XXIV NOTICE
de Vëtat avec les mystères des petits apparteinens. Il ne se livrait à demi ni aux soins du gouvernement ni aux desordres d'une vie licencieuse ; le matin c'était le chef du gouvernement , le prince dans tout l'ëclat de sa dignité : le soir ce n'était plus que l'égal de tous les débauchés 5 au niveau desquels il était descendu.
Son premier ministre Dubois était pai tout le même ; ce trop célèbre personnage savait fort bien allier le cynisme des mœurs à la gravité des affaires 5 et la conspiration de Cellainar prouve que la débauche même était un moyen de sa politique. 11 ne fut pas aussi scrupuleux que son maître : il permit à madame de Tencin tous les genres de conversation. La maison de la belle chanoinesse devint le rendez-vous de tous les courtisans du pouvoir; on y distribua les grâces, on y donna les bénéfices , il paraît même ({u'on les y vendit. Ce n'est malheureusement pas \w\{t calomnie historique , on
MOTICE. XXV
verra bientôt qu'il y a preuve lëgale de l'accusation.
On éprouve un sentiment qui a quelque chose de triste et même de douloureux, lorsqu'on voit une femme jeune, brillante et spirituelle, s'abaisser jusqu'à devenir la favorite d'un être aussi dégradé que Dubois ; mais cette femme était ambitieuse , et Dubois était tout-puissant. On ne réfléchit pas d'ailleurs que la justice historique n'a commencé pour lui que le jour de sa mort *, jamais Sully et Fénélon n'obtinrent , de leur vivant , plus de louanges , plus d'hommages que ce colosse de fortune et de vices. Les gens de cour lui prodiguèrent l'encens , les poètes célébrèrent ses vertus , il osa s'asseoir sur le siège de Cambray , et le précepteur du Régent y porta la pourpre romaine qui n'avait pas décoré le men^ tor du duc de Bourgogne. L'assemblée générale du clergé le nomma son président ; l'Académie française lui donna le fauteuil , dont elle avait exilé le vertueux abbé de Saint- Pierre 5 l'Acadé-