‹ OEuvres complètes de Mesdames de La Fayette, de Tencin et de Fontaines, précédées de notices historiques et littéraires (volume 3)Chapitre 35 sur 37 · TOME lil. 2T · texte numérisé non relu

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entrevue telle que celle-ci, si elle était connue? Aménophis voulut lui répondre; mais elle le conjura avec tant d'instance et d'autorité de sortir, qu'il fallut obéir; elle lui ordonna même de ne chercher à la revoir que dans l'ile de Crète , dont elle lui dit que son père devait reprendre la route le lendemain, les vents, qui les en avaîent éloignés, n'étant plus contraires. Aménophis, se contentant de l'assurer qu'il y serait aussitôt qu'elle, sortit de la grotte avec le moins de bruit qu'il lui fut possible , et il ne fut pas plus aperçu en sortant qu'il ne l'avait été en entrant. Le prince de Libye , plus amoureux qu'il n'avait jamais été, et plus heureux qu'il n'eût osé l'espérer, arriva au bord de la mer, où ses gens lui avaient préparé une espèce de tente qu'ils avaient faite avec une partie des voiles de leur vaisseau : il y entra , et se coucha sur un lit qu'on lui avait dressé; mais l'image de ce qui venait de se passer, la joie et Tamour agitèrent son sommeil de tant de pensées dilférentes , qu'il ne put pas être long, et qu'il acheva la nuit en s'entretenant des plus douces idées qu'une passion violente et satisfaite puisse donner aux âmes qui en sont véritablement occupées.

0, Aussitôt que le jour parut, ce prince vint sur le bord de la mer, où, comme si le ciçjl se fût

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intéressé à favoriser ses désirs, il vit sa flotte, que les signaux qu'il avait fait faire pendant la nuit , avaient déjà toute rassemblée autour du rocher où son vaisseau avait échoué. La plupart des officiers , qui reconnurent le vaisseau du prince, et qui apprirent qu'il était lui-même sur le rocher, descendirent dans des esquifs pour recevoir ses ordres. Dans un de ces esquifs, il vit son fidèle Anaxaras , qui lui apprit que le vaisseau dans lequel Péritée et lui s'étaient embarqués s'était ouvert dans le fort de la tempête ; que l'infortunée Péritée et tous ceux qui étaient dans le même vaisseau avaient été submergés ; que lui seul , s'étant abandonné aux flots, avait été reçu dans un des autres vaisseaux de la flotte que la tempête avait battue et dispersée. Je ne sais, ajouta Anaxaras, quel présage il faut tirer des obstacles qu'il m'a semblé que les dieux mettaient à mon arrivée dans l'île de Crète; mais je la voyais, et j'étais prêt à entrer dans un des ports de cette île , lorsque des vents furieux, qui m'en ont chassé, m'ont porté dans des mers inconnues , d'où lorsque les pilotes tâchaient de reprendre la route de fîle de Crète, je me suis vu attaqué par une seconde tempête , qui est la même dont vous avez été battu. J'ai vu périr faimable Péritée, et je vous avoue, seigneur, que sa perte m'a empêché de goûter le

plaisir d'être sauvé moi-même. Aménopliis embrassa Anaxaras, il donna quelques larmes au souvenir de Péritée, et en même temps voulant apprendre à Anaxaras l'aventure inespérée qui lui avait fait revoir Cléorise : Il n'est pas juste , lui dit-il , que les dieux nous donnent un bonheur sans aucun mélange d'adversité. La perte de Péritée est nn malheur qui m'afflige sensiblement; mais, Anaxaras, quand vous saurez les faveurs que j'ai reçues ici du ciel, vous avouerez que je lui dois plus d'actions de grâces que de plaintes. x41ors Aménophis, s'éloignant du reste de la troupe avec Anaxaras , pour n'être entendu que de lui, lui raconta ce qui lui était arrivé la nuit sur le haut du rocher ; et aussitôt il lui ordonna de faire appareiller ses vaisseaux le mieux qu'il lui serait possible , afin de reprendre promptement la route de l'iîe de Crète.

Pendant que chacun travaillait avec beaucoup de diligence à réparer ce que la tempête avait gâté , Aménophis , tournant toujours ses yeux du côté de l'endroit fortuné où il avait vu Cléorise , se laissa insensiblement conduire par sa rêverie dans le sentier qui menait au haut du rocher ; il y remonta ; il jeta les yeux sur cette touffe d'arbres et sur la grotte où Cléorise avait passé la nuit ; il n'osait en approcher , de peur de lui déplaire. Ce ne fut que lorsqu'il

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crut apercevoir qu'il n'y avait plus personne dans la grotte , qu'il y entra ; il semblait y chercher encore Cléorise ; de là il voulut revoir l'autre extrémité de la petite plaine , et il aperçut un vaisseau qui voguait déjà en pleine mer; il ne douta pas que ce ne fut celui d'Arimante, et il revint promptement à sa flotte pour en presser le départ.

