‹ Œuvres complètes de Mathurin Régnier, avec les commentaires revus et corrigés; pre̋cédés de l'Histoire de la satire en France, pour servir de discours preliminaireChapitre 9 sur 62 · A la Pomme de pin.] Ancien et fameux cabaret de Pa · texte numérisé non relu

A la Pomme de pin.] Ancien et fameux cabaret de Pa

Etpreschantla vendange, asseuroient en leurtrongne, Qu un jeune médecin vit moins qu'un vieux yvron-

[gnc.

Sa bouche est grosse et torte, et semble en son p<nfil, Celle-là d'Alison, qui retordant du fil , Fait la moiie aux passans , et féconde en grimace, Bave comme au prin-temps ane vieille limace. Un râteau mal rangé pour ses dents paroissoit '• ; Ou le chancre et la roiiille en monceaux s^amassoit Dont pour lors je cogneus, grondant quelques paroles, Qu'espert il en sçavoit crever ses éveroles *® : Qui me fist bien juger qu'aux veilles des bons jours , Il en souloit rogner ses ongles de velours. *

Sa barbe sur sa joiie esparse à l'avanture , Où Fart est en colère avccque la nature ,

ris proche le pont Notre-Dame. Rabelais parle de la Pomme de pin comme d'un cabaret célèbre : Puis cauponizons es t^ bernes méritoires de la Pomme de pin , du Castel , etc. Le poète Villon en a fait mention dans son Petit Testament, couplet i^i Le trou de la Pomme de pin; et dans son Grand Testament :

Aller, sans chauise , en eschappin , Tous lei matins quand il se liére , Au trou de la Pomme de pin.

Il en est aussi parlé dans les Repues franches :

L'ang fit emplir de belle eane claire, Et vint à la Pomme de pin.

Boileau , dans sa troisième satire, parle de Grenet, ou Greney , qui teuoit ce cabaret encore de son temps.

3^ Pour ses dents,] i6i3 et suivantes, jusqu*en i64a, par ses dents; i6l3, 164^2 et suivantes, pour.

^^ Qu'espert il en sçavoit crever ses éverolles,'] Nicot, au mot Aêrole, dit que plusieurs écrivent et prononcent Eaurole , «mpoule; et à la vérité c'est comme une petite ampoule , ou bouteUU^ et vessie pleine d'eau, Oudin, dans son Dictionnaire ftauç^ espagnol, dit Eaurole y Âerole , qu*il explique par ces moti espagnols : Calmaxarroy Lhneta,

En bosquets s'eslevoit, où certains animaux, [maux. Qui des pieds **, non des mains , lui faysoient mille

Quant au reste du corps , il est de telle sorte , Qu'il semble que ses reins , et son espaule torte , Facent guerre à sa teste » et par rébellion. Qu'ils eussent entassé Osse sur Pélion*' : Tellement qu'il n'a rien en tout son attelage , Qui ne suive au galop la trace du visage.

Pour sa robbe, elle fut autre qu'elle n'e^toit . Alors qu'Albert-le-Grand *' aux festes la portoit ; Mais tousjours recousant pièce à pièce nouvelle , Depuis trente ans c'est elle , et si ce n'est pas elle : Ainsi que ce vaisseau** des Grecs tant renommé ,

** Qui des pieds..,] Régnier a voulu indiquer sans équivoque ces animaux appelés pedieuli en latin.

*^ Pélion.] Ce mot était écrit Pellion dans les éditions de i6ia et 161?, faites pendant la vie de Tauteur. Ossa et Pélionf montagnes de Thessalie, qui servirent aux géants pour escalader Iç ciel.

Pour détrôner les dieux , leur vaste ambition Entreprit d'entasser Osse sur Pélion ,

dltBoileau, Traité du Sublime, chap. vi.

^3 Fameux docteur de Paris qui florissoit sous le règne de saint Louis, et qui mourut à Cologne Tan 1380.

