je le yeux , pouryeu qu*ib poissent faire « Que ce beau sçayoir entre en 1 esprit du ynlgaiw : £t quand les crocheteurs serontt>Qetes &meux , - ' Alors , sans me fiischer, je parleray conmieeux. Pensent-ils ^', des plus yieux ofiençant la mémoire^ Par le mespri» d^autruy s'acquérir de la gloire ;

** /{ notuftmt à9Mq\'\ Nom fautai donc, édition de i64a et suivantes. Maynard faisoit, dans le même temps, les mêmes plaintes que Régnier :

En eheyeux blancs il me faut donc aller. Comme un enfant , tous les jours k l'école ? Que je suis fou d'apprendre à bien parler, Lorsque la mort Tient m'ôter la parole !

*' G*est-à-dire , comme parlent les crocheteurs de la place de Grève , on de la rue Saint-Jean , qui est tout proche de Tendroit où étoit autrefois Téglise de ce nom , appelée pour cela Saint-Jean en Grève. Si notre auteur n*eût pa» été gêné par la mesure du vers, il auroit dit sans doute : Parler comme à la Grève parlent les crocheteurs. Quand on demandoit b Malherbe son avis sur quelque mot £rançois , il renvoyoit ordinairement aux crocheteurs du port au foin, et disoit que.c^étoient ses maîtres pour le langage. Yie de Malherbe, p. a6.

*' PcMent-Us,'] Ce sentiment de Reguier est fort sage et habilement exprimé. Il donneroit à penser que notre auteur prévoyoit qn^on lui adresseroit un jour les mêmes reproches que Ton prodiguoit de son temps aux poêles ses prédécesseurs. Jean de Meun , continuateur du Roman de la Rose , posoit les mêmes règles dans son Codicile , bien avant Régnier :

Nuls ne doit des aucteurs parler sinistrement. Si leur dict ne contient erreur appertement ; Car tant estudierent pour nostre enseignement , Qu'on doit leurs mots gloser moult favorablement.

Et pour quelque vieux mot estrange , ou de trayers, Proayer qu'ils ont raison de censurer leurs yers I (Alors qu une œuyre brille** et d'art et de science, La yerve quelquefois s'esgaye en la licence.)

Il semble en leurs discours hautains et généreux '', Que le cheyal yolant n'ait piissé*^ que pour eux ; Que Phœbus à leur ton accorde sa yielle; Que la mouche du Grec leurs leyres emmielle * ' ; Qu'ils ont seuls icy bas trouyé la pie au nit*^, Et que des hauts esprits le leur est le zénit**;

** Alors qu'une œuvre brille.]

Verùm , ubi plura nitent in carminé , non ego pancis Offendar maculis , quas aut incurie fudit , Aut hamana parum cavit natura.

Horace , Art poétique.

C'est peu qu'en un ouvrage où les faotei fourmillent , Des traits d'esprit semés de temps en temps pétillent ; Il faut que chaque chose y soit mise en son lieu , eto.

BoiLEAu , Art poétique , chant i.

*^ Généreux ne se prend aujourd'hui qu'en bonne part. Il signifie, en cet endroit, orgueilleux.

*^ N'ait pissé.] On lit /^im^ dans Tédition de 1 64a et dans les suiTantes. On avoit mis passé dans toutes les autres, m^ me pendant la yie de Tauteur. Mais l'expression que nous adoptons nous parott plus conforme au cynisme énergique de Régnier.

^7 On doit entendre ceci de Pindare, sur les lèpres duquel, en son enfance , des abeilles se posèrent et firent leur miel : car Platon, dont on a écrit la môme chose , n'a pas fait profession de poésie.

*^ Trouver ou prendre la pie au nid , se dit par dérision de ceux qui croient avoir fait une heureuse découverte, ou être venus à bout d'une chose qui leur paroissoit difficile , parce que, comme dit Nicot dans ses Proverbes, «le naturel de la pie est de faire son nid sur les plus hauts arbres qu'elle puisse trouver. »

^*^ Zénith, terme d'astronomie qui signifie le point du ciel

Que seuls des grands secrets ils ont la cognoissance ;

Et disent librement que leur expérience

A rafiné les vers fantastiques d numeur,

Ainsi que les Gascons ont fait le point dlionneur ;

Qu^eux tous seuls du bien dire ont trouvé la metode,

Et que rien n'est parfaict s'il n'est fait à leur mode.

Cependant leur sçayoir ne s'estend seulement Qu'à regratter un mot douteux au jugement , Prendre garde qu*un ^ui ne heurte une diphtongue'^, Espier si des vers la rime est brève ou longue, Ou bien si la voyelle à l'autre s'unissant'* ,

qui répond directement à notre tête , opposé au nadir , qui répond à nos pieds. Zénith et nadir sont des mots arabes.

^ Une diphtongue.'] Ou une voyelle. Le concours vicieux de deux voyelles s*appelle hiatus ou bâillement.

Gardez qu'une voyelle , à courir trop bâtée Ne soit d'une Toyelle en son chemin heurtée ,

ditBoilean dans son Art poétique , chant r, v. 107. De son temps même Tusage d'éviter les hiatus n''étoit pas encore assez généralement établi pour que cet auteur se dispensât d'en faire un précepte. Malherbe évita le premier cette fente d'harmonie , qui n'en étoit pas une avant lui , et que la délieatesse de son oreille lui indiqua. On n'en trouve qa*au seul exemple dans ses poésies; c'est dans la vingt-troisième strophe de son poème intitulé les Larmes de saint Pierre, qu'il avoit composé dans sa jeunesse :

Je demeure en danger que l'ame qui est née Pour ne mourir jamais , meure éternellement.

