‹ OEuvres complètes de Mesdames de La Fayette, de Tencin et de Fontaines, précédées de notices historiques et littéraires (volume 3)Chapitre 6 sur 37 · TOME · texte numérisé non relu

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pour tous les gens de qualité , et qui se servait des finances pour les acquérir et pour les embarquer dans ses intrigues , dont les desseins étaient infinis pour les affaires, aussi-bien que pour la galanterie.

M. Le Tellier paraissait plus sage et plus modéré , attaché à ses seuls intérêts , et à des intérêts solides, sans être capable de s'éblouir du faste ^ de féclat comme M. Fouquet.

M. Colbert était peu connu par diverses raisons, et l'on savait seulement qu'il avait gagné la confiance du cardinal par son habileté et son économie.

Le roi n'appelait au conseil que ces trois personnes , et l'on attendait à voir qui l'emporterait sur les autres, sachant bien qu'ils n'étaient pas unis, et que, quand ils l'auraient été, il était impossible qu'ils le demeurassent.

Il nous reste à parler des dames qui étaient alors le plus avant à la cour, et qui ..pouvaient aspirer aux bonnes grâces du roi.

La comtesse de Soissons aurait pu y prétendre, par la grande habitude qu'elle avait conservée avec lui , et pour avoir été sa première inclination. C'était une personne qu'on ne pouvait pas appeler belle, et qui néanmoins était capable de plaire. Son esprit n'avait rien d'extraordinaire, ni de fort poli; mais il était na-

ttirel et agréable avec les personnes qu'elle connaissait* La grande fortune de son oncle l'autorisait à n'avoir pas besoin de se contraindre. Cette liberté qu'elle avait prise, jointe à un esprit vif et à un naturel ardent, l'avait rendue si attachée à ses propres volontés , qu'elle était incapable de s'assujettir qu'à ce qui lui était agréable. Elle avait naturellement de l'ambition, et, dans le temps où le roi l'avait aimée, le trône ne lui avait point paru trop au-dessus d'elle, pour n'oser y aspirer. Son oncle, qui l'aimait fort, n'avait pas été éloigné du dessein de l'y faire monter; mais tous les faiseurs d'horoscopes l'avaient tellement assuré qu'elle ne pourrait y parvenir, qu'il en avait perdu la , pensée , et l'avait mariée au comte de Soissons. Elle avait pourtant toujours conservé quelque crédit auprès du roi , et une certaine liberté de lui parler plus hardiment que les autres; ce qui faisait soitpçonner assez souvent que, dans certains momens, la galanterie trouvait encore place dans leur conversation.

Cependant il paraissait impossible que le roi lui redonnât son cœur. Ce prince était plus sensible en quelque manière à l'attachement qu'on avait pour lui, qu'à l'agrément et au mérite des personnes. Il avait aimé la comtesse de Soissons avant qu'elle fût mariée; il avait cessé

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de Taimer, par l'opinion qu'il avait que VîUéfquier ' ne lui était pas désagréable; peut-être l'avait-il cru sans fondement; et il y a même assez d'apparence qu'il se trompait, puisque étant si peu capable de se contraindre , si elle l'eût aimé , elle l'eût bientôt fait paraître. Mais enfin , puisqu'il l'avait quittée sur le simple soupçon qu'un autre en était aimé, il n'avait garde de retourner à elle , lorsqu'il croyait avoir une certitude entière qu'elle aimait le marquis de Vardes ^.

Mademoiselle de Mancini était encore à la cour, quand son oncle mourut. Pendant sa vie, il avait conclu son mariage avec le connétable Colonne; et l'on n'attendait plus que celui qui devait l'épouser au nom de ce connétable, pour la faire partir de France. Il était difficile de démêler quels étaient ses sentimens pour le roi, et quels sentimens le roi avait pour elle. Il l'avait passionnément aimée , conSme noué l'avons déjà dit ; et , pour faire comprendre jusqu'où cette passion l'avait mené, nous dirons en peu de mots ce qui s'était passé à la mort du cardinal.

Depuis duc d'Aumont.