** C'est celui qui porta Thésée d'Athènes en l'ile de Crète, pour aller combattre le Minotaure. Les Athéniens conservèrent ce vaisseau pendant plusieurs siècles , en substituant des planches neuves h celles qui tomboient en pourriture ; ce qui donna enfin occasion aux philosophes de ce temps-là de disputer si ce vaisseau , ainsi radoubé et renouvelé , étoit le mCme , ou si c'en étoit un autre. Plutarquk , Vie de Thésée. Le sieur de Sigogne, qui vivoit du temps de Réguler, a imité cet endroit dans la satire sur le Pourpoint d'un courtisan :

Pièce sur pièce on y reboute Tant de fois qu'on puisse estre en doute S'il reste rien du vieux pourpoint.

Ainsi la nef p^gasienne ,

Qui survescut au temps qui Ta voit consommé. Une taigne *^ affamée estoit sur ses épaules , Qui traçoit en arabe une carte des Gaules*®. Les pièces et les trous semez de tous costez , Représentoient les bourgs , les monts et les citez. Les filets séparez , qui se tenoient à peine , Imitoient les ruisseaux coulans dans une plaine. Les AJpes , en jurant , lui grimpoieut au collet , Et Savoy' qui plus bas ne pend qu'à un filet. Les puces , et les poux , et telle autre quenaiUe*^ ,

Rien que changée à l'ancienne , À sa forme qui ne meurt point.

*^ Taigne, ou plutôt teigne aujourd'hui ; c'est un Ycr qui ronge les étoffes et les livres :

La teigne , qui prend nourriture De la laine et de la teinture , Ne vous peut désormais ronger; Dans votre crasse et pourriture Elle trouve sa sépulture , Et s'étouffe au lieu de manger.

Satire intitulée le Chapeau d'un courtisan.

(Voyez la note 5 sur la satire t.)

*^ La description que Régnier fait dans les vers suivants semble être imitée du discours que tient frère Jean k Panurge, dans Rabelais, liv. m, chap. 38 : « Desja vois-je ton » poil grisonner en teste. Ta barbe, par les distinctions du » gris, du blanc, du tanné et du noir, me semble une map- » pemonde. Regarde ici : voila TAsie. Icy sont Tigris et Eu- » phrates. Voila Africque. Icy est la montagne de la Lune. » Veois-tu les Palus du Nilî Deçà est Europe. Veois-tu » Thélème? Ce toupet icy tout blanc, sont les monts » Hyperborées. »

^"^ Quenaille paroît une prononciation picarde. On dit aussi quenaille dans TAngoumois , comme le marquent les vers que cite Balzac, page 635 du tome 11 de ses Œuvres, in-fol. On a mis canaille dans Tédltion de 164^ et dans les suivantes. Sans doute Tauteur a employé à dessein quenaille comme un terme burlesque et corrompu, afin de rendre plus plaisante

Aux plaines d*alentoiir se mettoient en bataille , Qui les places d'autruy par armes usurpant , Le titre disputoient au premier occupant.

Or dessous ceste robbe illustre et vénérable , llavoit un jupon, non celuy de constable**; Mais un qui pour un temps suivit Tarriere-ban , Quand en première nopce il servit de caban *^

TappIicatioD qu'il en fait aux plus vils insectes, et pour marquer qu'il les trouve même indignes de porter une injure qui ne convient qu'aux hommes. En effet, dans cette même satire, page 14^, il se sert du mot canaille en parlant des hommes :

Qui vouloit mettre barre entre cette canaille.

*8 Sygognes commence ainsi une de ses épîtres en coq-àl'âne :

Il n'est rien plus beau ni plus stable , Qu'un teint de juppe de constable.

Le jupon étoit une espèce de grand pourpoint ou de petit justaucorps qui avoit de longues basques. Fureticrb. On Tappeloit ausssi jupe , que Monet définit une espèce de hoqueton , ou sale ample , ondoyant ou volant. Il falloit que cet habillement fût une marque de distinction : témoin ce que notre auteur ajoute , que ce jupon u'étoit pas celui de constable ; iémoin ce passage de Rabelais, liv. 5, chap. la : (( Frère Jean , impatient de ce qu'avoit desduit Grippemi- » uaud, dist : Hau, monsieur le diable engipponné! comment » veux-tu qu'il responde d'ung cas lequel il ignore ? » Il l'appelle engipponné, à cause du jupon que portoit Grippeminaud , archiduc des chats-fourrés, ou gens de chicane. Molière nous en fournit une autre preuve dans son Tartuffe, acte y, scène 4 , où Ton dit à M. Loyal :

Vous pourriez bien ici , sur votre noir jupon , Monsieur l'huissier à verge , attirer le bâton.