Le bâillement est dans ces mots qui est, et c'est k quoi Régnier fait allusion : Prendre garde qu*un qui , etc. Ce vers est ainsi dans la première édition, faite eu 1608. L'ignorance des imprimeurs l'avoit estropié dans les éditions suivantes, sous les yeux mêmes de l'auteur, en mettant : Prendre garde que un, qui heurte ^ etc., ce qui ne signifie rien. Ce vers ftit rétabli dans l'édition de 164^. Nonobstant la critique de Régnier, la règle a prévalu.

'* Ceci pourroit encore s'appliquer à VïUatus^ mais vrai-

i04 SATYRE IX.

Ne rend poinl à loreille un yers trop languissant, Et laissent sur le verd** le noble de Touvrage. Nul esguiUon divin n'esleve leur courage''* ; Ils rampent bassement, foibles d'inventions, Et n'osent , peu hardis , tenter les fictions , Froids à Timaginer : car s'ils font quelque chose , C'est proser de la rime, et rimer de la prose. Que 1 art lime , et relime , et polit de façon. Qu'elle rend à l'oreille un agréable son ; Et voyant qu'un beau feu leur cervelle n'embrase , Ils attifent leurs mots, enjolivent leur phrase**. Affectent leur discom^s tout si relevé d'art'*,

semblablement Fauteur a voulu indiquer une autre règle de Malherbe, ce qui est que quand, k la fin d'un mot. Te muet, ou féminin, est précédé d'une autre Toyelle (comme dans ces mots : vie, prie, aimée, etc.), il doit être élidé avec une autre voyelle au commencement du mot suivant, parce que cet e muet, ne se faisant presque point sentir dans la prononciation, n'a pas la valeur d'une syllabe entière, et rendy comme dit Régnier, le vers trop languissant, Régnier ne s'est jamais voulu assujettir à cette règle , ainsi qu'il parott par ses poésies.

'* Et laissent sur le verd,] Expression proverbiale , négli^ §ent, abandonnent, comme ceux qui laissent à terre, sur l'herbe , ce qu'il falloit ramasser.

*^ On a reproché à Malherbe de manquer un peu de ce feu qui fait les grands poètes.

Malherbe dans ses furies Marche ft pas trop concertés.

BuiLEAu , Ode sur la prise de Namur, strophe 3 , supprimée.

^* Enjolivent leur phrase,] Ëdition de 1608 : ageollivent leur frase. Dans la plupart des éditions suivantes, les imprimeurs ont mis ils attisent , n'ayant pas entendu le sens d'attifer^ qui est orner, charger à'attifels, d'ornements superflus. Tout ce passage de Régnier est un chef-d'œuvre de sens et de goût.

^' Ëdition de i64a et suivantes :

Affectent des discours qnlls relèvent par art.

SATYRB IX. fQ5

Et peignent leur defeiux de couleur et de fard. Aussi je les compare à ces femmes jolies , Qui f par les affiquets , se rendent embellies , Qui gentes en habits , et sades**^ en façons , Parmy leur point coupé tendent leurs hameçons ; Dont Toeil rit mollement avecque afféterie , Et de qui le parler n'est rien que flatene : De rubans piolez^^ s^agencent proprement. Et toute leur beauté ne gist qu'en Vomement; Leur visage reluit de ceruse et de peautre'^9 Propres en leur coiffure, un poil ne passe Tantre.

Où ces divins esprits^, hautains et releves'i Qui des eaux d'Héhcon ont les sens abreuvez ; De verve et de fureur leur ouvrage estinceUe , De leurs vers tout divins la grâce est naturelle ,

*^ Dans la première édition, 1608, on lit tades, qui a la même signification que gentes , c'esl^^ïre gentUÛs ^ selon Bore! y Antiquiiés gauloises, Nicot, etc. (Voyez satire tu, note 110.) Daus les éditions suivantes, on a mis fades, qui signifie tout le contraire. L^édition de i64a, et celles qui suivent, portent doucettes en façons. Dans le Roman de la Rose, on trouve sade dans la signification de sapidus, savoureux :

Ayocats et phiticiens (médecins) Sont tons liez de tels liens , Tant ont le gain et doux et sade , Qu'ils Toudroyent pour un malade Qu'il y en eust plus de cinquante.

Clément Marot remploie dans le même sens.

*' Ptflês y moitié d*une couleur, moitié d*une autre, comme UU6 lue. BoBBL,in/tfttil^» gauloises,

** Depeautre^ de pjfttre.

^° 0* ces dipins esprits.] Au lieu qve , au contraire. Ces ditins esprits , e'est-indire Ronsard, du Bellay et les autres anciens poètes dont il vient de parler.

Et sont, comme Ton yoit, la parfaicte beauté, Qui contente de soy, laisse la nouveauté Que Tart trouve au Palais , ou dans le blanc dlBls-

[pagne**.

Rien que le naturel sa grâce n'accompagne : Son front , lavé d'eau claire , esdate aun beau teint , De roses et de lys la nature la peint ; Et laissant là Mercure, et toutes ses malices^*, Les nonchalances sont ses plus grands artifices. Or, Rapin, quant à moy, je n'ay point'' tant

[d'esprit.

