‹ OEuvres complètes de Mesdames de La Fayette, de Tencin et de Fontaines, précédées de notices historiques et littéraires (volume 3)Chapitre 34 sur 37 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

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obéissance, j'efFace toutes mes fautes, ordonnez que je ne sois entendue que de vous ; je pense que ce que j'ai à vous dire mérite d'être tenu secret.

Aménopliis pria Crisotas de le laisser avec Péritée , et d'ordonner que personne ne vînt troubler leur conversation ; Péritée alors , se voyant seule , prit la parole de cette sorte : Je crois, dit-elle, que vous savez, seigneur, que Cléorise, livrée au grand-prétre par des pirates qui avaient accoutumé de lui amener souvent de belles et jeunes personnes , dont ce palais était tout rempli, y était depuis trois ou quatre mois. IjC grand-prêtre m'avait attachée à elle; et, dans les commencemens, j'avais taché de persuader à Cléorise d'aimer le grand - prêtre , qui était éperdument amoureux d'elle; mais il y avait déjà quelque temps que , n'ayant pu me défen^ dre de prendre beaucoup d'amitié pour Cléoriseï^, je ne la pressais plus avec la même vivacité que j'avais fait autrefois ; je pensais plutôt à me faire aimer d'elle , qu'à en faire aimer le grandprêtre. Je puis dire , seigneur, que j'avais gagné une partie de la confiance de <îette belle étrangère : elle ne m'avait point appris le lieu de sa naissance, ni le nom de sa famille, mais elle ne me cachait rien de ce qu'elle pensait; elle ne dissimulait point avec moi l'horreur et l'aversr.

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sion quelle avait pour le grand - prêtre ; je croyais que cette horreur était peut-être causée par quelque tendresse secrète qu'elle pouvait avoir eue dans le pays d'où les pirates l'avaient enlevée , mais je n'eus pas long - temps cette pensée.

En effet, son cœur était libre; et elle ne haïssait le grand-prêtre que parce que ses mœurs et sa réputation lui paraissaient indignes du rang qu'il tenait. Je puis dire, seigneur, qu'il n'y avait dans le cœur de Cléorise que de la liaine et de la tristesse, jusqu'au jour de la fête du Soleil, où, à la prière d'Anaxaras, je fis ce qui dépendait de moi pour vous donner le moyen de voir et de considérer Cléorise. Dés le soir de ce jour-là même, je la trouvai rêveuse d'une autre façon qu'elle n'avait accoutumé de l'être. Ce n'était plus cet abattement morne qui p'Vraissait djns ses yeux, quand l'ennui et la haine seuls l'occupaient ; il me semblait y démêler je ne sais quelle inquiétude, qui, dans sa tristesse, laissait voir un plaisir doux qu'elle trouvait dans ses rêveries. Vous savez ce qu'Anaxaras obtint de moi pour vcjis; et je pense, seigneur, que vous n'avez point oublié les discours que vous m'entendîtes tenir à Cléorise pendant que vous représentiez la statue de Diomède. J'avoue que, me confirmant à to\U mo-

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ment dans Topinion que j'avais qu'il se passait quelque chose de nouveau dans son cœur, piquée d'un peu de curiosité , je voulais l'obliger à m'en faire un aveu, et je ne la pressais de répondre à la passion du souverain pontife , que pour l'engager à m'en découvrir une autre, que je croyais qui commençait à naître dans son âme.

Aussitôt qu'elle eut connu le péril où les cris qu'elle avait faits sans réflexion vous avaient jeté, elle fut prête, deux ou trois fois, à revenir sur ses pas pour vous sauver, me disaitelle , par la seule pitié qu'elle avait de votre indiscrétion. Le tumulte et le désordre devinrent si affreux, que nous ne sûmes plus, ni elle ni moi, quel parti nous devions prendre; nous apprîmes que le grand-prêtre avait été tué, et qu'on avait proclamé un nouveau roi de l'Ile. Je me souviens, seigneur, qu'elle me ^lit, en rougissant , que c'était peut-être vous , et qu'elle ne savait si vous lui pardonneriez le danger où elle vous avait précipité. Comme elle achevait de me parler, nous voyons entrer dans la chambre où nous étions deux ou trois hommes , que leurs habillemens nous font connaître pour des étrangers. Un d'entre eux, déjà avancé en âge, s'approche d'elle, et aussitôt elle le reconnaît pour son père. Venez ^ ma fille, lui dit-il, pro-

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fitons des momens que la révolution qui arrive ici nous donne, pour sortir de cet infâme palais. Les dieux, qui m'ont inspiré de venir dans cette île, où je ne doutais pas que les pirates ne vous eussent amenée, ont eux-mêmes fait naître cette occasion pour vous rendre votre liberté. J'ai un vaisseau tout prêt à partir, sur le rivage ; suivez-moi ; il faut nous échapper d'ici , pendant que le désordre qui y règne empêchera qu'on ne s'aperçoive de votre fuite.