, Au bout de quelques jours , il arriva à l'Ile de Crète ; il y prit port avec les ambassadeurs de Ménécrate. Il est aisé de penser que la première chose qu'il fit , ce fut de demander des nouvelles d'Arimante. On lui répondit qu'il y avait déjà quelques mois qu'il était parti pour aller à l'île du Soleil chercher sa fille , que des pirates avaient enlevée ; et on lui dit qu'on ne doutait pas qu'il ne dut bientôt revenir avec elle, parce qu'on avait su qu'il l'avait retrouvée dans l'île du Soleil, et que la révolution qui y était arrivée l'avait mis en état d'en partir sans aucune opposition.

Quelque espérance qu'on donnât au prince de Libye du prompt retour d'Arimante , et quoiqu'il se dît à lui-même qu'il n'y avait pas lieu de douter qu'il ne revînt bientôt dans sa patrie , ce prince ne laissait pas d'être inquiet et de s'abandonner à une tristesse qu'Anaxaras ne pouvait s'empêcher de condamner. Anaxaras

était de quelques années plus âgé qu'Aménophis ; et il aimait la gloire d'Aménophis comme il serait à souhaiter que tous les favoris aimassent celle des princes qui les honorent de leur confiance. De quoi vous affligez-vous? lui ditil un jour, et qu'attendez-vous de cette passion qui vous a déjà fait courir de si grands dangers, depuis le peu de temps que vous êtes sorti de Libye ? Je prétends , mon cher Anaxaras , ajouta le prince, me faire connaître à Arimante par les ambassadeurs de Ménécrate qui m'accompagnent , et j'espère qu' Arimante ne me refusera pas Cléorise , avec qui je veux qu'un nœud éternel m'unisse. Je vois , poursuivitil , que cette résolution t'étonne; mais ne t'y oppose pas, tu le ferais inutilement. Anaxaras, n'osant contredire trop ouvertement le dessein du prince de Libye, et voulant néanmoins le ramener à des sentimens plus dignes de lui , feignit d'applaudir à sa résolution. Le lendemain de cette conversation , Anaxaras alla passer presque tout le jour à Gortyne , l'une des principales villes de l'île de Crète.

La passion n'avait jamais été si tendre et si violente qu'elle l'était alors dans le cœur d'Aménophis. Il se promenait seul sur le bord de la mer , où, s'abandonnant aux transports de son amour , son cœur en fut si pressé qu'il fut

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contraint de laisser couler c|uelques larmes. Mais ces larmes n'étaient pas de celles que la douleur seule fait répandre ; elles étaient mêlées de douceur et de charmes qui ne se trouvent que dans l'amour. Anaxaras , qui arrivait de Gortyne , interrompit sa rêverie : Seigneur, dit-il à ce prince en l'abordant, comme je crois que votre amour n'a pas éteint en vous la noble impatience que vous avez toujours eue d'acquérir de la gloire , je viens vous rendre compte de ce que j'ai appris, et vous montrer l'occasion la plus favorable qui puisse jamais s'offrir à vous pour faire voler d'ici jusqu'en Libye le bruit de vos exploits. Je pense que si Cléorise ellemême était en Crète , elle vous donnerait les mêmes conseils que je prends la liberté de vous donner : je suis même persuadé qu'elle serait fâchée de vous trouver ici , et de voir que vous auriez méprisé des occasions de gloire qui semblent S€ pi^ésenter à vous. Aménophis attentif, et sentant renaître en lui des mouvemens de son courage , regardait Anaxaras sans l'interrompre ; et Anaxaras, devenu plus hardi, reprit ainsi son discours : Seigneur , il est arrivé des ambassadeurs du roi de Chypre pour implorer en faveur de leur maître la pitié et la générosité des Cretois. L'infortuné roi de Chypre est prêt à être détrôné par un prince son sujet, qui