Je yay le grand chemin que mon onde m'apprit : Laissant la ces docteurs que les muses instruisent En des arts'' tout nouveaux ; et s'ils font, conmie

[ils disent.

De ses fautes un livre aussi gros que le sien'^. Telles je les croiray quand ils auront du bien ; Et que leur belle muse , à mordre si cuisante , Leur don'ra, commeàluy, dix mil escus de rente '^, De l'honneur, de l'estime ; et quand par l'univers ,

^^ Les marchandes du Palais, à Paris, Tendoient particu* lièrement les nippes et les ajustements des femmes.

31 Mercure étoit le dieu du mensonge et de Tartifice : Fraudés furumque magister Mercurius,

3' Je n'ay point,] Première édition , qui n*oy point.

33 En des arts,] Ëdition de i64a et suivantes, en des airs,

^ Malherbe disoit effectivement que , s^il vouloit se donner la peine de remarquer les fautes de Tabbé Desportes , il en feroit un livre aussi gros que les œuvres de cet abbé. Parnasse réformé, page 76. Peut-être en pourroit-on dire autant aujourdliui des œuvres de Malherbe lui-même.

^^ Le raisonnement de Régnier, bon peut-être pour la satire, ne vaut rien dans sa conséquence: car, si Desportas avoit dix mille écus de rente, Régnier lui-même, dont le t««

sA^rymB ix. 107

Sur le lut de DaTÎdon diaiMieM k«fs yo^*^;

QuHls auront joimPutHéaTee^fedâecItatiêv* . Et qu'ils sçanront rimer une ieiussi bomie tâUe.

On faict en Italie un conte assez j^aisant'^, Qui yient imon prdpos, qa\itae fois un paîMttt;*! Homme fort entendu, et suffisant déleste,' Comme on peut aisément juger par sa requestr, S'envinttrovrer lepape, etleydidiDtpner, - ' Qnejks prestres du temps se p^WMSiciit.inarier, ' ; Afin, ce dîsoitilvqoe nous pmiaiM: nous 'autm Lcnn femmes çanresser, ainsi qn^fmtlésnostrat'^.'

lent étdH bien sqpérienr k eelnî dd son onde, moorat paûfte, et iKOMM on n^ itfg^Tfr, ^e 1% ^^^^*, jffî 'tfffVtfi'^Crn- V^^*fi FWilî^liiyinn mrryin TTriflRniil iiftffîrhiitiiHIi, ipit donna à Qodean rérêché de Grasf^ en échange ^Mt tnîjlif lion da Beàédidte, pçur le plaisir do faire an cidemboi»^ laissa périr Maynard de misère, et persécmta rtfatéltf 'ffî Cid. ■ -. • • "'/^

36 pesporteaatéit traduit ea rets fraaeois'Iés Psaumes de Dafid^qni furent Imprimés à Paris, ebez LflBigelier,'etti6*D4l et mis en musicnie a plnsieurs parles par Bénis Caignel^ mosicien de M. de Tilleroy. La muéique fiit impirîmée chez Pierre Ballard , en 1607. ^*

^^ La question qui fut agitée aa concile de Trente, si Ton

f^ermettroit aux prêtres de se marier, ayoit sans donte donné ieu à ce conte. Je ne crois pas; qa*il se trotiTe ailleurs qne dans Régnier.

^ leurs femmes earresser, akui qu'Us fout les wsstres.l

Comunpit sine talione eœlebt.

Martial, liv..n..

La reste de^la comparaison que Begi^er fait dan^ les vers suiTants se tronire à la fin. de la môme ^igramme. :

- Nil M«nri«i est malo poetà.

Ea voiei use hnitation françoifMfpar de la Monnoie :

C«iia , In pnias Despréaox SiDi a|>pTéh«ràer qa'il se yange ;

Ainsi suis'je d'avis, comme ce bon loardaut : S'ils ont Tesprit si bdn , et Fintellect si liaut , Le jugement si clair, qu'ils fassent un ouvrage , Riche d'inventions , de sens et de langage , Que nous puissions draper comme. ils font nos escris. Et voir, comme Tondit, s'ils sont si bien appris : Qu'ils monstrent de leur eau , qu'ils entrent en car- Leur agc defiaudra plustost que la matière, [riere. Nous sommes en un siècle où le prince est si grande Que tout le monde entier à peine le comprend. Qu'ils £acent , par leurs vers , rougir chacun de honte. Et comme de valeur nostre prince surmonte Hercule, iEnée, Achil'^^; qu'ils ostentles laurier» Aux vieux , comme le roy l'a tait aux vieux guerriers ; Qu'ils composent une œuvre , on verra si leur livre ^ Apres mille et mille ans , sera digne de vivre. Surmontant par vertu, l'envie et le destin , Conmie celuy d'Homère, et du chantre latin.

Mais, Rapin mon amy, c^est la vieille querelle. Llionmie le plus pariaict a manque^® de cervelle; Et de ce grand deffaut vient l'imbécilité ,

Il ne peut te rendre le change , Tes vert ne sont pas assex beaux.

Sans redouter le cocuage , Un abbé dans son voisinage Fait cocus force gens de bien ; Un aveugle éborgne sans crainte De recevoir pareille atteinte ; Un mauvais rimeur ne craint rien.

3^ Hercule, Mnée^ AcldV,'\ Première édition, Mnée; celles de i6ia , i6i3 et autres, Mlée^ qui ue signifie rien; 1649 et suivantes, Hercvle , JEnie , Hector.

