‹ OEuvres complètes de Mesdames de La Fayette, de Tencin et de Fontaines, précédées de notices historiques et littéraires (volume 3)Chapitre 3 sur 37 · TOME IJI · texte numérisé non relu

TOME IJI

tre deux mille hommes ensemble clans leur pays. On espérait toujours en France que l'humeur hautaine du prince d'Orange deviendrait insupportable aux Anglais , et, comme nous nous flattons très-volontiers, on ne doutait point de voir, en très-peu de temps, une révolte en Angleterre. Cependant, le prince d'Orange avait été couronné roi d'Angleterre, avec de très-grands applaudissemens. La convention d'Ecosse lui avait aussi envoyé la couronne, quoique le roi eût encore des partis fort puissans dans le nord de l'Ecosse. Le prince d'Orange avait fait assembler le parlement, qui lui avait accordé généralement tout ce qu'il lui avait demandé^ c'est-à-dire, de l'argent pour payer les troupes hollandaises , et pour rembourser les avances que lui avait faites la Hollande pour son dessein , de l'argent pour sa subsistance , et les moyens d'en tirer pour faire la guerre à la France. Tout cela s'était fait ■avec une tranquillité étonnante. Londres, qv^\ n'était point accoutumée à avoir des troupes, en était remplie , sans oser souffler , et le prince d'Orange, en deux mois, était devenu plus maître de l'Angleterre, qu'aucun roi ne Tavait jamais été. h^'S Anglais, qui avaient chassé leur roi , sous -prétexte de défendre et conserver leur religion, la voyaient changer entièrement; carie prince d'Orange , tout en faisant semblant d'ac-

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commoder les deux religions, c'est-à-dire l'anglicane et la sienne , prétendue réformée , laissait les ministres de la dernière entièrement les maîtres , et professait publiquement son calvinisme, à quoi tous les Anglais applaudissaient. Le prince d'Orange faisait travailler avec un grand soin à l'armement de la flotte anglaise , pour la joindre avec celle des Hollandais. On ne pouvait pas s'imaginer, dans ce pays-là, qu'après les dépenses que le roi avait faites , il fut en état de mettre sur pied une flotte assez considérable pour leur opposer, et ils comptaient d'être entièrement les maîtres de la mer. Dans les combats particuliers , qui s'étaient donnés de vaisseau à vaisseau, les Français avaient presque toujours eu l'avantage, et on avait fait plus de prises aux ennemis, qu'ils ne nous en avaient fait. Ils ne comptaient pas que l'on laissât la Méditerranée entièrement abandonnée, et gariée seulenjent par les galères. Ils savaient que nous avions la guerre contre les corsaires d'Alger, et jugeaient que cette guerre suffisait pour occuper un nombre assez considérable de vaisseaux : on traitait pourtant de la paix ; mais , en traitant , nous continuions dans cette liauteur à quoi nous sommes si bien accoutumés , et depuis si long-temps. Quoique nous ne vissions que des ennemis autour de nous, nous

voulions que les Algériens se contentassent d'une trêve, parce qu'il y avait un grand nombre de leurs gens qui étaient esclaves sur nos galères , qui nous servaient bien , et que par la trêve on ne rendrait pas; mais les Algériens n'y voulurent point consentir.

Le prince d'Orange comptait donc que l'armée de mer n'apporterait aucun obstacle à ses desseins; et, par-là, il regardait l'affaire d'Irlande comme une très-petite affaire. Ceux qui, dans le commencement, y avaient tenu son parti , avaient été battus , et tous s'étaient réfugiés dans une place assez bien fortifiée pour une province comme l'Irlande, où il n'y en a aucune. Les Anglais l'avaient fait bâtir pour la sûreté du commerce avec l'Irlande : elle s'appelait Derri ; et comme c'étaient les marchands de Londres qui l'avaient fait bâtir, ils y avaient ajouté Londoriy qui , en anglais , veut dire Londres, de manière qu'elle s'appelait Lo^idonderri. Tous les partisans du prince d'Orange s'étaient jetés dedans, et en cédèrent le commandement à un Anglais qui avait été ministre. Le roi d'Angleterre donna ses ordres pour la faire investir, sans pourtant quitter Dublin. Sa Majesté britannique avait deux officiers d'infanterie français , que le roi lui avait donnés pour aller avec lui , qui étaient Maumont, capitaine aux gardes

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et maréchal de camp, et Pusigiian, colonel d'infanterie et brigadier. Il y avait long-temps qu'ils servaient tous deux ; mais, avec cela , ils étaient au nombre des ofTiciers de médiocre capacité; cependant, ils pouvaient passer pour bons en Irlande, où il n'y en avait point de meilleurs. Les troupes qu'ils commandaient étaient fort mal disciplinées : celles qui étaient dans Londonderri l'étaient tout aussi mal ; mais les Anglais ont pour la nation irlandaise un mépris qui leur donnait un air de supériorité. Mau~ mont fut tué en allant reconnaître la place ; et l'autre, peu de jours après, voyant une sortie que les ennemis faisaient assez en désordre, crut qu'il n'y avait qu'à les pousser avec le peu de gens qu'il avait. Il ne s'aperçut pas d'une embuscade que l'on avait dressée. Il fut coupé, et il y périt avec beaucoup de gens. Jl ne restait plus d'officiers sur qui l'on pût faire rouler le siège ; car Rosen , qui était le meilleur que le roi eût envoyé en Irlande, était un Allemand, très-bon officier de cavalerie, mais qui, en sa vie, n'avait rien su qui regardât l'infanterie. On se contenta de tenir bloqué Londonderri, dans l'espérance qu'il serait obligé de se rendre, parce que la quantité de gens qui s'étaient retirés dedans ne pouvaient subsister long-temps; et l'on comptait aussi