s'est révolté, et qui a engagé dans son crime la plus grande partie des Chypriotes. Le roi de Chypre s'était marié dans un âge fort avancé, quoique d'un autre mariage il eût déjà un fils. La princesse qu'il épousa lui donna une fille un an après leur mariage. Il eut l'indiscrète curiosité de consulter un célèbre astrologue sur la destinée de cette fille, deux ou trois jours après qu'elle fut venue au monde. L'astrologue lui dit qu'elle ferait passer le royaume dans une famille étrangère. Le roi, quoiqu'il aimât tendrement la reine sa femme , ne put néanmoins s'empêcher de se souvenir qu'il avait un fils qu'il avait élevé pour être son successeur ; il fit mourir l'infortunée fille dont il était père , et qui n'avait encore vécu que huit jours. La reine , en apprenant cette mort , fut si saisie de douleur qu'elle mourut peu de jours après. Il ne songea plus qu'à conserver le seul héritier qu'il avait , et qui lui était devenu encore plus cher par les deux pertes que l'envie de le faire régner lui avait causées.

Les dieux l'ont puni de l'affection trop barbare qu'il avait témoignée pour son fils en sacrifiant sa fille. Il y a quelques mois que ce fils est mort , par un accident que les peuples ont regardé comme un châtiment des dieux sur le père. Aussitôt qu'il s'est trouvé sans héritier ,

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un prince son sujet s'est élevé contre lui , et a voulu se faire reconnaître légitime successeur de la couronne , prétendant y avoir droit comme étant descendu de la race royale. Le roi, pour parvenir les suites d'une prétention chimérique , a dit que sa fille était vivante ; mais , comme il n'a pu la faire paraître , et comme tout le monde s'est souvenu de l'avoir vue morte, les déclarations du roi n'ont fait qu'irriter ses ennemis , et qu'en augmenter le nombre. Le roi a voulu faire arrêter prisonnier le prince rebelle, et cette entreprise a achevé de le perdre. Le prince a pris les armes ; il a trouvé plus de faveur dans l'esprit des sujets que le roi même. On dit que le roi a été obligé de se renfermer dans Macarie , d'où il a envoyé ici pour y demander du secours. La république lui en a accordé ; mais il n'y a point d'apparence que ce secours puisse être prêt assez tôt.

Qu'il serait glorieux pour vous , seigneur, si vous pouviez vous résoudre à partir dés aujourd'hui pour aller vous rendre l'arbitre de la couronne de Chypre! Et pourquoi, ajouta Anaxaras, ne vous y résoudriez-vous pas? En peu de jours vous aurez fmi cette expédition , et vous reviendrez ici mettre aux pieds de Cléorise les lauriers dont vous vous serez chargé. Elle arrivera pendant que vous serez en Chypre. Vous

pouvez laisser les ambassadeurs de MénécraJe pour attendre cet heureux objet de votre tendresse, et pour la préparer à vous recevoir après votre victoire.

Aménophis rêva long-temps avant que de répondre à Anaxaras. Ce dernier espérait de trouver dans la guerre de Chypre de quoi occuper Aménophis, et le guérir d'une passion qu'il appréhendait qui ne fit tort à sa gloire. Ce vertueux favori , à qui on ne pouvait reprocher qu'un peu trop de sévérité dans l'amour de la gloire , et qu'une espèce de dureté noble qui ne lui permettait jamais de dissimuler la vérité, était inquiet du trop long silence d'Aménophis, lorsque ce prince l'embrassa , et , comme s'il se fût éveillé d'un profond sommeil : Oui, mon cher Anaxaras, lui dit-il, je suivrai la gloire comme vous le voulez , quoique je ne puisse renoncer à l'amour. Je me souviens que Ménécrate m'a dit que le roi de Chypre lui avait donné une flotte pour le rétablir dans son royaume : j'entre dans les obligations de Ménécrate, et je veux , avec la flotte qu'il m'a confiée , voler au secours du généreux piincc qui avait été touché des malheurs de mon ami , et à qui il n'a pas tenu que Ménécrate ne remontât plus tôt sur le trône. Partons dès cette nuit, mon cher Anaxaras, s'il est pos-

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sible. Je vous charge de tous les soins du glorieux dessein que vous m'civez proposé , pendant que je vais donner mes instructions aux ambassadeurs, que je laisserai ici avec une lettre pour Cléorise.

Anaxaras fit tant de diligence , et le ciel fut si favorable à ses bonnes intentions, qu'à Fentrëe de la nuit toute la flotte d'Aménophis fut en état de partir. Aménophis, comme s'il eût repris de nouvelles forces et une nouvelle ardeur en écrivant à Cléorise , monta sur un vaisseau avec une joie qui semblait promettre la victoire à ses troupes.