^° Manque est ici subtantif. Avoir mtmque , c^est manquer. On lit manque dans la première édition ; dans la plupart des autres on a mis, a manqué de cervelle , mais la première leçon paroit la plus juste.

Qui rend llionime hautain, insolent, effironté : Et selon le sujet qu'à Tœil il se propose , Suivant son appétit il juge toute chose.

Aussi, selon nos yeux , le soleil est luvsant. Moy-mesme en ce <uscours qui fiads le suffisant ,- Je me cognoy frappé, sans le pouvoir comprendre, Et de mon ver-coquin ^^ je ne me puis deflfendre.

Sans juger, nous jugeons, estant nostre raison Là haut dedans la teste , où , selon la saison Qui règne en nostre humeur, les hroîîillars'* nous

[embrouillent , Et de lièvres cornus^' le cerveau nous barbouillent.

Philosophes resveurs , discourez hautement : Sans bouger de la terre allez au firmament ; Faites que tout le ciel branle à vostre cadence , Et pesez vos discours mesme dans sa balance : Cognoissez les humeurs quHl verse dessus nous , Ce qui se fait dessus, ce qui se fait dessous ; Portez une lanterne aux cachots de nature, Sçachez qui donne aux fleurs ceste aimable peinture ^^, Quelle main sm* la terre en broyé ^^ la couleur,

*^ Et de mon ver^soqvin,] De mon caprice. Foretière le définit , une petite fureur qui saisit quelquefois Tesprit des hommes , et qui les rend capricieux , acariâtres , têtus , et incapables de raison. Le peuple croit qu'il y a effectivement un ver dans la tête des gens agités de cette passion.

^* Les hroiUlars,] Première édition , les brouillas.

*^ Et des lièvres eomusJ] Toutes sortes d'idées fausses et chimériques. On dit aussi des visions cornues. Régnier donne ici les lièvres cornus pour des chimères.

** Sachez qui donne aux fleurs oeste aimahle peinture.]

Il doune aux fleurs leur aimable peinture.

Racine, Athalie, act.i.

^3 Broyé, de deux syllabes. (Voyez la note sur le vers 59 de cette satire.)

II se plaist aux trésors qu'il cuide*' ravager.

Et que llionneur luy rie au milieu du danger. •

L/avare, d'autre part, n'ayme que la richesse. C'est son roy, sa faveur, sa cour et sa maistresse^* ; Nul object ne luy plaist , sinon l'or et l'argent. Et tant plus il en a , plus il est indigent.

Le paysant , d'autre soin se sent l'âme emlirasée. Ainsi l'humanité'^ sottement abusée.

Court à ses appétis qui l'aveuglent si bien , Qu'encor qu'elle ait des yeux , si ne voit elle rien. Nul chois hors de son goust ne règle son envie , Mais s'aheurte'^ où sans plus quelque apas la couvie\ Selon son appétit le monde se repaist , Qui fait qu'on trouve bon seulement ce qui plaist.

0 débile raison ! où est ores ta bride? Où ce flambeau qui sert aux personnes de guide f Contre la passion trop foible est ton secours, Et souvent, courtisane , après elle tu cours ; Et savourant l'appas qui ton âme ensorcelle , Tu ne vis qu'à son goust, et ne vois que par elle. De là vient qu'un chacun , mesmes en son deffaut , Pense avoir de l'esprit autant qu'il luy en faut,

^3 QuHl cuide , qu'il croit ; de euider,

^* Cest son roy , fa faveur^ sa cour et sa maistresse,] Edition dei6o8et i6ia :

C'est Bon roy, sa faveur, la court et sa maistresse;

ainsi orthographié et ponctué. Edition de i6i3 et suivantes, jusqu'à i64a :

C'est son roy, sa faveur, la cour est sa maitressé.

'^ L'humanité,] Employée ici comme collectif d^humainê. C'est dans ce sens que Bossuet a dit : L'humanité même s'en étonna»

^^ S'aheurte, s'obstijM.

SATYRE \Xé 111

Ce qu^on doit à César, et ce qu^on doit à Dieu. Et quant aux appétis de la sottise humaine , Comme un homme sans goust , je les ayme sans peine ; Aussi bien rien n*est bon que par affection : Nous jugeons, nous voyons, selon la passion.

Le soldat aujourdWy ne resve que la guerre; En paix le laboureur veut cultiver sa terre : L'avare n'a plaisir qu'en ses doubles ducas ; L amant juge sa. dame un chef d œuvre icy bas , Encore qu'elie n'ait sur soy n'en qui soit d'elle ; Que le rouge et le blanc par art la fasse belle , Qu'elle ante en son palais ses dents tous les matins , Qu'elle doive sa taiUe au bois de ses patins ^^, Que son poil , des le soir, frisé dans la boutique , Comme un casque an matin sur sa teste s'aplique ; Qu'elle ait, comme un piquier'*^ le corselet au dos, Qu'à grand peine sa peau puisse couvrir ses os , Et tout ce qui de jour la fait voir si doucette , La nuit comme en dépost soit dessous la toillete : Son esprit ulcéré juge en sa passion , Que son teint fait la nique à la perfection.

Le soldat tout-ainsi pour la guerre souspire , Jour et nuict il y pense , et tousjoiu*s la désire ; Il ne resve la nuict que carnage et que sang : La pique dans le poing , et l'estoc'^* sur le flanc , Il pense mettre à chef quelque belle entreprise ; Que forçant un chasteau , tout est de bonne prise ;

*o Les femmes portoient alors , sous la semeUe de leurs souliers, des espèces de patius pour s'exhausser , tels à peu près qu'on en porta plus lard en Angleterre pour se garantir de la boue.