Dubec Crepin , marquis de Vardes , capitaine des cent-

Cet attachement avait commencé pendant le voyage de Calais, et la reconnaissance Tavait fait naître plutôt que la beauté : mademoiselle de Mancini n'en avait aucune ; il n'y avait nul charme dans sa personne, et très -peu dans son esprit , quoiqu'elle en eût infini^ ment : elle l'avait hardi , résolu , emporté , libertin , et éloigné de toute sorte de civilité et de politesse.

Pendant une dangereuse maladie ' que le roi avait eue à Calais, elle avait témoigné une affliction si violente de son mal , et l'avait si peu cachée, que, lorsqu'il commença à se mieux porter, tout le monde lui parla de la douleur de mademoiselle de Mancini ; peut-être , dans la suite, lui en parla-t-elle elle-même. Enfin, elle lui fit paraître tant de passion , et rompit si entièrement toutes les contraintes où la reine-mère et le cardinal la tenaient, que l'on *peut dirt qu'elle contraignit le roi à l'aimer.

Le cardinal ne s'opposa pas d'abord à cette passion ; il crut qu'elle ne pouvait être que conforme à ses intérêts : mais , comme il vit dans la suite que sa nièce ne lui rendait aucun compte de ses conversations avec le roi , et qu'elle prenait sur son esprit tout le crédit

' La petite vérole.

qui lui ëtait possible, il commença à craindre qu'elle n'y en prît trop, et voulut apporter quelque diminution à cet attachement. Il vit bientôt qu'il s'en était avisé trop tard : le roi était entièrement abandonné à sa passion ; et l'opposition qu'il fit paraître ne servit qu'à aigrir contre lui l'esprit de sa nièce , et à la porter à lui rendre toute sorte de mauvais services.

Elle n'en rendit pas moins à la reine dans l'esprit du roi , soit en lui décriant sa conduite pendant la régence, ou en lui apprenant tout ce que la médisance avait inventé contre elle. Enfin , elle éloignait si bien de l'esprit du roi tous ceux qui pouvaient lui nuire, et s'en rendit maîtresse si absolue, que, pendant le temps que l'on commençait à traiter la paix et le mariage , il demanda au cardinal la permission de Fépouser, et témoigna ensuite, par toutes ses actions , qu'il le souhaitait. ^^

Le cardinal , qui savait que la reine ne pourrait entendre sans horreur la proposition de ce mariage, et que l'exécution en eût été trèshasardeuse pour lui , se voulut faire un mérite envers la reine et envers l'état d'une chose qu'il croyait contraire à ses propres intérêts.

Il déclara au roi qu'il ne consentirait jamais à lui laisser faire une alliance si dispropor-

tionnée ; et que , s'il la faisait de son autorité absolue , il lui demanderait à l'heure même la permission de se retirer hors de France.

La résistance du cardinal étonna le roi, et lui fit peut-être faire des réflexions qui ralentirent la violence de son amour. L'on continua de traiter la paix et le mariage; et le cardinal, avant que de partir pour aller régler les articles de l'un et de Tautre, ne voulut pas laisser sa nièce à la cour : il résolut de l'envoyer à Brouage. Le roi en fut aussi affligé que le peut être un amant à qui l'on ôte sa maîtresse; mais mademoiselle de Mancini, qui ne se contentait pas des mouvemens de son cœur , et qui aurait voulu qu'il eût témoigné son amour par des actions d'autorité , lui reprocha , en lui voyant répandre des larmes, lorsqu'elle monta en carrosse, qu'il pleurait et qu'il était le maître. Ces reproches ne l'obligèrent pas à le vouloir être : *il la laitsa partir, quelque affligé qu'il fut , lui promettant néanmoins qu'il ne consentirait jamais au mariage d'Espagne, et qu'il n'abandonnerait pas le dessein de l'épouser.

Toute la cour partit quelque temps après pour aller à Bordeaux, afin d'être plus près du lieu où Ton traitait la paix.

Le roi vit mademoiselle de Mancini à Saintjlean-d'Angely : il en parut plus amoureux que

jamais, dans le peu de momens qu'il eut à être avec elle, et lui promit toujours la même fidélité. Le temps, l'absence et la raison le firent enfin manquer à sa promesse ; et , quand le traité fut achevé, il l'alla signer à l'île de la Conféi;'ence , et prendre l'infante d'Espagne, des mains du roi son père, pour la faire reine de France dés le lendemain.