qu'ils lie seraient pas secourus. On prit deux petits forts qui gardaient la rivière par où l'on y pouvait jeter du secours : on fit faire ensuite une estacade , pour empêcher les bâti mens de passer de nuit, et l'on employa le peu d'atillerie qu'il y avait pour la défendre.

Tous les jours, il nous venait de fausses nouvelles de ce pays-là. 11 y eut des vaisseaux anglais qui, après le combat de Bantry, se détachèrent; le bruit fut d'abord qu'ils s'étaient venus rendre au roi ; mais il se trouva qu'ils étaient allés pour tenter le secours de Londonderri, qu'ils tentèrent d'abord fort inutilement, mais, dans la suite, ils trouvèrent moyen de rompre l'estacade , et de porter dans la ville un secours considérable , qui fit qu'on leva le blocus , et qu'on ne songea plus au siège de cette place. Il y eut même des révoltés qui se saisirent encore d'une autre petite place dans le^^ marais; mais le roi d'Angleterre y envoya Hamilton , qui était lieutenant-général de ses armées, et qui avait été long-temps colonel d'infanterie en France. On l'avait chassé de la cour, parce qu'il s'était rendu amoureux de la princesse de Conti, fille du roi, et qu'il paraissait qu'elle aimait bien mieux lui parler qu'à un ÇLUtre. Hamilton défit ces révoltés, qui étaient en fort petit nombre.

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Cependant, la reine d'Angleterre ét^it à Saint- Germain, dans une tristesse et un abattement épouvantables. Ses larmes ne tarissaient pas. Le roi, qui a l'âme bonne, et une tendresse extraordinaire, surtout pour les femmes, était touché des malheurs de cette princesse , et les adoucissait par tout ce qu'il pouvait imaginer. Il lui faisait des présens , et , parce qu'elle était aussi dévote que malheureuse, c'étaient des présens qui convenaient à la dévotion. 11 avait aussi pour elle toutes les complaisances qu'elle méritait : il la faisait venir à Trianon et à Marly, aux fêtes qu'il y donnait; enfin, il avait des manières pour elle si agréables et si engageantes, que le monde jugea qu'il était amoureux d'elle. La chose paraissait assez probable. Les gens qui ne voyaient pas cela de fort prés, assuraient que madame de Maintenon, quoiqu'elle ne passât que

jpour amiç, regardait les manières du roi pour la reine d'Angleterre avec une furieuse inquiétude. Ce n'était pas sans raison ; car il n'y a point de

^ maîtresse qui ne terrasse bientôt une amie. Cependant , le bruit de cet amour ne fut que l'effet d'un discours du public, fondé sur les airs honnêtes que le roi ne pouvait s'empêcher d'avoir pour une personne dont le mérite était aussi avoué de tout le monde que celui de la reine d'Angleterre, quand même elle n'eût élé que particulière.

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M. de Lausun était le seul Français considérable qui eût eu part à TafFaire d'Angleterre, parce qu'il était le seul qui y fût.

Cependant , Sa Majesté britannique crut lui avoir des obligations infinies, et le laissa, en partant, dans la confidence de la reine. A proprement parler, M. de Lausun était le ministre d'Angleterre en France. Il n'avait jamais été aimé de M. de Louvois ; mais il faisait tout ce qu'il pouvait pour gagner les bonnes grâces de madame de Maintenon. Il savait bien qu'il n'y avait que ces deux côtés pour pouvoir approcher le roi , et peut-être comptait-il celui de madame de Maintenon comme le plus sûr. Il jugeait, avec tout le monde, que madame de Maintenon ne regardait point M. de Louvois comme son ami : au contraire , elle ne le regardait que comme un ministre utile au roi, un ministre qui était bien avec son maître, sans qu'elle ^ eût contribué, et qui était bien dans son esprit avant elle. Mais M. de Seignelay, elle le regardait comme sa créature : quoiqu'elle ne fût pas liée de droit fil avec lui, elle l'était par ses sœurs, madame de Beauvilliers et madame de Chevreuse. M. de Lausun crut donc qu'il ferait un grand coup pour lui, et qui plairait fort à madame de Maintenon , de tirer l'affaire d'Irlande des mains de M. de Louvois , pour la

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mettre dans celles de M. de Seignelay. Il persuada si bien la reine d'Angleterre, que cela fut fait, et peut-être au grand contentement de M. de Louvois , qui ne pouvait pas être généralement chargé de tout. Sa santé n'était pas aussi robuste qu'elle paraissait; il n'était jamais long-temps sans avoir des accès de fièyre , et ne savait ce que c'était que de se ménager dans un temps comme celui-ci. M. de Seignelay avait la marine, et il paraissait probable que, comme tous les passages d'Irlande dépendaient de lui, le roi d'Angleterre serait mieux servi. Ce n'est pas que, sous la direction de M. de Louvois , qui fut , à la vérité , pendant peu de temps , il n'y eût une grande profusion de toutes les choses nécessaires, et cela était allé si loin, qu'elles ne purent pas toutes passer avec le roi d'Angleterre , ni avec la flotte qui suivit : ^ en demeura même encore quantité à Brest.