8* Quand les piques étoient encore d'usage dans nos armées , les piquiers portoient la cuirasse ou corselet.

M L'estoc étoit une épée longue et étroite.

I] se plaist aux trésors qu'il cuide^' ravager, Et que llionneur luy rie au milieu du danger.

L avare, d^autre part, n^ayme que la richesse. C'est son roy, sa faveur, sa cour et sa maistresse^^ ; Nul objectne luy plaist, sinon ror et l'argent , Et tant plus il en a , plus il est indigent.

Le paysant , d'autre soin se sent l'âme embrasée. Ainsi rhumanité^'^ sottement abusée.

Court k ses appétis qui l'aveuglent si bien , Qu'cncor qu'elle ait des yeux , si ne voit elle rien. Nul chob hors de son goust ne règle son envie , Mais s'aheurte*^^ où sans plus quelque apas la convie , Selon son appétit le monde se repaist , Qui fait qu'on trouve bon seulement ce qui plaist.

0 débile raison ! où est ores ta bride? Où ce flambeau qui sert aux personnes de guide ? Contre la passion trop foible est ton secours, Et souvent , courtisane , après elle tu cours ; Et savourant l'appas qui ton âme ensorcelle , Tu ne vis qu'à son goust, et ne vois que par elle. De là vient qu'un chacun , mesmes en son deffaut , Pense avoir de l'esprit autant qu'il luy en faut,

^3 Qu*U cutde , qu*il croit ; de cuider,

^* Cest son roy , fa faveur, sa cour et sa maistresse.] Edition dei6o8et i6ia :

C'est son roy, sa faveur, là court et sa maistresse ;

ainsi orthographié et ponctué. Edition de i6i3 et suivantes, jusqn^à i64a :

C'est son roy, sa fayeur, la cour est sa maîtresse.

^^ L'humanité,] Employée ici comme collectif d^humainM, C'est dans ce sens que Bossuet a dit : L'humanité même s'm étonna,

^^ S'aheurte , s'oïaûM.

SATYRE IX. Il3

Aussi rien n'est party ^' si bien par la nature , Que le sens : car chacun en a sa fourniture. Mais pour nous , moins hardis à croire à nos raisons , Qui réglons nos esprits par les comparaisons D'une chose avecqTautre , espluchons de la vie L'action qui doit estre ou blasmée , ou suivie ; Qui criblons le discours , au chois se variant , D'avecq' la fausseté, la vérité triant, [vrages*^, (Tant que Thomme le peut); qui formons nos ou- Aux moules si parfaits de ces grands personnages , Qui depuis deux mille ans ont acquis le crédit Qu'en vers rien n'est parfait que ce qu'ils en ont dit : Devons-nous aujourd'huy pour une erreur nouvelle , Que ces clercs dévoyez ^^ forment en leur cervelle. Laisser légèrement la vieille opinion , Et suivant leur avis, croire à leur passion? [cles^°, Pour moy, les Huguenots pourroient faire mira- Ressusciter les morts , rendre de vrais oracles , Que je ne pourrois pas croire à leur vérité. En toute opinion je fuis la nouveauté.

Aussi doit-on plustost imiter nos vieux pères , Que suivre des nouveaux les nouvelles chimères. De mesme , en l'art divin de la muse , doit on Moins croire à leur esprit, qu'à l'esprit de Platon.

*>' Party , distribué , départi.

^^ Nos ouvrages.] Edition de 164 a et smy&nies, nos courages. C'est une mauvaise correction.

^^■^ Dévoyez , hors de la voie , dérangé ; n'est plus d'usage dans ce sens.

^^ Les huguenots pourroient faire miracles,] «Sed licet nos, aut angélus de cœlo evangelizet vobis , praeterquam quod evangelizavimus vobis, anatliema sit, etc.» Saint Paul, Èpîlre aux Calâtes y chap. i, vers. 8 et 9.

Il4 SATYRE IX.

Mais , Rapin , à leur goust , si les vieux sont pro-

[faues ; Si Virgile , le Tasse , et Ronsard , sont des asnes ^* : Sans perdre en ces discours le temps que nous perdons, Allons comme eux aux champs, et mangeons des

[chardons®*.

®* L'événement a fait voir combien Régnier s'est trompé, et combien Malherbe a deviné juste : car depuis long^temps, et presque depuis le temps même de Régnier, on ne lit plas guère Ronsard , du Bellay, Belleau ni Desportes , qu'il place pourtant à côté d'Homère et de Virgile.

^' Allons comme eux aux champs^ et mangeons des chardons.'}

Content de ses chardons , et secouant la tête :

Ma foi , non plus que nous , l'homme n'est qu'une bête.

BOILEAU , satire VIII.

SATYRE X. il5

e mouvement de temps', peu cogneu de»

[humains , Qui trompe nostre espoir, nostre esprit, et

[nos mains.

Chevelu sur le front , et chauve par derrière , N*est pas de ces oy seaux qu'on prend à la panliere ' : Non plus que ce milieu*, des vieux tant débatu. Où Ton mist par despit à Tabry la vertu , N'est un siège vaquant au premier qui l'occupe.