La cour revint ensuite à Paris. Le cardinal , qui ne craignait plus rien , y fit aussi revenir ses nièces.

Mademoiselle de Mancini était outrée de rage et de désespoir : elle trouvait qu'elle avait perdu en même temps un amant fort aimable et la plus belle couronne de l'univers. Un esprit plus modéré que le sien aurait eu de la peine à ne pas s'emporter dans une semblable occasion; aussi s'était-elle abandonnée à la rage et à la colère.

Le roi n'avait plus la même passion pour elle .-^ la possession d'une princesse belle et jeune , comme la reine sa femme , l'occupait agréable-, ment. Néanmoins, comme l'attachement d'une femme est rarement un obstacle à l'amour qu'on a pour une maîtresse, le roi serait peut-être revenu à mademoiselle de Mancini, s'il n'eût connu qu'entre tous les partis qui se présentaient alors pour l'épouser , elle souhaitai^ ai>

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demiïieiil le duc Charles, neveu du duc de Lorraine, et s'il n'avait été persuadé que ce prince avait su toucher son cœur.

Le mariage ne s'en put faire par plusieurs raisons : le Cardinal conclut celui du connétable Colonne , et mourut , comme nous avons dit , avant qu'il fût achevé.

Mademoiselle de Mancini avait une si horrible répugnance pour ce mariage , que , voulant l'éviter, si elle eût vu quelque apparence de regagner le cœur du roi , malgré tout son dépit, elle y aurait travaillé de toute sa puissance.

Le public ignorait le secret dépit qu'avait eu le roi du penchant qu'elle avait témoigné pour le mariage du neveu du duc de Lorraine ; et , comme on le voyait souvent aller au palais Mazarin , ou elle logeait avec madame Mazarin , sa sœur, on ne savait si le roi y était conduit par les restes de son ancienne flamme , ou par fes étinc^Ies d'une nouvelle, que les yeux de madame Mazarin étaient bien capables d'allumer.

C'était, comme nous avons dit, non-seulement la plus belle des nièces du cardinal , mais ÇLUSsi une des plus parfaites beautés de la cour. Il ne lui manquait que de l'esprit pour être accomplie , et pour lui donner la vivacité qu'elle n'avait pas : ce défaut môme n'en était pas uu

pour tout le monde , et beaucoup de gens tro«^ valent son air languissant et sa négligence capables de se faire aimer.

Ainsi les opinions se portaient aisément à croire que le roi lui en voulait, et que l'ascendant du cardinal garderait encore son cœur dans sa famille. Il est vrai que cette opinioa n'était pas sans fondement : l'habitude que le roi avait prise avec les nièces du cardinal lui donnait plus de dispositions à leur parler qu'à toutes les autres femmes ; et la beauté de madame Mazarin , jointe à l'avantage que donne un mari qui n'est guère aimable à un roi qui l'est beaucoup , l'eût aisément porté à l'aimer, si M. de Mazarin n'avait eu ce même soin que nous lui avons vu depuis, d'éloigner sa femme des lieux où était le roi.

îîiiïl y avait encore à la cour un grand nombre de belles dames , sur qui le roi aurait pu jeter les yeux. tj ^

Madame d'Armagnac , fille du maréchal de Villeroi , était d'une beauté à attirer ceux de tout le monde. Pendant qu'elle était fille , elle avait donné beaucoup d'espérance à tous ceux qui Tavaient aimée , qu'elle souffrirait aisément de l'être, lorsque le mariage l'aurait mise dans une condition plus libre. Cependant, sitôt qu'elle eut épousé M. d'Armagnac,, soit qu'elle

eût de la passion pour lui, ou que l'âge l'eût rendue plus circonspecte, elle s'était entièrement retirée dans sa famille.

La seconde fille du duc de Mortemart % qu'on appelait mademoiselle de Tonnay - Charente , était encore une beauté très-achevée, quoiqu'elle ne fut pas parfaitement agréable. Elle avait beaucoup d'esprit, et une sorte d'esprit plaisant et naturel , comme tous ceux de sa maison.

Le reste des belles personnes qui étaient à la cour ont trop peu de part à ce que nous avons à dire , pour m'obliger d'en parler ; et nous ferons seulement mention de celles qui s'y trouveront mêlées, selon que la suite nous y engagera.

* Madame de Montespau.

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