‹ OEuvres complètes de Mesdames de La Fayette, de Tencin et de Fontaines, précédées de notices historiques et littéraires (volume 3)Chapitre 4 sur 37 · FIN DES MEMOIRES DE LA COUR DE FRANCE · texte numérisé non relu

FIN DES MEMOIRES DE LA COUR DE FRANCE

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HENRIETTE D'ANGLETERRE

PREMIEBE F£MM£

DE PHILIPPE DE FRANCE

DUC D'ORLÉANS

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Henriette de France, veuve de Charles I"., roi d'Angleterre^ avait été obligée par ses malheurs de se retirer en France , et avait choisi pour sa retraite ordinaire le couvent de Sainte-Marie de Chaillot. Elle y était attirée par la beauté du lieu , et plus encore par Tamitié qu'elle avait pour la mère Angélique ', supérieure de cette maison. Cette personne était venue fort jeune à la cour, fille d'honneur d'Anne d'Autriche , femme de Louis XIII.

Ce prince , dont les passions étaient pleines d'innocence, en était devenu amoureux 5 et elle avait répondu à sa passion par une amitié fort tendre , et par une si grande fidélité pour la confiance dont il l'honorait , qu'elle avait été à l'épreuve de

' Mademoiselle de La Fayette, fille d'honneur d'Anne d Autriche , reine de France.

tous les avantages que le cardinal de Richelieu lui avait fait envisager.

Comme ce m^inistre vit qu'il ne la pouvait gagner, il crut, avec quelque apparence 5 qu'elle était gouvernée par l'évéque de Limoges, son oncle, attaché à la reine par madame de Seneçay \ Dans cette vue^ il résolut de la perdre, et de l'obliger à se retirer de la cour : il gagna le premier valet de chambre du roi , qui avait leur confiance entière , et l'obligea à rapporter de part et d'autre des choses entièrement opposées à la vérité. Elle était jeune et sans expérience, et crut ce qu'on lui dit : elle s'imagina qu'on l'allait abandonner, et se jeta dans les filles de Sainte-Marie. Le roi fit tous ses efforts pour l'en tirer : il Vfi montra clairement son erreur et la fausseté de ce qu'elle avait cru ; mais elle résista à tout, et se fit religieuse quand le temps le lui put permettre.

Le roi conserva pour elle beaucoup d'amitié, et lui donna sa confiance : ainsi,

' Dame d'honneur d'Anne d'Autriche,

quoique religieuse , elle était très-considérée, et elle le méritait. J'épousai son frère quelques années avant sa profession-, et, comme j'allais souvent dans son cloître, j'y vis la jeune princesse d'Angleterre, dont l'esprit et le mérite me charmèrent. Cette connaissance me donna depuis l'honneur de sa familiarité , en sorte que , quand elle fut mariée, j'eus toutes les entrées particulières chez elle ; et, quoique je fusse plus âgée de dix ans qu'elle, elle me témoigna j usqu'à la mort beaucoup de bonté , et eut beaucoup d'égards pour moi.

Je n'avais aucune part à sa confidence sur de certaines affaires *, mais , quand elles étaient passées, et presque rendues publiques, elle prenait plaisir à me les raconter, »

L'année 16645 ^^ comte de Guiches ' fut exilé. Un jour qu'elle me faisait le récit de quelques circonstances assez extraordinaires de sa passion pour elle : Ne trouvez-vous pas, me dit-elle, que, si tout ce

' Fils aîné du maréchal de Graramont.

yO PREFACE.

qui m'est arrivé et les choses qui y ont relation étaient écrits ^ cela composerait une jolie histoire? Vous écrivez bien, ajoutat-elle; écrivez, je vous fournirai de bons tnémoires.

J'entrai avec plaisir dans cette pensée , et nous fîmes ce plan de notre histoire, telle qu'on la trouvera ici.

Pendant quelque temps, lorsque je la trouvais seule , elle me contait des choses particulières que j'ignorais; mais cette fantaisie lui passa bientôt, et ce que j'avais commencé demeura quatre ou cinq années sans qu'elle s'en souvînt.

En 1669, ^^ ^'^^ ^^^^ ^ Chambord : elle était à Saint-Cloud , où elle faisait ses couches de la duchesse de Savoie, aujourd'hui régnante; j'étais auprès d'elle; il y avait peu de monde; elle se souvint du projet de cette histoire , et me dit qu'il fallait la reprendre. Elle me conta la suite des choses qu'elle avait commencé à me dire : je me remis à les écrire; je lui montrais le matin ce que j'avais fait sur ce qu'elle m'avait dit le soir; elle en était très-contente :

c'était un ouvrage assez difficile que de tourner la vérité , en de certains endroits, d'une manière qui la fît connaître, et qui ne fût pas néanmoins offensante ni désagréable à la princesse. Elle badinait avec moi sur les endroits qui me donnaient le plus de peine , et elle prit tant de goût à ce que j'écrivais, que, pendant un voyage de deux jours que je fis à Paris, elle écrivit elle-même ce que j'ai marqué pour être de sa main 3 et que j'ai encore.

Le roi revint : elle quitta Saint-Cloud , et notre ouvrage fut abandonné. L'année suivante , elle fut en Angleterre ; et , peu de jours après son retour, cette princesse, étant à Saint-Cloud, perdit la vie d'une manière qui fera toujours l'étonnement .

lie ceux qui liront cette histoire. J'avais l'honneur d'être auprès d'elle, lorsque cet accident funeste arriva ; je sentis tout ce que l'on peut sentir de plus douloureux, en voyant expirer la plus aimable princesse qui fut jamais, et qui m'avait honorée de ses bonnes grâces \ cette perte est de celles dont on ne se console jamais, et

qui laissent une amertume répandue dans tout le reste de la vie.

La mort de cette princesse ne me laissa ni le dessein ni le goût de continuer cette histoire, et j'écrivis seulement les circonstances de sa mort dont je fus témoin.

¥lTi DE LA PREFACE.

DE MADAME

HENRIETTE D'ANGLETERRE

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