^ Cette satire n'est point dans la première édition de

^ Ce mouvement de temps , Toccasion. Dans le troisième vers , notre auteur personnifie ce mouvement de temps , en le faisant chevelu sur le front, et chauve par derrière. « L'occasion ha tous ses cheveulx au front : quand elle est oultrepassée , vous ne la pouvez plus révocquer. Elle est chauve par le derrière de la teste, et jamais plus ne retourne. » Rabelais, liv. I , chap. 37. Ausonne, épigramme xii , a fait une descripde V occasion,

3 Pantière, grand filet h prendre les oiseaux. On le tend dans un endroit de passage , et on y prend ordinairement beaucoup d'oiseaux à la fois quand ils volent par troupes. £n latin , panthera, dont le jurisconsulte Ulpien fait mention à la fin de la loi 11 au Digeste, De actionibus empti et venditi, £n quelques provinces on l'appelle panthène,

* yon plus que ce milieu.]

tt6 SATTEK X.

Souvent le plos mattois ne passe qae pour dope : Où par le jugement il i^ut perdre son temps ^, A choisir daiis les moEurs ce milieu que j entens. Or j es^cuse eu cecy nostre foiblesse humaine. Qui ne veut, ou ne peut, se donner tant de peine, Que sVxercer l'esprit en tout ce qu'il faudroit. Pour rendre par estude un lourdaut plus adroit. Mais je u'e\cuse pas les censeurs de S)crate*, De qui 1 esprit rougueux de soy^même se grate , Sldolatre , s admire , et d*un parler de miel , Se va préconisant cousin de larcancieF.

QuibaiDent pour raisons des chansons et des bourdes. Et, tous sages * qu'ils sont , font les fautes plus kurdes : Et pour sçaroir gloser sur le ma^ificat , Trenchent en leurs discours de 1 esprit délicat , Controllent un chacun , et par apostasie , Veulent paraphraser dessus la fantasie.

Aussi leur bien ne sert qu'à monstrer le deffkut , Et semblent se baigner quand on chante tout haut ,

In BMdio TÎrtas.

VirtQS est médium Titioram , et utrinque rednetom.

Horace.

* So» temps.] Édition de i64a et suiTanlcs, le tempe,

• Maii je n'excuse pas les censeurs de Soerête.] Boilean , tire iT , a dit de même :

Que l'homme le moins sage

Croit toujours avoir seul la sagesse en partage.

Ici Régnier commence à désigner le courtisan qui Tavoit retenu à souper.

^ LareancieL] Ainsi écrit dans les premières éditions , pendant la fie de l'auteur , pour Varo-ennsiel. Métaphore pour indiquer des gens qui se croient plus élevés que les autres.

" Tous sages,] Tout-sages. De même page i4i : ^t comme eux f tous sanglans.

Qu'ils ont si bon cerveau qu'il n'est point do sottise Dont par raison d'estat leur esprit ne s'advise.

Or il ne me chaudroit*, insensez ou prudens , Qu'ils fissent à leurs frais messieurs^ les intendans , A chaque bout de champ , si , sous ombre de chère , 11 ne m'en falloit point payer la folle enchère.

Un de ces jours derniers , par des lieux destour- Je m'en allois resvant, le manteau sur le tiee, [nez*®, L'ame bizarrement de vapeurs occupée , Gomme un poëte qui prend les vers a la pipée : En ces songes profonds où flottoit mon esprit v Un homme par la main hazardément me prit. Ainsi qu'on pourroit prendre un donneur par l'oreille. Quand on veut qu'à minuict en sursaut il s'esveiUe. Je passe outre d aguet, sans en faire semblant , Et m'en vois** à grands pas , tout froid et tout trâm» Craignant de faire encor ,avec ma patience , [blant; Des sottises d'autruy nouvelle pénitence **. Tout courtois il me suit, et d'un parler remis *' : Quoy, monsieur, est-ce ainsi qu'on traite ses asiis?

^ Or il ne me ohaudroit.] Il ne m importerait , de Tancien verbe chaloir , qui n*68t plus en usage.

*^ Un de ces jours derniers , par des lieux destoumés,]

Ibam forte ▼!& sAcrft (sicut meus est mos) Nescio quid meditans nugarum , totus in ilUs : Accurrit quidam notus mihi nomine tantùm , Arreptàque manu : Quid agis, etc.

Horace, 1. 1.

** £/ m'en vois,] i64a et suivantes , et m'en tais. Correction moderne.

*^ Allusion à la satire yiii, où il a décrit Tennni mortel que lui avoit causé ou importun.

*3 D'un parler remis , d'un ton doux et flatteur , iemissa voce.

il8 SATYRE X.

Je m^arreste , contraint , à^une façon confuse , Grondant entre mes dents je barbotte **une excuse. De vous dire son nom, il ne garit de rien , JBt TOUS jure au surplus qu'il est homme de bien , Que son cœur convoiteux d'ambition ne crevé , Et pour ses factions qu'il n'ira point en Grève : Car il aime la France , et ne souffriroit point , Le bon seigneur qu^il est , qu'on la mist en poiuv Au compas du devoir il règle son courage, [point. Et ne laisse en dépost pourtant son advantage. Selon le temps il met ses partis en avant. Alors que le roy passe , il gaigne le devant ; Et dans la gallene ** , encor' que tu luy parles , Il te laisse au roy Jean, et s'en court au roy Charles *•: Mesme aux plus avancez demandant le pourquoy, Il se met sur un pied , et sur le quant à moy *^; Etseroitbien fasché, le prince assis à table^ Qu'un autre enfust plus prés, ou fist plus l'agréable ; Qui plus sufHsamment entrant sur le devis ^^; Fist mieux le philosophe, ou dist mieux son avis :

*^ Je barbotte.] Clément Marot a employé le même terme , auquel il donne la même acception , épttre ixxi.

