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efirontëment le marché ^ la partie adverse , ayant paru faiblir sur les preuves , Tencin demanda que le serment lui fut déféré par la cour. Déjà il s'apprêtait à le prononcer , quand l'avocat de l'abbé de Vais- -^ sière s'écrie : Arrêtez ; voici le marché écrit de la main que vous levez pour en nier l'existence \ et à l'instant il le fait passer sous les yeux du parlement indigné. Qu'on juge de l'effet d'un pareil coup de théâtre ! Tencin , foudroyé , veut eu vain balbutier quelques mots ; il est publiquement admonesté par le premier président , et se retire au milieu des huées qui s'élèvent sur son passage. La sentence était flétrissante ; elle devait le perdre \ mais elle prouvait qu'il était capable de tout , et Dubois jugea que c'était le seul homme qui pût le faire cardinal. Ce fut avec de pareilles lettres de crédit qu'il l'envoya à Rome pour acheter la pourpre que rêvait son insatiable ambition. Le marché n'était pas moins honteux que l'autre , mais il fallait à Dubois un homme aguerri, et il venait d'avoir une preuve flagrante du savoir-faire de son en-
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voyé. Déjà le jésuite Lafiteau , évêque de Sisteron , se trouvait dans la capitale du inonde chrétien pour négocier la première dignité de l'Eglise, au profit de l'homme le plus immoral peut-être de la chrétienté. Dubois se déliait de lui, et lui avait cependant promis le chapeau s'il parvenait à le lui faire obtenir. Ce brocantage de toutes les choses saintes excite le dégoût , et n'est certes pas une des causes les moins puissantes des catastrophes qui ont affligé le clergé. L'histoire lui a fait plus de tort que la philosophie.
Lafiteau regarda Tencin comme un surveillant plutôt que comme un aide , et ces deux prêtres se haïrent bientôt cordialement j ils se dénonçaient mutuellement à Dubois comme des hommes sans mœurs, sans conscience, et ils ne inentaient ni l'un ni l'autre. C'est à sa sœur la religieuse que l'abbé envoyait tous ces petits bulletins scandaleux, dont les subalternes et les chefs mêmes de la diplomatie amusent les ennuis des rois et des premiers ministres.
Madame de Tencin était rintermétliaire
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de toutes ces honnêtetés diplomatiques. Le cardinal Fabroni entretenait une corres-. j)ondance avec quelques ecclésiastiques de Paris , et il remettait ses lettres à l'ambassade française, comme étant la voie la plus commode et la plus sûre. Tencin , au lieu de les faire parvenir à leur adresse , les envoyait à Dubois j dans une lettre datée du 20 janvier 1722 , il s'exprime ainsi : « Nous » n'avons pu ouvrir ces lettres, parce que je )i n'ai pas le secret pour lever les cachets , » qu'il serait bon que vous eussiez la bonté » de m'envoyer. Quand votre éminence en M aura fait l'usage qu'elle jugera à propos, » elle aura la bonté de les envoyer , sans » perdre de temps , à madame de Tencin , » à qui j'ai donné mes instructions pour » les faire rendre à leur adresse. » On voit que la violation du secret des lettres re- * monte assez haut , et ce sont deux ministres de l'Evangile qui faisaient cet honnête commerce. Faut - il s'étonner qu'il répugne si peu à la dévotion mondaine des politiques de nos jours?
Madame de Tencin paraissait peu se sou-
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cier (le l'estime de Tavenir; dans sa vieillesse, elle coiîimuniqua la correspondance secrète de son frère à Duclos , qui en a publié de curieux extraits. Tencin écrit à sa sœur que l'évéque Lafiteau est un débauché , un indigne fripon ; qu'il n'a ni religion , ni honneur , ni sentimens ; qu'il est parti de Rome pour la campagne, et qu il va se guérir d'une maladie honteuse : confidence tout-à-fait édifiante de la part d'un prêtre à une ancienne religieuse.
Dubois devint enfin cardinal, et Tencin n'était pas encore évêque que déjà il aspirait à la pourpre romaine. Avant de quitter la France, il y avait pensé, car il écrivait à sa sœur , au mois de janvier 1723 , que le roi d'Angleterre ( Jacques II ) lui avait parlé de manière à lui faire voir qu'il lui donnerait de tout son cœur sa nomination. « La chose, ajoute-t-il, sera bientôt » faite quand une fois je serai évêque , si >) M. le cardinal Dubois le veut un peu. » Mon chapeau serait plus sûr que n'a été » le sien, j'ose le dire, avant que je ne >» m'en sois mêlé.
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Tencin n'attendit pas long-temps j il fut fait archevêque d'Embrun. C'est dans cette dernière ville qu'il présida une espèce de concile où l'e'véque de Sénez fut déposé comme coupable d'hérésie. Ainsi , après avoir fait un catholique d'un étranger dont la foi était très-équivoque, il lit un schismatique du prélat le plus croyant et le plus vertueux du royaume. Tandis qu'il procédait à cette religieuse exécution , sa sœur échauffait à Paris le zèle des constitutionnaires. Son boudoir était devenu un autre concile où elle rassemblait des évêques; l'ardeur de son zèle finit par inquiéter le gouvernement. Elle reçut l'ordre secret de quitter Paris, et se retira dans les environs d'Orléans. Le séjour de la province était le supplice le plus cruel qu'on pût infliger à une femme de ce caractère ^ mais elle resta peu dans son exil. Son frère était devenu un homme assez important pour la protéger à son tour. Cette disgrâce passagère n'arriva d'ailleurs qu'après la mort de Dubois. Le pacifique Fleuri ne pouvait s'accommoder d'une ardeur sans mesure , il
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lui MIait un genre d'intrigue plus souple et moins bruyante ^ mais les Tencin étaient gens à prendre toutes les teintes de la politique du moment 5 Fleuri jugea qu'ils seraient toujours dangereux s'ils n'étaient pas utiles. Il aima mieux les avoir pour auxiliaires que pour ennemis ; il sacrifia sa rancune à sa politique ^ il ne les aima point , et il s'en servit.
On sait qu'à la mort du régent , M. le Duc fut fait premier ministre. Le royaume tomba sous le sceptre d'une courtisane, et les grands, qui s'étaient humiliés devant le cynisme de Dubois , fléchirent le genou devant les volontés capricieuses de madame de Prie. M. le Duc et sa maîtresse haïssaient Fleuri ; précepteur du jeune roi , ils craignaient qu'il ne devînt le mentor de son gouvernement; et les Tencin, toujours à l'affût de la faveur du jour, prirent parti pour le prince du sang, premier ministre^ contre le timide évéque de Fréjus. En juillet 1723, l'abbé écrivait à sa sœur : 'f Ce que vous me mandez rela- >' livement au premier ministre ( M. le