‹ OEuvres complètes de Mesdames de La Fayette, de Tencin et de Fontaines, précédées de notices historiques et littéraires (volume 2)Chapitre 3 sur 16 · NOTICE. XXJ · texte numérisé non relu

NOTICE. XXJ

Tencin , toute à son frère , aima mieux être mère dénaturée que sœur imprudente, et l'ambition lit taire dans son cœur le cri de la nature. On dirait que le souvenir de cette triste époque l'agitait encore, lorsqu'elle écrivait son roman du Siège de Calais. Dans un de ses nombreux épisodes , il est question d'un enfant déposé sur la voie publique , sans doute avec des circonstances moins odieuses ; mais un tel incident dans un ouvrage de madame de Tencin semble prouver qu'il est des souvenirs auxquels la pensée ramène toujours le cœur qui veut les fuir. Dans le cours de ses prospérités , elle se rappela cependant qu'elle était mère , mais il est fàcbeux pour sa mémoire que ce soit son orgueil qui ait réveillé sa tendresse. On sait que d'Alembert , enfant sans berceau , élevé au sein de la douleur et de la misère , annonça de très-bonne beure ce génie qui devait le placer un jour parmi les liommes illustres de son pays ^ le bruit de ses premiers succès dans les liantes sciences retentit jusqu'à madame de Tencin , il fit battre son cœur.

iOClj \OTICE.

Elle dësira voir le jeune gëomètre , le fit venir chez elle , le combla de caresses , et lui ayant revëlë le mystère de sa naissance, elle lui tendit les bras. Que me dites^vous la , madame , s'écria d'Alembert avec une noble chaleur, cest la vitriere qui est ma mère! et il courut presser la bonne femme contre son sein. Il resta près de trente années dans cette humble demeure oii son enfance abandonnée avait trouvé un abri , et ne revit plus le séjour de l'opulence, où la honte l'avait dévoué en victime à Tambilion. Quelle scène pour une mère ! Dans ses romans, oii abondent les situations et les coups de théâtre , madame de Tencin n^a rien imaginé d'aussi fort et d'aussi dramatique.

Jetée dans un tourbillon d'intrigues , livrée au mouvement d'une société désordonnée , et à cet enivrement des plaisirs du monde auquel on se laisse si doucement aller , quand la vertu n'est pas un moyen de succès , Madame de Tencin s'étourdit sans peine dans le tumulte des passions , et au milieu des triomphes

NOTICE. xxiij

nouveaux qu'obtenait chaque jour sa beauté. Elle lit , selon Duclos , une conquête plus illustre et plus importante que celle du chevalier Des touches. Le prince voluptueux qui gouvernait alors la France parut épris de ses charmes : elle dut se croire au comble de tous ses désirs ; déjà son ambition se berçait des rêves les plus doux , mais elle se pressa trop ) elle crut avoir allumé une passion , elle n'avait inspiré qu'une fantaisie, elle eut l'imprudence de parler d'affaires à un prince qui ne venait chercher que des plaisirs , et l'abandon le plus froid succéda soudain au feu des premiers empressemens. Duclos rapporte , dans toute sa crudité un mot du régent au sujet de cette intrigue passagère; il est en tout digne de lui , et il le caractérise à merveille 5 mais il est d'une énergie qui répugne trop à la délicatesse d'un goût sévère , pour qu'il soit convenable de le répéter dans cette notice. Tous les historiens s'accordent à dire que le duc d'Orléans ne confondit jamais les secrets

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