Fait neuf grands tours ; entre les dents barbotte , Tout à part lui , d'Argios une botte.

Aujourd'hui Ton dit populairement, et peut-être par corruption , marmotter pour parler confusément,

*^ La gallerie,] Du Louvre.

*^ Tel est le caractère d'un étourdi qui, ayant commencé un discours avec quelqu'un , le laisse Ik brusquement pour courir au premier venu.

^7 Monosyllabes.

^^ Qui plus suffisamment tntrant sur le devis,] Edition de i665 et suivantes, £/ plu^ suffisamment; celle de 1617, enrant dans le devis.

Qui de chiens ou d'oiseaux eust plus d expérience , Ou qui décidas! *® mieux un cas de conscience : Puis dittes, comme un sot , qu'il est sans passion.

Sans gloser plus avant sur sa perfection , Avec maints hauts discours , de chiens , d'oyscartx ,

[de bottes ; Que les vallets de pied sont fort sujects aux crottes ; Pour bien faire du pain il faut*" bien enfourner; Si dom Pedre ** est venu, qu'il s'en peut retourner ; Le ciel nous fîst ce bien qu'encor' d'assez bonne

[heure, Nous vinsmes au logis où ce monsieur demeure , Où, sans historier le tout par le menu. Il me dict : vous soyez , monsieur, le bien venu. Apres quelques propos, sans propos ** et sans suite , Avecq' un froid adieu je minutte ma fuitte, Plus de peur d'accident que de discrétion *^. Il commence un sermon de son affection :

*^ Décidast,] L'édition de i635 porte, Dévidasi; les éditions suivantes, même celle de Brossette, ont adopté cette version ; mais, quoiqu'elle ne soit pas inintelligible, j'ai préféré rétablir la première.

*° // faut,"] i655 et suivantes, qu'il faut,

** Dom Pedro Manriquez, connétable de Gastille, allant en Flandre, traversa la France, et fit quelque séjour à Paris à la fin de i6o3. La fierté de cet Espagnol ne fut pas au gré de la cour de France, oU il fit mille fanfaronades. Mathieu, Histoire d'Henri IV, tome 11, fol. aga ; Mémoires de Sully, part. II , chap. a 6 , page 5a4.

^^ Sans propos,] i645, sans raison.

^3 Que de discrétion,] Toutes les éditions portent que de diserétiou; Brossette a pris sur lui de corriger le texte de Régnier, en mettant que par discrétion. Certes le sens est aujourd'hui plus intelligible de cette manière ; mais cette location étoit-elle adoptée du temps de Régnier?

Me rid , me prend, m'embrasse , avec cérémon: Quoy, vous ennuyez-vous en nostre compj Non , non , ma foj, dit-il, il n'ira pas ainsi; Et puis que je vous tiens, vous souperez icy. Je m'excuse, il me force. 0 dieux I quelle mji Alors, mais las ! trop tard je cogneus mon suj Mais pour l'avoir coffneu , je ne peus l'eavitcr, Tant le destin se plaît à me persécuter.

A peine k ces propos eut-u fermé la bouclier Qu'il entre a l'estourdi un sot faict k la fourc Qui , pour nous saluer, laissant choir son cki Fist comme un entre-chat avec un escabeau , Trébuchant par le cul s'en va devant-derr ♦ Et grondant se fascha qu'on estoit sans lu Pour nous faire , sans rire , avaller ce beau » Le monsieur sur la veuë excuse ce deffaut ** : Que les gens de sçavoir ont la visière tendre. L'autre se relevant devers nous vint se rendre, Moins honteux d'estre cheut que de s'être dressé ; Et luy demandâst-il s'iln'estoit point blessé.

Après mille discours dignes d'un grand volume , On appelle un vallet , la chandelle s'allume : On apporte la nappe, et met-on le couvert; Et suis parmy ces gens comme un homme sans vert

*•* A l'eitourdi un sot faict à la fourche.] A l'estourdie , sei mieux et sauveroit Vhiatus, Faict à la fourche, manière poi laire d'indiquer un homme mal fait. Il faut reman comme inadmissible la rime de fourche avec bouche, ^

*^ Le maître du logis rejette ce malheur sur lia foible de la vue du pédant.

*° Sans vert , pris au dépourvu. Estre pris sans vert , faç de parler tirée d'un jeu appelé le jeu du verd, Panurge, da Rabelais , liv. m , chap. n, dit que «les dez sont le veri. diable. Le diable me prendroit sansverdy ajoute-t^-il , tll fci

rencontrait sans dez. »

Qui fait en rechignant aussi maigre visage, [ge*^. Qu'un renard que Martin porte au Louvre en sa ca- Un long-|jemps sans parler je regorgeois d'ennuy . Mais n estent point garand les sottises d'autruy, Je creu oali me falloit d'une mauvaise affaire, Enprenore seulement ce qui m'en pouvoit plaire. Ainsi considérant ces hommes et leurs soins , Si je n'en disois mot, je n'en pensois pas moins; Et jugé celourdaut, à son nez autentiquè. Que c'estoit ce pédant *^, animal domestique , De qui la mine rogue , et le parler confus , Les cheveux gras et longs , et les sourcils touffiis , Faisoient par leur sçavoir, comme il faisoit entendre, La figue sur le nez au pédant d'Alexandre.