Cléorise, en se disposant à le suivre, me pria de l'accompagner jusqu'au bord de la mer. Je voyais bien que la joie d'avoir retrouvé son père était balancée par la peine de s'éloigner si promptement de ce palais. Ma chère Péritée, me dit-elle assez bas pour n'être entendue que de moi, je voudrais, de tout mon cœur, que tu voulusses me suivre dans ma patrie, où je partagerais avec toi une fortune assez heureuse que les dieux m'ont donnée; mais je t'avoue que je n'ose t'en prier; je te conjure, au contraire, de demeurer ici ; je serais trop ingrate , si je partais sans m'assurer un moyen d'être informée de la destinée de cet étranger, que tu m'as dit ne s'être exposé au péril où nous l'avons laissé, que pour me voir. Ma chère Péritée, •fais-moi savoir, le plus tôt que lu pourras, Vil est vivant, et si c'est lui qui s'est fait re-

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connaître roi de cette île. Je ne sais si je lui dois souhaiter une si haute fortune ; je veux croire qu'il la mérite, mais pourtant j'aimerais mieux qu'avec toutes les vertus dignes du trône, il ne fût point né pour y monter. Peut-être que s'il n'était pas roi, et s'il connaissait qui je suis, il ne mé trouverait pas indigné de son souvenir^ Si tu peux le i^evoir, dis-lui que ses périls m'ont fait frémir, et que son bonheur ne me sera jamais indifférent. C'est l'île de Crète qui est ma patrie, où mon père me mène, et c'est là que je souhaite que tu fasses tout ton possible pour me donner incessamment de tes nouvelles: mon père s'appelle Arimante, et il est un des premiers d'une des républiques de notre île.

Voilà, seigneur, ce qtie me disait Cléorise, lorsque nous nous sommes trouvées au bord de la mer, où Arimante, nous donnant à peine le temps de nous embrasser, l'a obligée de monter sur son vaisseau, que j'ai vu partir aussitôt, et que j'ai accompagné de mes regards aussi long-temps que j'ai pu, en versant beaucoup de larmes.

Ah! Péritée, dit Aménophis, lorsqu'elle eut cessé de pailer, que de sujets de joie et d'afflictix)n vous me donnez en même temps ! Grands dieux! ajouta-t-il, il est donc possible que Cléo^

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rise ait eu quelque attention sur moi ! mais vou^ me l'enlevez dans le moment même que vous me donnez le plaisir de le savoir ; et vous me mettez hors d'état de la suivre! Aménophis allait continuer ses tendres plaintes, lorsque le roi entra dans sa chambre; et, voyant Përitée, de qui iVnaxarâs avait eu le temps de lui parler assez au long, il se hâta de lui demander si Cléorise était dans le palais. Aménophis, ne voyant qu'Anaxaras auprès du roi, leur dit tout ce que Përitée venait de lui apprendre. Au nom des dieux , ajouta-t-il , en regardant Mënécrate , daignez, prince, avoir pitié de mon impatience, et faites partir un vaisseau pour aller à l'ile de Crète , en attendant que mes blessures me permettent de m'y rendre moi-même. Ma obère Përitée, ajouta-t-il en la regardant, oserai-je vous prier de monter sur le vaisseau que je suis assuré que le roi m'accordera , et d'aller vousînême pointer à Cléorise les nouvelles qu'elle vous a demandées? Je me flatte, continua-t-il , qu'Anaxaras voudra bien vous suivre, et que le roi vous fera accompagner par autant de femmes que vous le souhaiterez , afin que ce voyage vous devienne moins ennuyeux, quand vous aurez avec vous les personnes avec qui vous avez accoutumé de vivre.

