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mie des belles-lettres se crut heureuse de lui décerner les palmes du savoir , et l'Académie des sciences humilia le brevet de membre honoraire en le mettant à ses pieds. Tout ce qu'il y avait de grand s'abaissa devant son pouvoir, tous les premiers hommages du royaume se prostituèrent à sa fortune. Est-il donc si étonnant qu'une femme , qui avait peu de réputation à perdre et peu de bienséances à garder , n'ait pas dédaigné la conquête d'un homme devant lequel s'évanouissaient les plus hautes résistances !
Il faut du reste se souvenir que madame de Tencin aimait passionnément son frère , que son élévation était pour ainsi dire le rêve de sa vie toute entière. Qui , mieux que le premier ministre, que le dispensateur de toutes les grâces , pouvait combler ses désirs ambitieux? La maison des Tencin convenait parfaitement à Dubois*, il y trouva tout ce qui convenait à ses goûts et à sa politique : de la volupté et de l'intrigue, point de scrupule et beaucoup de dévoue^
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meut. Le frère devait lui être aussi utile que la sœur lui était agréable ; Fun n'e'tait pas de moins bonne composition que Fautre *, leur conquête fut pour lui une double bonne fortune. C'était le règne des aventuriers. Le royaume était épuisé par les profusions de la guerre et par les prodigalités de la paix. Comme dans toutes les positions désespérées , oneut recours aux charlatans ; il s'en présenta un , qui promit des richesses à une cour avide et corrompue , et il fut pris au mot. C'était l'écossais Lavv^ ; son système ayant fait tourner toutes les têtes, il voulut être ministre^ Dubois l'était bien, aucune ambition ne devait se décourager. Mais Dubois était évêque et Français, Law était Anglais et protestant. Il fallait, pour devenir contrôleur - général , qu'il fut naturalisé ^ et , depuis la révocation de Fédit de Nantes , pour être naturalisé, il fallait d'abord être converti. Dubois s'en chargea ', et il n'eut pas de peine à faire de Law^ un aussi bon Français et un aussi bon catholique que lui.
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Il avait besoin , pour cette opération , d'un théologien discret, facile , expéditif *, il ne le chercha pas long-temps : il voyait tous les jours l'abbé de Tencin ; il savait que le frère et la sœur ne faisaient, comme dit Duclos , qu'une âme et qu'un cœur , et il avait dû juger que l'abbé n'était pas un casuiste bien rigoureux ; ce fut à lui qu'il confia cette honorable mission ; Law , comme on le pense bien , se laissa aisément persuader , que le trésor public valait bien une messe. Si on l'eut exigé , il était homme à se faire jésuite pour être ministre; d'autres , en pareil cas , seraient d'aussi bonne composition que lui. Ce fut à Melun que se fit l'abjuration ; on pensa prudemment qu'elle serait un sujet trop riche de ridicules pour le public malin de la capitale , car les conversious , à propos de finances , ue réussissent guère à Paris.
Law catholique ne fut point ingrat 5 le duc de Saint-Simon prétend qu'il fit pleuvoir les billets de banque et les actions sur la maison Tencin. Le frère et la sœur
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aimaient beaucoup l'argent , non par avarice , mais par ambition. Ils y voyaient un moyen de parvenir à tout , et ils croyaient n'en avoir jamais assez. Une telle opulence donna lieu aux plus mauvais bruits : on accusa l'abbé du trafic des choses saintes *, on répéta partout que la conversion n'avait été qu'un marché , et , par malheur pour lui , une affaire scandaleuse , qui le couvrit de ridicule et de honte -, acheva de donner une fatale vraisemblance aux soupçons élevés contre lui. Il fut prouvé légalement qu'il faisait commerce de bénéfices. Un certain abbé de Vaissière lui intenta un procès en simonie , et l'accusa d'avoir |j^ dérobé une partie du marché fait d'uu prieuré.
Avec la moindre pudeur il se fût empressé d'étouffer cette honteuse affaire; mais soit que la vanité de la faveur lui fît illusion , soit qu'il connut assez bien son indigne patron pour ne pas s'effaroucher d'un scandale de plus , il osa paraître en personne à la barre du parlement. Il nia