‹ OEuvres complètes de Mesdames de La Fayette, de Tencin et de Fontaines, précédées de notices historiques et littéraires (volume 3)Chapitre 16 sur 37 · LETTRE VIL · texte numérisé non relu

LETTRE VIL

Paris, i4 juillet 1675. '

Voici ce que j'ai fait depuis que je vous ai écrit : j'ai eu deux accès de fièvre : il y a six mois que je n'ai été purgée ; on me purge une fois, on me purge deux; le lendemain de la deuxième, je me mets à table : ah! ah! j'ai mal au cœur, je ne veux point de potage : mangez donc un peu de viande ; non , je n'en veux point : mais vous mangerez du fruit; je crois que oui : eh bien! mangez-en donc; je ne saurais, je mangerai tantôt. Que l'on m'ait ce soir un potage et un poulet. Voici le soir, voilà un potage et un poulet : je n'en veux point, je suis dégoûtée , je m'en vais me coucher, j'aime mieux dormir que de manger. Je me couche , je \ne tourn&i je me retourne, je n'ai point de mal , mais je n'ai point de sommeil aussi; j'appelle, je prends un livre , je le referme ; le jour vient , je me lève , je vais à la fenêtre ; quatre heures sonnent, cinq heures, six heures; je me recouche, je m'endors jusqu'à sept; je me lève à huit, je me mets à table à douze inutilement, comme la veille; je me remets dans mon lit le soir inutilement, comme l'autre nuit. Etes-vous

malade? nenni. Etes-vons plus faible? nenni. Je suis dans cet état trois jours et trois nuits ; je redors présentement ; mais je ne mange encore que par machine , comme les chevaux , en me frottant la bouche de vinaigre : du reste , je me porte bien, et je n'ai pas même si mal à la tête. Je viens d'écrire des folies à M. le duc ; si je puis , j'irai dimanche à Livry pour un jour ' ou deux. Je suis très-aise d'aimer madame de Coulanges à cause de vous. Résolvez-vous, ma ^ belle, de me voir soutenir toute ma vie, à la pointe de mon éloquence , que je vous aime plus encore que vous ne m'aimez ; j'en ferais convenir Corbinelli en un demi-quart d'heure : au reste , mandez-moi bien de ses nouvelles ; tant de bonnes volontés seront-elles toujours inutiles à ce pauvre homme ? Pour moi , je crois que c'est son mérite qui leur porte malheur. Ségrais porte guignon; madame de Thianges est des amies de Corbinelli , madame Scari'on , milk personnes, et je ne lui vois plus aucune espérance de quoi que ce puisse être. On donne des pensions aux beaux esprits ; c'est un fonds abandonné à cela; il en mérite mieux que tous ceux qui en ont ; point de nouvelles , on ne peut rien obtenir pour lui. Je dois voir demain madame de V 'f c'est une certaine ridicule, à

qui M. d'Ambre a fait un enfant; elle l'a plai-

dé, et a perdu son procès; elle conte toutes les circonstances de son aventure ; il n'y a rien au monde de pareil; elle prétend avoir été forcée; vous jugez bien que cela conduit à de beaux détails. La Marans est une sainte; il n'y a point de raillerie : cela me paraît un miracle. La Bonnetot est dévote aussi ; elle a ôté son œil de verre; elle ne met plus de rouge, ni de boucles. Madame de Monaco ne fait pas de même ; elle me vint voir l'autre jour, bien blanche : elle est favorite et engouée de cette Madame- ci, tout comme de l'autre; cela est bizarre. Langlade s'en va demain en Poitou , pour deux ou trois mois. M. de Marsillac est ici ; il part lundi pour aller à Barége; il ne s'aide pas de son bras. Madame la comtesse du Plessis va se marier ; elle a pensé acheter Frêne. M. de La Rochefoucault se porte très-bien; il vous fait mille et mille complimens et à Corbinelli. Voici une gestion eiAre deux maximes :

On pardonne les infidélités ; mais on ne les oublie point.

On oublie les infidélités ; mais on ne les pardonne point,

« Aimez-vous mieux avoir fait une infidélité » à votre amant , que vous aimez pourtant tou- » jours; ou qu'il vous en ait fait une, et qu'il » vous aime aussi toujours?» On n'entend pas

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