Péritée et Anaxaras répondirent presque en

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même temps qu'ils étaient prêts d'obéir. Menécrate donna les ordres qui étaient nécessaires au prompt départ du vaisseau qu'Aménophis demandait; et en même temps il eut soin d'en faire préparer d'autres, pour porter le prince de Libye, aussitôt qu'il serait en état de supporter les fatigues d'un voyage. Tous les mouvemens que le départ d'Anaxaras et de Péritée , et les préparatifs qui se faisaient pour celui d'Aménophis, donnèrent à ce prince pendant deux ou trois jours , auraient été capables de nuire beaucoup à ses blessures, si son amour ne lui avait fait trouver dans ces mouvemens mêmes une joie qui avança plus sa guérison que n'eût fait une tranquillité plus indolente. Anaxaras, impatient de rendre au prince de Libye un service que , par la connaissance qu'il avait des sentimens de ce prince, il regardait comme le plus important qu'il lui pût rendre, dès qu'il eut reçu ses derniers «ordres, se hâta de partir avec Péritée, quoique la mer émue et les vents contraires fissent craindre au pilote quelque tempête prochaine ; il espéra que les dieux favoriseraient son voyage, et que son départ procurerait du moins à Aménophis un repos qu'il croyait nécessaire pour assurer les jours de ce prince.

Pendant qu'Aménophis gardait encore le lit ,

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Ménécrate voulut être uni à Célidonie , comme son amour Fen pressait, et comme il l'avait promis à Crisotas. Il se servit du prétexte de l'état où était le prince de Libye , pour retrancher toutes les cérémonies dont la pompe aurait retardé son bonheur. Il épousa l'aimable Célidonie , et son bonheur augmenta encore sa passion. Le nouveau roi et la nouvelle reine, aussi charmés l'un de l'autre qu'ils le pouvaient être, passaient dans la chambre d' Aménophis tout le temps qu'ils pouvaient dérober aux affaires et aux devoirs de leur rang.

Aménophis se trouva en état de marcher plus tôt qu'on ne l'avait espéré , et , tout languissant qu'il était encore, il pressa le roi de consentir à son départ. Ménécrate, devenu heureux, ne voulait pas retarder le bonheur d'un prince à qui il croyait devoir sa couronne. Il fit faire tant de diligence , qu'Aménophis , lorsqu'il voulut absolument partir, trouva une flotte toute prête pour l'accompagner. Tous les Libyens qui étaient venus avec lui se rassemblèrent , et la plus grande partie des jeunes gens de la cour de Ménécrate se joignirent à eux, pour le suivre à l'Ile de Crète. On ne savait pas quel était le dessein qui le menait; on croyait qu'il allait entreprendre la conquête de cette île, et que, comme il était venu ramener Mé-

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nécrate dans Tile du Soleil , et lui rendre son royautné, il allait en chercher un autre pour lui-même.

Ménëcrate, l'accompagnant sur le port le jour qui avait été choisi pour son embarquement , lui témoigna qu'il avait beaucoup de regret de ne pouvoir pas le suivre ; mais , lui dit-il , vous me promettez que , aussitôt que vous aurez obtenu Gléorise , que sans doute Ari mante ne vous refusera pas , et que je lui fais demander pour vous par mes ambassadeurs qui vous accompagnent, vous reviendrez ici avec elle partager avec Célidonie et moi le trône que nous vous devons. Vous régnerez ici avec nous, jusqu'à ce qu'il plaise aux dieux de vous donner %s^**^ le royaume de vos pères , ou d'accorder à votre

valeur une occasion d'en conquérir un autre.

Aménophis répondit à Ménécrate avec tous les témoie:nap:es de tendresse et de reconnaissance dignes de deux princes aussi vertueux, et lui promit que, à moins que la mort ne rompît tous ses desseins, il reviendrait, on? possesseur de Cléorise , jouir auprès de lui de son bonheur pendant quelque temps, ou mourir désespéré entre les bras de son plus cher ami^

Il partit, et il prit la route de Vile de Crète. La mer paraissait assez calme, et durant plu-

sieurs jours il eut les vents aussi favorables qu'il pouvait le souhaiter; mais, lorsqu'on l'assurait qu'on allait bientôt découvrir l'île de Crète, la mer s'enfla tout d'un coup, le ciel se couvrit d'une épaisse nuit , le tonnerre gronda avec des bruits terribles , et il s'éleva une des plus furieuses tempêtes que les pilotes eussent jamais vues sur cette mer. Les vaisseaux du prince de Libye Se choquèrent et s'écartèrent plusieurs fois les uns des autres; l'art des matelots fut inutile; la tempête dura pendant deux jours, et on n'espérait plus de pouvoir se sauver, lorsque, vers le soir, le vaisseau du prince de Libye fut jeté contre un écueil , où la mer le laissa renversé sur un banc de Siible. Cet écUeil, inconnu à tous les matelots, était comme une espèce d'île élevée sur un rocher , et inhabitée, quoiqu'on y vît quelques arbres ^ssez verts. Autour de ce rocher il s'était formé un petit rivage de sable que la mer y avait jeté i Aménophis et lès Libyens qui étaient avec lui descendirent sur ce sable; et, après avoir relevé leur vaisseau qu'ils amarrèrent le mieux qu'il leur fut possible, ils prirent la résolution de camper sur le gravier où ils étaient descendus , ^t d'y faire des signaux pour rassembler les autres vaisseaux de leur flotte, s'ils n'avaient pas été engloutis dans les flots. Une nuit tran-