Il y avait déjà long-temps que la dauphine était malade , et qu'elle ne voyait presque personne. On n'avait aucune foi à son mal ; cependant, elle était enflée et maigrissait fort. Les médecins ne lui faisaient rien du tout. A la fin de l'hiver, elle s'était mise entre les mains d'une femme, qui lui avait donné d'abord quelque soulagement, et qui, en effet, l'avait fait désenfler; mais cela était revenu : ensuite, elle s'é-

tait remise encore une fois entre les mains des médecins. Enfin, ils avouèrent leur ignorance. Madame la dauphine voulut tâter des empiriques : on en consulta beaucoup. Enfin , elle demanda au roi la permission de se mettre entre les mains d'un prêtre normand, dont le maréchal de Bellefond était entêté, et qui se donnait pour un homme à divers secrets. Son premier métier avait été, demeurant au collège de Navarre, d'apprendre à siffler à des linottes. Un de ses amis, souffleur de sa profession, lui laissa en mourant tous ses secrets, et le prêtre s'en servit heureusement : cela établit sa réputation. Il se trouva, en Normandie, auprès de chez le maréchal, qui est homme à s'entêter fort aisément. Il vanta le prêtre , et , enfin, lui établit une réputation d'habileté qu'il ne méritait nullement. Ce fut l'homme dont madame la dauphine se servit. Elle s'.en trouv;$ bien dans le commencement, et redevint ensuite dans le même état. Peu de gens se souciaient de cette princesse , parce qu'elle ne contribuait , ni à la fortune des personnes, ni aux plaisirs de la cour. Il y avait un temps assez considérable que M. de La Trémouille faisait l'amoureux d'elle publiquement. Il était à la vérité parfaitement bien fait , mais d'une laideur choquante, et, Ton peut dire, non commune. On

l'accusait d'avoir l'esprit à l'avenant. On était si accoutumé à le voir lorgner, que personne n'y faisait la moindre attention , et l'on ne s'avisait pas de faire le tort à madame la dauphine de croire qu'elle l'aimât. Cependant, quelques gens osèrent à la fin le penser. Madame la dauphine lui parlait, même plus souvent qu'à un autre, parce qu'il se présentait plus souvent à elle. On n'a pu savoir si M. de La Trémouille avait pris la liberté de lui découvrir sa passion un peu plus évidemment que par des lorgneries ; mais , enfin , la dauphine lui fit dire par la d'Arpajon , sa dame d'honneur, de ne se plus présenter devant elle.

Cela se serait passé entre eux trois et peutêtre Monseigneur , à qui madame la dauphine pouvait l'avoir dit , si M. de La Trémouille ne se fût avisé d'en aller porter sa plainte au roi , gui lui répondit que madame la dauphine était sage, qu'elle avait ses raisons pour cette défense, et que, peut-être, le tort qu'elle avait eu , c'était de ne l'avoir pas faite plus tôt.

Dans ce temps-là , il se passa une autre scène assez considérable, à l'égard de madame la duchesse.

Elle était des plus jeunes et des plus éveillées, et rassemblait chez elle ce qu'il y avait de plus jeunes femmes , à la tête desquelles était ma-

dame de Valentinois , fille de M. d'Armagnac , plus coquette, elle toute seule, que toutes les femmes du royaume ensemble.

Dés l'hiver , il y avait eu une grande affaire : M. de Marsan , de qui madame la duchesse s'était moquée , pendant qu'il était amoureux de la cadette Grammont , s'avisa de lorgner madame la duchesse, à ce qu'on dit, pour se venger d'elle , et pour en faire un sacrifice à sa maîtresse. Madame la duchesse répondit aux lorgneries. M. de Marsan écrivit; madame la duchesse fit réponse. Ces sortes de vengeances , avec une aussi jolie personne , et du rang de madame la duchesse , retombent bien souvent sur les maîtresses. Je crois que cela fût arrivé ; car les deux meilleurs amis de M. de Marsan , qui étaient Comminge et Mailly, étaient amoureux chacun d'une fille de madame la duchesse ; le premier, d'une mademoiselle de Doré, qu'ij y avait long-temps qui faisait l'amour , et qui l'avait fait avec le prince d'Harcourt , avant que d'entrer chez madame la duchesse ; l'autre , d'une mademoiselle de La Roche-Ainard. Elles étaient toutes deux favorites de madame la duchesse, et lièrent ce commerce. Il fut découvert. M. le prince s'en plaignit au roi. Le roi lui dit qu'il n'avait qu'à faire ce qu'il voudrait, qu'il ne se mêlait plus de la conduite

de madame la duchesse. Madame la duchesse fut bien grondée. Le roi ne voulut pas lui en parler; mais il dit à madame de Maintenon de le faire. Madame de Maintenon en parla à madame la duchesse, qui 'se mit à lui rire au nez, et dit qu'elle n'avait écrit que pour se moquer de M. de Marsan.