Les ambassadeurs de Chypre partirent avec lui , et au bout de trois ou quatre jours ils lui firent prendre terre à la rade de leur île, oii il fit paisiblement sa descente sans que les révoltés en eussent aucune connaissance. Ils furent énouvantés au bruit de la marche de son armée; ils vinrent en grand nombre pour lui livrer bataille, et ils se campèrent devant lui dans un poste trés-avantageux. Cependant les ambassadeurs du roi de Chypre trouvèrent moyen de retourner auprès de leur maître dans Macarie, ville capitale qui avait autrefois donné son nom à l'île j ils lui apprirent le prompt et grand secours que le prince de Libye lui amenait; ils lui dirent l'état où ils l'avaient laissé , et le

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prodigieux effort que les révoltés faisaient pour empêcher ce prince de pénétrer plus avant dans le royaume. Le vieux roi sentit ranimer son courage et ses espérances , et , malgré les oppositions de ses plus fidèles serviteurs, il exécuta la généreuse résolution qu'il prit de marcher avec le peu de troupes qu'il put ramasser pour se joindre à Aménophis. Il arriva précisément lorsque les deux armées étaient déjà aux mains. Les révoltés étaient en si grand nombre, que toute la prudence d'Anaxaras et la valeur d'Ainénophis avaient beaucoup de peine à empêcher que leurs troupes, quoique mieux aguerries que les autres, ne fussent néanmoins enveloppées. Elles l'auraient été, si Tarmée du roi, quoiqu'à peine conduisît-il avec lui deux ou trois mille hommes, n'eût fait faire aux révoltés un mouvement dont Aménophis profita. Le combat devint sanglant de toutes parts. Les révoltés, ayant connu que le roi était en personne à la tête de ses troupes , tournèrent leurs plus grands efforts contre lui : ils étaient persuadés que, s'ils pouvaient le faire périr, il n'y aurait plus personne dans le royaume qui osât s'opposer à eux.

Ce prince, avec un courage déjeune homme, à l'âge de plus de quatre-vingts ans, s'était enjjagé au milieu de la troupe où le chef des ré-

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voltés combattait; ils s'attachèrent l'un à l'autre, et le vieux roi , dont les forces commençaient à s'épuiser, allait tomber vivant entre les mains de ses ennemis, déjà même il était sans armes, lorsque Aménophis arriva , et qu'il opposa au prince révolté une valeur à laquelle rien n'était capable de résister. Il écarta tous ceux qui s'étaient avancés pour saisir le roi; il se mit audevant lui , il ordonna à Anaxaras d'en avoir soin ; et, ne songeant plus qu'à vaincre ou mourir, il jeta tant de terreur parmi les révoltés, qu'aucun n'osait plus tenir devant lui. Le prince, qui était à leur tète, évita long-temps le combat contre un si redoutable ennemi ; mais il ne lui fut pas possible de fuir sa destinée : Aménophis le poursuivit, et, après lui avoir porté plusieurs coups , le fit tomber demi-mort à ses pieds. Quelques Libyens, qui avaient tonjq^rs suivi ^ménophis , voyant le général des ennemis abattu , se jetèrent sur lui, et, comme il mourut entre leurs bras, ils lui coupèrent la tête pour la faire voir à ses soldats et pour les obliger à ^se rendre. Ce spectacle fit l'effet qu'ils avaient attendu ; toute l'armée rebelle se dissipa, et jeta les armes aux pieds du vainqueur. Aménophis revint fort tard dans son camp , où Anaxaras avait conduit le roi de Chypre. Ce roi, délivré et raffermi sur son trône d'une

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façon si miraculeuse , fut sur le point d'embrasser les genoux d'Aménophis, lorsqu'il le vit : Je vous dois , lui dit-il , la vie et la couronne ; je ne vous offre point les restes de cette vie que peut-être les dieux finiront demain ; mais recevez dés aujourd'hui cette couronne que je ne dois pas espérer de conserver encore long-temps dans l'âge où je suis. Prenez la place de ce fils infortuné que les dieux m'ont ôté, et souffrez que dès demain je vous conduise à Macarie pour vous faire reconnaître par vos nouveaux sujets. Je veux moi-même en être le premier, et désormais, abandonnant tous les soins de la royauté, je ne songerai plus qu'à attendre tranquillement la mort. Quelque résistance que pût faire Aménophis à des offres si généreuses, il ne détourna point le roi de Chypre de son dessein. Plus Aménophis témoignait de modestie et de désintéressement , plus le roi se confirma dans ja résolution. Pendant qu' Aménophis , se laissant persuader et se promettant qu'au moins Anaxaras ne condamnerait pas l'envie qu'il avait de partager avec Cléorise une couronne qu'il ne tenait que des dieux et de sa valeur, marchait avec le roi de Chypre, et qu'il était déjà à la vue de Macarie, ce roi reçut un courrier qui lui apporta des nouvelles dont il ne fit part à personne; mais on vit sur son visage une joie

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nouvelle et exiraordinaire; il pressa davantage sa marche , et arriva dans son palais de Macarie plus tôt qu'on ne l'attendait.