L'auteur du Moyen de parvenir , contemporain de Régnier, a dit dans son dernier chapitre : J'ai quasi juré comme un connestable, et pris Dieu partout» '

^^ Caban , espèce de manteau avec des manches. Ménage fait venir ce mot de eappa.

Au croniqueui' Turpin ^^ , lors que pai* la campagne Il portoitTarbalestre au bon roy Charlemagne. Pour asseurer si cW, ou laine, ousoye, ou lin , 11 faut en devinaille eslre maistre Gonm ^*.

Sa ceinture honorable , ainsi que ses jartieres , Furent d'un drap de Seau^*, mais j'entends desli-

[zieres ^^, Qui sur ^* maint cousturier joiierent maint roUet , Mais pour Theure présente ils'** sangloient le mulet.

Un mouchoir et des gands , avecq' ignominie ,

*° Turpin, archevêque de Reims, accompagna Charlemagne dans la plupart de ses voyages ; et, selon Trithème, il écrivit Thistoire de cet empereur, en deux livres. Dans la suite, un écrivain fabuleux et. imposteur emprunta le nom de Turpin , qu'il mit h la tête d'un roman ridicule , auquel il donna le titre à^Bistoire de Charlemagne , ce qui a fait dire à Hotloman (Franco-GaUia, c. v) que c'est Touvrage d'un ignorant qui a écrit des fables , et non pas une histoire. Le savant Uuet {Origine des Romans) assure que le livre des faits de Charlemagne, attribué à l'archevêque Turpin, lui est postérieur de plus de deux cents ans. 11 y en a des éditions faites à Paris en 1537 et en i835.

^^ Brantôme, sur la fin du premier vôiame de ses Dames galantest parle d'un maître Gouin , fameux magicien , ou soidisant tel, qui, par des tours merveilleux de son art , divertissoit la cour de François I«r. Un autre maître Gonin , petit-fils du précédent, mais beaucoup moins habile, si l'on en. croit Brantôme , vivoit sous Charles IX. Delrio, tome 11 de ses Disquisitiona magiques, en rapporte un fait par où, s'il étoit véritable, il paroitroit que le petit-fiis ne cédoit en rien au grand-père.

°* Drap de Seau] Ainsi nommé d'une petite ville appelée le Seau, dans le Berri. C'est un gros drap dont l'usage est fort bon.

"•'* De liziereSy dans toutes les éditions avant i64a.

** Sur.] Chez, édition de i64a et suivantes.

^^ Ils.] Elles, la ceinture et les jarretières.

Ainsi que des larrons pendus en compagnie , Lui pendoientau coste, qui sembloient, en lambeaux, Crier, en se mocquant: vieux linges, vieux dra-

[peaux*^!

De Tautre , brîmballoit une clef fort honneste , Qui tire à sa cordelle une noix d^arbaleste.

Ainsi ce personnage en magnifique artroy , Marchant pedetentinr'^ ^ s'en vint jusques à moy, Qui sentis à son nez , à ses lèvres décloses , Qu^il fleurait bien plus fort, mais non pas mieux que

Il me parle latin, il allègue , il discourt, [roses^®. Il reforme à son pied les humeurs de la court : Qu'il a pour enseigner une belle manière**. Qu'en son globe il a veu la matière première ; Qu'Epicure est yvrongne , Hippocrate un bourreau. Que Bartole et Jasou ignorent le barreau ; Que Virgile est passable, encor' qu'en quelques pages Il mentast au Louvre estre chimé des pages ; Que Pline est inégal , Terence un peu joly : Mais surtout il estmie un langage poly ^^.

^^ C'étoit le cri des reTendeases qui chercboient à acheter de vieilles bardes , de yieux chiffons.

^^ Peietentimly mot latin , pied à pied , tout doucement.

Marchant k pas comptés.

Comme un recteur suivi des quatre facultés.

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