A cette affaire , se mêla un autre incident. M. le prince qui , quand il veut savoir quelque chose, y prend tous les soins imaginables, mit des gens en campagne pour savoir ce qui se passait chez madame la duchesse. On lui vint rapporter que l'on avait vu sortir de chez elle un homme qui se cachait. M. le prince envoya quérir madame de Mareuil , qui était la dame d'honneur, pour savoir qui était cet homme; madame de Mareuil jura qu'il n'en était point entré , et que madame la duchesse avait demeuré , tout le jour, seule dans son cabinet avec madame de Valentinois. On fit de grandes perquisitions ; enfin , on trouva que c'était un peintre que madame de Valentinois avait fait venir, pour avoir un portrait en petit à donner, à ce qu'on dit, à M. de Barbesieux , qui était son amant. Elles furent grondées au dernier point. Elles en fondirent en larmes , et l'on interdit à madame la duchesse tout commerce avec madame de Valentinois; mais elles se re-

joignirent bientôt , et puis il n'en fut plus parlé.

Tout cela demeura pendant quelque temps dans une assez bonne intelligence; mais, peu après le départ de M. le duc pour l'armée , il y eut une nouvelle scène , ou plutôt une continuation de la première. M. le prince en reparla au roi, mais avec plus de cbaleur. Enfin, les fdles furent chassées. Mesdemoiselles de Doré et de La Roche-Ainard allèrent dans des couvens; mademoiselle de Paulmi demeura chez madame la princesse , et se maria peu de temps après. Le roi ordonna que madame la duchesse serait toujours avec madame la princesse; que, quand elle irait à Chantilly, elle ne recevrait pas de visite dans son appartement. Rien de tout cela ne fut exécuté, hormis qu'elle n'eut plus la compagnie de ses filles.

Les armées étaient en campagne : celle de M. le maréchal d'Humières dans le pays enne^ mi; M. de Duras, dans le pays de Mayence, avec de la cavalerie seulement, ayant laissé toute son infanterie dans les places , et surtout à Landau. La disposition de celle des ennemis était que M. de Bavière devait être à la tête du haut Rhin : on donna de ce côté-là un corps de cavalerie à commander au comte de Choiseul ; M. de Lorraine devait occuper le Palatinat et

rélectorat de Mayence; M. de Saxe devait être dans le pays de Trêves , et joindre M. de Lor-* raine quand il en aurait besoin; et M. de Brandebourg, avec les troupes de Munster et des troupes de Hollande , dans l'électorat de Cologne. L'empereur avait laissé M. de Bade en Hongrie, pour faire tête aux Turcs avec une armée médiocre.

L'électeur de Brandebourg fut le premier qui attaqua quelque chose. Il s'était déjà saisi de Nuits, quand les troupes du roi l'avaient abandonné. On avait aussi retiré toutes les troupes françaises de Kayserswerd , et l'on y avait laissé une garnison allemande. Ce fut à cette place, qui était mauvaise , que s'attacha M. l'électeur de Brandebourg. H ne fut que trois jours devant; le quatrième, la garnison allemande obligea Marconié, qui en était gouverneur, et qui était Français, de se rendre. Le roi n'avait ijlus de place où il y eût de ses troupes , que Bonn. M. le cardinal de Furstemberg en était parti , quand il avait vu les troupes de M. l'électeur s'approcher du pays de Cologne, et était venu demeurer à Metz. Cependant, M. l'électeur de Brandebourg, n'osant pas attaquer Bonn dans les régies avec son armée, se contenta de l'investir, et, peu de temps après, se résolut de la bombarder. M. de Lorraine était arrivé à

Francfort, et tous les princes dont les troupes composaient l'armée qui devait agir de ce côtélà s'y étaient rendus. On y tenait force conseils de guerre , où l'on ne décidait rien ; chacun parlait selon son intérêt : tous voulaient que l'on attaquât une place ; mais chacun voulait que ce fût celle qui était la plus prés de ses états , et , par conséquent celle qui les pouvait le plus incommoder. La ville de Francfort voulait absolument Mayence , et offrait une somme considérable, et de fournir tout ce qui serait nécessaire pour les frais du siège. Cela était tentant; mais M. de Lorraine n'y opinait pas, parce qu'il avait peur de risquer sa réputation; il savait la quantité de troupes qu'il y avait dans la place. Le marquis d'Huxelles avait de la réputation , parce que M. de Louvois l'avait élevé en très-peu de temps. M. de Duras était en Alsace avec une armée considérable : tout cela faisait douter du succès du siège. ^, <

