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ecclésiastiques , elle vint s'établir chez lui , et ils ne tardèrent pas à tenir une assez bonne maison. L'abbé courait depuis long-temps les bénéfices , et cherchait partout des protecteurs; d'abord il s'était enveloppé de tous les dehors d'une piété austère. Louis XIV vivait encore et il crut indispensable de faire relever sa sœur de ses vœux. Fontenelle , qui avait probablement quelque crédit en cour de Rome , sollicita et obtint le rescrit qui dégageait madame de Tencin de toute espèce de lien religieux. Madame de Tencin avait su lui inspirer un vif intérêt , et c'est une preuve de l'empire de ses charmes et de son esprit, car on sait que Fontenelle ne s'enflammait pas aisément pour rendre un service. 11 fut bientôt reconnu que le rescrit avait été rendu sur un exposé peu exact des faits , et il ne fut point fulminé j niais madame de Tencin s'en passa et n'en demeura pas moins libre. Le vieux roi n'était plus 5 la Régence avait commencé , le moment de la fortune était arrivé pour les Tencin.
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On se figure sans peine le succès que devait avoir à cette époque une jolie femme sortie de son couvent avec tant d'éclat. Elle était jeune, charmante, passionnée, il n'en fallait pas tant pour avoir la vogue : la sienne fut promptement décidée. Il y avait dans sa position quelque chose de piquant pour la curiosité publique et pour ce libertinage d'esprit, dont ne sont pas exempts ceux-là même qui paraissent les plus sages*, aussi ne parlait-on à la cour et à la ville que de la religieuse Tencin , c'est le nom qu'on lui donnait dans le monde. On pouvait la voir sans se compromettre , la demeure d'un ecclésiastique sanctifie tout^ et les gens les plus scrupuleux venaient chez le frère , dans l'intentioa secrète de faire leur cour à la sœur.
L'abbé, qui n'avait que l'ambition de son état sans en avoir les mœurs, réussissait auprès des femmes, et la religieuse , avec ce genre de beauté qui séduit et de réputation qui ne décourage pas , était l'idole de tous les hommes. Elle ne désirait que la grandeur de son frère, c'était un refuge qu'elle
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s'assurait, pour le temps où l'on se souviendrait moins de ses grâces que de ses faiblesses; aussi comblait-on l'abbë pour s'avancer auprès de la sœur : cbaque be'nëlice, cbaque faveur de plus était un moyen de succès , et l'abbë devint ambassadeur, archevêque, cardinal et ministre d'état; alors on se mit à flatter la sœur pour gagner la bienveillance du frère , et , comme ils mirent toujours en commun leur crédit, leur intrigue et leur savoir-faire, ils arrivèrent à toute la fortune qu'ils pouvaient espérer et même à tout le bonheur dont on peut jouir, quand on est heureux sans l'estime d'autrui et sans l'estime de soi-même. On se trouvait alors dans la chaleur des débats de la bulle Unigénilus , guerre ridicule oii se jetèrent tous les brouillons et tous les ambitieux , et que soutenaient au nom delà religion les prélats qui en avaient le moins contre les membres les plus pieux du clergé. Née sous la vieillessse austère et bigote de Louis XIV, elle fut un malheur pour la France; 'continuée sous le gouvernement voluptueux et impie du régent, elle
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devint un scandale. La bulle était un moyen de fortune, etTencin s'en fit un des plus intrépides défenseurs; il était sans foi et sans scrupule, il se fit jésuite.
Sa sœur, qui n'était pour ainsi dire que lui-même, devint une zélée constitutionnaire. Menant de front les intrigues religieuses et les intrigues galantes , elle recevait tour à tour les évéques et ses amans, et faisait à la fois de la théologie et de l'amour. Ce qui était remarquable dans madame de Tencin , c'est qu'avec un esprit de calcul qui suppose de la froideur, elle portait le goût de la volupté jusqu'à la passion. Aussi Duclos dit-il qu'elle a aussi souvent employé la galanterie pour ses plaisirs que pour ses succès. Ce fut dans un de ces momens où l'ambition même s'oublie , qu'elle s'éprit très - vivement du chevalier Destouches , fort joli homme qui ne pouvait assurément rien pour l'avancement de son frère. Cette liaison clandestine devint bientôt d'une évidence embarrassante ; il fallut en cacher les suites. L enfant qui en naquit eu
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in l'y fut déposé par des mains inconnues sur les marches de l'église St.-Jean-Lerond; cet enfant devint un grand homme , ce fut d'Alembert. Recueilli par un commissaire du quartier qui , au lieu de Tenvoyer aux enfans trouvés , lui donna pour nourrice la femme d'un pauvre vitrier, il trouva dans le triste réduit de sa mère adoptive , des soins plus tendres et de meilleurs exemples qu'il n'aurait pu en recevoir dans la demeure brillante de sa véritable mère. Cette action n'est certes pas la plus belle de la vie de madame de Tencin 5 mais telle était la situation oii elle était placée , qu'il devenait un peu difficile d'accoucher publiquement d'un enfant illégitime dans la maison d'un prêtre qui était prieur de Sorbonne et qui voulai t devenir cardinal . Quelque relâchée que fut l'époque , il y aurait eu, dans l'ostentation d'une telle impudeur , un cynisme qui eût révolté les moins difficiles en fait de mœurs. Dans les temps delà plus profonde corruption , le scandale a toujours besoin d'une sorte de voile , car il n'est que dans la publicité. Madame de