Peu de momens après qu'il eut laissé Amé- . nophis dans l'appartement royal , qu'il voulut bien qu'il occupât , il revint le trouver, et il le pria de venir avec lui dans les jardins, suivi du seul Anaxaras. Le roi les ayant conduits tous deux dans une allée où il ne pouvait être entendu de personne, il s'arrêta, et regardant Aménopbis : Prince, lui dit-il, je n'ai point encore voulu vous dire à quelle condition je vous donne ma couronne ; je craignais que cette condition ne vous parût difTicile à exécuter ; je suis délivré de cette crainte à présent, et je vais m'expliquer librement avec vous : vous ne pouvez être mon fils , soyez mon gendre. Ma fille n'était pas morte , je l'avais ermûée à lyi ami fidèle ; il vient de me la ramener; j'ai voulu la voir avant de vous l'offrir; j 'ose croire , prince , que vous ne la trouverez pas indigne de vous ; venez que je vous la présente , afin que je vous fasse voir ensuite l'un et l'autre à mes peuples. Aménopbis, à ces mots demeura immobile; il pâlit; il voulut répondre au roi , et il ne trouva point de paroles; enfin, se reprocbant pourtant à lui-même un silence qui lui faisait bonté, et qui jetait le roi dans

liii étonnement quil était aisé da remarquer : Seigneur, lui dit-il, les dieux ne m'ont point fait pour régner, choisissez, pour la princesse votre fille, un prince digne de vous et digne d'elle, et souffrez que dès demain je remonte sur ma flotte pour retourner en des lieux où je vois bien que le ciel veut que je passe ma vie sans ambition ; le bonheur que j'ai eu de vous rendre quelque service me comblera pour toujours d'une gloire que j'estime plus qu'une couronne. Ah î prince , reprit le roi , quel mortel déplaisir me donnez-vous ! voyez du moins ma fille avant que de vous déterminer. Je sais par Anaxaras , continua-t-il , que le roi et la reine de Libye n'ont point d'engagement qui s'oppose au désir que j'ai de vous faire épouser ma fille; et le royaume de Chypre, ajouta-t-il, s'il est trop peu considérable pour votre valeur, est peut-être assez grand pour une aml^ition qui j^ serait pas démesurée.

Anaxaras pria le roi de lui permettre d'entretenir iVménophis , et de vouloir bien le laisser en liberté avec lui ; Je vois ce que tu penses , dit Aménophis à Anaxaras , aussitôt qu'ils furent seuls; mais n'espère pas que je me rende à tes raisons ; j'ai acquis assez de gloire ; j'ai assez sacrifié à l'honneur; il est temps que j'accorde quelque chose à l'amour; tu n'as plus rien

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à me reprocher. Anaxaras représenta à Aménophis tout ce que sa prudence et son affection lui purent faire imaginer de plus fort pour le détourner d'une passion qui lui faisait mépriser un royaume offert si généreusement. C'est régner, lui disait Aménophis , que de refuser ainsi de monter "Sur un trône que la victoire semble avoir élevé pour moi. Après tout, je suis jeune encore; et pourquoi, quand je me serai assuré la possession de Cléorise , ne pourrais-je pas aller chercher d'autres royaumes et une nouvelle gloire, avec d'autant plus d'ardeur, que je saurai que je partagerai avec Cléorise tout ce que la fortune me donnera? En parlant ainsi , il marchait à grands pas , et il se trouva au bout d'une allée qui le conduisit à un superbe appartement qui était au milieu des jardins du palais, et que l'on appelait les bains de Vénus. El ')effet, la fcïitaine où l'on disait que Vénus s'était baignée était au milieu d'un grand salon où aboutissaient les appartemens de ce petit palais , joints d'un autre côté par un superbe péristyle. Aménophis et Anaxaras , occupés de ce qu'ils se disaient l'un à l'autre , arrivèrent jusqu'au péristyle, sans avoir remarqué le bâtiment et sans avoir aucune curiosité de le considérer. Ils étaient près à retourner sur leurs pas , lorsque Aménophis aperçut deux personnes qui traver-

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