L'Espagne avait une envie démesurée de voir des enfans à son roi. Peu de jours après que la reine fut morte, on proposa au Roi Catholique de se remarier, et on lui fit voir les portraits de l'infante de Portugal , de la princesse de Toscane , et de la troisième fille de l'électeur palatin , dont l'aînée avait épousé l'empereur, et la seconde , le roi de Portugal. On ne sait si ce

fut le goût, dont il n'avait guère, qui prévalut, ou les conseils de ses ministres, qui étaient l'écho de M. de Mansfeld; mais il choisit la fille de l'électeur palatin, qui était des trois la moins belle. On demanda des vaisseaux au roi de Portugal, pour l'aller chercher. Le ministre du roi obligea le roi de Portugal à n'en point donner. M. de Mansfeld fut choisi par le roi d'Espagne, pour l'aller épouser. Il s'embarqua sur un vaisseau portugais , passa en Angleterre , vit le prince d'Orange comme roi, ce qu'avait déjà fait l'ambassadeur d'Espagne et l'envoyé de l'empereur, prit des ordres du prince d'Orange, pour qu'on lui fournit, en Hollande, tous les vaisseaux qui seraient nécessaires pour la sûreté du passage de la reine , et s'en alla à la cour de l'empereur.

La flotte de la Méditerranée se mit en mer, yus le commandement du chevalier de Tourville ; l'on publiait que ce n'était que pour la Méditerranée : cependant il ouvrit ses ordres secrets , et trouva que c'était pour passer dans l'Océan , et venir à Brest joindre le reste de Tarmée navale. Elle était composée de vingt-deux vaisseaux de guerre. Il y en avait beaucoup parmi qui ne pouvaient soutenir ni un combat, ni l'effort d'une tourmente. On n'avait voulu que paraître, et mettre beaucoup de vaisseaux

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sur mer. I^a flotte fut long-temps à passer. On? pressait extrêmement l'armement de Brest ; o» envoyait courriers sur courriers au maréchal d'Estrées, qui était vice-amiral, et qui comptait de commander toute cette flotte. Jamais la France n'en avait mis une si nombreuse sur pied, et jamais elle n'avait paru plus nécessaire. On savait la jonction de beaucoup de vaisseaux hollandais avec les Anglais, et qu'ainsi ils ne manqueraient pas de mettre les premiers en mer. On avait beau presser pour les nôtres ; cela était inutile, parce qu'il manquait une infinité de choses qu'il fallait qui vinssent de différens endroits, et l'on n'allait pas commodément des ports de la Manche à ceux de TOçéan , de manière que les Anglais nous tenaient une infinité de choses bloquées. On attendait un gros vaisseau de Dunkerque, qu'on n'osa faire joindre. Nos matelots n'étaient pas eç grand nombre ; la religion en avait t'ait évader une infinité , et des meilleurs ; et il en fallait un furieux nombre. On fut donc obligé de pren-^ dre des bateliers de la rivière de Loire pour les remplacer; mais il fallait les dresser, tout cela demandait du temps; et à la cour on n'en voulait pas donner. M. de Seignelay donna ses ordres pour que tout ce qui était nécessaire tâchât au moins d'arriver, et il partit de Versailles pour

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se rendre à Brest, où le maréchal d'Estrées le reçut fort bien, quoique, dans le fond du cœur, ils ne fussent nullement amis. Ils eurent une conférence sur la marine ; et , dans la conférrence , M. de Seignelay lui donna une lettre du roi, qui lui marquait, qu'étant informé des desseins des ennemis , il le croyait plus nécessaire à commander le long des cotes les troupes qu'il avait, qu'à commander l'armée navale. La lettre était fort douce; mais il n'y avait miel qui pût faire avaler un tel poison. Le maréchal sentit le dégoût de celui-ci aussi vivement qu'on le peut sentir. On lui avait fait toujours, et dans tous les temps , commander les flottes; il avait toute l'expérience que Ton peut avoir; il était revêtu d'une grande dignité, et on lui ôtait sa fonction dans le temps qu'elle était la plus brillante, soUs un fort mauvais prétexte > pour la donner à un homme, dont la dignité, le mérite et la naissance étaient fort inférieurs au maréchal ; mais celui à qui on la donnait était un homme soumis, qui, de tout temps, avait été des plaisirs de M. de Seignelay, et qui était le seul homme de la marine , pour qui il eût une sorte de confiance et d'amitié. Le maréchal soutint ce coup avec douleur, mais sans bassesse , et partit pour aller donner ses ordres où le roi lui ordonnait. M. de Seignelay cependant trancha du maître

dans la marine , comme font tous les ministres du roi chacun dans leur district , donna des ordres signés Louis, et plus bas Colhert. Il était enfin général en tout, hors qu'il ne donnait pas le mot , et même il en avait et les habits et la mine. Dans sa pénible fonction, il parla d'aller attaquer les ennemis jusque dans leurs ports, exagéra le peu de cas que le roi faisait des combats de mer qui s'étaient donnés jusqu'à lui , et dit qu'il prétendait que ces combats fussent dorénavant plus décisifs , et que l'on allât d'abord à l'abordage. Il s'embarqua, demeura quelque temps embarqué , et fit faire de grandes provisions. En un mot , il n'y eut personne qui n'eût cru qu'il allait tout de bon commander l'armée. Quand on sut cette nouvelle à la cour, elle parut fort extraordinaire. Tout le monde, grands et petits , s'y trouvaient intéressés , et il n'y avait personne qui ne songeât que , puisque l'on faisait un aussi grand tort à un liomme de la dignité du maréchal d'Estrées , on devait s'attendre à pis. M. de Seignelay s'ennuya bientôt sur son vaisseau. On n'avait nulle nouvelle de la flotte de la Méditerranée ; cependant les ennemis parurent à la hauteur d'Ouessant , qui est une petite ile à huit lieues de Brest, et parurent au nombre de soixante vaisseaux. On avait de petits bâtimens de garde , qui en vinrent avertir.