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quille succéda à la tempête des deux jours précédens; le ciel fut clair et serein, et la lune brillante qui éclairait la mer et l'écueil donna envie à Aménophis de chercher quelque chemin qui pût le conduire au sommet de cet écueil , pour aller dans un lieu plus solitaire , passer, dans les douces rêveries que son amour lui inspirait , le temps que les Libyens fatigués employaient à dormir. Il trouva un sentier étroit et escarpé qui le mena à une petite plaine qui faisait comme une plate-forme sur le rocher ; il la traversa toute entière , et il vit au bas, de l'autre côté de l'écueil, un vaisseau qui apparemment avait couru la même fortune que le sien. Il n^ put pas démêler si c'était un de ceux de sa flotte, et il chercha inutilement quelque sentier pour descendre de ce côté-là jusqu'à la mer.

Comme il retournait sur ses pas, il aperçut, entre cinq ou six gros arbres , une lumière qui semblait sortir de la terre ; il y alla , et , en approchant des arbres , il vit quelques hommes étendus sur l'herbe et accablés de sommeil et de fatigue; il ne voulut pas troubler leur repos; il s'avança jusqu'à une pointe de rocher qui s'élevait au milieu des arbres , et d'où , par une manière d'embouchure assez étroite et basse, sortait la clarté qui l'avait attiré jusque-là. 11

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avança la tête dans l'ouverture de cette grotte , et aussitôt il eut envie d'y entrer. Il y avait, vers une des extrémités de la grotte, une lampe placée à terre; elle était faite avec tant d'art, qu'elle jetait beaucoup de lumière dans une partie de l'endroit où elle était, et l'autre partie n'était point éclairée ; en sorte que , lorsqu'on était derrière la lampe , on voyait parfaitement ce qui se passait au delà, et on n'était point vu. Aménophis , en marchant doucement vers cette lampe , ne laissa pas d'apercevoir qu'il y y avait deux personnes qui étaient couchées dans l'endroit obscur sur des tapis , dont il y avait apparence qu'on leur avait fait comme une espèce de lit ; il tâchait de regarder et de démêler qui pouvaient être ces personnes, sans les éveiller , lorsqu'il entendit que l'une d'elles, appelant l'autre d'une voix basse et tremblante, ^et néanmr^ns fort distincte , dit : 0 dieux ! ma chère Éridice , éveille-toi ! Aménophis , à ces mots, s'arrêta dans l'endroit obscur de la grotte, sans faire aucun mouvement et sans être aperçu davantage. Hélas ! continua la même personne , je crois que l'ombre de ce malheureux étranger, dont je t'ai parlé , vient de se présenter à moi ; je me flattais vainement que ce pouvait être lui qui s'était fait roi de l'île du Soleil , par la grande révolution que je t'ai racontée; il me

semblait qu'il n'y avait rien de si grand, ni de si élevé à quoi il ne pût prétendre ; j'ignore encore quel il est , et je ne lui ai jamais parlé qu'un seul instant dans ce jour malheureux qui sans doute a été le dernier de sa vie.

Cette Éridice, à qui Aménophis entendait adi'esser ces paroles , où il lui paraissait qu'il avait beaucoup de part, ne répondit rien; elle était si troublée de la prétendue apparition, que, sans écouter , elle se couvrait la tête d'un de ses bras , et de l'autre elle tirait le tapis qui était étendu sur elle pour se garantir contre le fantôme. Hélas ! reprit l'autre personne , je sentais pour cet inconnu des mouvemens dans mon cœur que je ne crains plus de t'avouer et de m' avouer à moi-même. C'est moi , Éridice , qui suis cause de son malheur; je n'en puis douter. Qu'il me parut d'amour dans ses regards , lorsque , vêtu en Diomède, ij se jeta à| mes pieds !