Lors je feus asseuré de ce que j'avois creu , Qu'il n'est plus courtisan delà cour si recreu *^, Pour faire l'entendu, qu'il n'ait, pour quoy qu'il

[vaille Un poète, un astrologue ^^, ou quelque pédantaille , Qui durant sesL^mours , avec son bel esprit , Couche de ses faveurs l'histoire par escrit.

*^ Aussi étonné qu'un renard en cage , que Martin ou quelque villageois porteroit au Louvre pour amuser les laquais.

'8 Q^g c*estoit ce pédant,] Dans cette description du pédant, Régnier a fait entrer presque toute la pièce du Caporali , poète italien, intitulée del Pédante,

*^ Recreu , vieux mot françois , fatigué , dérangé.

30 Du temps de Régnier, et long-temps auparavant, les astrologues et les devins étoient fort à la mode en France. La connauce que la reine Catherine de Médicis avoit eue en leurs vaines prédictions , et Tétude même que cette princesse avoit faite de leur art , avoient beaucoup contribué à mettre ces imposteurs en crédit.

Maintenant que Ton voit , et que je veux vous dire, Tout ce qui se fist là digne d'une satyre ; Je croirois faire tort à ce docteur nouveau , Si je ne lui donnois quelques traicts de pinceau. Mais estant mauvais peintre, ainsi que mauTaii poète. Et que j'ay la cervelle et la main maladroitte : 0 muse'**, je t'invoque: emmielle-moi le bec, Et bandes de tes mains les nerfs de ton rebec ^' ; Laisse moy là Phœbus chercher son aventure , Laisse moy son b mol , prends la clef de nature ; Et vien, simple, sans fard, nue, et sans ornement , Pour accorder ma flustc avec ton instrument. Dy moy comme sa race , autrefois ancienne , Dedans Rome accoucha d'une patricienne , D'où uasquit dix Gâtons , et quatre-vingt préteurs , Sans les histoiiens, et tous les orateurs. Mais non « venons à luy , dont la maussade mine Ressemble un de ces dieux des couteaux delà Chine'*;

3< 0 mu«f /...] Dans les éditions de i6i6, 1617 et 1645, on a mis mal à propos or muse. Rabelais, ^ans un sujet aussi grave que celui-ci, a fait une invocation pareille, liv. 11, chap. a8 , à la fin : « 0 qui pourra maintenant racompter » comment se porta Pantagruel contre les trois cens géants? » 0 ma muse, ma Calliope, ma Thulic, inspire moy à ceste » heure : restaure mes espcrits ! car voicy le pont anx asnes » de logique, voicy le trébuchet, voicv la difficulté de pou-^ » voir exprimer rhorriblc bataille que feut faite. »

3' Rebec, violon.

3^ On s'est servi pendant quelque temps de couteaux dont le manche étoit figuré en marmouzet, ou terminé par Quelque figure extraordinaire , comme une tête de Maure , et d'autre« semblables, et on appeloit ces cooteaux da cêulfux de la Chine. Cette mode duroit encore en France vers le commencement du siècle passé. Sygogoes a dit, dans nne épttre en coq-à-ràne :

TMt« de manelM i« conlrau , Et doi ronrbé comne un bateau.

Et dont les beaux discours plaisamment estourdis ,

Feroient crever de rire un sain et de paradis.

Son teint jaune , enfumé , de couleur de malade ,

Feroit donner au diable et ceruze et pommade ;

Et n'est blanc en Espaigne à qui ce cormoran^*

Ne fasse renier la loy de FAlcoran ^^.

Ses yeux bordez de rouge, esgarez, sembloient estre

L'un à Montmartre, et l'autre au chasteau de Bices-

Toutesfois , redressant leur entre-pas tortu , [tre ^° :

Ils guidoient la jeunesse au chemin de vertu..

Son nez haut relevé sembloit faire la nique

A l'Ovide Nason , au Scipion Nasique ,

Oii maints rubiz balez ^', tous rougissants de vin ,

Monstroient un hacitur à la pomme de pin '^ ;

3-* Cormoran^ oiseau de rivière, dont la chair est fort noire.

3S Ne fasse renier la loy de VAlcoran.] Le blanc d^EspBgne même ne sauroit le blanchir. La métaphore est un peu hardie. L^auteur personnifie la céruse, la pommade et le blanc d'Espagne. Les deux premiëi^s se donnent au diable, et le blanc d'Espagne reoie la loi de Mahomet; jurement familier aux Espagnols, à cause de leur antipathie mortelle pour les Maures , qui ont occupé fort long-temps une partie de TEspagne.

^^ Montmartre est au nord de Paris , et Bicêtre est au midi. Bicêtre a pris son nom d'un évêque de Wincester , en Angleterre, qui, en 1290, fit bâtir un château eu cet endroit. Aujourd'hui c'est un hôpital et un lieu de réclusion.

37 On écrit et on prononce aujourd'hui rubis balais, Villon appelle ces boutons colorés des rubis de taverne* Villon dit ailleurs , en parlant d'un roi d'Ecosse :

Qui demy face eut , ce dit-oa , Venneille comme une amatbiste.

L'améthiste est une pierre précieuse violette et pourpre. Les commentateurs ont pris ce nom pour celui d'un roi fabuleux de la même contrée.

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