Le maréchal d'Estrées s'en revint incessamment

à Brest, parce que c'était la grande affaire.

M. de Seignelay, qui n'avait plus d'affaires,

songea à ses plaisirs , joua gros jeu , fît l'amour

aux dames de Brest, conserva peu le décorum

de ministre, laissa promener les ennemis huit

ou dix jours le long des côtes , et souffrit qu'il

vint une escadre de dix-huit ou vingt vaisseaux

à demi-lieue de la côte, et à quatre de Brest.

Pendant ce temps-là pourtant , le convoi qu'il

attendait des ports de la Manche, arriva fort

heureusement : il lui vint aussi des vaisseaux

de Rochefort , chargés de ce qui manquait pour

la flotte; il lui vint des matelots de tous côtés :

enfin cette flotte , à qui tout manquait huit

jours avant qu'il arrivât, mais à un tel point

que les officiers ne voulaient pas même monter

sur leurs vaisseaux, fut pourvue de tout au

delà de ce qu'il fallait.

Malgré*cette heureuse réussite et les plaisirs que prenait M. de Seignelay, il ne laissait pas d'avoir ses heures de chagrin. La flotte de Provence n'arrivait pas ; on avait nouvelle qu'elle avait passé à Cadix, il y avait bien du temps. Celle des ennemis était justement au passage pour arriver à Brest; on avait envoyé au-devant des vaisseaux qui ne revenaient pas. On lui rendait aussi compte de l'inquiétude du roi : elle

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augmentait la sienne, d'autant plus qu'il avait emporté l'armement du roi à lui , et que tous l(;s autres ministres n'en avaient point été d'avis. Il se lassa enfin de voir continuellement cette escadre des ennemis s'avancer du côté de Brest; il en fit sortir une de dix vaisseaux de la rade, pour donner la chasse aux ennemis quand ils paraîtraient : cela leur fit tenir un peu bride en main. Le vent avait toujours été assez bon aux ennemis; il changea un soir, et fut si violent qu'il les obligea de quitter Ouessant, et de se retirer aux côtes d'Angleterre. Ce vent, qui leur était contraire, était bon à l'armée de Provence. Tourville, qui, il y avait deux jours , était à vingt lieues de Brest , et qui avait su, par un petit bâtiment anglais qu'il avait pris, que l'armée des ennemis était à la hauteur d'Ouessant , jugeant qu'ils n'avaient pas pu demeurer en cet endroit, fit donner toutes les voiles , et arriva dans l'endroit ou S3 tenait ordinairement leur escadre. Il y avait vingt-quatre heures qu'ils s'en étaient retirés; ainsi son arrivée fut due à un coup du ciel; car il eût été obligé de s'en retourner, ou d'aller à Rochefort, si les ennemis eussent encore demeuré long-temps là. La joie de son arrivée fut grande à Brest , et encore plus grande à la cour, où l'on commençait d'en désespérer.

On av«iit déjà commencé à faire marcher en Flanche les troupes de Guyenne; le maréchal de Lorge avait eu aussi avis qu'on l'en tirerait bientôt. Il n'y avait plus d'autres troupes qu'en Bretagne et en Normandie. Elles eurent aussi ordre de marcher en Flandre, aussitôt que le courrier eut apporté la nouvelle de l'arrivée de M. de Tourville.

La chose du monde que l'on souhaitait le plus en France, et qui nous était la plus importante dans la conjoncture présente , était la mort du pape. On apprit qu'il était malade à l'extrémilc. Lavardin, qui avait été envoyé amhassadeur à Rome, parce qu'on n'en avait pas pu trouver d'autre qui y voulût aller, dans l'assurance où l'on était à peu près de ne pas réussir à une si pénible négociation, avait été rappelé. Ce ministre s'était fort mal gouverné avec le cardinal d'Estrées, et avait pris des engagemeiis tout contraires aux fciens et à, tous ceux que la France avait. Avant que de partir de Paris, il avait commencé à prendre des liaisons avec Tabbé Servien, qui avait été envoyé par le pape pour apporter h\ barrette aux cardinaux nommés. L'abbé Servien était ennemi particulier du cardinal. Il était Français, mais établi a Rome depuis longtemps avec une charge chez le pape, et voulait faire sa fortune indépendamment de la France.