Aménophis trouvait tant de plaisir dans les discours que la fausse idée de sa mort faisait tenir à cette personne , que , quoiqu'il ne lui fût plus possible de ne pas reconnaître Cléorise, et quoiqu'il eût une extrême impatience de la rassurer en la tirant d'erreur , il trouvait quelque chose de si flatteur pour lui à entendre dire par elle-même qu'il en était aimé,

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qu'il avait peine à interrompre des plaintes qui l'assuraient de son bonheur.

Mais, enfin, les larmes que répandait Cléorise le firent sortir de cette espèce de ravisse-^ ment; et, tout transporté d'amour et de joie, il fit quelques pas , et , se jetant à genoux auprès d'elle: Je ne suis point mort, dit-^il, belle Cléorise ; je m'étais embarqué pour vous aller trouver dans l'île de Crète , où l'on m'avait dit que votre père vous conduisait : la même tempête qui vous a jetée ici , m'y a amené ; ce sont les dieux qui veulent favoriser le plus tendre et le plus respectueux amant du monde. Divine Cléorise , continua-t-il , en connaissant qu'elle était plus effrayée de le voir lui-même qu'elle ne l'avait paru lorsqu'elle avait cru ne voir que son ombre , ne direz-vous rien à cet amant même à qui vous venez de faire entendre des choses si glorieuses pour lui , quand vous avez cru qu'il ne vivait plus? Cléorise, étonnée , confuse , et se reprochant comme des cri^ mes tout ce qu'elle venait de faire connaître si innocemment, n'avait pas la force de regarder Aménophis , qui avait tourné la lampe sur elle afin d'avoir le plaisir de la considérer. Elle détournait les yeux ; elle soupirait ; elle versait des larmes , et son silence accablait Aménophis 4e crainte et de tristesse. Cruelle ! lui dit-il.

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pourquoi refusez-vous même de me regarder ? Craignez-vous que , par ma naissance , je ne sois indigne de vous ? Je ne suis pas roi de l'île du Soleil ; mais je suis fils du roi de Libye , et c'est l'amour que vous m'avez inspiré qui m'a donné occasion , en punissant votre ravisseur, de faire remonter le prince Ménécrate sur le trône de son père. Que Ménécrate est heureux ! il aime , et il est aimé ! Pour moi , je renonce à la vie , puisqu'elle me fait perdre cette tendresse que l'opinion de ma mort vous avait inspirée ; et je vais vous sacrifier le reste de mes jours , que votre indifférence rendrait trop infortunés.

Il se leva , et Cléorise ^ alarmée de son désespoir, l'arrêta avec une vivacité qui ne permit pas à ce prince de douter de l'intérêt qu'elle prenait à sa vie. Ah! prince, lui dit-elle, n'êtesvous pas satisfait de la honte que vous m'inspjrez, quand je songe à tout ce que la douleur que j'avais de votre perte vous a fait entendre malgré moi ? voulez-vous en un même moment me faire mourir de confusion et de désespoir? vivez , si vous m'aimez; et oubliez ce que je vous ai dit , si vous m'estimez ; du moins ne me demandez jamais de le dire. Éridice qui , tantôt effrayée quand elle avait cru voir une ombre, et tantôt agitée d'inquiétude et de crainte quand

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vWe connaissait que cette ombre était un homme vivant , et que cet homme était un prince amoureux de Cléorise, commença à reprendre ses esprits , et elle voulut aider Cléorise dans l'embarras où elle la voyait.

Eridice avait élevé Cléorise- Cléorise n'avait jamais vu sa mère, et elle avait pour cette femme la même affection qu'elle eût eue pour une véritable mère. Ma fille, lui dit Éridice, vous ne pouvez plus rétracter ce que vous avez dit; il n'est plus possible que ce prince, qui l'a entendu , l'ignore ; songez seulement au lieu où vous êtes ; et songez qu'il est à craindre qu'Arimante, votre père, s'il entrait ici pendant qu'un étranger est auprès de vous, ne soupçonnât votre vertu. Ah! dit alors Aménophis, je n'ai point pour Cléorise des sentimens que je doive craindre de faire connaître à un père. Il n'importe, répondit Clçorise ; au nom des dieux, prince, éloignez-vous; et, s'il est vrai que vous ayez pour moi des pensées que vous n'appréhendiez pas que mon père désapprouve, attendez un autre temps pour les lui faire connaître, et gardez-en le secret jusqu'à ce qu'Arimante soit retourné dans Tîle de Crète, et que vous y soyez aussi , puisque votre dessein était de vous y rendre. Si vous m'aimez, ma gloire âoit vous être chère ; et que penserait-on d'une

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