Cet abbë donna à Lavardin des vues toutes contraires à celles qu'il devait prendre; d'autant plus que l'intention du roi et de M. de Croissi , secrétaire d'état des étrangers , était que l'ambassadeur ne fît rien que de concert avec le cardinal , qui était, un homme d'un esprit supérieur; qui, depuis long-temps, était à Rome; qui , outre cela , y avait fait beaucoup de voyages, et, par conséquent, connaissait beaucoup mieux cette cour qu'un homme qui n'y faisait que d'arriver. Dans toutes les affaires qui se rencontrèrent pendant l'ambassade de Lavardin, il jetait la faute sur le cardinal d'Estrées ; mais lui, plus sage et plus posé, ne donnait des coups à Lavardin que quand ils pouvaient bien porter. On avait donné à l'ambassadeur beaucoup d'officiers de marine et des gardes pour l'accompagner à Piome , afin qu'il ne lui arrivât rien. Il rendit tous ces gens-là mal contens de ses manières, de sa mauvaise chère, de son pe^ d'ap-i parât; au lieu que le cardinal d'Estrées gagnait le cœur à tous par ses manières honnêtes et par sa magnificence. Enfin, pendant deux ans et demi que Lavardin fut ambassadeur à Rome, il ne s'attira que beaucoup de brocards, dépensa bien de l'argent, ne parut guère, et ne réussit à aucune de ses négociations. Cela n'était pas bien étonnant, vu l'obstination du

DE LA GOURDE FRANCE. Sj

pape et la haine qu'il portait au roi et à Ja nation, haine qui n'a que trop paru, par la manière dont il a engagé toute l'Europe contre nous, et par le peu de secours qu'il voulut accorder au roi d'Angleterre, qui perdait son royaume parce qu'il était trop zélé catholique. Ce roi, en partant de France, avait envoyé M. Porter, homme de beaucoup d'esprit, pour tâcher de tirer du secours de Sa Sainteté, qui ne lui donna, pour tout réconfort, que des chapelets et des indulgences, choses fort peu nécessaires à d'autres qu'à des dévots consommés , et qui n'étaient d'aucune utilité pour reconquérir un royaume. Porter s'en revint fort peu édifié de Sa Sainteté, qui disait envoyer à l'empereur , pour faire la guerre contre les Turcs , un argent que l'empereur employait contre le roi.

Quand on vit le peu de succès de l'ambassadeur dans, ces affaires , la dépense furieuse qu'il faisait au roi, et le besoin qu'on avait d'officiers, on lui envoya ordre de revenir. Le pape ne se portait pas bien. La reine de Suède, qui ne nous aimait pas , et le cardinal Azolin , qui était ennemi déclaré de la France , et avait part à la confiance du pape, étaient morts à peu de temps l'un de l'autre. Il y avait eu, disait-on, une prédiction sur leur mort, et l'on y joi-

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gnait aussi celle du pape. Sa mauvaise santé et ^on â(je , qui passait quatre-vingts ans, étaient la plus sûre prédiction. Quelques gens ont cru que sa mort , qtié l'on prévoyait prochaine , eut plus de part au rappel de Lavardin , que son peu de progrés dans les négociations.

Dans toutes les petites affaires qui se passèrent en Flandre , les troupes du roi , quoiqu'il y en eût beaucoup de nouvelles dans l'armée , avaient l'avantage sur celles des ennemis; mais ils en avaient un autre, qui était qu'il en désertait un nombre infini des nôtres , et que des leurs il n'en désertait point. L'afFaire la plus considérable qu'il y eut, fut un détachement où Saint- Gelais commandait. On tomba sur une partie des gardes à cheval du roi d'Espagne aux Pays-Bas. Ils témoignèrent une bravoure extraordinaire, et revinrent jusqu'à cinq fois à la charge ; ils furent pourtant tous tués ou faits prisonniers. Comme la cavalerie des Espagnols i^'était pa^ montée, les gouverneurs des places faisaient ce qu'ils pouvaient pour la monter à nos dépens, et envoyaient beaucoup de partis pour prendre des chevaux au fourrage. 11 y en eut un d'assez insolent pour venir se mettre entre les gardes , pour prendre des chevaux, dès le soir, à l'abreuvoir, et il fut assez indiscret pour tirer. Jiien ne le pouvait mieux faire découvrir : aussi

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]q fut-il; et le bruit en vint aussitôt au quar^ lier général, que les gardes étaient attaquées. Tous les jeunes gens qui y étaient montèrent à cheval^ et poussèrent sans savoir ce que c'était ,• le prince de Rohan , fils de M. de Soubise , eut le genou cassé; Nogaret, un cheval tué sous lui, et le bras un peu égratigné. Tout le parti fut sacrifié; il ne s'en sauva pas un seul. C'étaient là les grandes affaires du maréchal d'Humières , à cause des ordres qu'il avait. Pour ce qui regardait l'armée de M, de Duras , on n'y avait point encore vu d'ennemis, et il n'y avait eu que de la cavalerie rassemblée.

M. de Lorraine avait envoyé à l'empereur pour savoir s'il voulait absolument que l'on assiégeât Mayence, et lui en remontrer les inconvéniens. Il en reçut l'ordre et s'y disposa. La nouvelle vint à Versailles de cette résolulion. La joie en fut grande; le roi même et ^. de Lowvois dirent que , si les ennemis avaient pris un conseil d'eux , ils n'auraient pas fait autre chose. Il y eut beaucoup de paris à la cour qu'ils l'attaqueraient ou qu'ils ne l'attaqueraient pas. Le maréchal de Bellefond, qui tient de l'extraordinaire en tout, paria encore, trois jours après que la nouvelle fut venue de l'ouverture de la tranchée, qu'ils ne l'attaqueraient pas, Mayence était un si giand événement, qii(i

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tout le monde avait les yeux attachés dessus. L'empereur s'avança à Neubôurg pour le mariage de la reine d'Espagne. Il devait venir ensuite à Ausbourg , pour tâcher de faire déclarer son lîls roi des Romains, qui était déjà roi de Hongrie. Jamais il ne pouvait prendre une plus belle occasion : toute l'Allemagne était dans ses intérêts , et protestans et catholiques ; et c'était peut-être la seule fois que cela s'était ainsi rencontré, et, s'il y avait un temps oii le roi ne pût lui apporter d'obstacle, c'était celui-là.

M. de Bavière se rendit à Mayence. M. de Lorraine y disposa ses attaques, et en fit trois, qui furent celle de l'Empire, celle des Saxons,. et celle des Bavarois. L'armée n'était composée que de quarante mille hommes : la quantité de troupes qu'il y avait dans Mayence, faisait qu'ils étaient obligés de monter une tranchée trèsforte, et leurs troupes en étaient fort çfatiguées/ Quand M. de Duras vit le siège en train , il commença à rassembler son armée, fit joindre la cavalerie et l'infanterie , passa le Rhin à Philisbourg, entra dans le Palatinat, et voulut occuper les postes que remplissaient des troupes de M. l'électeur de Bavière, commandées par M. de Sérini, qui était son général. On en reprit d'abord quelques-uns, et l'on fut à Heidelberg^

qui était l'endroit où il y en avait davantage, ne doutant point que l'on ne l'emportât ; mais cela ne réussit pas comme l'on avait espéré. M. de Sérini jeta beaucoup de troupes dedans , et se retira dans les bois avec le reste. On voulut faire attaquer Heidelberg; mais l'on y trou^. va trop de résistance. M. de Duras jeta la faute de la réussite sur Tessé , maréchal de camp, qui avait eu l'ordre de l'évacuer et de le raser, disant qu'il l'avait assuré que cette place ne pourrait être en un moindre état de défense. 11 fallut s'en revenir avec sa courte honte. On prit et brûla un assez gros bourg , où il y avait beaucoup de troupes , et tous les châteaux qui étaient à portée d'incommoder l'Alsace pendant l'hiver. On fit environ quatre mille prisonniers dans toutes ces places, et on les envoya en France, où ils furent dispersés dans les villes.

Dans le temps que l'on commença à parler du siège de Mayence par l'armée d'Allemagne, on eut peur que celle de Flandre n'attaquât Dinant, qui était une place de la dernière importance pour le roi. On fit partir Guiscard , colonel de Normandie et brigadier, pour aller se jeter dedans avec ses deux bataillons. Il était trés-brave garçon , et avait beaucoup de mérite ; mais, six mois auparavant, on ne le croyait pas seulement digne d'être colonel de Normandie ,

et on lui avait donné tous les dégoûts imaginalbles. Il paraissait à la cour que l'on avait envie de secourir Mayence. On en parlait beaucoup; on disait aussi que le roi avait permis à M. le ïîîaréchal dHumières de donner bataille, de manière que tout le monde était fort éveillé sur les événeméns. On ne doutait point aussi de voir un combat naval , de manière que tout était aussi en mouvement sur cela. On fut quelques jours à raccommoder les vaisseaux , et à faire prendre de l'eau à ceux de Provence , en attendant que le vent fût bon pour sortir de Brest. Il y avait des officiers qui devaient passer en Irlande. Gacé , qui était gouverneur du pays d'Aunis et de la Rochelle, avait eu le dégoût que l'on y avait envoyé , à la fin de l'hiver, La Trousse pour y commander. La Trousse se trouva extrêmement mal, et par conséquent dans l'impossibilité de servir. On y envoya Saint-Rhut prendre sa place : ce dégoût-là fut plus violent pour Gacé que le premier. Il demanda à aller servir en Irlande , et il fut lieutenant général du roi d'Angleterre. Outre lui,^ le roi envoya encore le marquis d'Escars , vieux brigadier, avec MM. d'Hocquincourt , d'Amanse et de Saint-Pater, qui étaient déjeunes colonels. On fit appareiller un vaisseau pour les porter, et, quand le vent fut bon, la flotte mit à la

voile. Le vaisseau destiné pour Tlrlande et une grande flûte, destinée à porter les équipages, se séparèrent de l'armée navale pour aller en Irlande; mais la flotte, sur laquelle était M. de Seignelay, s'en alla descendre à Belle-Isle. Le vaisseau , dont je viens de parler, destiné pour l'Irlande , fut attaqué par les Anglais , à son retour à Belle-Isle , et le capitaine en fut tué. Voilà à quoi se termina, pour lors, l'exploit de la plus formidable armée que le roi eût jusqu'à présent mise sur mer.

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